Claudius Pompeianus

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Des barbares se rendent à Marc Aurèle accompagné par Claudius Pompeianus sur le relief de l'escalier du Palais des Conservateurs (Musée capitolin, Rome).

Tiberius Claudius Pompeianus[1] est né au début des années 130 et mort un peu après 193. Il fut un des généraux les plus brillants de Marc Aurèle, et sans doute celui qui fut le plus proche de l'empereur philosophe. Associé à la famille impériale par son mariage avec une fille de Marc Aurèle, il fut un personnage incontournable dans les années qui suivirent et fut jugé capable de prétendre au titre impérial (capax imperii), sans pourtant jamais franchir le pas.

Origine provinciale et débuts mal connus[modifier | modifier le code]

Originaire d'Antioche de Syrie, Pompeianus était un homme nouveau (homo novus), son père en effet n'appartenait qu'à l'ordre équestre, si l'on en croit l'Histoire Auguste[A 1]. La citoyenneté de la famille remontait vraisemblablement au règne de Claude. Les débuts du personnage échappent aux historiens, ils figuraient sans doute sur une inscription de Rome récemment publiée, mais bien trop lacunaire pour réellement apprendre quelque chose, si ce n'est fournir un indice supplémentaire sur sa participation supposée à la guerre qui opposa l’Empire romain aux Parthes de 161 à 166. Son premier poste réellement connu est le consulat. Il fut consul suffect à la fin de l'année 162[2]. Par la suite il fut nommé gouverneur de Pannonie inférieure, province frontière située sur le Danube, où il est attesté en mai 167[I 1],[3]. Il occupait donc en tant que légat consulaire une province habituellement confiée à d'anciens préteurs ce qui signifie sans doute que la garnison de la province avait été augmentée.

Gendre de l'empereur et chef militaire incontournable[modifier | modifier le code]

Les événements dramatiques qui opposèrent Rome aux peuples installés au-delà du Danube à la fin des années 160 et au début des années 170 entraînèrent une ascension exceptionnelle pour Pompéianus. Sa valeur militaire le distingua aux yeux de Marc Aurèle qui en fit son gendre en le mariant à sa fille Lucilla, jeune veuve du coempereur Lucius Verus mort en janvier 169[4]. Les origines bien plus modestes de Pompéianus déclenchèrent bien des rumeurs et auraient suscité le ressentiment de Lucilla[A 1]. Quoi qu'il en soit, Pompéianus apparaît alors comme le principal lieutenant de Marc Aurèle et le soutien de la dynastie. Il dirigea la contre-attaque romaine après les désastres infligés par l'offensive barbare qui mena les Quades et les Marcomans jusqu'en Italie du Nord[A 2]. Il s'appuya alors sur Pertinax dont il favorisa la carrière[A 3],[A 4]. La date de ces opérations est controversée. Les hypothèses concernent diverses années entre 165 et 171, ce qui peut placer l'attaque barbare avant ou après le mariage de Pompéianus et de Lucilla. L'hypothèse la plus couramment admise est actuellement de placer l'invasion de l'Italie du Nord en mai 170, mais elle ne fait pas encore l'unanimité.

La réussite de Pompéianus fut réelle et sa proximité avec Marc Aurèle renforcée : il fut honoré d'un second consulat honoraire en 173[I 2]. Il participa ensuite encore à de nombreuses opérations militaires, sans que nous les connaissions avec certitude, nos sources étant alors rares et allusives. Deux inscriptions latines trouvées dans le delta du Danube ont laissé penser à des opérations menées dans cette région, mais leur interprétation est délicate[I 3]. À la mort de Marc Aurèle, Pompéianus se trouvait toujours à ses côtés au sein des camps militaires des régions danubiennes.

Situation de disgrâce durant le règne de Commode[modifier | modifier le code]

Lors de la succession de Marc Aurèle, Pompéianus joua sans doute un grand rôle, et l'on peut penser que la fidélité des armées lui était acquise. Il facilita alors considérablement l'arrivée sur le trône de Commode le fils de Marc Aurèle. Hérodien au début de son histoire des empereurs romains insiste sur le rôle de Pompéianus à ce moment et le montre en partisan de la poursuite des opérations militaires face au jeune Commode plus soucieux de rentrer à Rome et imposant finalement une paix honteuse à Rome[A 5]. Ces passages doivent être considérés avec un recul critique, les autres sources ne corroborant pas cette idée d'une paix honteuse et l'opposition entre Commode et Pompéianus est sans doute alors anachronique.

Ce n'est en effet que plus tard que les rapports entre le jeune empereur et l'officier chevronné se dégradèrent. Lucilla, la femme de Pompeianus, organisa en effet en 182 une conspiration qui devait éliminer Commode. Si le fils de Pompeianus participa au complot, ce ne fut pas son cas car il vivait séparé de son épouse[A 6] et il ne fut pas victime des purges qui suivirent. Mais il était désormais suspect et en disgrâce. Prétextant sa vieillesse et sa mauvaise vue, il se retira dans ses propriétés italiennes[A 7] et refusa d'assister aux démonstrations de Commode dans l'amphithéâtre[A 8].

Personnage qui pouvait prétendre à l'empire en 193[modifier | modifier le code]

La mort de Commode le 31 décembre 192 fut l'occasion d'un bref retour de Pompéianus sur la scène politique : le vieux sénateur revint à Rome pour rencontrer Pertinax son ancien protégé devenu empereur. Ce dernier lui aurait alors proposé de diriger l'empire selon l'Histoire Auguste[A 9]. Dion Cassius ne confirme pas cette proposition mais témoigne du très grand respect affiché par Pertinax envers Pompéianus, il nous fait aussi le portrait d'un Pompéianus, certes âgé, mais en bonne santé, à l'intelligence politique et au prestige intact[A 4]. L'assassinat de Pertinax par des prétoriens fut pour Pompéianus le signal du retour dans sa retraite, même si, toujours selon l'Histoire Auguste, Didius Julianus lui a aussi proposé de monter sur le trône impérial — épisode dont l'authenticité est suspecte[A 10]. Pompéianus mourut sans doute peu de temps après.

Ses enfants lui survécurent et bénéficièrent d'un prestige familial très important : ils étaient les petits-enfants de Marc Aurèle. Ce prestige était cependant dangereux car la nouvelle dynastie des Sévères pouvait voir en eux des concurrents possibles. Aurelius, fils de Pompeianus, fut consul en 209 mais fut peut-être assassiné à l'instigation de Caracalla[A 11]. Toujours est-il que l'on doit reconnaître, dans les consuls ordinaires de 231 et 241, des descendants de Pompeianus[5]. Pompéianus qui fut le véritable second de Marc Aurèle et qui pouvant prétendre à l'empire ne le fit pas, et peut donc passer pour un modèle des valeurs et des vertus sénatoriales de la fin du deuxième siècle, un des personnages et des généraux essentiels de cette époque, dont la vie est cependant très incomplètement connue.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Inscriptions latines[modifier | modifier le code]

  • CIL VI, 41120 ;
  • CIL XVI, 127 = CIL 03, p 2328,72 = ILSard-01, 00182 = ZPE-133-279 = AE 1898, 00078 = AE 2008, +00022 = AE 2008, +00613;
  • CIL III, 8484 = CIL 03, 01790a (p 2328,121) = CIL 03, 06362a = D 03381 = CINar-01, 00011a;
  • ILTG, 239 (AE 1934, 96) ;
  • Peut-être Année Épigraphique AE 1971, 208 = AE 1974, n° 411 ;

Références antiques[modifier | modifier le code]

  1. a et b Histoire Auguste, Vie de Marc Aurèle, XX, 6-7
  2. Dion Cassius, LXXI, 3
  3. Histoire Auguste, Vie de Pertinax, II, 4
  4. a et b Dion Cassius, LXXIII, 3, 1-4
  5. Hérodien I, 6-8
  6. Hérodien I, 8 4-5 ; Dion Cassius, LXXII, 4, 4-5
  7. Dion Cassius, LXXII, 4, 2 ; LXXIII, 3, 1-4
  8. Dion Cassius, LXXII, 20, 1
  9. Histoire Auguste, Vie de Pertinax, IV, 10
  10. Histoire Auguste, Vie de Didius Julianus, VIII, 3
  11. Histoire Auguste, Vie de Caracalla, III, 8

Références modernes[modifier | modifier le code]

  1. PIR², s. v. Claudius, n° 973, tome 2
  2. W. Eck, A. Pangerl, «Eine neue Bürgerrechtskonstitution für die Truppen von Pannonia inferior aus dem Jahr 162 mit einem neuen Konsulnpaar », ZPE, 173, 2010, p. 223-236
  3. Pflaum 1961, p. 32
  4. Pflaum 1961, p. 31
  5. Pflaum 1961, p. 33

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Histoire Auguste, traduction et commentaires d’André Chastagnol, éditions Robert Laffont, collection « Bouquins », 1994, (ISBN 2-221-05734-1)
  • N. Gostar, "La mission de Tiberius Claudius Pompeianus aux bouches du Danube", in J. Bibaux éd., Hommages à Marcel Renard, t. II, Bruxelles, 1969, p.  290-301
  • Hans-Georg Pflaum, « Les gendres de Marc Aurèle », Journal des Savants,‎ 1961, p. 31-34 (lire en ligne).
  • W. Eck, A. Pangerl, «Eine neue Bürgerrechtskonstitution für die Truppen von Pannonia inferior aus dem Jahr 162 mit einem neuen Konsulnpaar », ZPE, 173, 2010, p. 223-236.