Fou-nan

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Fou-nan
Phù Nam (vi)

ហ្វូណន (km)

Ier siècleVIIe siècle

Description de cette image, également commentée ci-après

carte du Fou-nan et du Champa autour du IIIe siècle après JC

Informations générales
Capitale Vyadhapura, puis Oc Eo
Histoire et événements
Ier siècle Fondation du royaume dans le delta du Mékong
Années 270 Attaque contre le Tonkin chinois
357 Vassalisé par la Chine
VIIe siècle Conquête par le Chenla

Entités suivantes :

Le Fou-nan ou Funan (khmer : ហ្វូណន (Hvaunan); vietnamien: Phù Nam) (aussi appelé en khmer "Nokor Phnom" នគរភ្នំ) était un royaume situé près du delta du Mékong et qui s'est développé avant l'empire Khmer, dans les premiers siècles de notre ère. L'apogée de cette civilisation se situe au Ve siècle de notre ère. En effet, dès le siècle suivant, des conflits internes et des tensions dynastiques commencèrent à miner sa stabilité, facilitant les incursions de voisins hostiles, notamment du Tchen-la - qui était probablement plus une confédération de villes-États qu'un puissant État unitaire -, qui réussit, au VIIe siècle, à faire du Fou-nan son vassal.

Généralités[modifier | modifier le code]

Le Fou-nan était ce qu'on appelle un royaume indianisé, c’est-à-dire que les vestiges archéologiques sont de culture hindoue, les vestiges épigraphiques sont écrits en sanskrit et que les classes dominantes étaient par conséquent très probablement de culture et de religion brahmanique. (Voir l'article Indianisation de la péninsule indochinoise). Il constitue le premier des États indianisés et est généralement considéré par les Cambodgiens comme le plus ancien royaume khmer.

La capitale d'abord située à Vyadhapura, près de l'actuelle Phnom Penh s'est ensuite déplacée à Oc Eo un peu plus tard.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le Fou-nan est mentionné pour la première fois dans la description d'une expédition chinoise dans le pays au IIIe siècle (le nom même du Fou-nan dérive de la lecture chinoise de l'ancien mot khmer bnam [phnom, « montagne »], mais le nom de ses habitants reste un mystère) : une ambassade chinoise a rapporté que l’État avait été fondé par un brahmane du nom de Kaundinya, qui, dans un rêve, avait reçu des instructions de s'emparer d'un arc magique dans un temple et de battre les armées d'une princesse khmère du nom de Soma, fille d'un chef indigène, le roi des Nagas. Kaudinya épousa ensuite Soma, et c'est de leur union que descendrait la dynastie royale du Funan. Ce mythe de Kaudinya et de Soma rendait légitime aussi bien le culte brahmanique que le culte rendu à la divinité des cobras qui étaient pratiqués en même temps par les habitants du royaume.

Au commencement de l'histoire du Fou-nan, la population était probablement concentrée en villages le long du Mékong et du grand lac Tonlé Sap; ainsi, les déplacements et les échanges commerciaux se faisaient surtout par voies fluviales. L'ensemble de la zone deltaïque favorisait une économie basée sur la culture du riz et sur la pêche. On trouve des indications d'une production rizicole abondante, facilitée par un système d'irrigation efficace. Cependant, le rôle essentiel que joua le commerce maritime dans l'histoire du Fou-nan est confirmé par la découverte d'objets indiens, perses, grecs et romains dans son port principal, Oc Eo, aujourd'hui au Vietnam.

Au début du IIIe siècle, l'empire du Fou-nan s'étendit jusqu'au sud de la Malaisie, et, à l'ouest, jusqu'à l'Irrawaddy, c’est-à-dire, jusqu'à l'actuel Myanmar. Le souverain le plus remarquable fut Fan Che-man (Fan Shih-man en anglais). Il développa la flotte et la bureaucratie de l'empire. Il créa aussi un ensemble d’États vassaux qui conservèrent leurs coutumes et leur identité.

Fan-Tchan (khmer : ហ្វាន់ចាន់), successeur de Fan Che-man établit des relations commerciales avec la Chine, l'Inde et même avec l'Empire romain. À cette époque, les relations terrestres entre la Chine et l'occident étaient rompues et le Fou-nan occupait une situation privilégiée sur la route du commerce maritime.

En dehors des sources chinoises, on connaît peu de choses sur le pays. Dans les années 270, le Fou-nan, allié à son voisin le Champa, attaqua le Tonkin qui était alors une province chinoise. En 357, le Fou-nan dut accepter la suzeraineté de la Chine. Cette situation de dépendance dura jusqu'à l'éclatement de l'empire au Ve siècle. La dynastie des Sailendras qui régna sur Java and Shrîvijaya (dans l'île de Sumatra) prétendait descendre de la dynastie de Fou-nan.

Les sources chinoises font état, en 357, d'un souverain indien qui aurait pris le titre de Chandan. Ensuite, on n'entend plus parler du Fou-nan jusqu’aux débuts du Ve siècle. De 484 à 514, le règne de Jayavarman marque pour le Fou-nan une époque de grandeur et de brillante civilisation.

Culture[modifier | modifier le code]

Stèle du Fou-nan. Le texte mentionne la consécration d'une empriente du pied de Vishnu par le roi Gunavarman et des travaux de drainage.

Les vestiges archéologiques laissent présumer que le royaume était sous une forte influence de la culture indienne. Le sanskrit, ancienne langue de la littérature religieuse et mythologique indienne, était le langage de la cour, avec, comme religion dominante l’hindouisme jusqu'au Ve siècle et ensuite, diverses tendances bouddhistes. Cependant, après modification de l'alphabet sanskrit lors de la diffusion de cette langue, un système local d'écriture avait été créé.

Les impôts étaient payés avec de l'or, de l'argent, des perles et du bois précieux. Selon les témoins chinois, l’esclavage était une pratique courante et les ordalies étaient utilisées pour rendre la justice (le système juridique était calqué sur celui de l'Inde, le Code de Manu. En outre, les cérémonies de la cour et les structures politiques s'inspiraient des modèles importés

En 263, un groupe de musiciens du Fou-nan en tournée en Chine impressionnèrent tant l'empereur de Chine qu'il ordonna la création d'un institut de musique Founanaise près de Nankin. Les témoins chinois font état de vastes collections de livres et d'archives, laissant présumer un niveau de scolarisation assez élevé.

L'histoire des Qi méridionaux donne une description du royaume à l'époque du roi Jayavarman (478-514) : Les gens du Funan sont malins et astucieux. Ils prennent de force les habitants des villes voisines qui ne leur rendent pas hommage pour en faire leurs esclaves. Comme marchandises, ils ont l'or, l'argent, les soieries [...] Ils abattent des arbres pour construire leurs demeures. Le roi habite un pavillon à étage [...] Le peuple habite aussi dans des habitations surélevées [...] Pour se distraire, les gens font combattre des coqs et des porcs [...] Là où ils habitent, ils ne creusent pas de puits. Par plusieurs dizaines de familles, ils ont en commun un bassin où ils puisent de l'eau. Leur coutume est d'adorer les génies du ciel, dont ils font des images de bronze ; celles qui ont deux visages et quatre bras ; celles qui ont quatre visages et huit bras [...] Pour les morts, il y a quatre sortes d'"enterrements" : "l'enterrement par l'eau", qui consiste à jeter le cadavre au courant du fleuve ; "l'enterrement par le feu", qui consiste à le réduire en cendres ; l'"enterrement par la fosse", qui consiste à l'enterrer dans une fosse ; "l'enterrement par les oiseaux", qui consiste à l'abandonner dans la campagne[1].

Habitants[modifier | modifier le code]

Selon une mission chinoise venue au Fou-nan entre 245 et 250, les habitants sont tous « laids et noirs avec des cheveux frisés, allant nus et nu-pied ».

Sources[modifier | modifier le code]

  • Cœdès, Georges, Les Peuples de la péninsule indochinoise, Dunod, 1962.
  • Albert Herrmann, “Der Magnus Sinus und Cattigara nach Ptolemaeus”, Comptes Rendus du 15me Congrès International de Géographie, Amsterdam, 1938, Leiden, Brill, 1938, tome II, sect. IV, Géographie Historique et Histoire de la Géographie, pp.123-8.
  • Louis Malleret, L’Archéologie du delta du Mékong, Tome Troisième, La culture du Fu-nan, Paris, 1962, chap.XXV, “Oc-Èo et Kattigara”, pp.421-54.
  • Adhir K. Chakravarti, “Early Sino-Indian Maritime Trade and Fu-Nan”, D.C. Sircar (ed.), Early Indian Trade and Industry, Calcutta, University of Calcutta Centre of Advanced Study in Ancient Indian History and Culture, Lectures and Seminars, no.VIII-A, part I, 1972, pp.101-117.
  • John Caverhill, “Some Attempts to ascertain the utmost Extent of the Knowledge of the Ancients in the East Indies”, Philosophical Transactions, vol.57, 1767, pp.155-174.
  • G. E. Gerini, Researches on Ptolemy's geography of Eastern Asia (further India and Indo-Malay archipelago), London, Royal Asiatic Society, Asiatic Society Monographs vol.1, 1909, pp.194, 213.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Histoire du Monde, collectif sous la direction de George Jehel, édition du temps p.116

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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