Aristocréon

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Chrysippe, marbre d'époque romaine impériale

Aristocréon (en grec ancien Ἀριστοκρέων / Aristokréôn) est un philosophe stoïcien grec, neveu et disciple de Chrysippe, vivant vers la fin du IIIe -début du IIe siècle av. J.-C. Apprécié par son oncle, qui se chargea de son éducation, et lui dédia une dizaine d'ouvrages, Aristocréon devint, après la mort de celui-ci, un gardien de sa mémoire. Par ailleurs la connaissance que la critique moderne a d'Aristocréon est complétée par la redécouverte de deux décrets athéniens lui rendant les honneurs. Ainsi s'esquisse la figure d'un homme aussi dévoué à la cité d'Athènes qu'à la mémoire de son oncle.

Éducation[modifier | modifier le code]

L'information la plus ancienne que nous ayons de la vie d'Aristocréon nous est donnée par Diogène Laërce : « ayant fait venir les fils de sa sœur, Aristocréon et Philocrate, Chrysippe les forma »[1]. Si tant est que le récit donné par Diogène Laërce soit bien chronologique, l'on pourrait estimer que cette période de formation intervient avant la mort de Cléanthe, soit avant 233-232 av. J.-C. Le cas échéant, Aristocréon serait né un peu avant 250 av. J.-C.[2]

 
 
 
Apollonios
 
 
 
Épouse inconnue
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Nausicratès
 
Sœur inconnue
 
Chrysippe de Soles
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Philocrate
 
 
 
 
 
Aristocréon

Biographie[modifier | modifier le code]

Disciple[modifier | modifier le code]

Aristocréon est probablement un disciple assez aimé de Chrysippe. Il apparaît comme son premier dédicataire : dans la liste des œuvres de Chrysippe donnée par Diogène Laërce, trente-six livres, dix ouvrages lui sont en effet dédiés, contre huit, seulement, pour Métrodore, et aucun pour Philocrate[3]. La plupart de ces livres appartenant au lieu logique, l'on peut conjecturer qu'Aristocréon était bon logicien. L'on peut également supposer qu'en tant que logicien, Aristocréon était particulièrement préoccupé par le paradoxe du menteur, quatre des dix ouvrages dédiés ayant trait à cet argument. Ce paradoxe attribué à Euboulidès de Milet[4] fut résumé comme suit par Alexandre d'Aphrodise : « Celui qui dit je dis le faux, dit en même temps le faux et le vrai. Il est donc faux de dire qu'il n'est pas possible en même temps de dire le vrai et le faux »[5]. L'une des applications de ce paradoxe est le syllogisme bien connu d'Épiménide : « Tous les crétois sont des menteurs ».

Liste des œuvres de Chrysippe dédiées à Aristocréon
Titre français[N 1] Titre original Nombre de livres Lieu[N 2]
Sur l'introduction au Menteur Περὶ τῆς εἰς τὸν φευδόμενον εἰσαγωγῆς Un livre Logique
Sur le Menteur Περὶ τοῦ φευδόμενου Six livres Logique
Contre ceux qui le résolvent en le tranchant l'argument du menteur Πρὸς τοὺς διὰ τῆς τομῆς διαλύοντας τὸν φευδόμενον Deux livres Logique
La solution au Menteur Περὶ τῆς τοῦ φευδόμενου λύσεων Trois livres Logique
La solution des arguments hypothétiques d'Hédylos Λύσις τῶν Ἠδύλου ὑποθετιϰῶν Un livre Logique
L'argument du négateur Περὶ ἀποφάσκοντος Deux livres Logique
Sur les notions semblables Περὶ τῶν ὁμοίων Trois livres Logique
Sur la dialectique Περὶ τῆς διαλεϰτιϰῆς Quatre livres Logique
Sur l'art et la privation de l'art Περὶ τέχνης ϰαὶ ἀτέχνίας Quatre livres Ethique
Sur le beau et le plaisir Περὶ τοῦ καλοῦ ϰαὶ τῆς ἠδονῆς Dix livres Ethique

Gardien de la mémoire de Chrysippe[modifier | modifier le code]

Après la mort de Chrysippe, Aristocréon érigea une statue de bronze en son honneur, et y fit inscrire le distique suivant :

τὸν νέννον Χρύσιππον Ἀριστοκρέων ἀνέθηκε
τῶν Ἀκαδεμιακῶν στραγγαλίδων κοπίδα

« Aristocréon a consacré cette statue de son oncle Chrysippe
Celui qui a tranché les nœuds captieux des académiciens[6] »

Il est probable, qu'en honneur à son oncle, Aristocréon ait rédigé un Tombeau de Chrysippe (Χρυσίππον ταφαί), si l'on en croit un papyrus d'Herculanum, extrait probablement d'une œuvre de Philodème de Gadara. Selon ce papyrus, ce tombeau mentionnait un certain Hyllos de Soles, disciple de Sphairos, puis de Chrysippe[7].

Citoyen[modifier | modifier le code]

Inscription honorifique athénienne du IIIe ou du IIe siècle av. J.-C. dédiée à Aristoxénos.

Deux décrets honorifiques de la cité d'Athènes portent mention d'Aristocréon[N 3]. L'assimilation de cet Aristocréon au neveu de Chrysippe est généralement acceptée par la communauté scientifique[8].

Le premier, daté de l'archontat de Chariclès (soit 196-195), est très fragmentaire. Il honore Aristocréon, eu égard à ses nombreux mérites : sa volonté de servir les Athéniens, ses actions en faveurs d'Athéniens localisés à Antioche, son respect des institutions de la ville. Le second, plus complet, n'est pas daté. Cependant, un renvoi au premier décret[9] indique qu'il lui est forcément postérieur. L'intérêt de ce décret est, en premier lieu, de donner la titulature complète d'Aristocréon : fils de Nausicratès, de S(oles) ou de S(éleucie). L'état du décret ne permet toutefois pas de trancher entre les origines possibles : Soles selon Wilhelm[10], Séleucie de Calycadnos selon Ingolt[11] et Robert[12], Séleucie de Piérie selon Köhler. Le décret souligne les bienfaits d'Aristocréon : il a prêté de l'argent à la cité[13] (notamment en vue de la rénovation du Pirée[14]) et a su mener à bien une ambassade avec Soles (ou Séleucie)[15]. En conséquence, la ville d'Athènes a décerné à Aristocréon les honneurs suivants : un éloge[16], une couronne de laurier[17], une stèle de marbre installée sur l'acropole où serait gravé le décret[18], un statut de proxène[19], ainsi que le droit d'acquérir une habitation d'une valeur maximale d'un demi-talent, et un lot de terre d'une valeur maximale de deux talents[N 4],[20].

De ces deux décrets, l'on peut extrapoler les deux conjectures suivantes : Aristocréon ne manquait pas de prestige (en particulier pour mener des ambassades) et devait être assez riche, pour se montrer si généreux[21].

Géographe ?[modifier | modifier le code]

Les travaux d'un géographe homonyme sont parfois attribués à Aristocréon. Il s'agirait d'un contemporain d'Hermippe de Smyrne, qui se serait tout particulièrement intéressé à l'Égypte. Ses travaux sont connus grâce à plusieurs citations de Pline l'Ancien et d'Élien. Il aurait ainsi estimé la distance de Saïs à la mer de 750 000 pas[22], et situé la ville de Tole, à cinq jours de marche de Méroé, et à douze jours d'Ésar[23]. En accord avec Adolf Wilhelm[24], la plupart des hellénistes rejettent cette attribution.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrage utilisé pour l'article
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Dictionnaire de l'antiquité de l'université d'Oxford, Robert Laffont, Paris, 1993
Sources antiques
Études modernes
  • Simone Follet, Dictionnaire des philosophes antiques (dir. Richard Goulet), t. I, p. 374, article « Aristocréon »
  • (en) H. Ingholt, Aratos and Chrysippos on a Lead Medallion from Beirut Collection
  • Louis Robert, Bulletin des épigrammes no 184 (1969)
  • A. Traversa, Index Stoicorum Herculanensis, Gênes, 1952
  • Adolf Wilhelm, Hermes no 24 (1889)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Tous les titres français sont des reprises des titres traduits dans l'article Chrysippe du Dictionnaire des Philosophes antiques.
  2. Diogène Laërce classe en effet les œuvres de Chrysippe par lieu, ou domaine d'étude concerné.
  3. On renverra directement aux lignes de ces deux décrets, que l'on peut trouver, entre autres, dans Wilhelm ou Robert.
  4. Les métèques ne pouvaient ordinairement acheter de terre ou de maison en Attique. Le dictionnaire de l'antiquité de l'académie d'Oxford indique ainsi : « Les métèques jouissaient de tous les droits civiques (mais non des droits politiques) à l'exception du droit de posséder la terre et de se marier avec des citoyen(ne)s ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres [détail des éditions] [lire en ligne] (VII, 185).
  2. Dictionnaire des philosophes antiques, Richard Goulet (dir.), t. I, p. 386, article « Aristocréon ».
  3. Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres [détail des éditions] [lire en ligne] (VII, 189-202).
  4. Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres [détail des éditions] [lire en ligne] (II, 108).
  5. Cité dans le Dictionnaire des philosophes antiques, t. II, p. 348, article « Chrysippe ».
  6. Plutarque, Sur les contradictions stoïciennes (1033 B).
  7. Index Stoicorum Herculanensis, col. XLVI, 1-5 = A. Traversa page 62-63.
  8. Les Souscriptions publiques dans les cités Grecques, Léopold Migeotte, p. 38
  9. Second décret, ligne 12.
  10. A. Wilhelm, Hermes no 24 (1889), p. 328-336.
  11. (en) H. Ingholt, Aratos and Chrysippos on a Lead Medallion from Beirut Collection.
  12. Bulletin des épigrammes no 184 (1969).
  13. Second décret, ligne 2.
  14. Second décret, ligne 6.
  15. Second décret, lignes 7 et 12.
  16. Second décret, lignes 21-22.
  17. Second décret, lignes 22-23.
  18. Second décret, lignes 32-37.
  19. Second décret, lignes 25-26
  20. Second décret, lignes 28-31.
  21. Pour ces deux conjectures, voir le Dictionnaire des philosophes antiques, t. I, page 389.
  22. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, V, 10
  23. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, VI, 35
  24. A. Wilhelm, Ephem. Arch. 1901, col. 51
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