Phocas

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Phocas (homonymie).
Phocas
Empereur byzantin
Image illustrative de l'article Phocas
Solidus à l'effigie de Phocas
Règne
27 novembre 602 - 5 octobre 610
7 ans, 10 mois et 8 jours
Période Usurpateur
Précédé par Maurice
Suivi de Héraclius
Biographie
Nom de naissance Flavius Phocas Augustus
Naissance v. 547
Décès 5 octobre 610 (63 ans)
Constantinople
Mère Domentzia
Épouse Léontia
Descendance Domentzia
Liste des empereurs byzantins

Phocas (latin : Flavius Phocas Augustus, grec : Φωκάς), (né vers 547, mort le 5 octobre 610) est empereur byzantin de 602 à 610.

Biographie[modifier | modifier le code]

Militaire[modifier | modifier le code]

Natif de Thrace, hellénophone de naissance, Phocas entre dans l'histoire en 600, alors qu'il n'est qu'un simple centurion. Les Avars avaient fait près de 13 000 prisonniers et leur khan exigeait une modeste rançon pour chaque captif. L'empereur Maurice Ier, parcimonieux à l'excès, refusa et les prisonniers furent tués. Une délégation fut envoyée à Constantinople mais n'obtint rien de plus. Phocas, qui en faisait partie, ayant parlé de manière inappropriée devant l'empereur, fut giflé par un dignitaire.

Pendant l'hiver 601-602, une famine fait rage à Constantinople et provoque des émeutes que l'empereur Maurice a le plus grand mal à réprimer. L'empereur est si impopulaire qu'il est ouvertement raillé dans les rues de la capitale et qu'il est lapidé par la foule pendant une procession. L'été suivant, il envoie son frère Pierre à la tête d'une armée pour combattre les Slaves au nord du Danube; pour économiser des vivres, il ordonne à Pierre de faire hiverner ses troupes là où elles se trouvent en tirant leur subsistance du pays. Mais le mauvais temps et la froidure s'installent dès l'automne et les soldats s'insurgent de devoir rester dans une contrée si inhospitalière. Pierre ayant refusé de changer les ordres, les troupes se mutinent, mettent Phocas à leur tête, et le prince-général doit s'enfuir vers Constantinople, poursuivi par les mutins.

Arrivés près de la capitale, ceux-ci, excluant le maintien sur le trône de Maurice, proposent de le remplacer par Théodose, son fils aîné, qui refuse. Ils se tournent alors vers Germanus, ancien cohéritier avec Maurice sous le règne de Tibère II, et beau-père de Théodose. Celui-ci, déjà soupçonné par Maurice de cultiver sa popularité auprès de la populace de Constantinople, semble avoir envisagé d'accepter. Menacé d'arrestation, il cherche asile à Sainte-Sophie. Comme les gardes de l'empereur tentent de l'en extraire, une émeute éclate, paroxysme de la situation explosive qui règne depuis plusieurs mois dans la ville. Maurice, sa famille et ses fidèles doivent s'embarquer pour se réfugier sur l'autre rive du Bosphore. Cependant, dans la capitale, parmi les émeutiers, la faction des Verts s'oppose violemment à la proclamation de Germanus comme empereur : c'était un fervent partisan des Bleus. Finalement, dès l'entrée de Phocas dans la ville à la tête de ses troupes, le 23 novembre 602, il est proclamé et couronné empereur, âgé d'environ cinquante-cinq ans.

Installation au pouvoir[modifier | modifier le code]

Maurice et sa famille sont rattrapés près de Nicomédie et ramenés à Chalcédoine. L'ex-empereur, cinq de ses six fils et son frère Pierre sont décapités le 27 novembre et leurs têtes exposées à Constantinople. Phocas prétend avoir aussi fait exécuter le fils aîné Théodose, mais sa tête n'ayant pas été montrée, beaucoup présument qu'il a pu s'enfuir. Ce renversement violent et cette exécution d'un empereur sont les premiers depuis la fondation de Constantinople et de l'Empire d'Orient; un tel crime de lèse-majesté horrifie dès le début du règne une partie de l'opinion publique. Quant à l'ex-impératrice Constantina et à ses trois filles, elles sont épargnées. Une fois Maurice et ses héritiers éliminés, Phocas se montre d'ailleurs extrêmement modéré : Germanus et Philippicus, frère de Constantina et comte des Excubiteurs (chef de la garde impériale), sont épargnés et Philippicus maintenu dans ses fonctions. Phocas s'efforce d'une manière générale de rassurer et se concilier les dignitaires en place. Dès 603, Constantina, ses filles, Philippicus et Germanus sont impliqués dans un complot visant à faire proclamer ce dernier empereur. Phocas réagit seulement en enfermant les femmes dans un couvent et en faisant ordonner prêtres les deux hommes. Comme comte des Excubiteurs, il remplace Philippicus par Priscus, ancien général et fidèle de Maurice.

Phocas n'est reconnu ni par le général de l'armée d'Orient, Narsès, ni par le roi des Perses, Chosroès II. Celui-ci avait été accueilli comme hôte par Maurice et aidé par l'ex-empereur à reconquérir son trône, et c'est Narsès qui l'avait raccompagné dans sa capitale (en 591). L'ambassadeur envoyé par Phocas à Chosroès pour lui annoncer son avènement est jeté en prison. Narsès prétend avoir sous sa garde le fils aîné de Maurice, Théodose, et invite Chosroès à se joindre à lui pour mettre sur le trône l'héritier légitime. Cependant la majorité de l'armée d'Orient se rallie à Phocas. Les Perses entrent sur le territoire de l'Empire, battent une première fois les troupes byzantines et assiégent Dara, principale forteresse impériale sur la frontière (604).

Phocas réagit énergiquement. Ayant conclu un traité avec les Avars dans les Balkans, moyennant le paiement d'un lourd tribut, il constitue une grande armée sous le commandement de l'eunuque Léontius et l'envoie en Orient. Mais les Slaves, inorganisés et incontrôlables, ignorant le traité signé par les Avars, en profitent pour envahir à nouveau les Balkans et assiéger Thessalonique. En Orient, Chosroès est arrivé lui-même avec une armée et celle de Léontius est lourdement défaite. Les nombreux prisonniers byzantins sont massacrés par les Perses. Le prétendu Théodose rejoint Chosroès, et beaucoup, jusqu'à Constantinople, n'avaient pas de doute sur son identité.

Complots et troubles dans l'Empire[modifier | modifier le code]

Colonne de Phocas, dernier monument dressé sur le Forum Romain.

Dans la capitale, l'ex-impératrice Constantina et Germanus, mère et beau-père de Théodose, mettent au point un nouveau complot, qui implique de nombreux hauts dignitaires à l'intérieur même du palais impérial : le préfet du prétoire Théodore, le comte des Largesses Sacrées (ministre des dépenses publiques) Athanase, le général Romanus, ancien fidèle de Maurice... La conspiration est découverte en juin 605 et cette fois sauvagement réprimée : tous les participants sont torturés et exécutés, y compris Constantina, ses trois filles et la femme de Théodose. En Orient, Domentiolus, neveu de Phocas, qui a remplacé Léontius, parvient à obtenir la reddition de Narsès en lui promettant la vie sauve. L'empereur ne tient aucun compte de cette promesse et ordonne que le général déchu soit brûlé vif.

Le supposé Théodose meurt à une date indéterminée sans qu'on puisse dire avec certitude s'il était ou non un imposteur. Dara tombe aux mains des Perses après un long siège, et à partir de 607 Chosroès et ses généraux Schahr-Barâz et Shahin Vahmanzadegan envahissent la Mésopotamie et l'Arménie byzantines. L'armée de Domentiolus est mise en déroute près de Théodosiopolis (actuelle Erzurum).

En Italie également, où Phocas a nommé en 603 l'exarque Smaragdus, une nouvelle phase de guerre avec les Lombards aboutit en 605 à une paix peu glorieuse pour l'Empire, sanctionnant la perte de territoires et de villes importantes (Crémone, Mantoue). Ces défaites affaiblissent de plus en plus l'autorité de Phocas, qui tente de conforter sa position en mariant sa fille Domentia au comte des Excubiteurs Priscus, promis à la succession puisque l'empereur n'a pas de fils. Mais en 608 la peste fait son retour à Constantinople, et la famine causée par de mauvaises récoltes sévit également. C'est alors qu'Héraclius l'Ancien, exarque de Carthage, se déclare rebelle, peut-être avec la complicité de Priscus avec qui il aurait secrètement correspondu. Pendant l'été 608, il envoie son neveu Nicétas s'emparer par surprise d'Alexandrie et de la Basse-Égypte. Les provinces d'Égypte et d'Afrique fournissant presque tout le ravitaillement en grain de Constantinople, les rebelles sont en situation d'obtenir rapidement le renversement de Phocas.

L'empereur réagit en envoyant le gouverneur de Syrie, Bonosus, déloger Nicétas de Basse-Egypte (début 609). Mais cette manœuvre dégarnit plus encore les défenses byzantines face à l'invasion perse. Après avoir envahi la Cappadoce et saccagé la ville de Césarée, Shahin lance son armée à travers l'Anatolie et un détachement parvient jusqu'à Chalcédoine, ville située en vis-à-vis de Constantinople sur le Bosphore.

En Égypte, Bonosus est d'abord parvenu à enfermer Nicétas dans Alexandrie, mais le neveu d'Héraclius retourne finalement la situation, et à la fin de l'année 609 Bonosus doit se retirer d'Égypte. Nicétas renvoie alors une partie de ses troupes à Carthage, où son cousin Héraclius le Jeune, fils de l'exarque, monte une expédition maritime pour attaquer directement la capitale.

La chute[modifier | modifier le code]

À ce point des événements, l'autorité de Phocas est déjà complètement ruinée : la déroute face aux Perses, arrivés devant Constantinople, les Balkans livrés aux Slaves, la sécession de la moitié de l'Empire, la famine, la peste... tout le discrédite. Le chaos s'installe dans les villes. Les cités syriennes sont fortement troublées par des affrontements violents entre chrétiens orthodoxes, monophysites et Juifs. À Thessalonique, menacée par les Slaves, ce sont les factions du cirque qui s'affrontent dans les rues. L'empereur est ouvertement insulté et méprisé dans la capitale, où les Verts et les Bleus se battent également, et les vaines tentatives de répression du souverain discédité ne font qu'envenimer les choses. Au cours de l'année 610, la partie de la Syrie non encore envahie par les Perses et l'île de Chypre passent à la rébellion, et tandis qu'Héraclius le Jeune cingle avec sa flotte vers Constantinople, un mouvement se fait dans plusieurs provinces pour le rejoindre et le soutenir. En septembre 610, la flotte franchit l'Hellespont ; le 3 octobre, elle arrive devant la capitale.

Dans la ville règne l'anarchie. La faction des Verts livre à Héraclius le port qu'elle garde. Le gouverneur Bonosus, qui a rejoint la capitale, est lynché par des émeutiers. Puis c'est le tour de Domentiolus, frère de l'empereur (et père du général homonyme). Priscus, le comte des Excubiteurs, se rallie rapidement à Héraclius. Le 5 octobre, Phocas est capturé par un groupe d'hommes à l'intérieur du palais impérial, dans l'église palatiale de l'Archange où il s'est réfugié, et emmené complètement nu jusque sur le navire d'Héraclius. « Est-ce ainsi, misérable, que tu as gouverné l'État ? » lui lance ce dernier. « Nul doute que tu feras mieux. », lui répondit-il. Puis Phocas est mis à mort sur le navire même. On lui coupe la main droite, puis la tête, et ces parties de son corps sont portées en trophées à travers la ville. Son cadavre ainsi mutilé, dit-on, est écorché, et finalement ses restes sont jetés dans un four qui se trouve sur le Forum du Bœuf. Plusieurs fonctionnaires qui ont servi sous lui connaissent le même jour un sort comparable.

Relation avec Rome[modifier | modifier le code]

En matière religieuse, Phocas est un allié proche de la papauté, qu'il couvre de ses faveurs et qui lui témoigne en retour son appui total. Le pape Grégoire Ier (590-604), en délicatesse avec Maurice, accueille son avènement par une lettre de félicitation dont le ton enthousiaste (Lætentur cæli, exsultet terra, etc.), mis en regard avec le meurtre de Maurice et de ses fils, lui a été beaucoup reproché. Par un édit de 607, Phocas reconnaît officiellement la primauté universelle de l'évêque de Rome et interdit au patriarche de Constantinople de porter le titre de « patriarche œcuménique ». Ces décisions lui attirent l'hostilité de l'Église grecque. Ferme partisan du symbole de Chalcédoine, défendu notamment par les papes, il persécute les monophysites. Il offre à la papauté l'ancien panthéon de Rome, qui devient l'église Sainte-Marie-aux-Martyrs. En remerciement, la colonne de Phocas est érigée en 608 sur le Forum Romain ; c'est historiquement le dernier monument du Forum et le dernier monument « antique » de Rome.

Personnalité[modifier | modifier le code]

Phocas est en général fort dévot, chose habituelle à l'époque, et consulte notamment le célèbre ascète Théodore de Sykéon.

Ce sous-officier sorti du rang, devenu empereur par un concours de circonstances, est d'emblée considéré comme un usurpateur indigne par toutes les élites byzantines. Son règne se passe à déjouer des complots, ce qu'il fait d'une manière de plus en plus sanglante. L'hostilité qu'il rencontre de la part des hauts responsables de l'administration et de l'armée, combinée sans doute à son inculture et à son inexpérience politique, tout cela conduit à des catastrophes auxquelles il veut faire face de façon brouillonne et violente. Cela étant, vu la situation qu'il a à affronter dès son avènement, on peut aussi considérer comme une performance le simple fait de s'être maintenu au pouvoir pendant huit ans. L'historiographie byzantine postérieure, déjà sous le règne d'Héraclius, a construit autour de lui une légende noire : celle d'un monstre assoiffé de sang responsable de tous les malheurs qui suivirent.

Il est l'un des protagonistes d'une pièce de Pierre Corneille, Héraclius (1647).

Notes et références[modifier | modifier le code]


Voir aussi[modifier | modifier le code]