Nicéphore II Phocas

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Nicéphore II Phocas
Empereur byzantin
Image illustrative de l'article Nicéphore II Phocas
L'empereur Nicéphore II Phocas
Règne
3 juillet 963 - 11 décembre 969
6 ans, 5 mois et 8 jours
Période Phocas
Précédé par Romain II
Co-empereur Basile II (960-1025)
Constantin VIII (962-1028)
Suivi de Jean Ier Tzimiskès
Biographie
Naissance v. 912
Décès 11 décembre 969 (~57 ans)
(Constantinople)
Père Bardas Phocas
Épouse Théophano
Liste des empereurs byzantins

Nicéphore II Phocas (en grec Νικηφόρος Β΄ Φωκᾶς ; né vers 912, mort le 11 décembre 969) est un grand général de l'Empire byzantin de la famille Phocas qui accède au trône et devient un empereur contesté. Il règne de 963 à 969.

Origines[modifier | modifier le code]

Fils de Bardas, Nicéphore (prénom qui signifie « qui porte la victoire ») appartient à la famille Phocas, originaire de Cappadoce, qui a donné à Byzance plusieurs autres généraux. Il est né vers 912 et rejoint l'armée assez jeune. Son grand-père, prénommé aussi Nicéphore, s’est illustré en Italie et en Sicile d’où il a chassé les Maures d’Afrique du Nord sous Basile Ier, et a combattu les Bulgares sous Léon VI. Un de ses fils et oncle de Nicéphore, Léon Phocas, a été domestique des Scholes, commandant en chef des armées dans la guerre contre les Bulgares, et a même tenté d’usurper le trône de Constantin VII Porphyrogénète avant d'être arrêté par Romain Lécapène. Un autre de ses oncles, du côté maternel, est saint Michel Maleïnos, higoumène au mont Kyminas en Bithynie. Le père de Nicéphore, Bardas Phocas, a combattu les Arabes et est devenu un vrai héros populaire ; il a également aidé Constantin VII à recouvrer son pouvoir abandonné aux Lécapène.

Nicéphore a deux frères. Le premier, Constantin, stratège de Séleucie, est fait prisonnier par les Hamdanides en 949 et meurt empoisonné dans un cachot six ans plus tard selon Kédrènos. Le second, le curopalate et stratège de Cappadoce Léon Phocas le Jeune, le remplace comme commandant sur la frontière orientale.

Premiers exploits militaires[modifier | modifier le code]

Sous Constantin VII, il devient stratège des Anatoliques en 946[1] et est nommé domestique des Scholes en 955. Dans la guerre contre les Arabes, il commence par une sérieuse défaite en 956, qu'il fait oublier par ses victoires en Syrie les années suivantes.

Constantin VII le nomme magister et domestique des Scholes d’Orient, ce qui en fait le commandant des forces impériales en Asie.

L’expédition en Crète[modifier | modifier le code]

Depuis sa conquête par les Arabes en 824, la Crète est devenue la base arrière de pirates pillant le pourtour des terres byzantines. Leurs expéditions sont sanglantes et sans pitié, comme celle de 904 sur Thessalonique racontée par Jean Caminiatès. Dès 825, les Byzantins tentent de reprendre l’île, mais toutes les tentatives sont des échecs. En tout, cinq tentatives ont lieu avant 960 ; la dernière, commandée par Constantin Gongylès, à la fin du règne de Constantin VII, est un désastre. Les pirates ruinaient le commerce des ports byzantins, aussi Joseph Bringas, le parakimomène, chef du Sénat et vrai détenteur du pouvoir impérial sous Romain II, décide d’une nouvelle expédition. Il place à sa tête le meilleur général de l’empire, Nicéphore Phocas. Bringas doit vaincre l’opposition du Sénat qui voit, non sans raison, en Nicéphore un possible usurpateur du trône impérial tant il est populaire.

L’époque est favorable à une action sur la Crète, les musulmans étant alors désorganisés et empêtrés dans des guerres intestines.

Nicéphore mène l’expédition sur la Crète, ravage Candie après un siège de dix mois et élimine la présence arabe de l'île.

Campagne en Orient[modifier | modifier le code]

Après avoir reçu les honneurs rares du triomphe et être fait domestique des Scholes d’Orient (il remplace son frère Léon à ce poste), il retourne dans l'Est avec une armée forte et bien équipée durant l’hiver 961-962. Il s'empare en 962 d'Anazarbe et Sis en Cilicie, passe ensuite en Syrie du nord et enlève à l'émir hamdanide Sayf al-Dawla la ville d'Alep (23 décembre 962) qui est impitoyablement saccagée. Mais ne pouvant s'emparer de la citadelle, il quitte la ville et rentre en Cilicie. Le thème de Séleucie est alors reformé.

Après être allé à Constantinople recueillir la couronne impériale en 963, Nicéphore dirige une seconde opération contre les Hamdanides, qui règnent à l'époque sur la Syrie du nord et sur Mossoul, au moment même où les Bouyides de Bagdad prennent à revers ces derniers. Dans un manifeste adressé à la cour de Bagdad, Nicéphore annonce ses intentions avec clarté : reprendre Antioche puis Damas et renvoyer les Arabes dans leur patrie d'origine, l'Arabie. Enfin, il souhaite reprendre Jérusalem. Il ne fait toutefois pas de conquêtes permanentes. C'est durant cette campagne que lui est donné le sobriquet « la mort pâle des Sarrasins ».

Règne[modifier | modifier le code]

Accession au trône[modifier | modifier le code]

Entrée de Nicéphore Phocas à Constantinople (manuscrit Skylitzès).

À la mort de Romain II dans des circonstances suspectes, il retourne à Constantinople pour se défendre contre les intrigues engendrées par le ministre Joseph Bringas. Avec l'aide de Théophano, la jeune veuve de l'empereur, qui veut protéger la vie de ses enfants, et du patriarche, il reçoit le commandement des forces orientales et est proclamé empereur par le Sénat puis par l'armée le 3 juillet 963 devant Césarée.

Après un soulèvement populaire contre Bringas à Constantinople, Nicéphore Phocas fait son entrée dans la ville et y est couronné le 16 août au côté des fils de Romain II. Le 20 septembre, il épouse Théophano malgré l'opposition de son fils, le patriarche Polyeucte (il initie une procédure de nullité de mariage plus tard).

Poursuite des conquêtes[modifier | modifier le code]

Nicéphore II et son beau-fils, le futur Basile II.

Au cours de son règne, il continue les campagnes militaires. De 964 à 965, il conquiert définitivement Tarse, Massissa et la Cilicie pendant que le patrice Nicétas Chalcoutzès reprend Chypre aux musulmans (964/965). En 966 il ravage la Mésopotamie jusqu'à Nisibe puis s'enfonce en Syrie ou il s'empare de la place forte d'Arta, entre Alep et Antioche. En janvier 967, la mort du prince hamdanide d'Alep, Ali Sayf al-Dawla, remplacé par son fils, l'incapable Saad el-Dwala, renforce la position de Nicéphore.

En 968, il réduit la plupart des forteresses de Syrie et après une victoire devant Alep, Nicéphore s'empare de Ma'arrat al-Numan, Kafartab, Chayzar, dont il réduit en cendres la grande mosquée, puis Hama et Homs, laquelle est livrée aux flammes. Après le saccage de la vallée de l'Oronte, le Basileus s'approche de la côte libanaise et prend Jabala, Arqa, Tortose et reçoit la soumission de Laodicée. L'expédition est un succès et l'empereur retourne à Constantinople avec un butin considérable et sans doute plusieurs dizaines de milliers de captifs. Il charge son neveu Pierre Phocas et le stratège Michel Bourtzès du blocus d'Antioche. À la suite d'une attaque surprise de Michel Bourtzès le 29 octobre 969, la ville est prise définitivement le 1er novembre avec l'intervention de Pierre Phocas. La reconquête d'Antioche par les Byzantins marque le couronnement de la croisade grecque. La ville constitue pendant plus d'un siècle la place forte de l'empire dans la région. En décembre 969 ou janvier 970, Pierre Phocas prend à nouveau la ville d'Alep (où un usurpateur, Kargouya, a chassé Saad el-Dwala), à l'exception de la citadelle, et se contente d'obtenir une promesse de vassalité ainsi que de relever toutes les églises chrétiennes.

Nicéphore est moins heureux en Occident. Après avoir renoncé au tribut des califes fatimides, il envoie une expédition en Sicile (964-965), mais les défaites subies sur terre et sur mer le forcent à quitter l'île. En 967, il fait la paix avec les Sarrasins de Kairawan pour mieux combattre Otton Ier du Saint-Empire qui attaque les possessions byzantines en Italie. Nicéphore doit faire retraite.

Du fait de ses campagnes militaires et de la maintenance d'une armée puissante, Nicéphore doit exercer une politique fiscale rigide. Il réduit les largesses de la cour et met fin aux exemptions d'impôts du clergé. Bien qu'il se considère lui-même comme un ascète, il interdit la fondation de nouveaux monastères.

Trahison[modifier | modifier le code]

Les impôts trop élevés et la dépréciation de sa monnaie rendent Nicéphore très impopulaire, et, en 967, un mouvement de foule hostile à son encontre éclate lors d'une procession ; l'empereur essuie alors des jets de pierre[2][réf. incomplète].

Trop âgé, Nicéphore n'est pas un mari séduisant pour Théophano, qui le trompe avec Jean Tzimiskès. Elle ne tarde pas à tramer un complot contre lui avec l'aide de son neveu et de Tzimiskès. Ce dernier était assigné à résidence dans ses terres d’Arménie par Nicéphore — sous l’influence de son frère devenu curopalate. En plus de subir la disgrâce de se voir retirer le commandement de ses armées, Tzimiskès est fait logothète de la course publique (responsable des postes). Théophano, dont Nicéphore était passionné, parvient à faire lever la disgrâce.

Les conjurés décident donc de passer à l’action et de supprimer Nicéphore. Les suivantes de Théophano font entrer un détachement commandé par Tzimikès dans le palais impérial de Boucoléon le 11 décembre 969. Ce groupe est composé de huit à dix hommes, dont Michel Bourtzès, stratège disgracié, Léon Pédiasomos, un autre patrice, Léon Abalantés, taxiarque, et Théodore le Noir. Ils poignardent Nicéphore pendant son sommeil. Sa tête est tranchée et exposée en public, son corps est jeté dans la neige. Peu après, ses restes sont ensevelis discrètement aux Saints-Apôtres dans un sarcophage sur l’heroon de Constantin. Abalantés est désigné comme coupable et bouc-émissaire ; il est exécuté peu après[3].

Il reste une incertitude sur les motivations de Théophano. Selon certains chroniqueurs, elle a agi pour un motif purement crapuleux ; d’autres chroniqueurs, tel Manassès, la dédouanent entièrement et parlent de la menace que faisait peser Nicéphore et son frère sur les enfants de Théophano. Cette dernière craignant de voir ses fils mutilés et exilés dans un monastère aurait alors fait appel à Tzimiskès.

Nicéphore Phocas vu par les chroniqueurs byzantins[modifier | modifier le code]

Les chroniqueurs byzantins sont clairement divisés sur Nicéphore. Certains, comme Léon le Diacre, lui sont très favorables, alors que d’autres comme Jean Skylitzès, Georgios Kédrènos ou Jean Zonaras ne mâchent pas leurs mots dans le mépris qu’ils ont pour lui. Ainsi Skylitzès doute-t-il fortement de son apparente vertu et de son austérité. Il raconte l’avènement de Nicéphore :

« Le 20 septembre [963], levant le masque qu’il avait pris et cessant de jouer la comédie, il épousa en justes noces Théophanô. À cette occasion, il prit aussi de la viande alors qu’auparavant il s’abstenait d’en manger depuis que Bardas, le fils qu’il avait eu de sa première épouse, prenant de l’exercice à cheval dans la plaine avec son neveu Pseulès, était mort d’un coup de lance donné involontairement. Nicéphore faisait-il cela par abstinence vraie ou bien jouait-il la comédie afin de tromper les gens au pouvoir à l’époque ? »

Ces attaques portent aussi sur son aspect physique et sa manière d’être. Ainsi Kédrènos décrit Nicéphore comme petit, gros, avec de larges épaules, d’une humeur sombre et taciturne et cependant voué aux passions. Ses panégyristes y voyaient plutôt de la sagesse et de la sévérité ainsi qu'un haut sens de la justice. Ainsi Léon le Diacre écrit-il que « Nicéphore était un juste, un scrupuleux observateur de la loi ». Mathieu d'Édesse dans sa Chronique fait l’éloge de son humanité : « C’était un homme de bien, saint, animé de l’amour de Dieu, plein de vertu et de justice, et en même temps brave et heureux dans les combats. Miséricordieux pour tous les fidèles du Christ, il visitait les veuves et les captifs et nourrissait les orphelins et les pauvres. » Plusieurs chroniqueurs attestent de sa piété. Athanase de Trébizonde, moine au mont Athos, était très lié à lui et le poussait à adopter la vie monastique. Ce dernier fut récompensé de cent livres d’or pour avoir prédit la victoire de Nicéphore sur les Arabes.

Cette opposition des historiens est sans doute renforcée par le fait que Nicéphore accorde, non sans raisons, de nombreux subsides à l’armée et dépouille le Sénat et les monastères. Skylitzès fait par ailleurs le récit de sa fin de règne, dans lequel Nicéphore passe pour développer un état d’esprit paranoïaque. Ainsi écrit-il que Nicéphore fait construire un mur autour du palais et « une citadelle d’où il put exercer sa tyrannie sur les malheureux citoyens ». Il finit par critiquer sa brutalité envers les citoyens de Constantinople — dont il avait fini par se faire détester — ainsi que son avarice.

Nicéphore Phocas vu par Liutprand de Crémone[modifier | modifier le code]

L'évêque lombard Liutprand de Crémone, envoyé comme ambassadeur à Constantinople par l'empereur germanique Otton le Grand, donne une description peu flatteuse de l'empereur byzantin :

« Ce Nicéphore me parut un vrai monstre. Il a une taille de Pygmée, une grosse tête, de petits yeux, une barbe courte, large, épaisse, entremêlée de blanc et de noir, un cou fort court, des cheveux fort longs et fort noirs, un teint d'Éthiopien et capable de faire peur à quiconque le rencontrerait dans l'obscurité de la nuit, de longues cuisses, de courtes jambes, un habit déteint et usé, une chaussure étrangère, une langue piquante et injurieuse, un esprit dissimulé et fourbe[4]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Skylitzès, Synopsis historiôn, p. 238.
  2. Michel Kaplan
  3. Charles Lebeau, Histoire du Bas-Empire en commençant à Constantin le Grand, vol. 13, Desaint & Saillant, 1770, p. 98-99 [lire en ligne] : « La nuit suivante, Tzimikès aborde au port de Boucoléon au pied de la muraille du palais. Il amenait avec lui Burzès, celui qui avait pris Antioche et qui en avait été si mal payé de l'empereur, Léon surnommé Balanès ou Valens, c'est-à-dire le Fort, Théodore-le-Noir et deux autres capitaines. Les femmes de l'impératrice, qui les attendaient, leur descendent des corbeilles et les tirent sur le mur. Ils vont sans bruit à l'appartement de l'empereur. Ceux qu'on avait tenus cachés dans la chambre obscure, se joignent à eux. Théophano avait pris toutes les mesures nécessaires pour leur faciliter l'accès sans être aperçus. Ne le trouvant pas dans son lit, ils se croient découverts ; ils allaient prendre la fuite et se précipiter du haut des murs, si un petit eunuque, sortant de l'appartement des femmes, ne les eût conduits au lieu où reposait Nicéphore. Il s'était retiré dans la forteresse dont j'ai parlé, qui communiquait avec le palais, et qui venait d'être achevée le jour précédent. Ils le trouvèrent couché par terre sur une peau d'ours. Il venait de s'endormir et ne les entendit pas entrer. Tzimikès le réveille d'un coup de pied ; et comme il levait la tête en s'appuyant sur son coude, Léon lui fend le crâne d'un coup d'épée. On le traîne aux pieds de Zimiséès, qui l'accable d'injures et de reproches, lui arrache la barbe, lui fait briser les mâchoires avec le pommeau des épées. Nicéphore endurait ces horribles traitements sans dire autre chose sinon, Mon Dieu, ayez pitié du moi. Enfin Théodore-le-Noir l'acheva d'un coup de lance au travers du corps. Comme les gardes, avertis par le bruit, accouraient au secours, et qu'une foule de peuple s'assemblait au dehors, on coupe la tête au prince expirant, et on la montre par une fenêtre à la lueur des flambeaux. À cette vue tous prennent la fuite, et Tzimikès demeure maître du palais. »
  4. Liutprandus Cremonensis Episcopus, Relatio De Legatione Constantinopolitana, Xe siècle. Source consultable sur le site remacle.org.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Skylitzès, Synopsis historiôn, p. 260-283.
  • Gustave Schlumberger, Un empereur byzantin au dixième siècle : Nicéphore Phocas, éd. Boccard, 1923.
  • Gilbert Dagron et Haralambie Mihaescu. Le traité sur la guérilla de l'empereur Nicéphore Phocas, CNRS éditions, septembre 2009.