Pannonie

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44° 54′ N 19° 01′ E / 44.9, 19.02

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La Pannonie (en latin Pannonia) est une ancienne région de l'Europe centrale, limitée au Nord par le Danube et située à l'emplacement de l'actuelle Hongrie, et partiellement de la Croatie, de la Serbie, de la Bosnie-Herzégovine, de la Slovénie, de l'Autriche et de la Slovaquie.

Les habitants originaux sont les Pannoniens peuple indo-européens apparenté aux Illyriens et aux Vénètes, qui sont envahis par les Celtes et les Boïens au IVe siècle av. J.-C.

La Pannonie dans l'Empire romain, vers 120

L'université de Veszprém, située à Veszprém (Hongrie), est encore appelée université de Pannonie.

Conquête romaine et organisation de la Pannonie[modifier | modifier le code]

En -35, la Pannonie est attaquée par les troupes d'Octave (qui n’est pas encore paré du titre d’Auguste). Selon Suétone, Octave fut blessé deux fois pendant cette campagne. La lutte de pouvoir contre Marc Antoine accapara ensuite Octave.

Entre -12 et -9, les Romains commandés par Tibère reprennent la conquête de l'Illyrie. Tibère doit intervenir à nouveau entre les années 6 et 9 pour réduire une révolte de l’Illyrie au cours d’une guerre difficile, engageant pas moins de 15 légions et autant d’auxiliaires, soit un effectif considérable compris entre 150 000 et 180 000 soldats. Après sa victoire, l’Illyrie est divisée en Dalmatie et en Pannonie ; la Pannonie est organisée en province impériale gouvernée par un légat, à la tête de trois légions.

Province de Pannonie, Ier siècle après J.-C.
Division de la Pannonie, IIe siècle après J.-C.

En 14, à l’avènement de leur ancien général Tibère, les légions de Pannonie et de Germanie se révoltent et exigent une solde égale à celle des prétoriens en poste à Rome. La discipline est rapidement rétablie par Drusus[1], le fils du nouvel empereur, qui réorganise également la province et lance la construction de nouvelles voies de communication.

Drusus commença l'occupation de la région au nord de la rivière Drave, fondant entre 18 et 20 quelques forts romains à AquincumBudapest-Óbuda), Arrabona (Győr), Brigetio, Gorsium[2], Lussonium (Dunakömlöd), Malata (Banoštor) et Teutoburgium (Dalj).

Tacite rapporte également qu'en 50, sous le règne de l'empereur Claude, Vannius, roi des Quades, fut évincé par ses propres sujets qui avaient demandé l'aide à la fois du roi des Hermundures, un certain Vibilius, et des Lygiens. Claude, préoccupé par ces événements mais refusant d'intervenir directement dans le conflit, ordonna au gouverneur de Pannonie, Palpiellus Istrus, « d'occuper la rive du Danube avec sa légion et des auxiliaires choisis dans le pays même » afin de garantir la protection de la faction vaincue et de dissuader les barbares victorieux d'envahir la province romaine[3]. La légion concernée était la XV Apollinaris, et la nouvelle forteresse dans laquelle elle fut installée était celle de Carnuntum (Bad Deutsch-Altenburg, Autriche). Par la suite, les fils de la sœur de Vannius, Vangion et Sidon, divisèrent entre eux le grand royaume des Suèves (Quades et Marcomans), mais maintinrent leur loyauté absolue envers Rome, et un conflit fut évité.

En 69, l’armée du Danube se soulève de nouveau, mais pour des raisons politiques : à Rome, les prétoriens viennent d’assassiner l’empereur légitime Galba, l’armée du Rhin a imposé Vitellius ; l’armée du Danube se rallie à Vespasien, et apporte une contribution décisive à son accession au titre d’empereur.

Vespasien se souvint de l’importance des provinces danubiennes et fonda plusieurs colonies de vétérans en Pannonie : Sirmium et Siscia. L’armée devient un facteur de romanisation des populations locales et, en tant que gros consommateur, un moteur de l'activité artisanale et commerciale. Les indigènes engagés dans les unités romaines acquièrent la citoyenneté et prennent le nom de famille de l’empereur régnant, ce qui expliquerait la présence des Flavius tel que Flavius Constance Chlore, des Valérius, des Aurélius. La Pannonie devient un carrefour des liaisons militaires et commerciales sur les axes Rhin – Balkans et Italie – Balkans, et de la route commerciale vers la Baltique. Deux routes importantes traversent d’ouest en est la Pannonie :

– l’une vient de l’Italie du Nord par la vallée de la Drave ;
– l’autre est la rocade qui longe le cours du Danube depuis la Rhétie et la Norique.

Ces deux voies se réunissent à Mursa et se poursuivent par Sirmium vers la Mésie

Vers 105, Trajan divise la province en Pannonie supérieure à l'ouest et Pannonie inférieure à l'est. Ces qualificatifs ne sont pas seulement déterminés par le sens du cours du Danube, mais aussi par l'éloignement par rapport à Rome en suivant les itinéraires routiers : le voyageur venant d'Italie rencontre d'abord la Pannonie supérieure, puis la Pannonie inférieure.

  • Les villes principales de Pannonie supérieure étaient  :
    • Carnuntum, la capitale (auj. Petronell-Bad Deutsch Altenburg),
    • Brigetio (Szöny),
    • Siscia (Sziszek), siège d'un atelier monétaire depuis Gallien jusque vers 410,
    • Vindobona (l'actuelle Vienne), qui accueillit le quartier général de l'empereur Marc Aurèle dans sa guerre contre les Quades et les Marcomans.
  • Celles de Pannonie inférieure étaient :
    • Acumincum (Szlankamen),
    • Sirmium (Sremska Mitrovica),
    • Mursa (Osijek),
    • Aquincum (Alt-Ofen près de Budapest).

Empire romain, rôle-clé de la Pannonie[modifier | modifier le code]

Peuples de la Pannonie

À la fin du IIe siècle, la Pannonie prend une importance stratégique majeure pour les communications entre l’ouest et l’est de l’Empire romain, qu’il s’agisse de repousser les envahisseurs germaniques et autres qui ont franchi le Danube ou d’aller affronter un compétiteur au titre d’Empereur.

  • Marc Aurèle repousse les Quades, les Marcomans, les Iazyges et les Sarmates puis les affronte sur leurs territoires de 167 à 175, et de 177 à 180. Les pertes des Quades et des Marcomans sont telles que la frontière du moyen Danube resta assurée pour plus de deux générations. Marc Aurèle décède à Vienne en 180.
  • En 193, Septime Sévère est proclamé à Carnutum par les 15 légions de Germanie, Norique, Pannonie, Dalmatie et Mésie. Arrivé à Rome, il licencie les cohortes prétoriennes et les remplace par de nombreux soldats illyriens. La force de l’armée du Danube s’impose contre les autres candidats à l’Empire Pescennius Niger puis contre Clodius Albinus.
  • En 214, Caracalla mène une tournée d’inspection sur le Danube avant de passer en Asie. Les frontières entre les deux provinces de Pannonie sont légèrement modifiées : ainsi la région de Brigetio passe à la Pannonie inférieure.
  • En 235, Maximin le Thrace installe la cour impériale à Sirmium pour mieux combattre les Sarmates et les Daces.
  • En 248, la pression sur le Danube augmente, la Mésie est envahie par les Goths et les Vandales, les Balkans sont pillés. Les légions de Pannonie proclament empereur leurs généraux Pacatianus (assassiné par ses soldats peu après), en 249 puis Décius, qui périt en Mésie contre les Goths.
  • À partir de 249, les Quades et les Sarmates envahissent la Pannonie, les Goths traversent la Mésie et ravagent les Balkans et la côte de l’Asie Mineure, les empereurs tandis que les légions proclament partout des usurpateurs éphémères.
  • En 258, l’empereur Gallien décide l’envoi des troupes de Pannonie en Germanie pour renforcer la défense du Rhin contre les attaques des Francs. Furieux, le gouverneur de Pannonie Ingenuus s’insurge contre cette décision qui expose sa province sans défense. Gallien est contraint d’envoyer son chef de la cavalerie Aureolus pour vaincre Ingenuus à Mursa, en 258.
  • En 259, le général Régalien chargé de la défense de la Pannonie profite de la capture de Valérien par les Parthes pour se faire proclamer empereur. Les Sarmates, les Quades et les Roxolans en profitent aussi pour franchir le Danube et balayent Regalien.
  • En 270-271, l’empereur Aurélien rétablit la sécurité en Pannonie par ses victoires sur les germains.
  • En 278-279, l’empereur Probus nettoie la Pannonie des dernières bandes de pillards germaniques. En 282, il fait entreprendre à ses soldats des travaux d’assainissement autour de Sirmium. Ses soldats préfèrent l’assassiner.

La réorganisation de l’Empire[modifier | modifier le code]

Le Dalmate Dioclétien arrive au pouvoir en 284, et met fin aux usurpations en série par la tétrarchie. Le Pannonien Maximien est associé au pouvoir en 285. Les tétrarques réorganisent les provinces pour en améliorer l’administration et la défense.

  • La Pannonie inférieure est encore divisée en deux : au nord la Valeria, du nom de famille de Dioclétien, avec pour capitale Aquincum ; au sud, la Pannonia Secunda, avec pour capitale Sirmium.
  • La Pannonie supérieure est aussi divisée en deux : au nord, la Pannonia Prima, avec pour capitale Savaria (auj. Szombathely), au sud la Pannonia ripariensis ou Savia (du nom de la Save), avec pour capitale Siscia (Sziszek).

La Pannonie, considérée dans son ensemble, conserve son importance dans les luttes de pouvoir pour l’Empire, grâce à la puissance de l’armée d’Illyrie.

  • Dans la seconde tétrarchie, un autre pannonien, Sévère, devient César en 305, puis Auguste en 306. Contesté en Italie par Maxence, il est éliminé en 307 par Maximien.
  • En 308, Dioclétien, Maximien et Galère, réunis à Carnuntum, nomment Auguste l’Illyrien Licinius. Licinius reste cantonné en Pannonie, en Rhétie et sur les Balkans, avant de pouvoir s’imposer en Orient contre Maximin Daïa en 313.
  • En 326 et 327, Constantin, qui a éliminé Licinius, fortifie la frontière du Danube, menacée par la pression des Goths, des Vandales et des Sarmates, ces derniers face à la Pannonie. En 331/332, les Goths sont massacrés, tandis que des milliers de Sarmates sont accueillis dans l’Empire et répartis en Thrace, en Macédoine et en Italie. La sécurité de la frontière du Danube est rétablie pour quelques années.
  • En 350, Magnence tue l’empereur Constant Ier et usurpe en Occident. La Pannonie est de nouveau l’enjeu des rivalités de pouvoir. La sœur de l’empereur Constance II pousse le maître des milices d’Illyrie Vetranio à se faire proclamer empereur, pour empêcher Magnence de prendre le contrôle de l’armée d’Illyrie. Vetranio est abandonné par ses soldats dès l’arrivée de l’armée de Constance II fin 350, et abdique. En 351, la Pannonie est le théâtre des affrontements sanglants entre les armées de Magnence et de Constance II, à Sirmium puis à Mursa.
  • En 364, c’est encore un général d’origine pannonienne qui est proclamé empereur par l’armée : Valentinien Ier. En 375, il a infligé une défaite cuisante aux Quades et aux Sarmates qui avaient franchi le Danube et ravageaient la Pannonie, lorsqu’il meurt à Aquincum. L’armée du Danube proclame auguste son fils Valentinien II, un enfant de quatre ou cinq ans, dont la mère Justine est régente.

Au milieu du IVe siècle, la Pannonie inférieure est également impliquée dans le conflit religieux entre orthodoxes et ariens :

– les évêques Photin à Sirmium, Valens à Mursa et son voisin Ursace à Singidunum en Mésie sont ariens ;
– des conciles sont tenus à Sirmium en 351 et 357-359, à l’initiative de l’empereur Constance II ;
– en 376, l’évêque Ambroise de Milan impose un évêque orthodoxe à Sirmium.

De la Pannonie romaine au royaume de Hongrie[modifier | modifier le code]

En 387, les Sarmates s’emparent définitivement de la Pannonie, d’où ils menacent l’Italie à partir de 392.

En 388, Théodose Ier bat Maxime à Siscia sur la Save, et le capture à Aquilée.

En 395, l’ultime division de l’Empire romain attribue la Pannonie à l’Empire romain d'Occident. En pratique, les Romains ne dominent plus que quelques îlots de ce territoire, où les barbares se sont installés et continuent d’affluer. À partir de 400, les Wisigoths d’Alaric ne font que passer, avant d’attaquer l’Italie. Vers 440, les Romains évacuent les dernières villes menacées par les Huns. La Pannonie se trouve englobée dans l’éphémère empire d’Attila, d’où il lance ses raids sur l’empire d’Orient, puis d’Occident. Certains Pannoniens collaborent, tel Flavius Oreste, comme secrétaire d’Attila.

Après la mort du roi des Huns Attila, en 453, la Pannonie est occupée successivement par les Ostrogoths, les Gépides puis les Lombards au début des années 500. Ils s’agglomèrent avec les débris de divers peuples (Sarmates, Hérules, Ruges, Suèves, etc.). Leur roi Waccho (vers 510-540) entretient de bons rapports avec l'Empire d'Orient, qui a repris la Dalmatie et bataille pour la reconquête de l’Italie. En 568, les Lombards et leurs alliés quittent la Pannonie pour l’Italie.

Ils sont aussitôt remplacés par les Avars, qui occupent le bassin du Danube, et s’emparent de Sirmium en 582. La romanisation de la Pannonie est déjà effacée, et leur présence coupe durablement la route commerciale entre la mer Adriatique et mer Baltique. Leur royaume fut plus solide et plus durable que celui des Huns ; il menaça l’Empire d’Orient, puis se heurta à l’expansion vers l’est des Francs au milieu du VIIe siècle. Ils furent soumis par Charlemagne en 811.

Les slaves du Sud de Ljudevit Posavski expulsèrent les Francs au (IXe siècle), les Hongrois s'installent en Pannonie en 901.

L'histoire de la Pannonie se termine ici, et s'enchaîne sur la Chronologie de l'histoire de la Hongrie.

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources / Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Petit, Histoire générale de l’Empire romain, Seuil, 1974, (ISBN 2020026775)
  • Paul Petit, La Paix romaine, PUF, collection Nouvelle Clio – l’histoire et ses problèmes, Paris, 1967, 2e édition 1971
  • Roger Remondon, La Crise de l’Empire romain, PUF, collection Nouvelle Clio – l’histoire et ses problèmes, Paris, 1964, 2e édition 1970
  • Fitz, J. (1976). La Pannonie sous Gallien (Vol. 148). Latomas, Revue d'études latines.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]