Constantin V

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Constantin V
Empereur byzantin
Image illustrative de l'article Constantin V
Portraits de Léon III (à gauche) et Constantin V (à droite) sur une pièce de monnaie
Règne
18 juin 741 - 14 septembre 775
&&&&&&&&&&01250634 ans, 2 mois et 26 jours
Période Isauriens
Précédé par Léon III l'Isaurien
Usurpé par Artabasde (742-743)
Suivi de Léon IV
Biographie
Nom de naissance Constantin
Naissance 718
Décès 14 septembre 775 (~57 ans)
Père Léon III
Mère Marie
Épouse Irène († 750)
Marie († 751)
Eudoxie
Descendance Léon IV (° 750 † 780)
Nicéphore
Eudoxios
Chistophoros
Anthime
Nicétas
Anthousa
Liste des empereurs byzantins

Constantin V dit traditionnellement « Copronyme » (Κοπρώνυμος) ou « Caballinos » (en grec : Κωνσταντίνος Ε′), né en juillet 718 à Constantinople, mort le 14 septembre 775, est empereur byzantin de 741 à 775. Il est le fils de Léon III l'Isaurien et de son épouse Marie, et est proclamé coempereur par son père dès août 720.

Empereur maudit[modifier | modifier le code]

Constantin V est l'une des figures les plus noircies par les chroniqueurs et historiens postérieurs : principal promoteur de l'iconoclasme, et un temps persécuteur de moines, il a systématiquement été décrit comme un odieux tyran par l'historiographie byzantine postérieure, d'origine essentiellement cléricale (et monastique), et de parti-pris iconodoule. Quant à la littérature contemporaine des iconoclastes, rien n'en a été conservé. Il faut donc d'abord dire qu'il reste une figure mal connue, et qu'une évaluation objective de sa personnalité et de son action ne peut se faire que par une lecture très critique des sources, lui restituant sa stature, qui est très importante dans l'histoire de l'Empire byzantin.

Constantin a reçu son surnom principal de « Copronyme » (litt. « au nom de merde ») à partir d'une anecdote ridicule colportée par des chroniqueurs malveillants : au cours de son baptême par le patriarche Germain Ier, il aurait déféqué dans les fonts baptismaux, répandant une odeur infecte, et le patriarche aurait alors eu ce mot « prophétique » : « Cet enfant remplira l'Église de sa puanteur  ». Son autre surnom usuel de « Caballinos », guère plus aimable (« le chevalin »), renvoie à son prétendu goût effréné pour les chevaux et les courses de chars dans l'hippodrome. Il est aussi souvent accusé, dans la littérature monastique, de débauche et d'homosexualité (bien qu'il se soit marié trois fois et ait eu six enfants de sa troisième femme, mais cela aussi lui est reproché, les troisièmes mariages étant en principe interdits).

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Constantin naît à Constantinople en juillet 718, à la fin du blocus d'un an de la capitale par les Arabes (qui lèvent le camp à la mi-août), et l'année suivant la conquête du trône impérial par son père Léon l'Isaurien (mars 717). Il est baptisé à Sainte-Sophie le jour de Noël suivant, en même temps que sa mère Marie est couronnée impératrice. L'associé de Léon dans sa prise de pouvoir a été le général arménien Artavasde, stratège des Arméniaques, à qui Léon a donné sa fille aînée Anne (née vers 705) en mariage, et qu'il nomme curopalate (commandant de la garde du palais) et comte de l'Opsikion. D'emblée, un malentendu s'installe pour la succession de Léon. Constantin est proclamé coempereur dès août 720. En 732, son père lui fait épouser la princesse Tzitzak[1], fille du khagan des Khazars, qui est baptisée sous le nom d'Irène. Elle doit être encore plus jeune que lui, car ils n'auront pas d'enfant avant 750. Constantin est auprès de son père à la bataille d'Akroinon en mai 740, et la gloire de cette victoire contre les Arabes rejaillit aussi sur lui.

Conquête du pouvoir[modifier | modifier le code]

Léon III meurt le 18 juin 741, alors que Constantin a bientôt vingt-trois ans. Il se fait couronner empereur par le patriarche Anastase, et une semaine après décide de partir en campagne en Asie Mineure contre les Arabes. Il confie la capitale au magister Théophane Monôtios. Une fois en Bithynie, il doit rencontrer son beau-frère Artavasde, toujours comte de l'Opsikion, mais leurs deux armées s'affrontent immédiatement, et celle de Constantin est mise en déroute. Le jeune empereur s'enfuit vers le sud. Quant à Artavasde, il se dirige vers Constantinople et y annonce la mort de Constantin. Théophane Monôtios lui fait ouvrir les portes. Les fidèles de Constantin, qui ne croient pas à sa mort, sont arrêtés, et Artavasde est couronné à son tour par le patriarche Anastase.

Mais Constantin est parvenu à Amorium où il gagne le soutien du thème des Anatoliques, et ensuite de celui des Thracésiens. À l'automne 741, il conduit son armée jusqu'au Bosphore, mais il n'a pas de flotte pour traverser, et doit retourner à Amorium pour l'hiver. Artavasde proclame l'un de ses fils, Nicéphore, coempereur, et nomme l'autre, Nicétas, commandant suprême (monostratêgos) en Asie Mineure.

Au printemps 742, Artavasde lui-même dirige une armée vers le thème des Thracésiens. Lui et Constantin s'affrontent près de Sardes, et cette fois c'est Constantin qui est vainqueur. Artavasde retourne à Constantinople. Nicétas, qui se trouve dans le thème des Arméniaques, s'avance avec son armée à la rencontre de Constantin, et les deux s'affrontent en août à la sanglante bataille de Môdrinê (sans doute l'actuelle Mudurnu); Nicétas est battu. En septembre, Constantin franchit le Bosphore tandis que Sisinnios, stratège des Thracésiens, franchit l'Hellespont. Les deux se rejoignent pour assiéger la capitale, où Artavasde est désormais enfermé.

Le siège de Constantinople dure plus d'un an. Artavasde essaie d'envoyer une flotte à travers l'Hellespont pour se procurer des ressources, mais elle est capturée près d'Abydos par les Cibyrrhéotes. Il tente une sortie du côté de la terre, mais doit se replier dans la ville avec de lourdes pertes, dont Théophane Monôtios. Entretemps, Nicétas a reconstitué son armée en Asie et essaie de porter secours à son père, mais il est définitivement battu et fait prisonnier près de Nicomédie par Constantin. Au printemps 743, la disette s'étant installée dans la capitale, Artavasde doit laisser une grande partie des habitants sortir. Le 2 novembre, Constantin s'empare de la ville par une attaque-surprise.

Le vainqueur se montre clément vis-à-vis des nombreux partisans d'Artavasde : celui-ci, ses deux fils et quelques-uns seulement de leurs proches sont aveuglés et enfermés dans un monastère (Saint-Sauveur-in-Chora pour Artavasde) ; le patriarche Anastase est fouetté et promené en public sur un âne dans un rituel humiliant, mais il conserve son poste ; quelques autres ont simplement leurs biens confisqués. Le trop puissant thème de l'Opsikion, qui a été la base du pouvoir d'Artavasde, est divisé.

Réforme militaire[modifier | modifier le code]

Constantin procède d'autre part à une réforme militaire importante : la création d'une branche de l'armée distincte des thèmes, connue sous le nom de tagmata (« les régiments »), probablement prise en grande partie sur l'ancien Opsikion. C'est une armée permanente de 18 000 hommes qui sont cantonnés à Constantinople et dans les environs, en Europe et en Asie. Les six divisions qu'on y distingue portent les noms d'anciennes unités de la garde ou de la garnison de la capitale. Les deux principales sont les Scholes et les Excubiteurs, qui deviennent des unités de cavalerie de quatre mille hommes chacune, les soldats des deux étant répartis de part et d'autre du Bosphore pour rendre plus difficiles les conspirations militaires. Une autre division de quatre mille hommes, les Vigla (du latin vigiliae), est plus spécialement chargée de la surveillance du Palais, et pendant les campagnes militaires de la fourniture des sentinelles des camps. Il y a aussi les Optimates, un corps de deux mille muletiers chargés du transport des bagages, qui sont à mi-chemin entre un tagma et un thème.

Il s'agit donc d'une armée permanente à la disposition de l'empereur, tout autour de la capitale, et qui lui sert pour les petites campagnes militaires décidées rapidement, et aussi comme colonne vertébrale pour des expéditions plus importantes. D'autre part, la dispersion des troupes dans la région de la capitale entre de nombreuses unités relevant, soit des thèmes, soit des tagmata, rend les complots militaires moins probables. Enfin, la présence des soldats des tagmata en Thrace permet à Constantin, dès le début de son règne, d'élargir la zone où s'exerce l'autorité impériale en Europe au détriment des « sklavinies ».

En 746, Constantin utilise sans doute pour la première fois les tagmata dans une expédition sur le territoire musulman, profitant des troubles qui accompagnent la fin du califat des Omeyyades de Damas. Il s'empare de Germanicée, la ville natale de son père, et des localités voisines de Dolichê et de Sozopétra. Il ne cherche d'ailleurs pas à conserver ces villes, mais établit leurs habitants chrétiens comme colons en Thrace. Mais toute opération est suspendue en 747 par un retour particulièrement virulent de la peste : en Sicile et en Calabre à l'automne 745, en Grèce et dans les îles de la Mer Égée en 746, elle atteint Constantinople au début 747 et y fait rage pendant un an, avec de très lourdes pertes. La cour impériale est déplacée à Nicomédie. Le patriarche Nicéphore, dans son Breviarium, indique que la ville de Constantinople est pendant un moment pratiquement vidée de sa population. Quand le fléau s'apaise, en 748, Constantin repeuple sa capitale avec d'autres habitants venant de Grèce et des îles de la mer Égée.

En 751, l'empereur profite du renversement et de la mort de Marwān II, le dernier des Omeyyades de Damas, Al-Saffah, le premier Abbasside, étant occupé à asseoir son pouvoir, pour mener une autre expédition en territoire musulman. Il assiège la place-forte de Mélitène et s'en empare, la fait détruire complètement, et transporte une nouvelle fois ses habitants chrétiens en Thrace. Ces transferts, accompagnés de travaux de fortification des villes de la région, permettent à l'Empire d'y rétablir sa souveraineté. C'est sans doute dans ces années que la cité d'Andrinople, longtemps perdue, redevient byzantine. En revanche, c'est en 751 que l'Empire byzantin perd définitivement Ravenne, conquise par le roi lombard Aistolf. Désormais, l'Empire ne possède plus en Italie péninsulaire que la Calabre et plus ou moins Venise. Constantin, pendant son règne, a de nombreux échanges diplomatiques avec la papauté, les Lombards, et le roi des Francs Pépin le Bref (avec entre autres la présence d'ambassadeurs byzantins au plaid de Gentilly à Pâques 767), mais il n'engage jamais aucune opération militaire en Occident. Ses deux champs d'intervention sont les Balkans et l'est de l'Asie Mineure.

Réaffirmation de l'iconoclasme[modifier | modifier le code]

En 752, Constantin lance une campagne dans tout l'Empire pour réaffirmer la validité de l'interdiction du culte des images, édictée par Léon III en janvier 730. Il faut souligner qu'entre ces deux dates, on ne connaît aucun acte des deux empereurs successifs en rapport avec cette question. Tout au plus peut-on signaler quelques allusions au fait qu'Artavasde, dans le souci de s'assurer des soutiens, aurait autorisé à nouveau les icônes, mais rien n'indique qu'il ait abrogé formellement l'édit de Léon III. Pourtant, la question restait certainement pendante, car les Églises non contrôlées par l'Empire (notamment la papauté) refusaient l'iconoclasme, et des théologiens, comme Jean Damascène en Palestine, y entretenaient la polémique. Cependant Constantin, depuis le début de son règne, avait eu d'autres préoccupations urgentes.

Des émissaires sont envoyés dans tout l'Empire pour inciter les évêques à organiser des synodes et des réunions publiques sur cette question ; le texte intitulé Avertissement d'un Ancien sur les Saintes Images (Nouthesia gerontos) montre un de ces synodes convoqué par un évêque Cosmas, en Cilicie, et où il doit affronter le moine iconodoule Georges de Chypre ; les nombreuses références scripturaires et patristiques avancées par l'évêque indiquent que les théologiens du Palais ont dû constituer des argumentaires à faire circuler. Constantin lui-même, féru de théologie, rédige des traités comme les Peuseis (« Questions ») dont nous avons conservé en partie le texte dans la réfutation qu'en a faite le patriarche Nicéphore Ier (Antirrhetici I et II).

Cette campagne aboutit à la tenue, du 10 février au 8 août 754, du concile de Hiéreia. Rassemblant 338 évêques pendant six mois, c'est un événement de grande dimension. Cependant, la prétention de l'empereur de le présenter comme un concile œcuménique est très curieuse : ni la papauté, ni les patriarcats orientaux d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem ne sont représentés ; de plus le patriarche de Constantinople, Anastase, est mort en janvier, et Constantin ne présente son successeur, qu'il a choisi lui-même, qu'à la séance de clôture du concile, le 8 août, si bien qu'aucun des cinq patriarches traditionnels de l'Église n'apparaît dans ce concile. Aucun concile œcuménique précédent n'a été à ce point un pur acte de l'autorité impériale. Il semble que le principal gain que Constantin retire de toute cette campagne, c'est une autorité renforcée sur le clergé de l'Empire et sur les questions religieuses. Mais au lendemain du concile de Hiéreia, il ne lance aucune persécution contre les iconodoules, pensant sans doute les avoir définitivement subjugués.

Nouvelles campagnes militaires[modifier | modifier le code]

En 755, Constantin fait une nouvelle expédition en territoire musulman, cette fois plus au nord : il s'empare de la forteresse frontalière de Camachum, qu'il conserve, puis de la cité arménienne de Théodosiopolis, pour laquelle il procède comme dans les deux expéditions précédentes : les habitants chrétiens sont envoyés coloniser la Thrace. L'expansion byzantine en Thrace conduit d'ailleurs à une attaque des Bulgares en 756. En 757, une campagne faite d'escarmouches non décisives en Cilicie amène l'empereur à accepter une trêve et un échange de prisonniers avec les Arabes, ce qui lui permet ensuite de se retourner contre les Bulgares et les Slaves.

En 759, une expédition est organisée contre les Slaves de Macédoine, dont une partie du territoire est conquis. En 760, une campagne de grande ampleur a lieu contre le khanat bulgare : une flotte est envoyée le long de la côte de la mer Noire, et les troupes débarquent dans la région du delta du Danube, qu'elles ravagent ; pendant ce temps, l'empereur lui-même s'avance avec une armée terrestre et rencontre les Bulgares près de la forteresse de Markellai (à proximité de la ville actuelle de Karnobat, dans le sud de la Bulgarie) ; il oblige les Bulgares à se retirer, mais au prix de lourdes pertes de chaque côté. Il accepte finalement une trêve, sans poursuivre plus avant, car une armée arabe a envahi le territoire du thème des Arméniaques et tué son stratège.

En 762, le khan Vineš, qui a signé la trêve avec l'empereur et envoyé des otages, est renversé et apparemment tué par Teletz, décidé à reprendre la guerre (mais les événements internes à l'État bulgare de cette époque sont très incertains, tant pour la chronologie que pour les péripéties elles-mêmes). Ce coup de force entraîne la fuite en territoire byzantin d'une partie de l'élément slave du khanat bulgare ; les réfugiés sont installés en Bithynie, parmi les Optimates. Au printemps 763, Constantin lance une nouvelle campagne, sur le même principe que la précédente : il envoie une flotte avec neuf mille soldats débarquer près du delta du Danube, et pendant ce temps lui-même, à partir du 16 juin, marche vers le nord par voie de terre. L'affrontement avec Teletz a lieu le 30 juin près d'Anchialos ; les Byzantins sont vainqueurs, mais avec de lourdes pertes des deux côtés. À son retour à Constantinople, l'empereur célèbre un triomphe.

En juin 766, Constantin lance à nouveau une attaque contre les Bulgares en réitérant le même système : une flotte envoyée le long de la côte, et une armée terrestre qu'il commande lui-même. Mais cette fois-ci, il est moins chanceux : en juillet, la flotte est prise dans une tempête et en grande partie détruite, avec de très nombreux soldats noyés. L'empereur fait récupérer les corps et les fait inhumer, et il retourne sur cet échec à Constantinople.

Complots intérieurs[modifier | modifier le code]

Pendant l'été 763, après sa victoire à Anchialos, Constantin fait arrêter l'ermite Étienne le Jeune, qui, installé sur le mont Saint-Auxence, a acquis un grand rayonnement ; ses motifs sont qu'Étienne refuse de signer le décret du concile de Hiéreia et est le centre d'un mouvement d'agitation à ce sujet parmi les moines, mais surtout qu'il exerce une influence jugée délétère sur des membres de l'aristocratie, y compris sur des officiers et de hauts dignitaires du Palais, auprès desquels on l'accuse de mener une campagne de dénigrement contre l'empereur et de conversion à la vie monastique. Étienne, après une période de relégation sur l'île de Proconnèse, puis d'incarcération à Constantinople, est lynché le 20 novembre 765 par des soldats des tagmata indignés de l'attitude jugée provocatrice de l'ermite à l'égard de l'empereur.

Cet événement va bientôt révéler un malaise dans l'entourage même de Constantin. En août 766, au retour de son expédition manquée en Bulgarie, l'empereur, exaspéré par le comportement sourdement hostile d'une partie du milieu monastique, organise un spectacle de dérision dans l'hippodrome : des moines et des nonnes, en habit laïc, doivent défiler devant le public en se tenant par la main. Quelques jours plus tard, dix-neuf très proches collaborateurs de l'empereur sont arrêtés et accusés de complot ; les deux principaux sont deux frères, Constantin Podopagouros, Logothète du Drome, et Stratêgios, Domestique des Excubiteurs (donc commandant de l'une des deux principales divisions des tagmata) ; les deux sont notamment accusés d'avoir comploté contre l'empereur avec Étienne le Jeune. Parmi les autres conjurés figurent Antiochos, stratège de Sicile et ex-Logothète du Drome, Ikoniatès, stratège de Thrace, le comte de l'Opsikion, et plusieurs autres personnages à peine moins importants. Le 25 août a lieu dans l'hippodrome un spectacle d'humiliation des conspirateurs, et le 26 Podopagouros et son frère sont décapités tandis que les autres sont aveuglés. Dans les jours suivants, l'éparque de Constantinople, Procope, est arrêté à son tour et fouetté, et le 30 août, le patriarche Constantin II, appréhendé, est placé en détention dans le palais d'Hiéreia ; déposé officiellement en novembre, il sera exécuté en octobre 767.

Ces événements conduisent à une radicalisation de la politique intérieure, notamment religieuse, de Constantin. Il donne une place désormais prépondérante à l'armée dans son gouvernement, s'appuyant particulièrement sur la division d'élite des Scholes. Il nomme toute une série de nouveaux responsables en qui il a toute confiance : Antonios, Domestique des Scholes, Michel Mélissène, stratège des Anatoliques, Michel Lachanodrakôn, stratège des Thracésiens, Manès, stratège des Bucellaires. Les mots d'ordre religieux sont radicalisés, puisque le culte des reliques et les prières à la Vierge et aux saints sont aussi condamnés, ce à quoi le concile de Hiéreia s'était refusé, et une politique de répression contre les moines hostiles est menée. Cette politique ne touche pas tout le monachisme byzantin, et elle est plus ou moins généralisée ici et là suivant le zèle des collaborateurs : dans sa province, Michel Lachanodracon donne aux moines et aux nonnes à choisir entre le mariage ou l'aveuglement et l'exil, et avant 772 il en aurait fait disparaître le monachisme. Des monastères confisqués sont affectés au logement de soldats. Mais d'autres exemples montrent que cette politique n'est pas systématique : ainsi sainte Anthousa a fondé vers 740 un monastère double d'hommes et de femmes à Mantinée, en Paphlagonie ; elle reçoit la visite de l'empereur et de sa troisième femme Eudocie à l'occasion d'une grossesse difficile de celle-ci vers 757, et ensuite son établissement est couvert de bienfaits par l'impératrice, qui lui offre même de vastes terrains ; le monastère, très prospère, compte neuf cents moines vers la fin du règne de Constantin. Ce n'est sûrement pas un cas isolé, et il faut d'ailleurs se garder de croire que tous les moines étaient des opposants au concile de Hiéreia.

Fin du règne[modifier | modifier le code]

En 770, après dix ans sans incident notable, les Arabes reprennent leurs raids contre l'Asie Mineure ; ils parviennent jusqu'à Laodicée Combusta, en Lycaonie, mettent la ville à sac et déportent sa population. L'année suivante, d'autres raids sont organisés en territoire grec et les Arabes ramènent encore plus de prisonniers, tandis que les Byzantins attaquent leur territoire du côté de l'Arménie. En 772, ils sont encore de retour, assiégeant la ville fortifiée de Sykê, en Pamphylie. Constantin ordonne alors à une armée formée par les thèmes des Anatoliques, des Bucellaires et des Arméniaques de leur barrer la retraite, mais cette armée est mise en déroute, et les Arabes retournent triomphalement chez eux. L'empereur demande alors une trêve au calife al-Mansour, mais il n'obtient aucune réponse positive.

Impuissant contre les musulmans, Constantin se retourne une nouvelle fois contre les Bulgares : au printemps 774, il embarque sur une grande flotte accompagné des tagmata en direction du delta du Danube, tandis que la cavalerie des thèmes s'avance par voie de terre. Les Bulgares demandent rapidement la paix, ce que l'empereur accepte (peut-être en considération d'un temps menaçant en mer Noire), mais il conserve la cavalerie mobilisée en Thrace. À l'automne, apprenant par ses espions que le khan Telerig s'apprête à faire déporter loin de la frontière des populations slaves réputées favorables à l'Empire byzantin, Constantin saisit ce nouveau prétexte, attaque par surprise, et défait les Bulgares à plate couture.

Au printemps 775, est montée une nouvelle expédition, toujours selon le même principe, mais cette fois l'empereur a repris le commandement de l'armée de terre. Mais le scénario de 766 se reproduit : la flotte remontant la côte de la mer Noire est détruite par une tempête en face de Mésembrie, et Constantin ordonne la retraite. Le khan Telerig fait alors des ouvertures de paix, mais il s'avère que c'est une ruse pour découvrir l'identité des espions byzantins en Bulgarie, qu'il fait tous exécuter. Au début septembre, Constantin prend la tête d'une expédition de représailles, mais arrivé à Arcadiopolis, il est saisi par une forte fièvre, accompagnée de l'apparition de furoncles sur les jambes. Ramené vers Constantinople, il meurt en chemin, à l'âge de cinquante-sept ans.

Unions et descendance[modifier | modifier le code]

Constantin V se marie trois fois :

  • en 732 avec la princesse khazare Tzitzak, baptisée sous le nom d'Irène, morte sans doute en donnant naissance à :
    • Léon IV (25 janvier 750-8 septembre 780) ;
  • avec Marie, qui est sa femme en 751, mais doit mourir la même année, sans enfant ;
  • avec Eudocie, sa compagne après la mort de Marie, épousée à une date incertaine (avant 768) malgré la prohibition des troisièmes mariages, couronnée Augusta le 1er avril 768, morte à une date inconnue, dont il eut :
    • Christophe (né vers 755)
    • Nicéphore (né vers 757)
    • Anthousa (sans doute jumelle de Nicéphore)
    • Nicétas
    • Eudokimos
    • Anthime

Références[modifier | modifier le code]

  1. Son nom est sans doute le turc çiçek, « fleur ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance, Albin Michel, coll. L'évolution de l'humanité, Paris, 1946, (ISBN 2-226-05719-6).
  • John Julius Norwich (trad. Dominique Peters), Histoire de Byzance (330-1453), Paris, Librairie Académique Perrin,‎ 1998 (1re éd. 1999) [détail des éditions] (ISBN 2-262-01333-0)
  • I. Barbe, Irène de Byzance, Perrin