Constantin Ier (empereur romain)

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Constantin Ier
Empereur romain
Image illustrative de l'article Constantin Ier (empereur romain)
Buste colossal de Constantin Ier, bronze
IVe siècle, musées du Capitole.
Règne
Usurpateur/César en Occident (25 juillet 306 - 310)
Légitime : 310 - 22 mai 337 (~27 ans)
En Occident (310 - 324) puis seul maître de l’Empire
Période Constantiniens
Précédé par Galère (Orient)
Licinius (Occident)
Co-empereur Galère (Occident j.311)
Maximin II Daïa (Orient j.313)
Licinius (Orient j.324)
Usurpé par Maxence (Occident, 306-312)
Suivi de Constantin II (Occident)
Constant Ier (Centre)
Constance II (Orient)
Biographie
Nom de naissance Flavius Valerius
Aurelius Constantinus ?
Naissance 27 février c.272 - Naissus (Mésie)
Décès 22 mai 337 (~65 ans)
Nicomédie (Bithynie)
Père Constance Chlore
Mère Hélène
Épouse (1) Minervina (293 - av.307)
(2) Fausta (307 - 327)
Descendance (1) Constantina (de Minervina)
(2) Helena (de Minervina)
(3) Crispus (de Minervina)
(4) Constantin II (de Fausta)
(5) Constant Ier (de Fausta)
(6) Constance II (de Fausta)
Liste des empereurs romains

Flavius Valerius Aurelius Constantinus, né à Naissus en Mésie (aujourd'hui Niš en Serbie) le 27 février 272[1], est proclamé 34e empereur romain sous le nom Constantin Ier en 306 par les légions de Bretagne et mort le 22 mai 337 après 31 ans de règne, est une figure prépondérante du IVe siècle.

En rupture avec le règne de Dioclétien, il est le premier empereur romain à adopter le christianisme comme religion d'État ; non seulement il marque la fin d'une ère de persécutions des chrétiens, mais il aide l'Église chrétienne à prendre son essor, en établissant la liberté de culte par le biais de l'édit de Milan (313), et en plaçant le Dieu chrétien au-dessus de son rôle d'empereur à l'instar du Sol Invictus. Il est considéré comme saint par l'Église orthodoxe, de même que sa mère Hélène. Par la promotion du christianisme, il favorise l'extinction du culte de Mithra.

Ses noms de référence sont Imperator Caesar Flauius Valerius Aurelius Constantinus Pius Felix Inuictus Augustus, Germanicus Maximus, Sarmaticus Maximus, Gothicus Maximus, Medicus Maximus, Britannicus Maximus, Arabicus Maximus, Adiabenicus Maximus, Persicus Maximus, Armeniacus Maximus, Carpicus Maximus.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Constantin est né à Naïssus, l'actuelle Niš, dans la province romaine de Mésie supérieure, le 27 février d'une année qui fait l'objet de controverses, entre 271 et en 277, si l'on s'en tient aux sources qui fixent son âge lors de sa mort en 337 à 60/66 ans (62 ans selon Aurelius Victor, 63 ans selon l'Épitomé de Caesaribus, 63/64 ans selon Eusèbe de Césarée, 65 ans selon Socrate le Scolastique, entre 65 et 66 ans selon Eutrope). Certains historiens modernes ont avancé l'hypothèse qu'il serait né après 280.

Constantin est né dans le contexte très particulier d'une restructuration d'un empire romain affaibli. L'empereur Dioclétien mit sur pied un système complexe, la Tétrarchie dans lequel l'empire étant gouverné par deux Augustes, Dioclétien et Maximien, assistés de deux Césars. Constance Chlore, le père de Constantin, devint le César de Maximien en 293. Sa mère, Hélène, était une femme de basse extraction, aubergiste de son état selon Ambroise de Milan. Elle n'était probablement pas l'épouse légitime de Constance Chlore. Lors de l'élévation de Constance Chlore au titre de césar, il fut obligé d'épouser Théodora, la fille de Maximien, Hélène étant reléguée dans l'obscurité.

Tandis que son père guerroyait en Gaule et Bretagne, Constantin reçut néanmoins une bonne éducation à la cour de Dioclétien puis de son successeur Galère, à Nicomédie. Une seule source, l' Origo Imperatoris Constantini, le dit «peu instruit dans les lettres»[2]. Parallèlement, il reçut aussi une bonne préparation à la carrière de soldat. Il s'éleva vite dans la hiérarchie militaire et différentes sources célèbrent ses exploits sur le champ de bataille.

La conquête du pouvoir (306-324)[modifier | modifier le code]

Le délitement de la tétrarchie (306-313)[modifier | modifier le code]

Après l'abdication conjointe de 305, l'Empire a pour dirigeants deux Augustes, Constance Chlore et Galère, et deux nouveaux Césars, Sévère et Maximin Daïa, choisis selon le principe du mérite.

Constantin s'enfuit de nicomédie, où Galère tentait de le retenir, et rejoint son père en Bretagne (l'actuelle Grande-Bretagne) quand celui-ci devient Auguste en 305. Peu après, Constance décède à York le 25 juillet 306. On assiste alors à un conflit entre le principe tétrarchique et celui de l'hérédité, car un des deux Augustes a un fils en âge de gouverner. Lorsque Constantin est acclamé Auguste par les troupes de son père, Galère se montre pragmatique et, face au fait accompli, le reconnaît, mais seulement comme César.

Quelques mois plus tard, Maxence, fils de Maximien, est proclamé princeps par les prétoriens et le peuple de Rome mécontent de l'impôt de capitation. Son père accourt à ses côtés et reprend le titre d'Auguste qu'il n'a abandonné qu'avec regret. Sévère, envoyé les combattre, est tué en 307.

Galère fait alors appel à Dioclétien qui accepte le consulat et une conférence a lieu à Carnuntum qui réunit Dioclétien, Maximien et Galère dans le but de rétablir la tétrarchie mais elle se termine par un échec :

  • Dioclétien refuse de revenir au pouvoir, force Maximien à abdiquer de nouveau et reforme la tétrarchie avec en Orient Galère secondé par Maximin Daïa et en Occident Constantin et un nouveau venu, Licinius, officier illyrien sorti du rang choisi par Galère
  • Maximien et Maxence, déclarés usurpateurs, maintiennent leurs prétentions et, en Afrique, Domitius Alexander proclame les siennes.

On a alors sept empereurs, une heptarchie, qui ressemble davantage à l'anarchie militaire du IIIe siècle. Une première série de décès contribue à clarifier la situation : Maximien est assiégé dans Marseille par Constantin et se suicide en 310, Domitius Alexander est battu en Afrique par Maxence et est assassiné en 311, Galère meurt de maladie en 311.

Le rétablissement de l'unité de l'Empire (313-324)[modifier | modifier le code]

Songe de Constantin et bataille du pont Milvius, illustration des Homélies de Grégoire de Nazianze, 879-882, Bibliothèque nationale de France (Ms grec 510)

En 311, à la mort de Galère, règnent quatre Augustes : Maximin Daïa, Constantin, Licinius et Maxence. Constantin élimine Maxence le 28 octobre 312 à la bataille du pont Milvius, ce qui lui permet de s'emparer de l'Italie et de régner en maître sur l'Occident. De son côté, Licinius défait Maximin Daïa à la bataille d'Andrinople (313) et règne sur l'Orient : une nouvelle diarchie se met en place entre Constantin et Licinius scellée par un mariage entre Licinius et Constantia, la demi-sœur de Constantin.

Les relations entre les vainqueurs ne tardent pas à se dégrader, tous deux faisant montre d'une énorme ambition. À partir de 320, Constantin entre de nouveau en conflit avec Licinius. En 324, Licinius est vaincu à Andrinople, puis à Chrysopolis et fait sa soumission à Nicomédie. Il est exécuté peu de temps après, ainsi que son fils.

Le choix de la succession dynastique[modifier | modifier le code]

Pour la première fois depuis quarante ans, l'Empire est gouverné par une autorité unique : Constantin règne seul pendant treize ans, assisté des Césars qui ne sont plus des collaborateurs mais ses fils désignés comme héritiers présomptifs :

Les réformes sous Constantin (324-337)[modifier | modifier le code]

La fondation d'une nouvelle capitale : Constantinople[modifier | modifier le code]

Depuis la tétrarchie, Rome n'est plus dans Rome même. Les Augustes et les Césars ont vécu dans des résidences impériales proches des secteurs qu'ils ont la charge de défendre.

La fondation d'une nouvelle capitale est décidée pendant la période aiguë du conflit pour la domination de l'Empire. À partir de 324, Constantin transforme la cité grecque de Byzance en une « Nouvelle Rome », à laquelle il donne son nom, Constantinople. Il l'inaugure après douze ans de travaux, en 330. Constantinople est bâtie sur un site naturel défensif qui la rend pratiquement imprenable alors que Rome est sans cesse sous la menace des Germains[3]. Elle est également près des frontières du Danube et de l'Euphrate, là où les opérations militaires pour contenir les Goths et les Perses sont les plus importantes. Elle est enfin située en bordure des terres de vieille civilisation hellénique, région qui a le mieux résisté à la crise du troisième siècle de l'empire romain. Constantin la bâtit sur le modèle de Rome avec sept collines, quatorze régions urbaines, un Capitole, un forum, un Sénat. Dans les premiers temps, il permet l'implantation de temples païens mais très vite la ville devient presque exclusivement chrétienne[4] et ne comporte que des édifices religieux chrétiens. Dès Constantin, la ville compte 100 000 habitants. Celui-ci y fait construire, le palais impérial, l'hippodrome[5] – le nouveau nom donné aux cirques romains –, ainsi que l'église de la Sagesse Sacrée (Sainte-Sophie)[6].

L'administration centrale[modifier | modifier le code]

Constantin transforme l'organisation du pouvoir central qui est demeurée sensiblement la même depuis le Haut Empire. Le préfet du prétoire est remplacé par le questeur du Palais sacré qui rédige les édits. Celui-ci dirige le consistoire sacré, qui remplace le conseil de l'empereur. Le maître des offices dirige le personnel administratif, les fabriques d'armes et les scholæ de la garde ; le maître des milices, l'infanterie et la cavalerie ; le comte des largesses sacrées, le fisc ; le comte de la fortune privée, la res privata, c'est-à-dire la caisse privée de l'empereur, les revenus personnels de ce dernier étant issus essentiellement du revenu de ses immenses domaines. La grande nouveauté est cependant la grande augmentation des fonctionnaires travaillant dans les bureaux centraux. Une foule de notaires, d'agents secrets (les agentes in rebus), près de 1 000 fonctionnaires au Ve siècle[7], et d'employés divers font de l'Empire romain une véritable bureaucratie[8].

Constantin vise à harmoniser au plus haut le rang social des plus hauts serviteurs de l'Empire : le Sénat reprend la première place à partir de 312 en Occident et de 324 en Orient quand Constantin règne sur l'ensemble de l'Empire.

  • L'empereur transfère les chevaliers vers le Sénat dont les effectifs passent de 600 à 2000 afin de meubler les Sénats de Rome et surtout de Constantinople et dessine pour ses membres un nouveau type de carrière : les plus hautes fonctions de l'État sont réservées aux clarissimes tandis que les fonctions intermédiaires sont remplies par des perfectissimes (souvent des notables municipaux introduits dans la Haute Assemblée par la pratique de l'adlectio).
  • L'empereur ne rend pas au Sénat la moindre parcelle de pouvoir politique mais il rompt avec le mépris et la défiance de nombre de ses prédécesseurs : le véritable travail législatif se fait au sein du Conseil Impérial, le Sénat ne disposant de l'initiative des lois que pour des questions d'intérêt local.

L'œuvre législative[modifier | modifier le code]

Afin de favoriser les chrétiens, il abroge les lois d'Auguste sur le célibat, impose le repos dominical, autorise l'affranchissement des esclaves par déclaration dans les églises (333), interdit (325) que l'on sépare les familles lors des ventes, autorise l'Église à recevoir des legs et accorde le droit aux plaideurs de choisir entre le tribunal civil et la médiation de l'évêque. De plus, il promulgue des lois contre la prostitution des servantes d'auberges, contre les enlèvements, et sur l'humanisation des prisons (326). Enfin de nombreuses lois sont créées afin de lutter contre les relations extra-maritales, là encore pour renforcer le poids du mariage et des cérémonies religieuses chrétiennes autour de ce sacrement. Ainsi, en 329, une loi punit l'adultère d'une femme avec son esclave ; en 331, une autre restreint le droit au divorce. En 336, une loi pénalise les naissances illégitimes.

Les réformes économiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Monnaie romaine.
Solidus de Constantin, Ticinum (actuelle Pavie), 313, Cabinet des médailles (Beistegui 233).

Constantin institue une nouvelle monnaie d'or, le solidus dont la stabilité et l'abondance est assurée grâce aux confiscations qu'il fait des importants stocks d'or des temples païens. Le nom du solidus déformé en sou fonda un système monétaire qui connut une grande stabilité. Par contre, la dévaluation des monnaies d'argent et de bronze aggrave l'inflation et l'appauvrissement des couches modestes de la population.

L'empereur païen converti[modifier | modifier le code]

La victoire du Pont Milvius et la promulgation de l'édit de Milan (313)[modifier | modifier le code]

La tradition chrétienne (selon Lactance dans De la mort des persécuteurs et l'hagiographe de l'empereur Eusèbe de Césarée dans sa Vie de Constantin) fait état d'une apparition de la Croix dans le ciel vue par lui-même et son armée, ainsi que d'un songe prémonitoire qui aurait annoncé à Constantin sa victoire contre Maxence au pont Milvius. La nuit même, Jésus lui serait apparu en rêve et lui aurait montré un chrisme flamboyant dans le ciel en lui disant : « Par ce signe, tu vaincras » (hoc signo vinces). Constantin fit alors apposer sur le labarum et sur le bouclier de ses légionnaires un chrisme, formé des deux lettres grecques Khi (Χ) et Rho (Ρ), les initiales du mot Christ. Ce signe est depuis un emblème de la Chrétienté combattante, notamment dans l'Empire d'Orient. La part de légende dans cette histoire reste cependant disputée [9], d'autant plus que le chrisme est un signe ambigu. Constantin aurait déjà eu en 309 dans le sanctuaire gallo-romain de Grand une vision du dieu Apollon lui conférant un signe solaire de victoire [?]. En 312, l'empereur continue d'ailleurs d'adorer le Sol Invictus[10].

En 313, Constantin rencontre Licinius à Milan et conclut avec lui un accord de partage de l'Empire. Parmi les mesures prises en commun figure un édit de tolérance religieuse, appelé habituellement édit de Milan qui renouvelle l'édit de Sardique pris par Galère en 311. Il ne s'agit pas formellement d'une officialisation du culte chrétien, mais plutôt de sa mise à égalité avec les autres cultes. Ainsi, les chrétiens ne sont plus victimes de discriminations, leur culte est autorisé et les biens qui leur ont été confisqués leur sont rendus.

La conversion de Constantin[modifier | modifier le code]

Le problème qui divise encore les historiens est celui de la conversion de l'empereur. On pense qu'il se convertit en 312 mais son baptême, lui, ne se fait que sur son lit de mort en 337. Cette conversion est conforme à la coutume en vigueur à l'époque, les fidèles attendant le dernier moment pour recevoir le baptême afin de se faire pardonner les péchés antérieurs mais elle peut apparaître aussi comme la révélation d'un cheminement intérieur remontant à près d'un quart de siècle.

Fausta, la femme de Constantin (musée du Louvre)

Pour mettre en doute sa conversion, plusieurs historiens païens[11] en ont reculé la date. Ils l'ont attribué à l'appât du gain : Constantin se serait fait chrétien pour piller les temples païens afin de financer Constantinople. Il se serait converti en 326 pour expier ses remords après avoir fait périr son fils aîné Crispus, puis son épouse Fausta. Une légende racontée par des païens de la ville d'Harran dit que Constantin alors atteint de lèpre, se serait converti, les chrétiens acceptant dans leur rang les lépreux. Il aurait dû pour la soigner prendre un bain du sang de nouveau-nés. Mais touché par les pleurs des mères, il ne put s'y résoudre. C'est alors que lui apparurent en songe la nuit suivante Saint Pierre et Saint Paul qui lui conseillèrent de retrouver l’évêque Sylvestre sur le mont Soracte. C'est lors de cette rencontre que l'empereur Constantin fut baptisé et fut soigné de sa terrible maladie[12],[13].

Son père, Constance Chlore, est un païen monothéisant, probablement attaché au culte du Sol Invictus comme de nombreux officiers illyriens. Dioclétien ne l'aurait pas fait César s'il avait été chrétien mais, si rien ne prouve qu'il le soit devenu par la suite, celui-ci se comporte toutefois prudemment et, lors de la grande persécution se serait contenté (selon Eusèbe de Césarée) de démolir quelques édifices en Gaule.

La christianisation de l'Empire[modifier | modifier le code]

Tête colossale de Constantin Ier, IVe siècle, musées du Capitole.

Les chrétiens ne constituent alors qu'une faible minorité des sujets de Constantin[14], répartis très inégalement à travers l'Empire, essentiellement en Orient et en Afrique du Nord. Constantin est un empereur païen, un monothéiste qui honore Sol Invictus mais qui s'intéresse depuis longtemps au christianisme puisqu'il finira par l'adopter comme religion personnelle en 312.

Après avoir fait disparaître une bonne partie de sa propre famille à des fins personnelles et politiques[réf. nécessaire], la progressive conversion de Constantin au christianisme s'accompagne d'une politique impériale favorable aux chrétiens, mais le paganisme n'est jamais persécuté car, pour lui, l'unité de l'empire passe avant tout. Plusieurs indices témoignent de cette évolution ambivalente : Constantin abandonne progressivement le monnayage au type de Soleil et fait fréquemment représenter sur ses monnaies des symboles chrétiens. Il reconnaît les tribunaux épiscopaux et fait du dimanche (jour du soleil païen) un jour férié obligatoire en 321, à l'exception des travaux des champs. L’empereur accorde également des dons en argent et en terrains à l'Église, soutenant la construction d'églises ou de grandes basiliques, comme la Basilique Saint-Jean-de-Latran, celle de Saint-Pierre de Rome, Sainte-Sophie de Constantinople ou du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

Le processus de christianisation de l'Empire à partir de Constantin demeure un phénomène discuté quant à ses modalités concrètes comme en témoignent les travaux des historiens Ramsay MacMullen et Paul Veyne, cités en bibliographie, qui esquissent pour l'un une christianisation paisible et insensible (Veyne) et pour l'autre un processus forcé et accompagné - par un effet boomerang - d'une paganisation du christianisme (McMullen).

« Presque imperceptiblement, les coutumes païennes s'introduisirent dans l'Église ; la conversion nominale de l'empereur au début du IVe siècle causa de grandes réjouissances : le monde, couvert d'un manteau de justice, entra dans le christianisme de Rome. Alors, l'œuvre de la corruption fit de rapides progrès. Le paganisme paraissait vaincu, tandis qu'il était réellement vainqueur : son esprit dirigeait à présent l'Église romaine. Des populations entières qui, malgré leur abjuration, étaient païennes par leurs mœurs, goûts, préjugés et ignorance, passèrent sous les étendards chrétiens avec leur bagage de croyances insensées et de pratiques superstitieuses. Le christianisme à Rome adopta et intégra une grande partie du système de l'ancien culte impérial ainsi que ses fêtes qui prirent toutes des couleurs plus ou moins chrétiennes[15]. »

Le maintien de l'unité de l'Église[modifier | modifier le code]

Constantin montre son désir d'assurer à tout prix, par la conciliation ou la condamnation, l'unité de l'Église qu'il considère dès ce moment comme un rouage de l'État et l'un des principaux soutiens du pouvoir, et devient, ce faisant le véritable « président de l'Église »[16]. Au début du IVe siècle, ce projet est contrarié par des crises dont les plus importantes sont la sécession donatiste et la crise arienne.

Le donatisme naît à propos d'une crise concernant la légitimité de l'évêque de Carthage, Caecilianus, ordonné en 312 : l'un des consécrateurs a livré des objets sacrés lors d'une persécution. Certains chrétiens considèrent que la cérémonie n'a aucune valeur et élisent un autre évêque, Donatus. Ses partisans nient toute validité aux sacrements conférés par Caecilianus et provoquent des affrontements pour la possession des églises. Constantin tente en vain d'apaiser le schisme par des lettres aux adversaires, puis, devant l'intransigeance des donatistes, convoque lui-même les synodes du Latran (313) et d'Arles (314) qui condamnent le donatisme. Au début de 317, l'empereur promulgue un décret qui ordonne aux donatistes de restituer les lieux de culte qu'ils occupent. Devant leur refus, Caecilianus demande l'intervention de l'État pour le faire exécuter mais il y a plusieurs morts. Constantin finit par céder et promulgue en 321 un édit de tolérance laissant aux donatistes les églises qu'ils possèdent tout en maintenant sa condamnation de principe.

À la différence du schisme donatiste qui reste confiné à l'Afrique, l'arianisme se répand dans tout l'Orient. Voulant mettre fin à la querelle qui divise les chrétiens à propos du rapport entre le Fils et le Père, Constantin convoque et préside, sous l'impulsion de son conseiller Ossius de Cordoue — l'un des rares théologiens chrétiens occidentaux de l'époque — le concile œcuménique le 20 mai 325 dans la ville de Nicée, en Bithynie. La conception inspirée par les thèses du prêtre Arius (subordination du Fils au Père) y est condamnée.

  • La plupart des 250 ou 300 évêques présents signent un « symbole » (un accord) comportant le credo encore en usage aujourd'hui dans toutes les Églises chrétiennes.
  • Constantin préside les séances bien qu'il ne soit pas encore baptisé, impose la formule dogmatique finalement adoptée par les pressions constantes qu'il exerce sur les membres de l'Assemblée et se charge d'appliquer les décisions du concile de Nicée en faisant chasser de leurs sièges les évêques « ariens » (on dit aussi « homéens » ; ceux qui ont accepté le credo sont appelés « orthodoxes », « nicéens » ou « homoousiens »). Mais, à la fin de sa vie, Constantin se rapproche des ariens et c'est leur chef, Eusèbe de Nicomédie, qui organise son baptême, sur son lit de mort. La crise arienne durera encore plusieurs décennies.

Ainsi se met en place, dès le règne de Constantin, ce qu'il est convenu d'appeler un césaropapisme, c'est-à-dire un régime comme l'a montré l'historien Gilbert Dagron, dans lequel les pouvoirs politique et religieux, bien que séparés, ne sont pas dissociables car le détenteur du pouvoir politique, considéré comme désigné par Dieu, participe de la nature épiscopale et exerce son autorité sur l'Église. Les évêques tentent dès le règne de Constantin et encore davantage sous ses successeurs de préserver l'Église contre les empiètements du pouvoir impérial, en particulier dans le domaine du dogme, et, d'autre part, de marquer que, comme chrétien, l'empereur doit être soumis aux mêmes obligations morales et spirituelles que les autres fidèles.

La monarchie constantinienne : une conception théocratique du pouvoir[modifier | modifier le code]

Mosaïque dans l'église Sainte-Sophie à Constantinople.

Tout comme Dioclétien, Constantin ne rompt pas pleinement avec la tradition du Haut-Empire (l'empereur demeure un magistrat qui porte les titres romains traditionnels) ni avec les apports orientaux de la tétrarchie :

  • Il porte d'abord la couronne de lauriers puis adopte régulièrement à partir de 326-327 le diadème orné de pierres précieuses.
  • Il est personnellement très porté sur le faste et l'ostentation et désire donner à la fonction impériale, par le cérémonial, le costume et l'apparat, une dimension supra-humaine. Eusèbe de Césarée affirme dans sa Vie de Constantin que l'empereur siège sur son trône dans une attitude hiératique et figée, ses yeux levés vers le ciel.

Il abandonne néanmoins les formes religieuses élaborées sous la tétrarchie, d'abord par un retour au modèle solaire des empereurs pré-tétrarchiques puis par l'abandon de la protection des dieux tutélaires de Rome et de l'Empire pour un dieu nouveau, le dieu des chrétiens. Le monothéisme devient le fondement idéologique de la monarchie constantinienne, ses idées politiques étant inspirées de principes unitaires, alors que le polythéisme convenait mieux à l'idéal de la tétrarchie : il n'existe qu'un seul Dieu, il ne doit y avoir qu'un seul monarque qui gouverne selon la volonté divine. Son principal théoricien, Eusèbe de Césarée, affirme, dans le Discours des Tricennales, que le royaume terrestre de Constantin est à l'image du royaume de Dieu et que l'empereur est entouré de ses Césars comme Dieu l'est de ses anges : il se peut qu'à la fin de sa vie, Constantin ait jugé que l'arianisme correspondait mieux à l'idée qu'il se faisait d'une monarchie divine, avec le Fils subordonné au Père, sur laquelle se modèle sa propre monarchie, avec des Césars étroitement mis sous tutelle.

En fait, la christianisation du pouvoir impérial est lente car Constantin est obligé de tenir compte du poids des traditions, surtout chez les élites :

  • Aucune épithète explicitement chrétienne ne figure dans la titulature officielle de l'empereur qui continue de revêtir le grand pontificat.
  • Le culte impérial survit sous une forme épurée : à la mort du prince survient la divinisation accordée par le Sénat attestée pour la dernière fois en 364 avec la mort de Jovien.

La défense de l'Empire contre ses ennemis extérieurs[modifier | modifier le code]

Constantin ne néglige pas la défense de l'Empire facilitée par les mesures prises par ses prédécesseurs de la tétrarchie. Trois fronts retiennent tour à tour l'attention de Constantin.

D'abord celui du Rhin où son père, Constance Chlore, s'est illustré et où Constantin a longtemps séjourné, faisant de Trèves sa capitale. Il combat les Francs et les Alamans en 306, 309 et 313. Les opérations sont momentanément interrompues au moment de l'affrontement avec Licinius. Une fois seul maître de l'Empire, il envoie ses fils Crispus et Constantin II combattre les Francs et les Alamans. Le grand nombre de monnaies constantiniennes retrouvées en pays barbare atteste la reprise des relations commerciales une fois le calme revenu.

Les guerres danubiennes sont moins bien connues. En 322, il remporte une grande victoire sur les Sarmates à Campona puis, la même année ou en 324, il refoule les Goths qui ont franchi le Rhin. En 332, le César Constantin II leur inflige une grave défaite.

Depuis la paix de 297 conclue sous la tétrarchie, la Perse est demeurée relativement tranquille. Les relations se dégradent à nouveau à partir de 333, année où les Perses tentent de dominer l'Arménie et à la suite des persécutions contre les chrétiens dont Constantin prétend être partout le protecteur. La guerre est de nouveau déclarée, peut-être par les Perses, en 337. Selon Eusèbe de Césarée dans sa Vie de Constantin, l'empereur romain l'envisage comme une croisade et des évêques doivent l'accompagner dans son Conseil. L'empereur meurt en mai 337 au milieu des préparatifs de la campagne.

La réorganisation des unités militaires[modifier | modifier le code]

Constantin, tout comme ses prédécesseurs de la tétrarchie, est préoccupé par la défense de l'Empire. La nouvelle stratégie politico-militaire de Constantin admet que l'armée des frontières peut-être battue sur certains fronts et le limes, enfoncé, et que les combats décisifs peuvent se dérouler à l'intérieur des frontières de l'Empire. L'empereur poursuit la politique de Gallien et de Dioclétien sur le front danubien en introduisant des barbares sur le territoire romain : en échange de la protection des frontières et de la fourniture d'un contingent militaire, ces derniers reçoivent des subsides de l'État, des rations alimentaires et des tentes destinées à les sédentariser. L'aboutissement logique de cette évolution est, dès le règne de Constance II (337-361), l'accession de barbares aux plus hauts postes de l'état-major.

Un nouvel encadrement[modifier | modifier le code]

De nouvelles unités appellent un nouvel encadrement. Les carrières militaires et civiles sont définitivement séparées : les préfets du prétoire et les vicaires sont confinés dans des fonctions purement administratives et les gouverneurs sont déchargés de toute préoccupation militaire au profit de professionnels de la guerre :

  • Le maître des offices (magister officiorum) reçoit le commandement de la garde impériale (scholæ palatinæ).
  • Les deux-chefs d'état-major, les maîtres des soldats (magistri), supérieurs aux duces, sont séparés entre maître de l'infanterie et maître de la cavalerie, relèvent de l'autorité directe de l'empereur.
  • L'armée territoriale est subordonnée au découpage provincial : à chaque division administrative correspond un commandement militaire distinct de l'autorité civile (un comes au niveau du diocèse et un dux au niveau des provinces.

Le pouvoir impérial est renforcé par le morcellement des compétences mais une telle décision risque à terme d'affaiblir la valeur de l'armée et de ses chefs.

Mort et succession[modifier | modifier le code]

En 326, Constantin fait périr son fils aîné Crispus, puis son épouse Fausta. On ignore les raisons de ces exécutions, qui ne sont peut-être pas liées entre elles, mais on a évoqué un adultère ou une dénonciation calomnieuse de la part de Fausta.

En 337, Constantin vient de déclencher un conflit avec la Perse Sassanide de Shapur II et s'apprête à mener une expédition contre cet empire, quand il meurt subitement près de Nicomédie. Il est baptisé sur son lit de mort. Il est enterré dans l'église des Saints-Apôtres qu'il a fait construire à Constantinople.

Quand Constantin meurt, il n'a pas réglé sa succession. Ses trois fils se proclament Augustes, tandis que les autres membres de la famille impériale sont assassinés, sauf les jeunes Julien et Gallus. Ils se partagent l'Empire mais Constantin II et Constant Ier entrent en conflit. Après les décès de ses deux frères, l'Empire est réuni sous l'autorité du seul fils survivant de Constantin, Constance II qui nomme deux césars aux pouvoirs très réduits.

Le nouvel empereur poursuit la politique de son père, autant dans les domaine religieux — il favorise l'arianisme — que militaires en luttant à la fois sur les fronts rhéno-danubien et perse.

Canonisation[modifier | modifier le code]

D'après Eusèbe de Césarée, Constantin est mort le dimanche de Pentecôte 22 mai 337. Il est inscrit dans la plupart des calendriers byzantins le 21 mai avec sa mère Hélène, parfois le 22 (comme dans le lectionnaire de Jérusalem).

Contemporains[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Biographies :
    • Guy Gauthier, Constantin, le triomphe de la Croix, France-Empire, 1999
    • Vincent Puech, Constantin, le premier empereur chrétien, Ellipses, coll. "Biographies et Mythes historiques", 2011
    • Pierre Maraval, Constantin le Grand, empereur romain, empereur chrétien (306-337), Tallandier, coll. "Biographies", 2011
    • Bertrand Lançon, Tiphaine Moreau, Constantin, un Auguste chrétien (coll. « Nouvelles biographies historiques »), Paris, Armand Colin, 2012, 256 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La date retenue pour sa naissance varie selon les historiens. 272 est l'année la plus ancienne.
  2. Pierre Maraval, Constantin le Grand, empereur romain, empereur chrétien (306-337), Tallandier, coll. "Biographies", 2011, p. 32
  3. Alain Ducellier, Michel Kaplan et Bernadette Martin, Le Proche-Orient médiéval, Hachette, 1978, p. 24
  4. Alain Ducellier, Michel Kaplan et Bernadette Martin, Le Proche-Orient médiéval, Hachette, 1978, p. 25
  5. Gilbert Dagron, Naissance d'une capitale. Constantinople et ses institutions de 330 à 451 (Bibliothèque byzantine), Paris, Presses universitaires de France, 1974, p. 320-347.
  6. Bertrand Lançon, L'Antiquité tardive, PUF, « Que sais-je ? », no 1455, 1997, p. 97
  7. Alain Ducellier, Michel Kaplan et Bernadette Martin, Le Proche-Orient médiéval, Hachette, 1978, p. 22
  8. Michel Christol et Daniel Nony, Des Origines de Rome aux invasions barbares, Hachette, 1974, p. 214
  9. Paul Matagne, revue Histoire antique, Constantin, no 26 juillet-août 2006, p. 64-69.
  10. Pierre Maraval, « L’empereur Constantin » dans La Marche de l'histoire, 29 novembre 2011.
  11. Libanios, Oraison 30, 6 ; Zosime, Histoire nouvelle 2, 29
  12. Henri Hauvette, Dante, introduction à l'étude de la Divine Comédie.
  13. Robin Lane Fox, Païens et chrétiens : la religion et la vie religieuse dans l'Empire romain de la mort de Commode au concile de Nicée, Presses Univ. du Mirail,‎ 1997, p. 649
  14. Il existe un débat historiographique dont l'arrière-plan est souvent de nature idéologique : les historiens cléricaux défendant la thèse d'une évangélisation avancée sont contredits par des travaux plus récents qui soulignent d'une part la grande disparité du phénomène selon les régions et, en tout état de cause, l'aspect largement minoritaire de la population christianisée au début du IVe siècle. Tenant de cette dernière option, l'historien Lane Fox avance le chiffre global de 4 à 5% pour la totalité de l'Empire tandis que l'historien Roger S. Bagnall parle de 20% de chrétiens pour l'Égypte en 312 ; cf. Yves Modéran, La conversion de Constantin et la christianisation de l'Empire romain, conférence pour la Régionale de l’APHG, juin 2001, texte en ligne
  15. Arthur Beugnot, Histoire de la destruction du paganisme en Occident, vol. 2, p. 264-266.
  16. Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien, éd. Albin Michel, 2007, p. 141 et suiv.

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