Ammien Marcellin

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Ammien Marcellin (en latin Ammianus Marcellinus), né vers 330 à Antioche sur l’Oronte (aujourd’hui en Turquie), mort vers 395 (au plus tard en 400) probablement à Rome, fut l’un des plus importants historiens de l’Antiquité tardive avec Procope de Césarée. Quoique d’origine grecque il écrivait en latin et a été le dernier grand historien à utiliser cette langue. C’est aussi l’un des derniers auteurs païens d’importance.

livre d'Ammien Marcellin
Ammianus Marcellinus, édition Accursius, Augsbourg 1533

Son œuvre principale, Res gestae, couvre la période de 96 à 378 ap. J.-C. Seule la partie correspondant aux années 353 à 378 a été conservée. Heureusement, il s’agit de la partie la plus détaillée de l’œuvre : elle comprend dix-sept des trente-et-un livres des Res Gestae originelles. La partie qui a survécu traite de la période où commencèrent les grandes invasions, époque qu’il a lui-même vécue comme militaire sous les règnes de Constance II et de Julien.

Plus que d’autres historiens antiques, Marcellin s’efforce d’être objectif, bien que certaines de ses positions soient clairement exprimées. S’il juge sévèrement le règne de Constance II, il manifeste une très grande admiration pour l’empereur Julien. Les Res gestae demeurent une source essentielle pour comprendre le IVe siècle.

L’Empire romain au temps d’Ammien Marcellin[modifier | modifier le code]

À la naissance d’Ammien, Constantin règne depuis de nombreuses années déjà sur l’empire réunifié. Le contrôle des frontières est, de façon globale, assuré et, dans les derniers mois de sa vie, Constantin prépare une campagne contre le nouvel empire perse des Sassanides, le grand rival de Rome en Orient; sa mort, le 22 mai 337, l’empêchera de réaliser ce projet[1].

L’Empire romain passe au cours du règne de Constantin par une période de profonde mutation sur le plan religieux. Le christianisme, réprimé jusqu’alors, s’affirme de plus en plus et deviendra religion d’État sous Théodose Ier. Le paganisme, terme recouvrant des croyances religieuses diverses allant du culte romain traditionnel aux différents courants du néoplatonisme, est en nette perte de vitesse et n’est pratiqué que par une minorité de gens de plus en plus réduite. L’empire s’affirme de plus en plus comme un empire chrétien où l’empereur est considéré comme le vicaire de Dieu sur la terre. Le rapport du politique au religieux prend une signification nouvelle[2].

les empires sassanide et gupta au temps d'Ammien Marcellin
Les empires sassanide et gupta au temps d'Ammien Marcellin

Des problèmes d’un genre nouveaux surgissent avec la christianisation progressive de l’État et de la société. La doctrine chrétienne n’étant pas encore fixée, de nombreux schismes et hérésies éclatent, ces dernières portant surtout sur la nature du Christ, comme l’hérésie arienne. Au début du IVe siècle, à Alexandrie, le presbytre Arius professe que le Fils n’est pas l’égal du Père. L’arianisme, lui-même constitué de différents courants, se répand rapidement dans l’Est de l’empire alors qu’il est sévèrement condamné à l’Ouest. Différentes questions se rattachant à cette nature, notamment celle « de la » ou « des » énergie(s) enflammeront non seulement les théologiens mais les différentes couches de la société. Constance II, seul empereur à partir de 353, doit tout au cours de son règne non seulement lutter contre le paganisme mais tenter de maintenir l’unité d’une Église confrontée au schisme donatien et à l’hérésie arienne[3].

À la même époque, les pressions s’accentuent aux frontières. L’Est de l’empire est en état de guerre pratiquement permanent à partir de 337/338. Les Perses déferlent sans arrêt sur les provinces orientales de l’empire. À l’Ouest, des Gaulois faisant partie de tribus germaniques envahissent le territoire. Le pouvoir impérial lui-même est déstabilisé par différents usurpateurs comme Magnence. L’empire survit, mais avec difficulté. Marcellin vécut lui-même une bonne partie de ces évènements qu’il inclura dans son œuvre, laissant ainsi à la postérité l’image d’un monde en pleine transformation qui annonce la fin de l’Antiquité.

Sa vie[modifier | modifier le code]

On sait peu de choses sur la vie de Marcellin, bien que certains détails puissent se déduire à partir de son œuvre[4]. On croit qu’il est né vers 330 en Syrie, vraisemblablement à Antioche sur l’Oronte, une des villes les plus peuplées et les plus importantes de l’empire[5]. Il est vraisemblablement issu d’une famille grecque fortunée et a manifestement reçu une excellente instruction[6]. Il semble avoir une excellente connaissance des littératures grecque et latine[7]. Encore jeune, Ammien devint officier dans l’armée et servit comme protector domesticus[8]. À ce titre, il devait accompagner et protéger son supérieur, le général en chef de l’armée (magister militum)[9], Ursicinus, lequel aurait été son protecteur et mécène[10].

portrait du césar Constantius Gallus
Portrait du césar Constantius Gallus, tiré d'une chronographie de 354

En 354, Ammien accompagna Ursicinus à Antioche où régnaient le césar Constantius Gallus et sa femme Constantina. L’année suivante il participa à la mission devant mettre un terme à l’usurpation de Sivanus à Cologne. Jusqu’en 357, il suivit Ursicinus en Gaule où Julien, un parent de Constance, avait le titre de césar. Il en fera un héros de son Histoire, qui sera par la suite incorporée aux Res Gestae. Il partit ensuite avec Ursicinus pour l’Orient où il prit part aux combats contre le roi perse Shahpur II. C’est pendant cette série de batailles que se situe pour Ammien un évènement décisif : en 359, au cours de la deuxième série d’invasion perse contre Rome, Amida fut prise, les Romains massacrés et Ammien n'échappa que de justesse. Il tracera du reste une description exhaustive du siège et de la prise d’Amida[11], description qui ne le cède en rien à celles des meilleurs historiens antiques et qui appartient aux portraits classiques de l’historiographie romaine[12]. En 360, Ursicinus fut renvoyé, mais Ammien demeura dans l’armée et prit part en 363 à la campagne de Julien qui devait se terminer par une catastrophe[13].

En 363, après la mort de l’empereur Julien, Ammien quitta l’armée et voyagea à travers la Grèce, la Thrace et l’Égypte. Il retourna à Rome en 380 qu’il dut quitter lors de l’expulsion des étrangers qui suivit la famine de 383[14]; il est de retour en 393 et jouit de la renommée que lui procure son œuvre connue sous le nom de Res Gestae[15], publiée l’année précédente. On sait, grâce à une lettre du célèbre rhéteur Libanios[16] avec qui Ammien était peut-être en contact, que cette œuvre eut un immense succès. Il fut un temps où l’on croyait qu’Ammien était le correspondant de Libanios comme le font penser certains détails[17]. Les rumeurs à l’effet qu’il ait été nommé au Sénat ne peuvent être confirmées. On ignore la date exacte de sa mort. L’année 400 a été mentionnée comme l’hypothèse la plus tardive; l’année 395 est assez probable[18].

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Le plan des Res gestae[modifier | modifier le code]

Selon les propres dires de l’auteur[19], son œuvre prend la relève des Histoires de Tacite et s’étend de l’avènement de l’empereur Nerva en 96 jusqu’à la chute d’Andrinople en 378. Une partie des 31 livres qui forment l’œuvre fut publiée en 391, les autres (à partir du livre 26) suivirent plus tard, peut-être en 394. De nombreux chercheurs suggèrent toutefois une date plus tardive[20]. De ceux-ci, seulement les livres 14-31 nous sont parvenus qui couvrent la période 353-378 dont Ammien, comme membre de la garde impériale, a été témoin oculaire. En 1998, Timothy Barnes a émis l’hypothèse intéressante que l’œuvre aurait en réalité été organisée par groupes de six livres et que ceux qui nous restent constituent en fait les livres 19 à 36[21].

Ammien a écrit un mélange de biographies impériales[22] et d’histoire de l’empire. Le récit chronologique de chaque règne suit une description concise de chaque empereur, à quoi s’ajoutent de nombreuses « digressions » (voir plus loin) qui interrompent le récit pour donner au lecteur la toile de fonds d’un sujet donné. Elles sont rédigées de façon précise et portent un jugement sur la virtus et les vitia, c’est-à-dire sur les vertus et défauts du souverain. Bien qu’Ammien ne traite que de façon concise l’histoire de Nerva jusqu’à Julien, la présentation se fait plus détaillée à partir du livre 15. Les évènements jusqu’au livre 25 inclus sont organisés de façon chronologique alors qu’à partir du livre 26 apparait une organisation plus géographique. Ammien s’appuie sur Tacite et tente de s’en tenir au sujet sine ira et studio (sans irritation ou emballement). À la vérité, Tacite n’était pas sans parti pris, mais s’efforçait à une impartialité qu’Ammien poussera plus loin que tout autre historien de l’Antiquité, ce que lui reconnait volontiers le grand historien Ronald Syme[23], même si son souci d’impartialité ne l’empêche pas à l’occasion d’émettre des jugements subjectifs. Toutefois, il ne faudrait pas surestimer l’influence de Tacite sur Ammien.

On peut répartir approximativement les livres qui nous restent de la façon suivante [24] :

• Livres 14-16 : La chute de Constantius Gallus. La nomination de Julien comme césar en Gaule et ses premiers succès.

• Livres 17-19 : Julien consolide la frontière du Rhin. En Orient, Constance II doit se battre contre les Perses.

• Livres 20-22 : Julien est proclamé Auguste en Gaule. Développements jusqu’à la mort de Constance II; Julien, seul empereur.

• Livres 23-25 : Expédition contre les Perses et mort de Julien. Court règne et mort de Jovien.

• Livre 26 : Valentinien Ier et Valens se partagent l’empire.

• Livres 27-30 : Expéditions de Valentinien et mort de l’empereur; règne de Valens en Orient.

• Livre 31 : Les Goths, en fuite devant les Huns s’installent dans l’Empire romain. Prise d’Andrinople.

La perte des treize premiers livres est déplorable, car elle nous prive d’une historiographie complète allant de la fin du premier siècle jusqu’à la fin du IVes.; la valeur des livres conservée, elle, est inestimable. Les hypothèses à l’effet qu’Ammien aurait rédigé une œuvre indépendante du même genre qui aurait couvert les règnes de Nerva à Constantin sont maintenant rejetées par les plus récentes recherches[25].

Les sources[modifier | modifier le code]

La question des sources utilisées par Amien a été soulevée pour nombre des thèmes. Les avis sur cette question sont partagées[26]. Si Ammien lui-même ne donne pratiquement aucune indication à ce sujet, il est certain qu’il a consulté des inscriptions et des archives[27], de même probablement que les carnets, aujourd’hui perdus, de Julien sur la bataille d’Argentoratum (aujourd’hui Strasbourg).

Tout aussi problématique et relevant de la fiction est la question de savoir quelles sources Ammien a utilisées pour les premiers livres, aujourd’hui perdus. Il est plus que probable qu’il a eu recours à l’Histoire générale romaine de Cassius Dio (qui va jusqu’à 229), de même que, comme le démontrent des études de textes comparatives, l’ Histoire des empereurs d’Hérodien qui dépeint les évènements de 180 à 238. Parmi les autres sources possibles on peut évoquer Dexippe dont la Chronique va jusqu’en 270 et une histoire des guerres germaniques (Skythika) qui décrivent l’un et l’autre des évènements qui lui sont contemporains. Éventuellement, il a pu se servir d’Eunapios de Sardes qui enchaine sur Dexippe, mais il s’agit là d’une hypothèse controversée[28].

Ammien a sans doute utilisé d’autres sources latines. Citons entre autres, l’Histoire impériale d’Enmannn que nous ne connaissons que par un bréviaire du IVe siècle mais qui devait se rendre jusqu’à la période de Constantin ou même jusqu’en 357, les Césars d’Aurelius Victor qu’Ammien affectionnait, de même que Marius Maximus, bien qu’Ammien en parle en termes peu flatteurs. Enfin mentionnons une série de biographies impériales allant de Nerva à Elagabal[29]. Les Annales de Virius Nicomachus Flavianus, aujourd’hui disparues, constituent également une source fréquemment mentionnée. On se demande toujours si elles traitaient de la république ou de l’empire quoique de nombreux indices permettent de privilégier plutôt la deuxième hypothèse. Diverses considérations aujourd’hui acceptées par la critique indiquent que l’œuvre de Nicomachus Flavianus aurait été utilisée par des historiens subséquents. Une comparaison entre Ammien et l’écrivain byzantin Jean Zonaras porte à croire qu’ils auraient tous deux utilisé une même source, connue en allemand comme Leoquelle (source Leon Grammatikos, début du XIe siècle), laquelle, comme le laisse entrevoir Zonaras, pourrait être identifiée comme étant les Annales[30] .

David Rohrbacher a émis en 2006 l’hypothèse qu’Ammien, qui a consacré son travail principalement à l’histoire qui lui était contemporaine, n’aurait utilisé qu’un nombre restreint de sources pour la période antérieure, laquelle ne ferait qu’assurer le pont entre la fin de l’Histoire de Tacite et son propre travail historique. En vertu de quoi, Ammien aurait utilisé surtout Marius Maximus et l’Histoire impériale d’Enmann de même que certains passages d’une autre source (Eunapios ou l’œuvre qui aurait été utilisée dans la Leoquelle)[31].

À partir du livre 15, Ammien se fonde principalement sur son expérience personnelle de même que sur divers témoins oculaires qu’il complète par diverses autres sources. Bruno Bleckmann a toutefois mis en doute cette opinion fort répandue. Bleckmann croit plutôt que les sources primaires ont joué un rôle moindre que ce que l’on croit généralement. Déjà Walter Klein avait avancé quelque chose de semblable dans une étude approfondie [32]. D’après Bleckmann, Ammien se serait également appuyé dans les derniers livres (par exemple concernant Valentinien et Valens) sur des sources littéraires auxquelles se seraient ajoutées diverses sources ecclésiastiques[33]. Déjà, avant Bleckmann, Hans Christof Brennecke avait émis l’hypothèse qu’Ammien se serait appuyé sur diverses sources chrétiennes, dont une histoire de l’Église « arienne »[34]. Les ressemblances entre Ammien et Zozimos concernant les guerres persiques de Julien n’ont toujours pas été expliquées de façon satisfaisante. Toutefois, on admet souvent que l’un et l’autre se seraient servis de Magnus de Cahrres.

Les digressions[modifier | modifier le code]

L’œuvre d’Ammien Marcellinus n’est pas seulement importante comme source d’information sur les invasions barbares mais également, en ce qui concerne l’historiographie antique spécialement grecque, en raison des nombreuses digressions qui interrompent la structure formelle des biographies impériales. Ammianus y traite, entre autres sujets, de géographie (pas toujours sans erreur[35]), d’ethnographie, d’histoire naturelle et de choses militaires. Ammien fut l’un des rares historiens de l’Antiquité à avoir une expérience personnelle des choses militaires. La structure de ces digressions se présente presque toujours de la même façon : introduction de l’auteur, exposé et conclusion. Il arrive même que certaines digressions contiennent elles-mêmes d’autres digressions, comme dans celle sur les Parthes qui contient un exposé sur « Les Magiciens »[36].

Les mouvements migratoires du IIe au Ve siècle

Ces digressions, qui ne revêtent une telle importance chez aucun autre historien de l’Antiquité, mis à part Hérodote, offrent un éventail étonnant de thèmes : le lecteur y découvrira la Perse des Sassanides, les Germains, les Celtes (Gaulois) et les Huns. Le jugement d’Ammien sur les Barbares (au nombre desquels il ne compte pas les Perses) demeure stéréotypé, tant en ce qui concerne l’historiographie antique traditionnelle que ses propres évaluations. La forme littéraire que prend l’histoire scientifique qui joue un rôle important dans ces digressions explique en bonne part l’attrait et la valeur de l’œuvre. Ammien s’y appuie surtout sur des œuvres grecques connues (quelques fois sur des sources mixtes comme des abrégés)[37], mais aussi sur des auteurs latins comme Salluste et Jules César. Sauf pour quelques cas précis, il est difficile d’identifier exactement les diverses sources, bien qu’Ammien mentionne un certain Timagène d’Alexandrie[38].Concernant les sources des digressions géographiques, Théodore Mommsen avait déjà exprimé quelques hypothèses qui ont été modifiées ou corrigées depuis. Ainsi il avait identifié comme source un certain Rufius Festus, une énumération des provinces de l’empire, la Geographika de Ptolémée et Timagène[39]. On peut affirmer sans crainte de se tromper qu’Ammien ne s’appuie pas que sur une seule source, mais sur différents auteurs. Ces digressions servent également de « pause » pour orienter le lecteur avant d’amorcer un nouveau chapitre [40]. C’est ainsi que la digression concernant les machines de siège a pour but premier de donner au lecteur des informations essentielles pour comprendre le chapitre suivant portant sur les guerres perses de Julien[41]

Dans sa digression sur Rome[42], il décrit la vie et la dégradation des mœurs, tout en exprimant son admiration pour la gloire passée de la ville. On peut se demander si le portrait qu’il trace ainsi est exact dans tous ses détails; toutefois, il nous est encore impossible d’établir les raisons de cette décadence[43]. Il est à noter cependant qu’Ammianus ne traite pas de Constantinople[44].

Nombre de sujets captent également son attention. C’est ainsi qu’il décrit plusieurs provinces comme l’Égypte, ou traite des Arabes, de la justice, des structures de l’administration publique et des obélisques égyptiennes de Rome. L’ouvrage comporte aussi une description détaillée du tsunami qui dévasta le 21 juillet 365 les côtes orientales de la Méditerranée. On y trouve décrites les différentes caractéristiques d’un tremblement de terre, de la retraite des eaux et du brusque assaut des énormes vagues[45]. Gavin Kelly a voulu voir dans cette description du tsunami et de ses conséquences, une métaphore de l’état de l’empire après la mort de Julien, laissé sans chef face aux assauts des barbares, préfiguration de la catastrophe que devait être la chute d’Andrinople en 378[46]. Les six derniers livres sont presqu’exempts de telles digressions même si Ammien insère ici et là de nombreuses additions traitant des Huns ou des Thraces[47].

Les livres perdus et le début de la « période contemporaine »[modifier | modifier le code]

Toute tentative de reconstruire le contenu des livres perdus s’avérerait impossible ou à tout le moins hautement spéculative[48]. Néanmoins, on peut trouver dans les livres qui nous sont parvenus de précieuses indications. Ainsi, Timothy Barnes a analysé certains des passages où Ammien lui-même rappelle certains textes précédents : « Comme je l’ai déjà indiqué… », etc.[49]. Le fait qu’il mentionne spécifiquement que des évènements du deuxième siècle ont déjà été mentionnés dans un livre précédent rend peu crédible la thèse des « Deux ouvrages » (voir plus haut). Il est probable qu’Ammien n’a fait que présenter d’abord sous une forme condensée les évènements qui se sont produits après 96 de notre ère afin d’y revenir plus tard. Selon une théorie plausible avancée par John Matthews, les premiers livres n’auraient servi que d’introduction pour la période où Ammien a lui-même vécu[50]. Des volumes qui nous sont parvenus on peut également faire diverses déductions. Ainsi, il semble porter un jugement négatif sur Constantin, comme on peut le déduire d’un épisode qu’il rapporte (et que l’on retrouve dans diverses sources byzantines) et connu comme « Les mensonges de Métrodore »[51].

Le livre XIV débute avec une description de la chute de Constantius Gallus nommé par son parent, l’empereur Constance II, césar de la partie orientale de l’empire et qu’Ammien décrit sous un jour on ne peut plus noir[52]. Gallus ayant géré diverses situations de façon extrêmement maladroite et ayant été dénoncé à la cour de l’empereur, fut rappelé par ce dernier et finalement exécuté. Quant à son épouse, Constantina, Ammien la décrit de façon typique comme « une mégère mortelle »[53].

Tel que mentionné plus haut, avec le livre 15 commence la partie de l’ouvrage où Ammien décrit ce qu’il a vu et lui-même vécu, et dont il avait traité sous forme condensée dans la première partie :

Jusqu’à maintenant, j’ai rapporté aussi complètement que faire se peut des évènements qui ont été vécus de mon temps ou dont j’ai pu prendre connaissance en questionnant avec persistance des témoins oculaires, dans l’ordre où ils se sont déroulés. Dans la suite de mon œuvre je tenterai de toutes mes forces de m’en tenir scrupuleusement à cette méthode [54].

La composition de l’ouvrage traite jusqu’au livre 26 de l’activité de Julien dont la mort devait marquer la conclusion de l’œuvre, ainsi que le dit Ammien au début du livre :

Nous avons suivi avec grand précision le déroulement de ce qui s’est passé à la frontière du passé immédiat et avons pris la décision de retirer nos pieds d’un terrain bien connu… Diverses personnalités des temps anciens, comme Cicéron, ont à cause de telles craintes refusé de rendre publiques d’importantes recherches sur divers évènements qui se sont produits de leur temps… Nous ne voulons pas tenir compte maintenant de l’ignorance populaire et poursuivre notre discours sur les évènements qui restent[55].

Description de Constance II et des guerres avec les Perses[modifier | modifier le code]

buste de Constance II
Tête de Constance II en provenance de Syrie

Ammien est notre source la plus importante en ce qui concerne la rivalité entre l’Empire romain et celui des Sassanides sous Shahpur II. Il a lui-même pris part à ces guerres. Il décrit les échanges de notes entre Rome et les Perses en l’an 358 et rapporte de façon fidèle et pénétrante l’invasion de Shahpur en 359, le siège et la chute d’Amida de même que l’excursion de Julien contre les Perses en 363[56]. Il y critique la stratégie défensive employée par l’empereur Constance II et lui préfère de beaucoup la stratégie offensive de Julien même si l’expédition de Julien se termina par une catastrophe et que, en bout de ligne, Constance avait adopté une stratégie plus avisée.

La recherche contemporaine souligne que, quelle que soit la qualité intrinsèque de son œuvre, Ammien porte des jugements subjectifs, particulièrement en ce qui concerne Constance II, l’antagoniste de son héros, Julien, jugements négatifs injustes par ailleurs. Une des raisons peut être la volonté d’Ammien d’amplifier le contraste entre les deux hommes pour renforcer le rôle de modèle de Julien (il en ira de même pour Gallus) même s’il ne lui épargne pas quelques critiques (voir chapitre suivant). Notons toutefois que son jugement sur la politique de Constance II n’est pas non plus absent de discernement. Il faut croire que plusieurs années s’étant écoulées, son jugement ait dû prendre en considération des éléments plus importants[57]. À juste titre, la peur de l’empereur devant les conspirations et usurpations, de même que ses réactions exagérées lui semblent déplorables. Il émet des critiques acerbes à l’endroit de la politique étrangère de Constance et déplore l’influence de l’impératrice (par quoi il entend surtout celle de sa deuxième épouse, Eusébia) de même que celle des eunuques de la cour[58]. Son jugement est tout aussi sévère sur les guerres civiles que Constance dut affronter[59]. À l’inverse, il n’a que des louanges pour son sens de l’économie et son dévouement à l’endroit de l’État et de l’armée[60]. Dans son ensemble toutefois, le jugement d’Ammien sur cet empereur demeure négatif[61].

Julien[modifier | modifier le code]

effigie de Julien l'Apostat
Effigie de l'empereur Julien (né 331/332, règne 360-363

Le héros d’Ammien est sans contredit Julien, le dernier empereur païen dont la mort met un terme à l’œuvre. En dépit des quelques critiques qu’il émet à son endroit, Julien demeure pour lui l’empereur idéal, ce qui pousse Ammien à le présenter à certains moments sous un jour trop positif.

Julien appartient vraiment à l’histoire des héros qui s’illustrent par leur gloire et leur dignité. Et si l’on devait mentionner quatre qualités par lesquelles il se distinguait, ce serait la tempérance, l’intelligence, la justice et la bravoure… Julien a pratiqué toutes et chacune d’entre elles avec la plus grande énergie[62].

Ammien avait peut-être fait la connaissance de Julien en Gaulle où le jeune césar, nommé par l’empereur Constance II, combattait avec succès les Alamans et avait réussi à fortifier la frontière. Déjà, cette reprise en main des Gaules est décrite par Ammien avec la plus grande admiration, tant en raison des succès dont pouvait s’enorgueillir le césar que pour sa reconquête de Cologne aux mains des Francs. Il est vrai toutefois qu’Ammien passe outre à la conduite moins qu’honorable de Julien à l’endroit des généraux Ursicinus et Marcellus.

L’insurrection qui aboutit à la proclamation de Julien comme empereur au début de 360 fut déclenchée par l’exigence de Constance II à l’effet qu’on lui envoie deux légions pour l’aider dans son combat contre les Perses, Elle est présentée par Ammien comme une action spontanée des légions gauloises[63]. En fait, il s’agissait véritablement d’une usurpation, possiblement organisée par Julien lui-même[64].

Avec la mort de Constance à la fin 361, rien ne s’opposait plus à l’accession de Julien au trône. Ammien s’attarde, mais sans exagérer, sur l’ardeur au travail de Julien. Il ne semble pas non plus opposé à la politique de l’empereur en matière de religion, tout en ayant une préférence marquée pour le culte traditionnel des dieux. Cependant il s’opposera à l’édit de Julien qui empêchera de fait aux chrétiens d’enseigner la grammaire, la rhétorique et la philosophie, soit l’ensemble de l’enseignement profane. De la même façon, il ne pourra absoudre les superstitions de Julien et son gout exagéré pour les sacrifices. Klaus Rosen a à juste titre attiré l’attention sur le fait que les dix livres qu’Ammien a consacrés à Julien (16-25) constituent la clé de voute de l’œuvre[65]. Ammien fait une large place aux guerres persiques de Julien dont le point culminant est la description très élaborée de la mort de l’empereur au livre 25[66].

La fin de l’ouvrage[modifier | modifier le code]

migrations des Tervinges
Migration des Tervinges de 376 à 418. L'œuvre de Marcellin est une remarquable source d'information sur les invasions de l'époque

Après la mort de Julien, Ammien rapporte à la fin du livre 25 le court règne de Jovien, la paix de 363, (qu’il qualifie de paix honteuse) et dans le livre 26 le début du règne de Valentinien Ier et de Valens. Par la suite, on suit dans les livres suivants le déroulement des campagnes victorieuses de Valentinien contre les Germains jusqu’à la répression d’une insurrection en Afrique par Flavius Théodosius, le père de l’empereur du même nom, Théodose Ier. Il décrit également la situation en Orient où Valens ne fait guère bonne figure. Au contraire, Valentinien, qu’Ammien admire à peine, recueille un jugement plutôt positif dû à ses quelques succès militaires que l’auteur reconnait. La tolérance religieuse de Valentinien y est probablement aussi pour quelque chose, peut-être par contraste avec celle de Théodose Ier, lequel proclama le christianisme religion d’État sans mener toutefois de persécution systématique contre les païens.

Enfin dans le livre 31, Ammien dépeint l’invasion des Huns, pour laquelle il demeure notre principale source d’informations[67], le déclin du royaume des Greuthungues (les Goths de l’Est), le passage du Danube par les Tervingues (les Goths de l’Ouest) et leur demande de s’installer dans l’Empire romain. Le point final sera l’insurrection des Goths et la désastreuse bataille d’Andrinople où l’armée d’Orient fut en grande partie détruite et où Valens lui-même trouvera la mort. Cette défaite est considérée par Ammien comme absolument catastrophique (voir chapitre suivant).

Place de l’œuvre dans l’histoire politique et littéraire[modifier | modifier le code]

En dépit de ses origines grecques, Ammien est essentiellement un Romain qui a à cœur l’unité de la culture gréco-romaine. Aussi Rome, comme symbole, tient une grande place dans son œuvre. Elle fut l’incarnation même de l’empire, lui-même à son tour garant de la civilisation gréco-romaine. Ammien vécut à une période agitée, celle du déclenchement des grandes invasions que Rome tentera de contenir jusqu’à la fin. À titre de soldat, il vécut la pénétration sans cesse plus profonde de vagues de barbares et ne put que constater que les frontières de l’empire étaient incapables de résister aux assauts de l’ennemi. Rien d’étonnant dès lors à ce qu’Ammien considère comme ennemis les Germains qui combattirent aussi bien aux côtés de Rome que contre elle. En même temps son jugement sur son propre environnement n’est pas sans critiques. D’où ses commentaires acerbes et quelques fois remplis d’une ironie qui traduit ses doutes sur la situation à Rome[68]. Wolfgang Seyfarth, qui a publié le texte de base, dit à ce sujet :

Dans le spectacle qu’offre l’Histoire du monde, cette œuvre constitue un chant du cygne mémorable qui marque le déclin final du paganisme romain ainsi que des us et coutumes dont il était issu et des normes de société qui l’accompagnaient. Toutefois, ce déclin du paganisme romain ne marque pas sa disparition, car plusieurs de ses normes et traditions se retrouveront transformées dans la civilisation chrétienne. La chrétienté qui, au départ, avait constitué une force révolutionnaire contre l’Empire romain, deviendra progressivement et de façon toujours plus accentuée le protecteur et l’interprète de ce qu’était l’identité romaine[69].

Ammien entama sa carrière littéraire à Rome après 375 et lut avec succès son Histoire devant des sénateurs païens auprès desquels il connut un succès certain. Pourtant, en dernière instance, Ammien n’est pas un champion des dieux antiques comme le démontrent maintes de ses remarques critiques à l’endroit des nombreuses superstitions de son temps ou des sacrifices de Julien. Au moment où il termine son œuvre, Rome s’apprêtait à devenir l’Imperium Romanum Christianum, ce qui ne dérange manifestement pas Ammien qui décrit la vie de Julien comme un drame dont il ne cherche pas à cacher l’échec.

la déesse Fortuna
La déesse Fortuna et la roue de la fortune d'après une gravure de Beham (Hans) Sebald (1500-15550)

Ammien est un païen modéré et monothéiste qui croit en la déesse du destin, Fortuna, qui fixe les portions de chance et de malchance de chacun[70]. C’est pourquoi pour Ammien Fortuna (le destin) et Virtus (la vertu, mais aussi la bravoure) vont de pair[71]. L’œuvre est empreinte d’un sombre pessimisme quant à l’avenir, conservant l’espoir d’un temps meilleur sans s’abandonner au pessimisme [72]. Si Ammien conclut son ouvrage avec le désastre d’Andrinople, nombre de ses remarques finales portent à croire qu’il n’estime pas tout perdu. Même s’il compare cette défaite à celle de Cannes, il sait également que celle-ci précéda le triomphe de Rome. Comme alors, les choses sous le règne de Théodose Ier pendant lequel il écrit, semblaient se stabiliser à nouveau; la colère des dieux s’apaisait pour le moment et on ne pouvait encore prévoir l’établissement des royaumes barbares sur le territoire de l’empire au Ve siècle.

Ammien écrivit son œuvre en latin, entre autres parce qu’il voulait donner une suite à l’Histoire de Tacite. Toutefois, d’autres considérations peuvent aussi expliquer son choix. Le latin avait de son temps réalisé beaucoup de progrès en Orient, alors que la connaissance du grec se perdait en Occident depuis les premiers empereurs. Lui-même avait appris le latin au plus tard lorsqu’il était entré à l’armée. La décision de publier en latin lui fut peut-être imposée par le public auquel il s’adressait : de cette façon, il devenait évident que son héritage culturel était grec bien que sa loyauté allait à Rome [73]. Enfin, il voulait peut-être réconcilier le « public de l’Ouest » avec Julien, dont l’héritage était bien plus grec que romain.

À côté de l’œuvre de Procope, qui lui aussi se voulait romain quoiqu’il écrivit en grec et dont le centre de son univers fut Constantinople et non plus Rome, celle d’Ammien constitue notre meilleure source historiographique pour l’Antiquité tardive et peut se comparer avec les meilleurs ouvrages historiques que la période nous ait laissés. Ceci apparait nettement si l’on considère que les autres œuvres historiques écrites après Tacite (du moins si l’on peut en juger à partir des pages très fragmentaires qui sont parvenues jusqu’à nous) sont très minces et en pratique remplacées à partir de Suétone par des œuvres biographiques. On ne peut en effet comparer l’œuvre d’Ammien qu’avec Les Césars de Aurelius Victor ou avec le Bréviaire d’Eutrope, lesquels vécurent avant Ammien et n’écrivirent que des condensés historiques. Au contraire, la tradition de l’historiographie classique était avant tout liée à la culture grecque venant de la partie orientale de l’empire. On ne peut citer que Cassius Dio ou Dexippe dont les œuvres sont en grande partie perdues. Ce n’est pas une coïncidence si non seulement Ammien, mais aussi le plus important poète de l’Antiquité tardive, Claudien, sont originaires de l’Orient et y ont puisé leur inspiration[74]. L’œuvre d’Ammien représente la dernière œuvre historique d’importance de l’Antiquité; même si certains historiens continueront à écrire en latin et maintiendront la tradition classique des Ve et VIe siècles, ils ne sont pas parvenus jusqu’à nous et nous ne pouvons dès lors nous faire une idée de leur œuvre (comme Sulpicius Alexander, Renatus Profuturus Frigeridus, Quintus Aurelius Memmius Symmachus).

Sur la base des liens avec l’œuvre de Tacite, on a quelques fois avancé qu’Ammien se considérait comme le successeur de ce dernier. Toutefois, il ne faudrait pas exagérer son influence. En effet, seule la période historique dont traite Ammien permet de faire une comparaison avec Tacite; dans son œuvre même, Ammien parait s’appuyer beaucoup plus sur d’autres auteurs. Dans sa présentation détaillée, John Matthews a mis en garde contre des jugements trop rapides; selon lui, on pourrait, à côté de Thucydide et de Polybe dont l’influence dans les Res gestae est manifeste, citer Salluste, le premier historien important de Rome, comme source d’inspiration des descriptions d’Ammien [75]. Petra Riedl a attiré l’attention, dans une étude comparative récente des ressemblances générales entre les œuvres de Tacite et d’Ammien dans le contexte de l’historiographie de l’Antiquité, sur le fait qu’Ammien retournait après 250 ans à la forme classique de l’historiographie romaine que représentait Tacite[76]. Enfin, on doit souligner que si l’œuvre d’Ammien ne peut être comptée parmi les « histoires sénatoriales » au sens strict, il existe des liens avec ce genre.

Sans doute l’œuvre d’Ammien est parsemée d’hellénismes et souvent transparait le style littéraire de l’Antiquité tardive. On trouve également des agencements inhabituels de mots qui rendent parfois difficile la compréhension du texte. Ammien puise par-là dans un langage littéraire latin établi et utilise dans sa prose un rythme très accentué (cursus planus, cursus tardus et cursus velox) qui laisse déjà entrevoir la prose littéraire du Moyen Âge[77].

En dehors de ces caractéristiques de style, Ammien écrit clairement, se limite à l’essentiel et utilise de nombreux exemples et anecdotes afin d’illustrer ses jugements. Frank Wittchow décrit sa technique narrative comme « une narration exemplaire »[78]. L’historien de l’Antiquité Roger Blckley écrit pour sa part que par leur nombre et leur étendue, les exemples utilisés par Ammien restent sans égal dans la littérature historique de l’Antiquité latine [79]. Ceci est particulièrement évident dans les livres consacrés à l’empereur Julien, où il met en évidence les qualités humaines de l’empereur. Ammien veut convaincre le lecteur par sa rhétorique, partager avec lui sa vision des choses, caractéristique typique de l’historiographie antique, sans pour autant mettre de côté sa responsabilité de transmettre la vérité[80]. En même temps, les vertus attribuées à l’empereur devraient avoir une influence pédagogique sur le lecteur, Ammien étant persuadé que les défaillances des individus ont constitué la principale cause du déclin de l’empire[81]. Il est aussi frappant qu'Ammien n’utilise qu’avec parcimonie les artifices de style si caractéristiques de l’historiographie antique, accentuant ainsi leur aspect esthétique. Dans son œuvre, Ammien fait également constamment allusion à l’œuvre d’autres auteurs démontrant ainsi l’étendue de ses connaissances et son intérêt pour un large éventail de sujets que ce soit en Histoire ou en Droit, ce que l’on constate également dans ses digressions. Sa grande érudition (il est familier de Platon, Cicéron, Tite-Live, Salluste et des principales œuvres de Tacite) de même que la grande diversité des sources qu’il utilise expliquent la variété que l’on retrouve dans ses descriptions[37]. On trouve également chez lui de nombreuses allusions à d’autres œuvres littéraires comme l’a récemment démontré Gavin Kelly dans une analyse intertextuelle détaillée[82].

Le rapport d’Ammien au christianisme et au paganisme[modifier | modifier le code]

Quoique païen, Ammien considérait le christianisme avec grande tolérance, car il reconnaissait les valeurs morales et la compassion envers les pauvres dont il faisait montre. En même temps, il n’hésitait pas à en décrire les aspects moins positifs, comme la lutte pour la dignité pontificale entre Damase Ier et Ursinus. Contrairement à de nombreux autres historiens païens, il n’ignore pas l’Église, mais semble au contraire montrer un intérêt sincère pour la foi chrétienne. Occasionnellement, il affiche une « attitude monothéiste neutre ». Divers spécialistes comme Timothy Barnes interprètent plutôt négativement son attitude à l’endroit du christianisme. Il est à noter qu’en ce qui concerne la mort de Julien, Ammien ne reproduit pas les descriptions de plusieurs auteurs païens selon lesquels l’empereur aurait été assassiné par un chrétien de sa propre armée; Ammianus ne donne guère place aux rumeurs. Aussi intéressante est l’opinion de Barnes concernant l’épisode rapporté par Ammien selon lequel l’évêque de la ville de Bezabde aurait montré aux Perses un point faible dans la défense de la ville[83]. Ammien affirme n’accorder aucune foi aux rumeurs bien que, pour Barnes, il ne s’agisse là que d’un artifice de style visant à donner créance à la rumeur sans en prendre soi-même la responsabilité[84].

Globalement, il est très difficile de se faire une idée précise sur la position religieuse d’Ammien qui, en outre, s’intéressait à la philosophie[85]. En tout état de cause, on doit observer que dans l’Antiquité tardive, des « mouvements de balancier» n’étaient pas rares et qu’il n’existait pas nécessairement une distinction claire entre religion et philosophie.

Après son retour à Rome, Ammien a possiblement eu des contacts avec les cercles sénatoriaux païens, dont les représentants les plus influents, tel que mentionné plus haut, étaient Nicomachus Flavianus et Quintus Aurelius Symmachus, de même que, jusqu’à sa mort, Vettius Agorius Praetextatus. Ces contacts, s’ils ont vraiment eu lieu, n’auraient été qu’indirects, des contacts directs étant peu vraisemblables. Certains chercheurs comme Alan Cameron, nient tout contact entre Ammien et les cercles sénatoriaux de la Ville[86]. Bien que l’on ne puisse l’affirmer avec certitude, il est possible qu’Ammien ait été incité, pendant son séjour à Rome, à écrire un ouvrage dont Julien aurait été le centre. Sur plusieurs points, il suit simplement la tradition historiographique antique marquée par le paganisme. Une chose est certaine : Ammien n’était pas un zélateur religieux, mais prônait plutôt la tolérance tant à l’endroit des chrétiens que des païens[87].

Évaluation[modifier | modifier le code]

Porter un jugement sur l’historiographie antique selon les critères d’aujourd’hui serait lui faire tort, car pour les historiens de cette période l’étude critique des sources était une notion étrangère et il est rare que les historiens de l’époque citent leurs sources [88]. Ils attachaient plus d’importance à la qualité littéraire de leur prose et ils voulaient surtout faire partager au lecteur leur vision des choses pour autant que le permettait la vérité. Nous avons déjà mentionné la critique que fait la recherche moderne de l’image de Constance que donne les Res Gestae. De même, Jovien et Valens ne jouiront jamais du même degré de sympathie qu’accorde Ammien à Julien; tous deux seront décrits de façon très négative, précisément pour accentuer le contraste avec la personnalité de Julien. La recherche moderne adopte du reste à l’endroit de Jovien une position fort différente de celle d’Ammien dans la présentation qu’il en fait dans les Res Gestae[89].

Bien que de façon générale Ammien s’avère un observateur attentif, ses « analyses » peuvent souvent refléter d’autres sources. L’écrivain britannique Edward Gibbon l’appréciait déjà pour cette faculté[90]. La vision des choses d’Ammien a souvent été décrite par la recherche contemporaine comme similaire à celles de Thucydide et de Polybe dans la foulée desquels il se situait[91]. La plupart des chercheurs portent un jugement favorable sur la Res Gestae; on n’en voudra pour preuve que ce passage d’Arnold Hugh Martin Jones : « Ammien is also a great historian, a man of penetrating interlligence and of remarkable fairness[92]», Ronald Syme qui voyait lui aussi en Ammien « l’héritier (littéraire) de Tacite[93]» ou de façon générale John Matthews. À leur encontre, Timothy Barnes voit plutôt en Ammien un juge injuste que l’on devrait comparer non à Tacite mais à Thomas Babington Macaulay[94]. Bien que le point de vue de Barnes ne corresponde pas à la communis opinio, il comporte toutefois des aspects intéressants. Même pour lui, l’intérêt d’Ammien est incontestable, sinon comme œuvre historique, du moins littéraire :

Ammien has secured a permanent place in the select group of really great historians precisely because, like Macauley’s History of England, his Res Gestae exhibit the creative and imaginative powers of a novelist[95].

Même si certaines propositions de Barnes posent problèmes, ses doutes sur l’objectivité d’Ammien, comme il le démontre à plusieurs endroits, soulignent la multiplicité d’interprétations que l’on peut donner aux Res Gestae et à Ammien comme historien. L’un des plus grands connaisseurs de l’histoire de l’Antiquité, Arnaldo Momigliano parlait autrefois d’Ammien comme d’un « lonely historian », afin de marquer la place à part qu’il occupait de son temps[96]. Il est toutefois incontestable qu’avec le recul du temps, Ammien demeure la source la plus fiable que nous possédions sur le IVe siècle. Là où s’interrompt son récit, on doit reconstruire le reste des décennies à partir de diverses sources[97] qui ne peuvent se comparer en qualité avec la sienne[98]. Dans un nouveau dictionnaire spécialisé sur l’Antiquité tardive, l’article concernant Ammien présente la thèse que si celui-ci avait rédigé son œuvre en latin classique, il aurait pu être considéré comme le plus grand historien de Rome[99]. Quoiqu’il en soit, on ne peut contester la validité du jugement de Klaus Rosen:

Si nous n’avions pas la Res gestae, nos connaissances des évènements qui, au IVe siècle se sont déroulés au-delà de l’Orbis Romanus seraient bien moindres. Concernant les deux principaux rivaux de Rome, soit les Perses et les Germains, il n’existe aucune source aussi riche et aussi fiable que l’analyse de ce rapporteur[100].

Transmission jusqu’à nous[modifier | modifier le code]

De son vivant, l’œuvre d’Ammien jouit d’une grande réputation, mais fut peu utilisée par la suite, entre autres en raison de son style compliqué. Il n’est pas impossible que Sulpicius Alexander l’ait utilisé. Au VIe siècle, seul le grammairien latin Priscien semble connaitre encore cette œuvre[101].

Les Res gestae n’ont été redécouvertes qu’au début du XVe siècle. En 1417, Poggio Bracciolini visita le monastère de Saint-Gall alors qu’il participait au Concile de Florence. Il découvrit alors une copie des Res gestae datant du IXe siècle provenant de Fulda. Ramené à Rome, l’ouvrage d’Ammien fit l’objet d’une première édition en 1474. Ce Codex Fuldensis se trouve aujourd’hui au Vatican (Vaticanus Latinus 1873).

La suite est plus complexe[102] Le manuscrit de Fulda, qui ne comprenait que les livres 14 à 31, se basait lui-même sur le Codex Hersfeldensis datant du IXe ou du début du Xe siècle. Ce codex, sauf pour quelques pages et fragments est entièrement perdu de telle sorte que le Codex Fuldensis demeure notre seule base de renseignements. Il existe également une copie du Vaticanus Latinus 1873 faite par Niccolo Niccoli au XVe siècle[103]. Les livres 14 à 26 furent publiés en 1474 par Sabinus Angelus à Rome (édition princeps) et par Johannes Frobenius en 1518 à Basel. L’édition des livres 14 à 31 de M. Accursius (Augsburg 1533) comprend pour la première fois les livres 27 à 31[103]. Une édition des Res Gestae de Sigismund Gelenius de la même année se base sur le Codex Hersfeldensis et est importante pour la reconstruction du texte, même si on y trouve des erreurs dues en partie au style alambiqué d’Ammien[104]. L’édition du texte latin couramment utilisée de nos jours est due à Wolfgang Seyfarth. Une édition comprenant des commentaires historiques et philologiques est en préparation[105].

Note et références[modifier | modifier le code]

Note[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Voir à ce sujet, Michael Grant. Constantine the Great, The Man and his Times, New York, Charles Scribner’s sons, 1993, p. 74-78.
  2. On trouvera un excellent survol du milieu païen à la fin du IVe siècle dans Alan Cameron, The Last Pagans of Rome, New York, Oxford, 2011. Un autre très bon survol, quoique un peu vieilli, est la collection d’essais d’Arnaldo Momigliano, The Conflict Between Paganism and Christianity in the Fourth Century, Oxford, 1963. À comparer avec David S. Potter, The Roman Empire at Bay, London/New York, 2004; voir spécialement les pages 299 et sq traitant de Constantin.
  3. Voir à ce sujet l’article « Constance II » et les différents ouvrages mentionnés dans la bibliographie.
  4. On trouvera dans Rosen, Ammianus, un survol systématique des problèmes les plus importants au niveau de la recherche (État de la recherche en 1979). Parmi les œuvres récentes, citons Matthews, The Roman Empire of Ammianus, de même que Barnes, Ammianus, Drijvers/hunt, Interpreting Ammianus Marcellinus et Kelly, Ammianus Marcellinus. On trouvera également un survol général concis dans Michael von Albrecht, Geschichte der römischen Literatur, vol. 2,3, éd. TB, Munich, 2003, p. 1127-1138. Voir également l’introduction dans la traduction de Veh/Wirth, pp. VII-XXX et dans Seyfarth, Ammianus.
  5. Certains auteurs ne partagent pas cet avis. Ainsi, Barnes pense que si Marcellin admirait cette ville où il a longtemps vécu, ce n’est pas là qu’il serait né [Barnes, Ammianus, p. 60].
  6. Kelly ne croit pas que cette famille appartenait au Sénat, mais plaide plutôt pour des racines militaires ou administratives [Kelly, Ammianus Marcellinus, p. 121 et sq.]
  7. Barnes soutient qu’Ammien parlait également le syriaque [Barnes, Ammianus, p. 60].
  8. Unité d’élite qui servait de garde du corps à l’empereur et aux haut gradés de l’armée.
  9. Pour les titres et fonctions voir l'article "Glossaire des titres et fonctions dans l'empire byzantin.
  10. Matthews, The Roman Empire of Ammianus p. 74-77; Rosen, Ammianus, p. 18 et sq.
  11. Ammien, 19, 1-9.
  12. Matthews, The Roman Empire of Ammianus, p. 58.
  13. Julien avait été proclamé empereur par ses troupes en 360, vraisemblablement suivant un scénario soigneusement préparé et était devenu seul empereur après la mort de Constance II en 361. Voir articles « Constance II » et « Julien (empereur romain) »
  14. Kazhdan (1991), « Ammienus Marcelinus », vol. 1, p. 78.
  15. On ignore le titre exact qu’il lui donna alors. Le titre, qui signifie « Les choses accomplies » nous a été légué par Priscien dans Gr. Lat. II, 487.
  16. Lettre 1063, dans l’édition Foresters.
  17. Rosen, Ammianus p. 22, 26 et sq, Matthews, The Roman Empire of Ammianus, p. 8 et sq, 478 et sq. soutiennent qu’Ammien était le destinataire de cette lettre ce que conteste toutefois Fornar, Studies in Ammianus Marcellinus I : The Letter of Libanios and Ammianus’ connections with Antiochia. On trouvera dans Seyfarth, Ammianus, p. 15-23 un excellent résumé de ce que l’on connait de la vie d’Ammien.
  18. Voir Kelly, Ammianus Marcellinus, p. 104 et sq.
  19. Ammien 31, 16,9 où il se décrit également comme soldat et grec.
  20. Voir Rosen, Ammianus, p. 31-35.
  21. Barnes, Ammianus, p. 24 et sq.
  22. Le genos, groupe social se réclamant d’un ancêtre commun, avait acquis depuis Suétone une grande influence dans la rédaction des biographies dont Ammien ne parvient pas tout à fait à se débarrasser. Les intrigues de la cour sont ainsi souvent au centre du récit.
  23. Syme, Ammianus and the Historia Augusta, Oxford 1968, p. 94; comparer avec Manfred Fuhrmann, Rom in der Spätantike, 3e édition, Düsseldof et Zürich, 1998, p. 124.
  24. On trouvera une étude détaillée du contenu établie par Jan Willem Drijves dans « Ammianus Marcellinus Online Project » [1].
  25. Voir par exemple Robert Browning, « History » dans The Cambridge History of Classical Literature. The Later Principate, éd. P.E. Easterling et autres, Cambridge 1982, p. 62 et sq; Syme, Ammianus and the Historia Augusta, p. 8 et sq, Matthews, The Roman Empire of Ammien, p. 27 et sq; Barnes, Ammianus, p. 27 et sq et p. 213 et sq.
  26. Comparer sur la question des sources le résumé de Rosen, Ammianus p. 52 et sq, Matthews, The Roman Empire of Ammianus, Barnes, Ammianus (voir l’index), et Kelly, Ammianus Marcellinus, p. 222 et sq.
  27. On peut y rattacher des échanges de notes avec les Perses (Ammien, 17.5) lorsque des membres de la délégation ont pu être utilisés comme sources.
  28. La Chronologie joue contre Eunapios; voir toutefois Rosen, Ammianus, p. 66 et sq. Il est peu vraisemblable qu’Ammien ait pu utiliser l’Histoire des Césars qui n’existe qu’en état de fragments et dont la période de Julien ne repose que sur des sources de seconde main
  29. Voir Michael Kulikowski, « Marius Maximus in Ammien and the Historia Augusta » dans Classical Quaterly, 57 (2007), p. 244-256.
  30. Au sujet des Annales de Nicomachus Flavianus, voir entre autres Bruno Bleckmann : « Bemerkungen zu den Annales des Nicomachus Flavianus » dans Historia 44 (1995) p. 83-99. Matthews, The Roman Empire of Ammianus, p. 476 (note 6) est plutôt sceptique sur l’hypothèse que Nicomachus Flavianus aurait décrit la période impériale et qu’Ammien s’en serait servi comme source importante.
  31. David Rohrbacher, « The sources for the lost books of Ammien Marcellinus » dans Historia 55, 2006, p. 16-124.
  32. Walter Klein, Studien zu Ammien Marcellinus, Leipzig, 1914, p. 40.
  33. Bruno Bleckmann « Vom Tsunami von 365 zum Mimas-Orakel : Ammianus Marcellinus als Zeithistoriker und die spätgriechische Tradition » dans J. den Boeft et autres (éd.). Ammiamus after Julian, p. 7-31.
  34. Hans Christof Brennecke. « Christliche Quellen des Ammien Marcellinus ? » dans Zeitschrift für Antikes Christentum. 1, 1997. p. 226-250.
  35. Sur ces erreurs voir Rosen, Ammianus, p. 69, par exemple Arabia felix.
  36. Concernant ces digressions et leur signification, on consultera Wiebke Vergin, Das Imperium Romanum und seine Gegenwelten. Berlin/Boston 2013; Rosen, Ammianus, p. 73 et sq. Sur les digressions géographiques, le même, p. 69 et sq. Comparer avec Matthews, The Roman Empire of Ammianus (voir index p. 574). Sur les Perses, (Ammian, 23,6), F. Feraco, Ammiano Geografo, La digressione sulla Persia (32,6), Naples 2004.
  37. a et b Voir Seyfarth, Ammianus, p. 32.
  38. Ammian, 15.9.2.
  39. Theodor Mommsen, "Ammians Geographika" (http://www.digizeitschriften.de/main/dms/img/?IDDOC=4282189) dans Hermes 16 . 1881. p. 602-636.)
  40. Voir Ammian 15, 9,1.
  41. Ammian, 23,4. Voir à ce sujet, Daan den Hengst, « Preparing the reader for war » dans Drijvers/Hunt, Interpreting Ammianus Marcellinus, p. 29 et sq.
  42. Ammian 14,6 de même que 28,4. Voir aussi les passages plus longs concernant la visite à Rome de Constance II par Ammian 16,10. À ce sujet, consulter Richard Klein, « Der Rombesuch des Kaisers Constantius II. im Jahre 357 » dans « Roma versa per aevum. Ausgewählte Schriften zur heidnischen und christlichen Spätantike », Spudasmata 74, éditeurs Raban von Haehling et Klaus Scherberich, Hildesheim/Zurich/New York, 1999, p. 50-71.
  43. Concernant Rome au IVe siècle, voir John P. Curran. Pagan City and Christian Capital : Rome in the fourth century. Oxford, 2000. De façon générale, Fuhrmann, Rom in der Spätankike.
  44. Voir Gavin Kelly, « The Old Rome and the New : Ammianus Marcellinus’ Silences on Constantinople » dans Classical Quarterly 53, 2003, p. 588-607.
  45. Ammian, 26, 10, 15-19.
  46. Voir à ce sujet Gavin Kelly, « Ammianus and the Great Tsunami » dans The Journal of Roman Studies, 94 (2004), p. 141-167, plus spécifiquement p. 161. Voir également Kelly, Ammianus Marcellinus, p. 89.
  47. Pour les raisons de ces absences, voir Rosen, Ammianus, p. 74. Il est possible qu’Ammien ait voulu paraitre plus rationnel et moins porter flanc à la critique. Voir à ce sujet l’article court mais informatif de Jan Gerrit Post dans "Ammianus Macellinus Online Project : Geographical digressions in Ammien Marcellinus’ History" [2]
  48. Voir toutefois David Rohrbacher, « The sources for the lost books of Ammianus Marcellinus » dans Historia 55, 2006. p. 106-124.
  49. Barnes, Ammianus, p. 213 et sq.
  50. Matthews, The Roman Empire of Ammianus, p. 27.
  51. Res gestæ, XXV, 4, 23 : « sciant docente veritate perspicue, non Julianum, sed Constantinum ardores Parthicos succendisse, cum Metrodori mendaciis avidius acquiescit, ut dudum rettulimus plene "
  52. Voir Brodka, Ammianus Marcellinus, p. 41 et sq.
  53. Megaera quaedam mortalis, Ammian 14, 1, 2. Voir au sujet de Constantina, Anja Wieber-Scariot, « Zwichen Polemik und Panegyrik. Frauen des Kaiserhauses und Herrscherinnen des Ostens in den Res gestae des Ammianus Marcellinus », Diss, Trier 1999. On y traite également d’Eusebia, la femme de Constance.
  54. Ammian 15, 1, 1. Traduction à partir du texte allemand contenu dans Ammianus Marcellinus, Das römische Weltreich vor dem Untergang. Gerard Wirth, Munich-Zurich, 1974, p. 49.
  55. Ammian, 26,1,1sq. Traduction à partir du texte allemand contenu dans Ammianus Marcellinus, Das römische Weltreich vor dem Untergang. Gerard Wirth, Munich-Zurich, 1974, p. 500 et sq.
  56. Rowland Smith, « Telling Tales : Ammianus. Narrative of the Persian Campaign of Julian » dans Drijvers/Hunt, Interpreting Ammien Marcellinus, p. 89-104. Comparer avec l’entrée de l’ Encyclopaedia Iranica (http://www.iranicaonline.org/articles/Ammianus-marcellinus
  57. Voir Michael Whitby, « Images of Constantius » dans Drijvers/hunt, Interpreting Ammianus Marcellinus, p. 77-88.
  58. Ammian 21, 16, 8 et 21, 16,15 et sq.
  59. Ammian 21, 16,15.
  60. Ammian, 21, 16, 1 et sq.
  61. Voir la critique de Richard Klein sur la biographie de Constance par Pedro Barcelos dans Plekos (http://www.plekos.uni-muenchen.de/2004/rbarcelo.html.
  62. Ammian, 25, 4,1. Traduit à partir du texte allemand d’Otto Veh dans Ammien Marcellinus. Das römische Weltreich vor dem Untergang, Munich-Zurich, 1974, p. 471.
  63. Ammian, 20, 4.
  64. Voir à ce sujet la plus récente biographie de Julien par Klaus Rosen, Julian. Kaiser, Gott und Christenhasser, Stuttgart, 2006, p. 178 et sq.
  65. Rosen. Julian. Kaiser, Gott und Christenhasser, p. 23.
  66. Ammian 25,3, où Ammien se livre à une imitation de la mort de Socrate.
  67. La soi-disant « digression sur les Huns » pour laquelle il s’appuie sur des sources de deuxième ou même de troisième main et dont plusieurs éléments se retrouvent dans le récit.
  68. La « Digression sur Rome » : Ammian 14, 6 et 28,4. Voir à ce sujet Thomas Harrison, « Templum mundi totius : Ammien and a religious ideal of Rome » dans Drijvers/Hunt, Interpreting Ammien Marcellinus, p. 178 et sq.
  69. Seyfarth, Ammien, p. 35.
  70. Voir à ce sujet Brodka, Ammianus Marcellinus, p. 32 et sq. Voir aussi I. Kajanto, «Fortuna » dans Aufstieg und Niedergang der römischen Welt, vol. II, 17,1, 1981, p. 502 à 558 (ici p. 552); Thomas Harrison, « Templum mundi totius : Ammianus and a religious ideal of Rome » dans Drijvers/Hunt, Interpreting Ammianus Marcellinus, p. 178 et sq. (en particulier p. 183 et sq.).
  71. Ammian, 14, 6, 3. Voir aussi Rosen, Ammianus, p. 112 et sq.
  72. Voir à ce sujet Matthews, The Roman Empire of Ammianus, p. 472.
  73. Voir Rosen, Ammianus, p. 48-51.
  74. Voir également Alan Cameron, Claudian, Oxford 1970.
  75. Matthews, The Roman Empire of Ammianus, p. 32.
  76. Voir Petra Riedl, Faktoren des historischen Prozesses. Eine vergleichende Untersuchung zu Tacitus und Ammien Marcellinus. Tübingen, 2002, p. 393 et sq.
  77. Michel von Albrecht, Geschichte des römischen Literatur, vol. 2, p. 1131. Concernant les caractéristiques de son style, voir Seyfarth, Ammianus, p. 33.
  78. Exemplarisches Erzählen bei Ammanius Marcellinus.
  79. Roger C. Blockley, « Ammianus Marcellinus’ use of exempla » dans Florilegium 13, 1994, p. 53-64 [ici p. 61].
  80. Ammian 31, 16, 9. Voir aussi Michael von Albrecht, Geschichte der römischen Literatur, vol. 2, p. 1132.
  81. Pour la conception que se fait Ammien de l’homme, voir Rosen, Ammianus, p. 117 et sq.
  82. Kelly, Ammianus Marcellinus.
  83. Ammian, 20, 7, 7.
  84. Barnes, Ammianus, p. 88.
  85. Une nouvelle approche se voit dans Jason P. Davies, Rome’s Religious History : Livy, Tacitus and Ammien on Their Gods, Cambridge, 2004, p. 226 et sq; utile est le survol de Bourke dans Laëthem, « Christianity in Ammien Marcellinus » (http://odur.let.rug.nl/~drijvers/Ammien/contributions/christianity.htm). On trouvera d’autres positions dans textes plus anciens : Seyfarth, Ammianus, p. 38-40; la thèse de Barnes selon laquelle Ammien aurait été élevé chrétien, mais aurait plus tard « perdu la foi ». dans Interpreting Ammien Marcellinus, p. 29.
  86. Allan Cameron « The Roman Friends of Ammien » dans Journal of Roman Studies, 54 (1964), p. 15-28. Voir aussi le résumé de Rosen dans Ammianus, p. 27.
  87. Voir Rosen, Ammianus, p. 167.
  88. Voir à ce sujet, Hermann Peter, Wahreit und Kunst, Geschichtsschreibung und Plagiat in klassichen Altertum, Leipzig-Berlin 1911, p. 416 et sq.
  89. Au sujet de Jovien, voir Gerhard Wirth, « Jovian. Kaiser und Karikatur », dans Vivarium. Festchrift Theodor Klauser zum 90. GeburstagJahrbuch für Antike und Christentum, Ergänzungsband 11, 1984), p. 353-384.
  90. Edward Gibbon, History of the Decline and Fall of the Roman Empire. chapter 26 : “It is not without the most sincere regret that I must now take leave of an accurate and faithful guide, who has composed the history of his own times without indulging the prejudices and passions which usually affect the mind of a contemporary. Ammianus Marcellinus, who terminates his useful work with the defeat and death of Valens, recommends the more glorious subject of the ensuing reign to the youthful vigour and eloquence of the rising generation.” (http://www.ccel. org/g/gibbon/decline/volume1/chap26.htm.
  91. Voir Barnes, Ammianus, p. 66.
  92. A.H.M. Jones, The Later Roman Empire, vol. 1, ND Baltimore, 1986, p. 116.
  93. Ronald Syme, Tacitus, vol. 2, Oxford, 1977, p. 127-140.
  94. Voir par exemple Barnes, Ammianus, p. 195 et sq.
  95. Barnes, Ammianus, p. 198.
  96. Arnaldo Momigliano, « The Lonely Historian Ammianus Marcellinus », dans Essays in Ancient and Modern Historiography, Oxford, 1977, p. 127-140.
  97. voir par exemple Zozimos
  98. Voir le court résumé de Manfred Fuhrmann dans Der Kleine Pauly , vol. 1, p. 302-304; la répartie de Klaus Rosen dans le même Der Neue Pauly (vol. 1, p. 596-598.
  99. Glen Bowersock et al. Late Antiquity: A Guide to the Postclassical World. Cambridge (Massachusetts), 1999, p. 293.
  100. Rosen. Ammianus, p. 5. Pour une appréciation d’Ammien et un résumé succinct de la recherche jusqu’en 1979, p. 1 et sq.
  101. À l’exception peut-être de l’auteur anonyme de l’ Historia Augusta. Voir Syme, Ammianus and the Historia Augusta, de même que Barnes, Ammianus, p. 30.
  102. Voir le résumé de Seyfarth dans Ammianus, p. 40-46.
  103. a et b Manfred Landfester, éd. « Geschichte der antiken Texte. Weklexikon » dans Der Neue Pauly. Supp. 2, Stuttgart 2007, p. 35.
  104. Voir sur cette question Rosen, Ammianus, p. 8 et sq.; voir aussi Drijvers/Hunt. Interpreting Ammianus Marcellinus, p. 8 et sq.
  105. Voir Philological and Historical Commentary on Ammianus Marcellinus, éd. von den Boeft et autres

Traductions des Res Gestae[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages 

• Barnes, Timothy D.: Ammianus Marcellinus and the Representation of Historical Reality. Ithaca 1998 (Informatif, mais présentation très critique).

• Den Boeft, Jan, Daniel den Hengst et Hans C. Teitler (Éds). Cognitio Gestorum – The Historiographic Art of Ammien Marcellinus. Amsterdam/New York 1992.

• Den Boeft, Jan, Jan Willem Drijvers, Daniel den Hengst, Hans C. Teitler (éds.) Ammianus after Julian. The Reign of Valentinian and Valens in Books 26–31 of the Res Gestae (Mnemosyne Supplementa 289). Brill, Leiden 2007.

• Den Boeft, Jan, Jan Willem Drijvers, Daniel den Hengst, Hans C. Teitler (éds) Philological and historical commentary on Ammien Marcellinus. Groningen 1991.

• Brodka, Dariusz. Ammien Marcellinus. Studien zum Geschichtsdenken im vierten Jahrhundert n. Chr. Wydawnictwo Uniwersytetu Jagiellonskiego, Krakau 2009, ISBN 978-83-233-2845-2.

• Camus, Pierre-Marie. Ammien Marcellin, témoin des courants culturels et religieux à la fin du IVe siècle. Paris, Belles-Lettres, 1975. ISBN 9782251328058.

• Drijvers, Jan Willem, David Hunt (éds). The Late Roman World and Its Historian: Interpreting Ammien Marcellinus. London 1999 .

• Fontaine, Jacques. Ammien Marcellin, historien romantique. Paris, Association Guillaume Budé, Lettres d’Humanité, vol. 28, 1969.

• Fornara, Charles W. "Studies in Ammien Marcellinus I: The Letter of Libanius and Ammien’ Connection with Antioc". In: Historia 41, 1992, S. 328–344.

• Kelly, Gavin. Ammien Marcellinus: The Allusive Historian. Cambridge Classical Studies. Cambridge 2008.

• Matthews, John F. The Roman Empire of Ammianus. Johns Hopkins University Press/Duckworth, Baltimore/London 1989 [2. Aufl., Ann Arbor 2008].

• Matthews, John F. "The Origin of Ammianus". In: The Classical Quarterly 44, 1994, S. 252–269.

• Rosen, Klaus. Ammianus Marcellinus. Darmstadt 1982 .

• Sabbah, Guy. "Ammien Marcellin, Libanius, Antioche et la date des derniers livres des Res gestae". In: Cassiodorus 3, 1997, S. 89–116.

• Sabbah, Guy. La Méthode d’Ammien Marcellin : recherches sur la construction du discours historique dans les Res Gestae. Paris, CUF, 1978.

• Treadgold, Warren. The Early Byzantine Historians. Basingstoke 2007.

• Wittchow, Frank. Exemplarisches Erzählen bei Ammanius Marcellinus – Episode, Exemplum, Anekdote. Saur, München/Leipzig 2001, ISBN 3-598-77693-4.

• Zehnacker, Hubert et Jean-Claude Fredouille, Littérature latine, PUF, coll. « Quadrige Manuels », 1993.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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