Jean III Doukas Vatatzès

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Jean III Doukas Vatatzès
Empereur de Nicée
Image illustrative de l'article Jean III Doukas Vatatzès
Hyperpérion, pièce d'or de Jean Vatatzès, Magnesie
Règne
15 décembre 1221 - 3 novembre 1254
32 ans, 10 mois et 19 jours
Période Lascaris par mariage
Précédé par Théodore Ier Lascaris
Suivi de Théodore II Lascaris
Biographie
Naissance v. 1193
(Didymotique)
Décès 3 novembre 1254
(~61 ans)
Père Basile Vatatzès
Mère Angelina Ange
Épouse Irène Lascarine
Constance de Hohenstaufen
Descendance Théodore II Lascaris
Liste des empereurs byzantins

Jean III Doukas Vatatzès (grec byzantin: Ιωάννης Γ΄ Δούκας Βατάτζης), né à Didymotique, en Thrace, vers 1192, et mort le 3 ou le 17 novembre 1254 à Nymphaion[1], est empereur byzantin en exil à Nicée de 1221[2] à 1254.

En forçant les Latins à évacuer tous les territoires qu’ils possédaient encore en Anatolie et en étendant le territoire de l’empire de Nicée en Europe, il prépara le terrain à la reprise de Constantinople et au rétablissement de l’empire byzantin. Souverain compétent, habile et énergique, il se préoccupa de justice sociale, développa l’économie locale freinant ainsi la domination commerciale des puissances italiennes et encouragea un renouveau des arts et des lettres. Avec sa femme, Irène Laskaris, il fonda de nombreuses œuvres charitables qui lui valurent, peu après sa mort, d’être considéré comme un saint par les Grecs d’Asie mineure. Il fut enterré au monastère de Sosandra près de Nymphaion[3].

Jeunesse et accession au trône[modifier | modifier le code]

Jean III Doukas Vatatzès naquit vers 1192 à Didymotique. Son père, Basil Doukas Vatatzès, exerçait la charge de domestique[4],[5]. Par sa mère, il était le petit-fils de Constantin l’Ange et de Théodora Comnène, fille d’Alexis Ier Comnène. Les Vatatzès appartenaient à la haute noblesse militaire de Thrace et certains de ses membres faisaient partie du Sénat. La famille était apparentée aux Doukas, aux Anges et aux Lascaris[6]. Après la conquête de Constantinople en 1204, Jean Doukas Vatatzès vint s’installer à Nymphaion que Théodore Ier Lascaris avait choisi comme capitale de l’ empire de Nicée[7]. Grâce à l’un de ses oncles, prêtre au palais et conseiller de l’empereur, le jeune Jean fut pris au service de l’empereur[5]. Ce dernier apprécia si bien le talent et le caractère moral du jeune homme qu’il lui octroya le titre de protovestiaire[8]. En 1212, l’empereur lui fit épouser sa propre fille, Irène, et n’ayant pas d’héritier mâle, désigna Vatatzès comme son successeur[9].

À la mort de Théodore en 1222, Jean Vatatzès fut couronné empereur, déclenchant ainsi une querelle de succession[10]. Deux des quatre frères de Théodore Lascaris revendiquèrent le trône, estimant qu’ils avaient davantage de droits à la succession que le mari de la fille de l’empereur défunt. Ils se hâtèrent d’aller à Constantinople demander l’appui de l’empereur latin. Le jeune empereur Robert de Courtenay s’empressa de les obliger et lança une expédition qui fut anéantie par les forces de Jean Vatatzès à Poimanenon, l’endroit même où vingt-deux ans auparavant son beau-père avait été défait par les Latins. Les deux prétendants furent faits prisonniers et Vatatzès put s’installer fermement au pouvoir[11].

Politique étrangère[modifier | modifier le code]

Empire de Nicée et ses voisins en 1204
L'empire de Nicée et ses voisins après la chute de Constantinople

Jean III continua l’œuvre de son prédécesseur dont l’objectif premier était la reconquête de Constantinople et le rétablissement de l’empire byzantin[12]. Ses principaux rivaux dans la région étaient le despote d’Épire et le tsar de Bulgarie, lesquels voulaient également reconquérir Constantinople, l’empire latin de Constantinople, le sultanat de Roum et l’empire de Trébizonde[12].

Tel que mentionné, son accession au trône mit fin à la coopération avec l’empire latin qui avait marqué les dernières années de Théodore Laskaris. En 1212, celui-ci avait signé un traité de paix avec l’empire latin à Nymphaion qui fixait les frontières entre les deux empires : les Latins gardaient l’angle nord-ouest de l’Asie Mineure jusqu’à Adramyttion au sud, alors que l’empire de Nicée conservait le reste du pays jusqu’à la frontière seldjoukide. Les deux empires reconnaissaient ainsi leur droit mutuel à l’existence; en 1219, Théodore Laskaris avait scellé cette entente en mariant en troisièmes noces Marie, fille de Yolande, une nièce des deux premiers empereurs latins. La bataille de Poimanenon en 1225 obligea les Latins à abandonner les territoires qu’ils possédaient encore en Anatolie laissant l’empire de Nicée seule maitresse du territoire allant de la côte au nord et à l’ouest, jusqu’à la frontière seldjoukide au sud et à l’empire de Trébizonde à l’ouest[13].

Dès son avènement, Vatatzès s’employa à constituer une flotte impressionnante qui, à partir de sa base dans l’Hellespont, put capturer les îles de Lesbos, Chios, Samos et Icare; plus tard en 1232-1233, Vatatzès réussit également à obliger Léon Gabalas, gouverneur de Rhodes alors indépendante, à reconnaitre les droits de l’empereur sur l’île [14]. Après la bataille de Poimanenon, l’empereur, qui avait établi son camp à Lampsaco près des Dardanelles afin de reconnaitre le théâtre des opérations, décida de tourner son attention vers l’Europe. Ses troupes s’emparèrent de différentes villes côtières et entrèrent à Andrinople à la demande de ses habitants[15]. Toutefois les forces de Théodore Comnène Doukas, qui non content de ne pas reconnaitre la légitimité des prétentions de l’empire de Nicée s’était lui-même fait couronné empereur par l’archevêque d’Ochrida à Thessalonique en 1225, intervinrent et les troupes nicéenes furent obligées de se retirer[15]. Vatatzès porta alors son attention vers l’Asie mineure et, après une courte campagne et des négociations avec le sultan de Roum, réussit à stabiliser le front de l’Est[16].

Relations avec le despotat d’Épire[modifier | modifier le code]

expansion du despotat d'Épire de 1205 à 1230
Expansion du despotat d'Épire de 1205 à 1230 sous Théodore Comnène Doukas

Le despote d’Épire, Théodore Comnène Doukas, s’avéra l’ennemi le plus acharné de Jean Vatatzès[17]. Cherchant à capturer Constantinople avant Vatatzès, il commença par étendre son territoire vers le sud-est grâce à une série de campagnes militaires[17]. Ce plan se heurtait aux intentions du tsar bulgare, Ivan Asen II, qui poursuivait le même but[18]. Aussi, après avoir dénoncé l’alliance qu’il avait signée avec Ivan Asen contre Jean Vatatzès, Théodore déclara la guerre aux Bulgares. Lors de la bataille qui eut lieu au printemps 1230 près de Klokotnitsa sur le fleuve Évros, l’armée de Théodore fut vaincue et lui-même fut capturé et jeté en prison après avoir été aveuglé[18]. Finalement, le despote d’Épire dut renoncer à ses prétentions au trône de Constantinople; en 1242, Jean III Vatatzès obligea le fils de Théodore, Jean, à reconnaitre la souveraineté de l’empire de Nicée, à abandonner toute prétention au titre impérial et à reprendre son titre traditionnel de despote[19]. Vers 1246, après la mort du tsar Coliman, successeur de Jean Asen, Jean Vatatzès étendit son territoire dans les Balkans après avoir capturé les villes de Serrès, Melnik, Velbazhd (aujourd’hui Kyustendil), Skopje, Vélès, Pélagonie et Prosakos. L’empire s’étendit bientôt en Thrace jusqu’au fleuve Évros et en Macédoine jusqu’au Vadar[20]. Par la suite, il se dirigea vers l’est contre Démétrios Comnène Doukas et, en décembre 1246, captura Thessalonique, obligeant Démétrios à se soumettre. En 1247-1248, les armées nicéennes firent campagne en Thrace, capturant Tzurulon et Vize[21]. Après la bataille de Klokotnitsa, l’Épire se sépara de Thessalonique et redevint une principauté indépendante sous Michel II Comnène Doukas, le fils illégitime de Michel Ier. Au début, Vatatzès chercha à établir des relations amicales avec Michel II et fit alliance avec lui, alliance renforcée en 1249 par le mariage de sa nièce, Marie, avec le fils de Michel, Nicéphore[22]. En 1251, Michel dénonça cette alliance et s’attaqua aux possessions nicéennes en Macédoine, cherchant à s’emparer de Thessalonique[21]. Au début de 1252, Vatatzès fit campagne dans l’ouest de la Macédoine[23]. Michel II fut obligé de capituler et de signer le traité de paix de Larissa[23]. L’Épire remettait Vélès et Prilep à l’empereur de Nicée en échange de quoi il gardait le titre de despote même si ce titre n’était plus qu’honorifique[21].

Relations avec la Bulgarie[modifier | modifier le code]

carte de la Bulgarie en 1250
La Bulgarie en 1250, peu après la mort de Ivan II Asen

Dès leur arrivée au pouvoir Ivan Asen II et Jean Vatatzès en vinrent aux prises, chacun d’eux tentant de capturer Constantinople pour lui-même[24]. Toutefois, les évènements politiques au sein de l’empire latin de Constantinople et l’accession au trône de Jean de Brienne fournirent les conditions idéales pour une alliance entre Nicée et la Bulgarie[25]. À l’hiver 1233, Jean de Brienne attaqua les forces de Vatatzès mais sans succès[25]. Ivan Asen, de son côté, cherchait à réaliser une alliance antilatine des États orthodoxes à laquelle se joignit Manuel de Thessalonique[26]. Au printemps 1235, l’alliance fut conclue à Gallipoli et scellée peu après par le mariage du fils et héritier de Jean Vatatzès, Théodore, avec la fille de Ivan Asen, Hélène[27]. Les nouveaux alliés commencèrent immédiatement les hostilités contre les Latins et mirent le siège devant Constantinople à la fois par terre et par mer[28]. L’empire latin ne consistait plus alors qu’en Constantinople et ses abords immédiats[29]. Le siège toutefois ne permit pas de reprendre la ville[29]. En 1236, les alliés tentèrent une nouvelle fois de s’emparer de la capitale[22]. Pendant le siège toutefois, Asen craignant une trop grande puissance de Nicée, dénonça l’alliance et exigea que sa fille Hélène lui soit retournée[22]. Par la suite, Asen à la tête d’une armée de Latins et de Coumans de Macédoine lança les hostilités contre Vatatzès, assiégant Tzurulon, un bastion stratégique[30]. Toutefois, pendant le siège, un désastre, domestique cette fois, força Jean Asen à changer une nouvelle fois de position. La peste ayant éclaté à Trnovo, sa femme, l’un de ses fils et le patriarche moururent l’un après l’autre. Y voyant le châtiment divin punissant son parjure à l’endroit de Jean Vatatzès, Jean Asen se hâta de faire la paix avec ce dernier avant de rentrer chez lui. Il permit à sa fille de retourner à Nicée et signa un nouveau traité de paix avec Vatatzès. En 1241, Jean Asen mourut [31]. Jean III Vatatzès, délivré de tous les ennemis pouvant attaquer ses frontières, renouvela l’alliance avec le jeune héritier d’Ivan Asen, Coliman Asen Ier[30].

Relations avec Frédéric II[modifier | modifier le code]

Frédéric II rencontre le sultan al-Kamil
L'empereur Frédéric II (à gauche) rencontre le sultan al-Kamil Muhammad al-Malik en 1229

En Europe, la principale préoccupation diplomatique de Jean Vatatzès fut le rapprochement avec l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen et l’alliance qu’il conclut avec lui par laquelle les deux gouvernements s’unirent pour lutter contre les Latins[32]. Frédéric soutint les efforts des Nicéens pour reconquérir Constantinople et, en 1236, réussit à faire échouer les plans du pape Grégoire IX qui voulait mettre sur pied une croisade pour faire cesser les hostilités de Jean III contre les Latins[32]. De son côté, Jean III prit fait et cause pour Frédéric dans son conflit avec la papauté[32]. Les deux souverains conclurent donc une alliance scellée par le mariage de Jean Vatatzès avec Constance, fille illégitime de l’empereur germanique, laquelle prit le nom byzantin d’Anne[33]. Sans doute cette alliance n’apportait-elle pas de bénéfice concret pour l’empire de Nicée mais elle consolidait sa présence sur la scène diplomatique internationale[32]. L’empereur de Nicée maintint des relations diplomatiques avec la dynastie germanique qui se continuèrent après la mort de Frédéric, pendant le règne de Conrad IV[32].

Relations avec Rome[modifier | modifier le code]

Excommunication de Frédéric II par Innocent IV
Frédéric II eut de nombreux conflits avec la papauté. Il est ici excommunié par le pape Innocent IV. Miniature du XIVe siècle

Les relations entre Nicée et Rome peuvent se diviser en deux phases. La première coïncide avec les pontificats de Grégoire IX à Rome et de Germain II à Nicée[34]; la seconde avec celles des pontificats d’Innocent IV et du patriarche Manuel II [35]. L’Église romaine continuait à vouloir se soumettre l’Église orientale alors que le principal objectif de Jean Vatazès était la reconquête de Constantinople[34]. Les deux parties étaient prêtes à faire des concessions si celles-ci leur permettaient de réaliser leurs objectifs réciproques[36]. Les premiers contacts eurent lieu à Nicée en 1232[36]. Deux ans plus tard, des représentants des deux Églises se réunirent pour la première fois à Nicée d’abord, à Nymphaion ensuite[37]. Les négociations portèrent sur la réunification des deux Églises[38]. Les questions théologiques furent également débattues en profondeur[39]. Les délégués orthodoxes, dont le principal représentant était Nicéphore Blemmydès, repoussaient les théories de l’Église latine sur le purgatoire, tout en proposant que l’expression procède du Père et du Fils du credo (le filioque) soit remplacée par procède du Père par le Fils[39]. Finalement, les négociations en vinrent à un point mort, le pape se refusant à accepter la condition essentielle exigée par Jean Vatatzès à savoir de ne pas envoyer de renforts aux Latins de Constantinople[40]. En 1236, les relations entre Nicée et Rome se détériorèrent alors que les forces conjuguées des Grecs et des Bulgares assiégeaient les Latins de Constantinople[40]. En 1241, l’empereur latin Baudouin de Courtenay et Jean Vatatzès signèrent un traité de paix. Deux ans plus tard, les contacts entre l’Église de Rome et Nicée reprirent sur de nouvelles bases[35]. Le nouveau pape, Innocent IV, se révélait très intéressé et disposé à accepter les termes que Nicée avait mis de l’avant pour une réunification entre les deux Églises[35]. De son côté, l’empereur de Nicée semblait disposer à accepter l’idée de subordonner l’Église orthodoxe à la papauté si la chose pouvait permettre la reconquête de Constantinople[40]. Le rapprochement paraissait plus prometteur que jamais[40]. Mais à nouveau, les circonstances politiques et les désaccords entre théologiens sur les questions dogmatiques enlisèrent les négociations[40]. L’état de désarroi total dans lequel se trouvait l’empire latin et la nouvelle puissance de Jean Vatatzès dans la région incitèrent celui-ci à repousser les propositions papales[40]. Les négociations furent finalement rompues après la mort presque simultanée de Jean Vatatzès, d’Innocent IV et du patriarche Manuel II[41].

Relations avec le sultanat de Roum[modifier | modifier le code]

Expansion de l'empire mongol au XIIIe siècle
Expansion de l'empire mongol au XIIIe siècle

Les relations entre l’empire de Nicée et le sultanat de Roum durant le règne de Jean Vatatzès demeurèrent cordiales, basées sur le respect des frontières de 1230[16]. En 1242 les Mongols envahirent l’Asie mineure et s’attaquèrent à l’empire de Trébizonde et au sultanat de Roum[16]. Cette invasion jeta l’émoi dans la région et favorisa un rapprochement entre l’empire de Nicée et le sultanat qui se concrétisa par un traité[16]. Jean Vatatzès craignait que la chute probable d’Iconium n’ait comme résultat que son propre empire soit directement exposé aux attaques mongoles. C’est pourquoi il interrompit sa campagne en Thrace et en Macédoine pour revenir à Nicée[42]. En 1243, il rencontra le sultan Kaï-Khosrou II à Tripoli où ils conclurent une entente[43]. Cependant les Seldjoukides étaient de plus en plus menacés par les invasions mongoles[42] et en 1243, le sultan dut se reconnaitre vassal du Grand Khan. Curieusement, les armées mongoles qui étaient maintenant aux frontières de l’empire de Nicée, ne cherchèrent pas à pousser leur avantage. Bien que l’empire de Nicée se vit forcé de payer tribut, les circonstances n’en restaient pas moins favorables à Jean Vatatzès[44]. Non seulement le sultanat de Roum ne constituait plus une menace pour l’empire, mais une grave crise alimentaire s’y étant déclarée, il se vit obligé d’importer ses produits de première nécessité de l’empire fournissant ainsi à celui-ci de nouvelles ressources monétaires[45].

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

Au début de son règne, Jean Vatatzès dut faire face à différents mouvements autonomistes et à des rébellions tant dans les provinces occidentales qu’orientales, comme celle de Manuel Maurozomes et celle des frères Andronic et Isaac Nestongos. Il établit fermement son contrôle sur l’aristocratie et les gouverneurs de province[46]. Cette politique intérieure fut couronnée de succès[46]. L’empereur porta un intérêt particulier au développement social, en particulier aux questions économiques[46]. Il réorganisa l’armée, prit les moyens nécessaires pour assurer une coexistence harmonieuse entre l’État et l’Église et encouragea le développement culturel[46].

Développement économique et social[modifier | modifier le code]

Les succès de sa politique d’expansion allèrent de pair avec l’annexion de nouveaux territoires. Il semble que les gouverneurs des territoires qui entraient dans le système administratif de l’empire continuaient à jouir d’une large marge de manœuvre tout en étant étroitement surveillés par le Palais[47]. Il mit un soin particulier à réfréner les abus des autorités locales et à assurer une administration équitable de la justice [47]. Ses nominations de fonctionnaires issus d’autres milieux que la noblesse de palais lui valurent l’hostilité grandissante de celle-ci[48] qu’il contra en s’appuyant fermement sur l’aristocratie militaire[48]. Il dut sans aucun doute le succès de sa politique intérieure aux mesures qu’il prit sur les plans économique et agricole[48]. En ce domaine il orienta ses efforts vers l’autosuffisance économique et l’amélioration de la production domestique tout en mettant un terme aux importations de biens étrangers, en particulier des biens de luxe, affaiblissant ainsi la domination des républiques italiennes sur le commerce[49]. Au niveau social, il prit de nombreuses mesures visant à améliorer la qualité de vie de la population tant rurale qu’urbaine. Il fit faire un recensement et vit à ce que chaque citoyen de l’empire puisse disposer d’une parcelle de terre[50]. Vers la fin de son règne, il confisqua les propriétés et la richesse de grands propriétaires terriens et de la noblesse du palais[47]. Selon les sources, l’empereur menait une vie frugale, cherchant continuellement de nouveaux moyens pour réduire les goûts de luxe des riches particuliers, y ajoutant des mesures contre l’exploitation des plus démunis pour établir une véritable justice sociale dans l’empire[50]. Il édicta à cet effet une novellae[51] grâce à laquelle il put abolir le système d’appropriation illicite très répandu à l’époque[50]. Ces diverses mesures contribuèrent au renforcement de l’économie de l’empire qui devint ainsi beaucoup plus solide qu’à l’époque des Comnènes[50].

Relations avec l’Église[modifier | modifier le code]

Dans le contexte du développement de ses politiques sociales, Jean Vatatzès tint compte de la situation de l’Église et voulut en assurer l'indépendance[46]. En 1228, il publia une novellae interdisant immixtion des autorités politiques dans les nominations ecclésiastiques [46]. Lui et son épouse firent de généreuses donations à des institutions ecclésiastiques et firent rénover de nombreuses églises existantes ou construire de nouvelles comme le monastère de Sosandra à Magnésie [46].

Défense[modifier | modifier le code]

Jean Vatatzès fit un effort spécial pour réorganiser l’armée impériale dont le noyau était composé de mercenaires connus sous le nom de Latinikon, originaires d'Europe de l'Ouest, non orthodoxes, souvent venus de France, d'Angleterre, de Castille ou de Catalogne et dirigés par le mégas konostablos[52]. L’octroi de pronoia [53] de taille moyenne aux soldats permit la consolidation d’une armée puissante, alors que la construction de forteresses sur la frontière et la remise en état de fortifications tombées en ruines dans de nombreuses villes, comme Esmire, contribuèrent à raffermir la défense de l’empire[54]. Pour renforcer l’armée, l’empereur n’hésita pas à établir des peuples étrangers, comme les Coumans, dans les régions frontalières de Thrace, de Macédoine et de Phrygie en échange de leur service militaire[55]. Les mercenaires coumans, que les Byzantins appelaient généralement escitas formèrent le régiment des Skythikon[55].

Dès les premières années de son règne, Jean Vatatzès attacha une importance primordiale à la rénovation de la flotte[56]. C’est grâce à celle-ci qu’il put annexer les îles de la mer Égée dont la plus importante fut Rhodes; elle joua également un rôle d’appoint non négligeable dans les campagnes de terre en Macédoine, en particulier à Thessalonique[56]. Le megas doux était responsable de la flotte alors que le megas domestikos avait la charge de l’armée de terre[57].

Arts et sciences[modifier | modifier le code]

En plus de ses incessantes campagnes militaires et négociations diplomatiques, Jean Vatatzès se préoccupa du développement intellectuel de son empire[49]. Il créa des bibliothèques dans les villes où s’épanouirent les arts et la science, et s’attacha à rehausser la formation générale[47] de la population ouvrière.

Il s’intéressa particulièrement à la collection et à la copie de manuscrits[58]. C’est sous son règne que vécut le savant et érudit Nicéphore Blemmydès qui fut le principal représentant du mouvement intellectuel du XIIIe siècle [59].

Parmi les étudiants de Blemmydès se trouvaient le successeur de Vatatzès, Théodore II Lascaris qui fut non seulement un monarque mais aussi un brillant intellectuel ainsi que l’historien et homme d’État Georges Akropolitès[60]. Les sources abondent en références sur les préoccupations constantes du souverain pour le développement de la vie intellectuelle dans l’empire[58]. Il promut la création de centres d’apprentissage pour les études autres que religieuses et organisa l’instruction supérieure[61].

Les dernières années et l’héritage de Jean Vatatzès[modifier | modifier le code]

En 1253, après une campagne contre Michel II, despote d’Épire, la santé de l’empereur qui souffrait depuis longtemps d’épilepsie se détériora[62]. Il mourut le 3 novembre 1254 à Nymphaion et fut enterré au monastère de Sosandra près de Magnésie [63].

L’attention portée par Jean Vatatzès aux classes populaires et ses politiques sociales lui valurent le respect et l’amour du peuple[64]. Comme le voulait la coutume populaire, il fut canonisé par le peuple quelques années après sa mort[64]. Georges Akropolitès mentionne qu’une église fut construite en son honneur à Nymphaion et que son culte se répandit rapidement parmi les peuples de l’Asie mineure occidentale [64]. Ce culte survécut jusqu’à notre époque principalement dans la métropole d’Éphèse[65]. Même si l’Église ne reconnut jamais officiellement Jean Vatatzès comme saint, mention est faite dans le ménologe de la commémoration de Jean Vatatzès le 4 novembre[65].

L’unanimité des sources contemporaines de Jean Vatatzès concernant sa personnalité et son œuvre est impressionnante[66]. Des poètes comme Nicolas Irenikos, des historiens et hagiographes comme Nicéphore Grégoras et Georges Akropolitès, ont vanté les qualités exceptionnelles de l’homme, ont encensé ses vertus et son style de vie simple [66].

Sous son règne, l’empire de Nicée doubla son étendue et devint un acteur de poids sur la scène internationale pendant qu’à l’intérieur l’État vivait une transformation économique et culturelle considérable[46].

Même s’il ne parvint pas à réaliser son objectif ultime, la reconquête de Constantinople, (laquelle fut achevée sept années après sa mort par Michel VIII Paléologue), Vatatzès fut sans aucun doute celui qui pava la voie au rétablissement du trône de Constantinople et à la restauration de l’empire byzantin[67].

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Jean III Doukas Vatatzès s’était marié en premières noces avec Irène Lascaris, la fille de son prédécesseur, Théodore Ier Laskaris en 1212. Ils eurent un fils, le futur Théodore II Doukas Laskaris, mais Irène fit une chute de cheval et se blessa si grièvement qu’elle ne put avoir d’autre enfant[68]. Elle se retira dans un couvent, prenant le nom monastique d’Eugénie, et mourut en 1239[69]. Jean III se maria en secondes noces avec Constance de Hohenstaufen, la fille illégitime de l’empereur Frédéric II et de son amante Blanche Lancia, mais ils n’eurent pas d’enfant.

Note et références[modifier | modifier le code]

Note[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Aujourd'hui Kemalpaşa dans la province d'İzmir
  2. Georges Acropolite, R. J. Macrides: George Akropolites: the history, Oxford studies in Byzantium, Oxford University Press, 2007, p. 160
  3. Kazhdan 1991, p. 1047
  4. Le terme de « domestique » est souvent employé pour désigner un commandant militaire ou d’importants fonctionnaires civils ou religieux. Le domestique d’Orient était ainsi le commandant militaire responsable de toutes les forces armées d’Asie d’Orient. Cfr. Rosser, 2006, p. 122
  5. a et b Herrin et Saint-Guillain, 2011, p. 72
  6. Polemis, 1968, pp. 107-109"
  7. Herrin et Saint-Guillain, 2011, p.70
  8. Au sens strict « gardien de la garde-robe » impériale. Du IXe au XIe siècle, le protovestiaire commandait les armées, conduisait les négociations de paix et d’autres tâches d’importance. À partir du XIIe siècle, la fonction devint purement honorifique et fut conférée à des membres éminents de la famille impériale. Cfr Rosser, 2006, p. 336
  9. Herrin y Saint-Guillain, 2011, p.71
  10. Laale, 2011, p. 398
  11. Norwich, 1996, pp.193-194; Ostrogorsky, 1983, p.459
  12. a et b Abulafia, 1999, pp. 552-553
  13. Ostrogorsky, 1983, p. 452
  14. Norwich,1996, pp.193-194, Ostrogorsky, 1983, p.459
  15. a et b Ostrogorsky et Facci, 1984, p. 432
  16. a, b, c et d Nicol, 1994, p. 22
  17. a et b Treadgold, 2001, p. 238
  18. a et b Herrin et Saint-Guillain, 2011, p. 104
  19. Fine, 1994, p. 134
  20. Fine, 1994, p. 135
  21. a, b et c Fine, 1994, pp. 157-158
  22. a, b et c Treadgold, 2001, p. 239
  23. a et b Ostrogorsky et Facci, 1984, p.437
  24. Vasiliev, 1971, p. 524
  25. a et b Vasiliev, 1971, p. 525
  26. Herrin et Saint-Guillain, 2011, p. 109
  27. Fine, 1994, pp. 126-129
  28. Gardner, 1912, p. 148
  29. a et b Fine, 1994, p.130
  30. a et b Ostrogorsky et Facci, 1984, p. 435
  31. Norwich, 1996, p. 197; Ostrogorsky, 1983, p. 462
  32. a, b, c, d et e Gardner, 1912, p. 168
  33. Nicol, 1994, p. 26
  34. a et b Abulafia, 1999, pp. 553-554
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  37. Gardner, 1912, pp. 164-167
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  39. a et b Abulafia, 1999, pp. 555-556
  40. a, b, c, d, e et f Abulafia, 1999, p. 556
  41. Nicol, 1994, p. 27
  42. a et b Nicol, 1994, p. 23
  43. Vasiliev, 1971, p. 531
  44. Meri et Bacharach, 2006, p. 442
  45. Abulafia, 1999, p. 550
  46. a, b, c, d, e, f, g et h Borgolte et Bernd, 2010, p. 73
  47. a, b, c et d Vasiliev, 1971, pp. 546-547
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  49. a et b Vasiliev, 1971, p. 548
  50. a, b, c et d Vasiliev, 1971, p. 547
  51. À partir du IVe siècle, terme qui désignait les édits impériaux. Les plus célèbres sont celles qui furent publiées durant le règne de Justinien, suite à la publication du Codex Justinianus en 534 [Rosser, p. 298]
  52. Bartusis, 1997, pp. 27-28
  53. Mesure fiscale consistant en l’octroi de revenus sous forme de taxes, rentes, corvées, générés par les paysans sur une propriété. Introduites sous Manuel Comnène pour contrer le déclin des tagmata, les pronoia militaires permettaient à des soldats de vivre des revenus d’une terre sans nécessairement avoir à y habiter. Cfr Rosser, 2006, p. 335
  54. Bartusis, 1997, p. 28
  55. a et b Bartusis, 1997, p. 26
  56. a et b Nicol, 1992, pp. 166-171
  57. Polemis, 1968, p. 67; Kazhdan, 1991, p. 1329
  58. a et b Sakellariou, 1992, p. 332
  59. Vasiliev, 1971, pp. 549-550
  60. Vasiliev, 1971, p. 551
  61. Vasiliev, 1971, p. 549
  62. Gardner, 1912, p. 192
  63. Gardner, 1912, p. 232
  64. a, b et c Ostrogorsky, 1969, p. 444
  65. a et b Vasiliev, 1971, p. 533
  66. a et b Vasiliev, 1971, p. 528
  67. Jeffreys, Haldon et Cormack, 2008, p. 283
  68. Gardner 1912, p. 202
  69. Gardner 1912, pp. 155-156

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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