Jean VI Cantacuzène

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Cantacuzène.
Jean VI Cantacuzène
Empereur byzantin
Image illustrative de l'article Jean VI Cantacuzène
Jean VI Cantacuzène présidant le synode de 1351, Traités théologiques de Jean VI Cantacuzène, BNF Gr.1242
Règne
-
&&&&&&&&&&&027687 ans, 6 mois et 27 jours
Période Cantacuzène
Précédé par Jean V Paléologue
Co-empereur Jean V Paléologue (1341-1376/1379-1390/1390-1391)
Mathieu Cantacuzène (1353-1357)
Suivi de Jean V Paléologue et Mathieu Cantacuzène
Biographie
Naissance v. 1295
(Constantinople)
Décès (~88 ans)
(Mistra)
Père Michel Cantacuzène
Mère Théodora Paléologue Ange-Comnène
Épouse Irène de Bulgarie
Descendance Mathieu
Manuel
Marie
Théodora
Hélène
Andronic
Liste des empereurs byzantins

Jean VI Cantacuzène (grec : Ἰωάννης ΣΤ′ Καντακουζηνός), né vers 1295 à Constantinople, mort le à Mistra, empereur byzantin du 13 mai 1347 au 10 décembre 1354, fils de Michel Cantacuzène (1265 † 1316), gouverneur de Morée et de Théodora Paléologue Ange-Comnène (1276 † 1342).

Ascension vers le pouvoir[modifier | modifier le code]

Jean Cantacuzène est cousin d'Andronic III Paléologue, qui le crée grand domestique, c'est-à-dire chef des armées, ce qui le place en seconde position dans la hiérarchie byzantine.

Le 23 mai 1328, il participe à la prise de Constantinople par Andronic III et à la déposition d'Andronic II Paléologue. Il devient alors, en fait, le premier ministre du nouveau gouvernement, décidant de toutes les nominations et contrôlant les affaires de l'État.

À plusieurs reprises il refuse le titre de coempereur ou de régent, préférant soutenir les droits de l'Empereur régnant.

La guerre civile (1341-1347)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Deuxième guerre civile de Byzance.

À la mort d'Andronic III, il devient régent de facto de l'Empire, malgré l'absence d'instructions de l'empereur défunt. Il se heurte cependant à l'opposition d'une fraction importante de la population de l'Empire et, en particulier, du patriarche Jean XIV Kalékas.

Pressé par Alexis Apokaukos de se faire proclamer empereur, Jean Cantacuzène refuse afin de préserver les droits de la dynastie Paléologue et propose de se retirer des affaires ; l'impératrice Anne le persuade de demeurer à la tête du gouvernement et il part bientôt commander une expédition militaire afin de rétablir l'ordre en Macédoine puis en Thrace.

Apokaukos profite de son absence pour persuader le patriarche Kalékas ainsi que l'impératrice que Jean Cantacuzène est un usurpateur et un danger pour la paix. Réfugié à Didymotika, il s'y fait proclamer empereur par ses partisans le 26 octobre 1341[1]. La noblesse d'Andrinople annonce alors l'élection de Jean Cantacuzène au trône impérial, provoquant une rébellion populaire. L'insurrection gagne ensuite les principales villes de l'Empire.

À partir d'avril 1343, plusieurs villes de Macédoine et de Thessalie, abandonnant le parti d'Apokaukos, reconnaissent Jean Cantacuzène comme Empereur ; alors qu'il s'était jusque-là rallié à lui, le roi Etienne Dusan de Serbie rappelle les troupes qu'il avait mises à sa disposition, l'isolant militairement dans Thessalonique. En 1344, le propre fils d'Apokaukos, Manuel Apokaukos, se rallie à Cantacuzène, suivant en cela l'exemple de Jean Vatatzès, lui-même parent du patriarche Kalékas.

Les ralliements s'accentuèrent après l'assassinat d'Apokaukos, le 11 juin 1345.

Le 21 mai 1346, Jean Cantacuzène confirme sa proclamation comme empereur en acceptant de recevoir la couronne impériale à Andrinople des mains du patriarche de Jérusalem, mais il refuse catégoriquement de faire proclamer son fils Mathieu comme empereur associé. Finalement, le 3 février 1347, il entre à Constantinople.

Le règne (1347-1354)[modifier | modifier le code]

Devenu empereur, Jean Cantacuzène prend le titre de Jean VI, montrant ainsi qu'il refuse la préséance de rang sur l'empereur légitime, Jean V Paléologue. Cet arrangement n'est cependant pas du goût de la famille Paléologue, qui persiste à ne voir en lui qu'un usurpateur.

Soucieux de ramener la paix dans l'Empire, il accorde une amnistie générale à ceux qui l'avaient combattu, à l'exception de Jean Kakélas qui refusa toujours d'être pardonné comme de lui pardonner et maintint l'excommunication qu'il avait prononcée contre lui en 1341.

Il est couronné en l'église de la Vierge des Blachernes par le nouveau patriarche Isidore, le 13 mai 1347[2] Signes révélateurs de la pauvreté de l'Empire, le couronnement ne peut avoir lieu à Sainte-Sophie, trop délabrée, les joyaux de la couronne (gagés à Venise) étant remplacés par de la verroterie et la vaisselle était de terre cuite.

L'hésychasme[modifier | modifier le code]

Né sous les dernières années du règne d'Andronic III, le mouvement de l'hésychasme s'amplifie sous le règne de Jean VI menaçant l'intégrité de l'Église orthodoxe. Jean VI lui-même soutient les hésychastes qui, menés par Grégoire Palamas, l'avaient soutenu contre Kakélas et Anne de Savoie.

En 1351, Jean VI fait réunir un concile qui s'ouvre sous sa présidence au palais des Blachernes le 28 mai 1351. Le concile conclut à la conformité de l'hésychasme par rapport à l'orthodoxie. Le tomos contenant les décisions officielles du concile est proclamé en la basilique Sainte-Sophie le 15 août suivant, puis cosigné par l'empereur Jean V Paléologue en février 1352.

Troubles intérieurs[modifier | modifier le code]

Le règne de Jean VI est marqué par de nombreux troubles intérieurs, tant sur le plan social que sur le plan militaire :

  • la peste noire s'abat sur l'Empire dès la première année du règne, ravageant notamment Constantinople, aggravant l'état de découragement et d'apathie dans lequel se trouvaient les byzantins après deux guerres civiles ;
  • ses anciens alliés et ceux d'Anne de Savoie (vénitiens et turcs) se font menaçants, notamment Etienne V, tsar de Serbie ;
  • il doit faire face aussi à une opposition populaire et religieuse, et à une révolte des Zélotes à Thessalonique ;
  • en août 1348 les Génois envahissent la Corne d'Or et incendient la flotte byzantine.

Réorganisation de l'Empire[modifier | modifier le code]

Il abandonne la division de l'empire en thèmes et inaugure le système des apanages. L'Empire est alors divisé en trois régions :

  • la Thrace avec Constantinople,
  • la Morée byzantine (où Jean VI, envoie son troisième fils Manuel comme despote de Mistra),
  • Thessalonique, qui reste favorable aux Paléologues.

Abdication et retraite[modifier | modifier le code]

La population de Constantinople demeure cependant attachée à la dynastie légitime des Paléologues, et en particulier à Jean V et s'oppose de plus en plus nettement à Jean VI. L'opposition se renforce en avril 1353 lorsque Jean VI fait proclamer coempereur son fils Mathieu Cantacuzène.

Ce couronnement provoque l'irritation du patriarche Kallistos, qui abdique et est remplacé par Philothée Kokkinos, partisan déclaré de Jean VI.

Le 22 novembre 1354, Jean V Paléologue entre à Constantinople, où il est acclamé par la foule. Le 1er décembre suivant, il signe avec Jean VI un accord de gouvernement aux termes duquel les deux hommes exercent en commun le pouvoir, tandis que Mathieu Cantacuzène demeurait empereur indépendant d'Andrinople jusqu'à sa mort.

Finalement, le 10 décembre 1354 Jean VI abdique et revêt l'habit monastique en prenant le nom de Joaspah Cantacuzène ; il entre au couvent Saint-Georges-des-Manganes, à Constantinople. Il s'installe plus tard au monastère de la Néa Péribleptos ; il meurt à Mistra auprès de son fils Manuel.

Son épouse, Irène, prend également le voile sous le nom d'Eugénie et se retire au couvent de Kyra Martha.

Jean Cantacuzène consacrera la fin de sa vie à l'écriture de ses Mémoires, qui sont achevés en 1369.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Histoire de l'empire d'Orient, de 1340 à 1354, PG 153.
  • Discours contre Mahomet, PG 154.

Famille et descendance[modifier | modifier le code]

Il épouse avant 1320 Irène de Bulgarie, morte entre 1363 et 1379, fille d'Andronic Asen, prince bulgare, et a :

  • Mathieu (1325 † 1391), empereur associé à son père
  • Manuel (1326 † 1380), despote du Péloponnèse (1349-1380)
  • Marie (1328 † ap.1360) mariée en 1342 à Nicéphore II, despote d'Épire (1328 † 1359)
  • Théodora (1330 † ap.1381) mariée en 1346 à Orhan, sultan ottoman († v. 1360)
  • Hélène (1333 † 1396) mariée en 1347 à Jean V Paléologue (1332 † 1391)
  • Andronic (1334 † 1347)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Venance Grumel Traité d'études byzantines I La Chronologie Presses universitaires de France, Paris 1956 p. 359
  2. Venance Grumel Op.cit. p. 359

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis Bréhier : Vie et mort de Byzance, collection L'évolution de l'humanité, éditions Albin Michel 1946, réédition 1969.
  • D.Nicol : Les derniers siècles de Byzance, Les Belles Lettres.
Précédé par Jean VI Cantacuzène Suivi par
Andronic III Paléologue
Justinien small.png
Empereur byzantin
1347-1354
Avec Jean V Paléologue (1341-1376/1379-1390/1390-1391)
Avec Mathieu Cantacuzène (1353-1357)
Jean V Paléologue