Pontife

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Pontife : du latin pontifex, étymologiquement « qui fait le pont (sacré) ».

Utilisé dans la Rome antique pour désigner les membres de l'un des quatre collèges sacerdotaux de la religion romaine, le collège pontifical, ce titre désigne actuellement, par extension, une personne revêtue d’un ministère sacré, le ministre d’une religion.

Sur les autres projets Wikimedia :

Dans la religion romaine[modifier | modifier le code]

Denier de César, au revers les attributs du pontifex maximus : simpulum, aspergillum, securis, et apex. Crawford 443/1; CRI 9; Sydenham 1006; RSC 49

À Rome, les pontifes sont chargés de l'entretien du pont sacré (pont Sublicius) et de surveiller la bonne observance des pratiques religieuses. La charge de pontife est exercée à vie, le recrutement se faisant par cooptation. Cette fonction a varié selon les époques. À l'origine ils jouent le rôle de jurisconsulte, c'est-à-dire qu'ils interprètent les lois existantes en s'aidant des augures pour les problèmes difficiles. Ils créent ainsi la première jurisprudence et écrivent les grands traités et recueils de lois. À partir du IIe siècle la laïcisation du droit s'accompagne de l'ouverture de la fonction de jurisconsulte aux plébéiens. Cette compétence n'est donc plus dévolue aux pontifes. Ils s'occupent aussi des temples ne disposant pas de clergé propre. De plus ils tiennent les archives, ils consignent les faits notables dans les Grandes Annales, ainsi que diverses choses comme les cultes, les précédents en matière de droit. Les Grandes Annales sont tenues secrètes pendant longtemps jusqu'à ce que le grand pontife Mucius Scaevola les rende publiques en -123

Recrutés à l'origine exclusivement chez les patriciens, la Lex Ogulnia en -300 autorise l'accession à cette charge aux plébéiens.

À la tête du collège pontifical, leur chef, le grand Pontife (pontifex maximus) porte le titre le plus élevé de la religion romaine et surveille les activités des autres pontifes.

Sur les monnaies, les pontifes se reconnaissent aux insignes suivants, placés à leurs côtés : le simpulum, la securis, l'apex, et une sorte de goupillon que les écrivains chrétiens appellent aspergillum, et qui servait à jeter l'eau bénite ; l'ancien nom latin de cet instrument du culte ne nous est pas parvenu.

Dans la religion Sol Invictus[modifier | modifier le code]

Créé sous Aurélien et nommé pontifices Solis, le collège des prêtres de la religion Sol Invictus sert dans un temple dédié au Soleil, situé au Champ de Mars et orné du butin rapporté de Palmyre.

Dans la religion catholique[modifier | modifier le code]

Le titre de Pontifex maximus est réservé au pape - également appelé Souverain pontife (Summus pontifex : pontife suprême) ou Pontife romain (Pontifex romanus) - évêque de Rome, héritier du pouvoir des empereurs romains.

De façon plus générale, le terme pontife est utilisé pour tous les évêques, notamment dans la liturgie (e.g. l'office du commun des confesseurs pontifes), et pour ce qui se rapporte à la dignité épiscopale. On parle ainsi d'ornements pontificaux, de messe pontificale, etc.

Emploi à propos d'autres religions[modifier | modifier le code]

Le terme pontife a pris le sens de « grand-prêtre » chez les spécialistes de la religion juive[1].

Il a été également employé par des sinologues et tibétologues pour désigner le dalaï-lama (premier pontife tibétain) et/ou le panchen lama (second pontife tibétain), les deux plus hautes figures du bouddhisme tibétain[2],[3]. L'orientaliste français Léon Feer, en 1866, parle à cet égard de « double pontificat »[4].

Le qualificatif pontife tibétain se retrouve encore parfois employé aujourd'hui pour qualifier le dalaï-lama ainsi que le panchen lama[5],[6].

Évolution de l'usage[modifier | modifier le code]

Le terme de pontife était initialement utilisé simplement pour désigner les chefs ou les hauts prêtres de toute religion ; ainsi les écrivains du XVIe au XVIIIe siècles se référaient également aux pontifes chrétiens (évêques), musulmans (califes) et hindous (swâmi).

Progressivement, cependant, le terme a été associé aux seules autorités religieuses des Églises chrétiennes – les papes et les patriarches. Il était souvent modifié par un adjectif - par exemple, le « Pontife Copte » [7], le « souverain Pontife » ou le « Pontife romain » – pour les distinguer des différents Évêques [8].

Désormais, ces deux appellations sont communément utilisées pour désigner les papes[9],[10].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur l'origine des pontifes :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Weill, Judaïsme, 1931, p.98 : « Le secret de la prononciation véritable des consonnes sacrées a disparu avec le sacerdoce d'Israël, l'une des prérogatives des pontifes ayant été d'appeler les bénédictions célestes sur leur peuple, en proférant le Nom ».
  2. Abel Rémusat (orientaliste français), Mélanges asiatiques, tome premier, Dondey-Dupré père et fils, 1825, p. 139 : « La dynastie qui détrôna les Mongols sembla vouloir l'emporter sur eux en zèle et en vénération pour les pontifes tibétains ».
  3. Léon Feer (orientaliste français), Le Tibet : le pays, le peuple, la religion, 1886 : « les deux grands pontifes ou lamas du Tibet », « le Potala, résidence du premier pontife tibétain », « Tachiloumpo, résidence du second pontife tibétain ».
  4. Léon Feer, Le Pontificat tibétain, in Revue contemporaine, 1866, pp. 285-307, en part. p. 287 : « C'est ce double pontificat, celui de Lhasa et celui de Tachilhounpo, que je me propose d'étudier ici ».
  5. Gaëlle Lacaze (diplômée INALCO), Catherine Borel, Mongolie. Pays d'ombres et de lumières, Éditions Olizane, 2006, p. 82 : « la rencontre entre Altan Han et le pontife tibétain ».
  6. Hervé Beaumont, Asie centrale : le guide des civilisations de la route de la soie, Éditions Marcus, 2008, 634 p., p. 62 : {{On attribue à Tsongkhapa l'origine du régime politique qui se prolongera jusqu'au XXe siècle en une "théocratie lamaïque". Au XVIe siècle, les princes mongols se convertissent au bouddhisme tibétain. Désormais, deux pontifes se partagent le pouvoir (temporel et spirituel) : le Dalaï Lama et le Panchen Lama.}}
  7. (en) An ecclesiastical history, ancient and modern, from the birth of Christ to the beginning of the eighteenth century, p. 191.
  8. Rubrique « Pontifex », in Oxford English Dictionary, mars 2007.
  9. 82100 résultats pour « pontife romain » (2 septembre 2010).
  10. 362000 résultats pour « souverain pontife » (2 septembre 2010).