Âme

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Psyché, personnification de l'âme dans la mythologie grecque

L'âme (du latin anima, « souffle, respiration »)[1] désigne le principe vital, immanent ou transcendant, de toute entité douée de vie (homme, animal, végétal), pour autant que ce principe puisse être distingué de la vie même[2].

Les représentations symboliques de l'âme sont nombreuses, ainsi que les croyances à son sujet. On en trouve dans la plupart des civilisations à travers des conceptions religieuses, philosophiques, psychologiques ou populaires[3]. Elle serait le principe spirituel et immatériel qui anime le corps humain[2].

Le terme « âme » est parfois employé comme synonyme de « esprit », bien qu'il s'agisse de deux concepts distincts : l'âme est unie au corps et à la matière, l'esprit en est détaché ; l'âme assure des fonctions vitales, l'esprit des fonctions mentales[4].

Ce concept a notamment été étudié dès l'Antiquité en philosophie par Platon dans le dialogue Phédon et Aristote dans De l'âme. L'âme est personnifiée dans la mythologie grecque par Psyché.

Bien qu'il n'existe aucune preuve scientifique de son existence, l'âme demeure pourtant un objet d'étude dans certaines recherches sur l'expérience de mort imminente.

Approche linguistique[modifier | modifier le code]

Étymologie[modifier | modifier le code]

Les termes originaux (hébreu : nèphèsh [נפׁש] ; grec : psukhê [ψυχή] ; « souffle ») employés dans la Bible montrent qu’une « âme » est une personne, un animal, ou la vie dont jouit une personne ou un animal. Nèphèsh vient vraisemblablement d’une racine qui signifie « respirer ». Dans un sens littéral, nèphèsh pourrait être rendu par « un respirant »[5]. Le terme français provient du mot latin anima, qui a donné « animé », « animation », « animal ».

Voir les définitions lexicographiques et étymologiques de « âme » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.

Morphologie[modifier | modifier le code]

La langue cléricale médiévale emprunte au latin, dès le VIIIe siècle de l'ère courante, le nom féminin « anima ». Ce terme se maintient jusqu'au début du Xe siècle, il figure dans la « Cantilène de sainte Eulalie » composée en l'an 900. Le « Poème de saint Alexis », qui date du XIe siècle, transforme le mot « anima » en « aneme ». Vers 1100 de l'ère courante, « la Chanson de Roland » utilise ce terme sous la forme « anme ». À côté de variantes dialectales telles « alme » ou même « arme », le mot se stabilise en français sous la forme « ame » au XIIIe siècle. Phonétiquement, la voyelle initiale [a] assimile la consonne qui suit et s'allonge, ce qu'indique l'orthographe érudite « âme » qui persiste jusqu'à ce jour[6].

Sémantique[modifier | modifier le code]

De nombreuses connotations religieuses, philosophiques, et psychologiques s'attachent au terme « âme », comme à son synonyme esprit, entré plus tardivement dans la langue française, sous la forme « espirit » au XIIe siècle, orthographiée « esprit » à partir du XIVe siècle[7]. L'âme est unie au corps et à la matière, l'esprit en est détaché ; l'âme assure des fonctions vitales, l'esprit des fonctions mentales[4].

L'usage commun contemporain oppose les termes « âme » et « esprit ». Le nom « esprit » désigne les facultés intellectuelles de l'Homme, considérées dans leur ensemble, tandis que le nom « âme » signale un esprit humain doté principalement de facultés morales. Si le sens ordinaire du mot âme désigne aussi l'entité ontologique qui se sépare du corps après la mort, le terme esprit signale en outre que l'âme du mort a été raisonnable et pensante de son vivant[8]. L'allusion à la mort évoque aussi le terme « fantôme ».

De nombreuses conceptions religieuses, philosophiques, et psychologiques, ne peuvent se traduire en français que par ce terme unique d'âme. Ces conceptions, nées au sein de domaines anthropologiques variés, contemporains ou datant d'époques révolues, qui utilisent des mots propres à leur culture spécifique mais tous traduits par les seuls mots français d'âme ou d'esprit, offre à ces termes une polysémie riche, souvent source de polémiques et d’ambiguïté[9].

Religions[modifier | modifier le code]

La notion d’âme joue un grand rôle dans les croyances religieuses. Avec ce concept vitaliste, la mort devient moins mystérieuse : lorsqu’une personne meurt, son âme la quitte, raison pour laquelle son corps devient inerte ; cette âme pourrait alors aller vers un au-delà (un paradis ou un enfer). Concentrant la fonction vitale essentielle, l’âme est alors porteuse d'un espoir de vie éternelle et rien ne s'oppose même à sa réincarnation.

Par extension, tout élément naturel, par exemple une montagne, est considéré dans certaines cultures comme investi d'une âme avec laquelle il serait possible d'interagir. Cette perception est propre à l'animisme.

Égypte antique[modifier | modifier le code]

Ba and mum.jpg

La culture égyptienne antique, de l'époque des premières pyramides à l'invasion hellénique sous Alexandre le Grand, utilisait un ensemble de notions spécialisées pour décrire l'entité psychosomatique du Pharaon.

Christian Jacq a énuméré les composantes de l'âme selon les croyances de l'Égypte pharaonique : "L'initié égyptien prend conscience des neuf éléments essentiels de l'être : [1] le corps [djet], image matérielle du grand corps céleste ; [2] ka, dynamisme créateur ; [3] [l'âme], ba, possibilité d'incarner le divin sur cette terre ; [4] l'Ombre [shut], reflet de la vérité ; [5] l' akh, lumière de l'esprit ; [6] le Cœur [ab], siège de la conscience ; [7] le sekhem, puissance de réalisation ; [8] le Nom [rèn], vérité ultime de toute création ; [9] le sakh, corps spiritualisé. (…)"[10]

Inde et Extrême-Orient[modifier | modifier le code]

Védisme, brahmanisme, hindouisme[modifier | modifier le code]

Appelée Atma, jivatma, anu-atma, ou encore vijnanam brahman dans l'hindouisme, l'âme est définie comme une infime parcelle d'énergie, partie intégrante du Jiva ou du purusha. Elle serait logée dans le cœur, « siège de la conscience ». Dans cette perspective, l'âme demeure cependant toujours distincte du Brahman ou de l'Âtman et ne l'égale jamais, car si elle en possède des attributs, ce n'est pas en raison de sa délivrance ou de sa libération par rapport à la souffrance. Elle constituerait l'énergie marginale de śakti liée à prakṛti de nature insensible, car, en tant qu'énergie marginale, elle pourrait pencher soit vers l'énergie matérielle, soit vers l'énergie spirituelle en raison de Māyā[11].

Bouddhisme[modifier | modifier le code]

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Le concept le plus proche de celui de l'âme est celui de citta, l'esprit au sens le plus général, dans ses aspects intellectuels et émotionnels ("mental-cœur"). L'esprit dans le bouddhisme recouvre les aspects du mental au sens général (nāma), du mental propre à l'espèce humaine (manas), de la conscience (vijñāna), voire de l'inconscient (bhavaṅga srota, ālayavijñāna). La différence essentielle avec les autres doctrines religieuses est que cette "âme", bien que de nature différente du corps et des objets matériels, est de nature conditionnée et non transcendante, selon l'enseignement bouddhique de l'impersonnalité et de la vacuité des phénomènes. Sans nature propre ultime, changeant à chaque instant, soumise aux lois de la causalité, il n'est pas question pour elle d'une quelconque survie après la mort, la "réincarnation" dans le bouddhisme n'impliquant pas une âme "immortelle" (voir Punarbhava).

Cependant et alors que dans le bouddhisme Zen, on ne se préoccupe pas de concept d'âme ou de ce qui survit après la mort du corps physique, le bouddhisme tibétain, quant à lui, estime que l'âme se confond avec les vies successives (Saṃsāra) liées à la loi de la cause et de l'effet (Karma). Ainsi, et indépendamment de la notion de corps ou de ré-corporation physique, celle-ci n'a d'existence dans l'esprit (Buddhi) que pour finir par embrasser ou par se résorber dans la vacuité (Śūnyatā) des phénomènes.

Religions nées au Moyen-Orient[modifier | modifier le code]

Judaïsme[modifier | modifier le code]

Dans la Bible hébraïque Nephesh est l'un des mots traduits par âme. L'équivalent en grec dans la Septante et le Nouveau Testament est Psyché en grec. Le mot Nephesh, (נֶפֶשׁ), qui peut être traduit de plusieurs autres façons, le plus souvent être vivant, souffle. Les autres "vies animales" (traduction approximative de nefesh 'hayim) sont également pourvues d'un nefesh.

Ce n'est qu'à propos de la Création de l'homme que la Bible mentionne la neshama que Dieu lui a insufflée (traduit par âme, mais litt. "souffle de vie") dans ses narines, faisant de lui un être vivant. (Gn 2,7.). Dans le texte Biblique, l'homme ne possède pas une âme, il est une âme. À sa mort, l’homme retourne au Shéol, le néant, jusqu'à la résurrection. Selon le Guilgoul haneshamot, issu de thèses kabbalistiques, il existe cinq niveaux d'âme.

Pour le judaïsme, l'âme est pure à la naissance; les gens naissent avec un yetzer haTov (יצר הטוב), une tendance à faire le bien, et un yetzer haRa (יצר הרע), un penchant au mal. Chacun jouit donc du libre arbitre, y compris en matière de mener sa vie.

La mystique juive, depuis le IIe siècle, considère que l'homme possède, en plus du corps physique, plusieurs âmes. Les néo-platoniciens juifs Abraham ibn Ezra (vers 1150) et Abraham bar Hiyya distinguent trois parties : nêfesh, ru'ah, neshamah ; les kabbalistes ajoutent hayyah, yehidah. "Les cinq noms de l'âme, sont, dans un ordre ascendant : la nêfesh (esprit), le ru'ah (souffle, anima), la neshamah (âme, spiritus), la hayyah (vie), et la yehidah (union). Si on groupe en un acronyme les initiales de chacun de ces termes on obtient le mot naran-hai, NaRaN-HAI. C'est la doctrine du kabbaliste Isaac Louria, vers 1570, à Safed[12].

Christianisme[modifier | modifier le code]

Pour la plupart des courants chrétiens[13], l'âme est un principe de vie, distinct du corps, établi doctrinalement par le pape Zosime en 418 au concile de Carthage[14]. L'âme est marquée par le péché originel. Cependant ce péché est racheté de deux façons : d'une manière collective via la Passion et la Résurrection du Christ ; et d'une manière individuelle par le baptême. Tout comme dans la religion juive, l'individu jouit d'un plein libre arbitre[15].

L'Église catholique enseigne que chaque âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu[16] et qu'elle est immortelle[17] : elle ne périt pas lors de sa séparation du corps dans la mort, et elle s'unira de nouveau au même corps lors de la résurrection finale[18]. Pour les catholiques, l'âme est immortelle et le jugement après la mort fait en sorte qu'elle va au ciel, au purgatoire ou en enfer en attendant le Jour du jugement, principalement en fonction du péché originel et des autres péchés mortels qu'ils ont commis pendant leur vie. Il n'y a cependant qu'une seule vie, partagée chronologiquement en trois : l'une terrestre, liée au corps, l'autre céleste, où l'âme jouit de la Vision de Dieu (la Béatitude), et enfin la vie de la Résurrection des corps. Le dogme dit en effet que Jésus va revenir sur la terre et que les corps de tous les humains seront ressuscités et jugés pour une vie éternelle avec son corps.

Les grands penseurs chrétiens médiévaux, comme saint Thomas d'Aquin[19], récupèreront les conceptions aristotéliciennes de l'âme en les incorporant à la théologie chrétienne. Ainsi la thèse de l'hylémorphisme ou de l'âme comme « réalisation (entéléchie) première d’un corps naturel organisé »[20] deviendront des thèses défendues par l’Église.

Ce concept est parfois remis en question, y compris au sein de l’Église catholique, comme le rappelle Jean-Michel Maldamé[21].

Islam[modifier | modifier le code]

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Le Coran compare, à l'instar de la Bible, la mort à un sommeil[22].

Dans le dogme sunnite, l'âme est l'une des plus grandes créations de Dieu. Ce dernier particularisa l'âme avec son ultime savoir lorsqu'il dit dans la sourate 17 (Al-isra) :
"وَيَسْأَلُونَكَ عَنِ الرُّوحِ قُلِ الرُّوحُ مِنْ أَمْرِ رَبِّي وَمَا أُوتِيتُمْ مِنَ الْعِلْمِ إِلَّا قَلِيلًا"

85: "Et s'ils t'interrogent au sujet de l'âme, - Dis : "l'âme relève de l'Ordre de mon Seigneur". Et on ne vous a donné que peu de connaissance."[23]

Traduction erronée de "ROUH'" qui renvoie à Esprit plutôt qu'à Âme. L'âme en arabe est la Nefs (à comparer avec la psyché grecque). Le coran donne par ailleurs quelques notions de l'âme ce qui ne peut être le cas de l'Esprit (voir Esprit saint et Jésus toujours dans le Coran).

Dans le chiisme, l'âme est l'attribut animé qui habite un corps matériel durant la vie, puis reçoit son jugement lors du passage vers l'au-delà, la deuxième mort où elle est arrachée du corps matériel existant tant que l'esprit n'a pas été renouvelé ou détruit.

L'âme est chargée selon les capacités de chaque être. Elle est éternelle épurée et muable purifiée.

L'esprit quant à lui est le sujet muable dans l'existence où il est discontinu tout comme dans l'essence où il est continu. Tout objet existant est doué d'esprit partiel relatif à sa substance. L'esprit de toute partie est la qualité abstraite de toute partie des scènes réelles soumises aux règles de la logique.

Tout objet sans âme et sans esprit est figé.

En plus des âmes et des esprits, Dieu éternel immuable est l'unique juge des mondes.

Animisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Animisme.

Dans plusieurs civilisations se trouve la croyance en une âme, une force vitale, animant les êtres vivants, les objets mais aussi les éléments naturels, comme les pierres ou le vent.

Philosophie[modifier | modifier le code]

Platon[modifier | modifier le code]

Selon les Définitions du pseudo-Platon, l’âme est « ce qui se meut soi-même ; cause de mouvement vitale chez les êtres vivants ». Pour Platon, l'âme définit l'homme, est principe de vie : « Dois-je t'expliquer que c'est l'âme qui est l'homme ? »[24] Pour lui, l’âme est déchue : elle est tombée dans le corps, alors qu’elle accompagnait les dieux dans le monde des Idées. La seule définition donnée par Platon est celle-ci : l'âme est "un mouvement qui se meut soi-même" ([25],[26], elle ressemble aux Idées, aux Formes idéales, au divin. L'âme comporte trois niveaux, facultés : 1) Epithumia (ἐπιθυμία), "l'appétit", la partie concupiscible, le niveau désirant, les envies inférieures (faim, soif, etc.) 2) Thumos (θυμός), "la colère", la partie irascible, le niveau agressif, les passions, et 3) Logistikon (λογιστικόν), "le raisonnable", la partie rationnelle, le niveau divin, la pensée, qui seule est immortelle (mythe de l’attelage et du cocher dans le Phèdre). La pensée de Platon a évolué. Dans le Phédon, Platon admet une âme[27] ; dans La République, il admet trois parties de l'âme[28] ; dans le Phèdre il fait une présentation imagée de l'âme sous la figure d'un attelage avec un cheval noir qui représente la partie désirante, un cheval blanc qui représente la partie irascible, et le cocher qui représente l'esprit[29] ; Platon, dans le Timée, à la fin de sa vie, admet trois âmes[30]. Ce tripartisme remonte à Pythagore[31].

Dans le Phédon et La République, Platon développe le mythe de la métempsycose suivant lequel l’âme après la mort du corps rejoint le monde des Idées ou un autre corps suivant les catégories du juste ou du méchant ; les trois espèces de réincarnation envisagées correspondent à la prédominance d'une des trois parties de l'âme : réincarnation en animaux licencieux si l'appétit domine, en bêtes de proie si l'agressivité domine, en animaux grégaires si la partie raisonnable domine (Phédon, 82 ; République, Livre IV, 449-441).

Aristote[modifier | modifier le code]

Aristote (né vers 384 av. J.-C., décédé vers 322 av. J.-C.), dans son traité De l'âme écrit vers 330 av. J.-C., fait l’économie du concept des Idées, l’âme et le corps ne sont plus deux réalités distinctes, mais une seule et même substance qui a pour matière le corps (ce qui est en puissance) et pour forme l’âme (ce qui est en acte). Sa définition la plus commune de l'âme (c'est-à-dire celle qui convient à toutes les âmes) est la suivante  :

« L'âme est l'acte premier d'un corps organisé. »[32]

Il distingue trois ou quatre grandes fonctions ou facultés (dynameis) ou formes de l'âme (psyché), qui marquent les étapes d'un développement de l'âme :

  1. La faculté nutritive (threptikê) est la capacité d'assimiler les éléments extérieurs, elle appartient à tous les vivants, plantes et animaux, qui croissent ; elle est groupée avec la faculté générative (gennêtikê), fonction de procréation. Ensemble, on a la fonction végétative.
  2. La faculté sensitive (aïsthétikon) et discriminative apparaît chez les seuls animaux, avec les sens (du plus bas au plus haut : le toucher, le goût, l'odorat, l'ouÏe, la vue), la perception du plaisir et de la douleur, le désir, puis - pour l'homme - l'imagination et le bon sens (khoïnon aïsthétikon : l'homme sent qu'il sent et discrimine les diverses sensations)
  3. la faculté motrice, intermédiaire entre le désir et l'intellect, qui fait que les animaux les plus parfaits peuvent se mouvoir pour satisfaire leurs besoins.
  4. La faculté pensante, la raison, l'intellect (noûs), n'appartient qu'à des êtres "comme l'homme et tout être de cette sorte ou supérieur, s'il en existe"[33].
Article détaillé : De l'âme.

Épicure[modifier | modifier le code]

Pour Épicure (né en -342, décédé en -270), et plus tard pour Lucrèce (né en -98, décédé en -55), l’âme est matérialisée ; elle est, comme le corps, mortelle et rien ne subsiste d'elle après la mort. Elle est une dispersion d’atomes dans le corps. Contrairement à Platon et Aristote, Épicure ne pense pas que l’âme participe d’un Tout, d’une âme divine. Pour lui, les dieux ne s’occupent pas des choses humaines.

Stoïcisme[modifier | modifier le code]

Avec le stoïcisme, l’ensemble du monde est corps. Cette conception du corps est étrangère à notre conception contemporaine, par exemple la nuit est un corps, de même l’âme est un corps. L’âme est un feu, un souffle igné, en fait une partie du souffle divin. Il existe une réelle différence avec Platon et Aristote sur les distinctions dans la nature de l’âme, pour les stoïciens, la distinction est génétique, elle participe d’une ontogenèse : âme du fœtus, âme de l’enfant, âme de l’adolescent, âme de l’adulte. La conception stoïcienne de l’âme comme souffle (pneuma) continu à travers tout le corps se distribue en huit parties : les cinq sens, la zone reproductrice, la zone de la voix et une région où se concentre toutes les autres, l’hêgemonikon.

Aristoxène[modifier | modifier le code]

Pour Aristoxène, l'âme est "une sorte de tension du corps même, comparable à ce qui dans le chant et sur la lyre s'appelle harmonie: de l'ensemble du corps, en raison de sa nature et de sa disposition, se dégagerait une gamme de mouvements analogues aux tons dans le chant."(Cicéron, Les Tusculanes, I, 19) Ceci renvoie à l'insaisissable théorie Pythagoricienne de l'harmonie des sphères qui veut que la musique réponde à un ordre, (cosmos), dans lequel neuf sphères se meuvent et produisent un son. Par analogie, l'âme serait donc pour les pythagoriciens, un ordre supérieur. À l'échelle individuelle, l'âme apparait comme l'aptitude d'un individu à répondre de cet ordre. De là provient sans doute l'idée antique que la musique a le pouvoir de guérir et de changer l'état des individus.

Sciences[modifier | modifier le code]

Neurosciences[modifier | modifier le code]

La position majoritaire dans les neurosciences, le physicalisme, demeure le postulat philosophique de la plupart des membres de la communauté scientifique[réf. souhaitée] :
le mental se réduit au physique, c'est-à-dire le mental est physique, ce qui équivaut à affirmer que :

toute propriété mentale est identique à une propriété physique ;
ou que
pour tout événement mental singulier, il y a un événement physique particulier auquel le premier est identique.
Article détaillé : physicalisme.

Psychologie[modifier | modifier le code]

Pour la plupart des théoriciens, l'âme est l’intériorité de la pensée émotionnelle et mentale. En regard du monde extérieur, constitué d’objets palpables sur lesquels l’expérimentation peut avoir prise, (dans l’acception ‘scientifique’ communément admise, soit au sens de la physique, et de la chimie), le psychologue envisage un monde intérieur où les souvenirs, les désirs, les images mentales, la douleur, la souffrance morale et les rêves ont leur champ d’action. Toute cette partie de la psychologie considère la conscience émotionnelle et mentale comme prépondérante sur l’étude du comportement, que la psychologie comportementaliste, met, elle, en avant. Il y a en la matière, pour le moins, querelle d’écoles, et divergence d’opinions et de méthodes.

En 1907, Duncan MacDougall a affirmé avoir mesuré le poids de l'âme à 21 grammes, en pesant six personnes avant puis après leur décès, cependant ses expériences imprécises sur un échantillon trop faible ne sont pas considérés comme une preuve sérieuse mais cette curiosité est devenue populaire[34].

Psychanalyse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : âme en psychologie analytique.

Le terme d'« âme » est utilisé par Sigmund Freud dans ses premiers écrits, comme synonyme de l'« appareil psychique ». Il s'agit en réalité d'une métaphore pour désigner le fonctionnement endopsychique, perçu comme une entité cohérente en elle-même. Mais c'est surtout le psychiatre Carl Gustav Jung qui réemploie le terme dans une acception nouvelle. Dans le cadre de la psychologie analytique jungienne, le terme d'âme est en effet élevé au rang de concept. Il concerne à la fois l'homme ou la femme mature, dans leurs aspects conscient et/ou inconscient et dessine la totalité de la psyché, formée de l'inconscient collectif, de l'inconscient personnel, des complexes, du Moi, et des Archétypes.

Littérature[modifier | modifier le code]

Plusieurs écrivains ont utilisé le mot ou la notion d'âme dans leurs écrits,

  • parfois dans le sens classique (« Je refuse l'oraison de toutes les Églises. Je demande une prière à toutes les âmes », Victor Hugo[35]).
  • parfois pour exprimer ce qui se conservait d'un individu à travers les multiples altérations apportées par le temps (en particulier chez Proust)
  • pour désigner l'entité souffrante de chacun (par exemple chez Georges Bernanos).
  • pour distinguer l'esprit et des sens (chez Balzac) dans Le Lys dans la vallée « les qualités du cœur sont aussi indépendantes de celles de l'esprit que les facultés du génie le sont des noblesses de l'âme. »

Homère[modifier | modifier le code]

Selon Homère, qui aurait vécu vers la fin du VIIIe siècle av. J.-C., l'être humain a deux "âmes", le thumos et la psychè :

  • Le thumos (« âme-sang ») est associé avec le sang et le souffle. Il désigne donc la capacité vitale de l'être humain et plus précisément sa capacité d'interaction avec le monde extérieur où s'exprime le besoin d'être reconnu. Le thumos est ce qui pousse à désirer et à agir, à s'exprimer dans le monde. L'être humain peut dialoguer avec son thumos en cas de détresse ou d'angoisse, il s'extériorise alors vis-à-vis de lui-même et se retrouve face à ses émotions. Le thumos est contenu dans les phrenes, c'est-à-dire les poumons ou la poitrine, et disparait après la mort[36][37].
  • La notion de psychè (« âme-souffle ») au contraire est presque toujours associée avec celles du sommeil, de l'évanouissement et de la mort. Elle n'est pas l'étincelle divine en l'homme, mais son ombre (skia) qui lui survit dans l'Hadès, sa consistance perdue, le souvenir de ce qu'il a été. Selon le mot de Walter F. Otto, elle est l'être de l'avoir-été[38]. Selon Richard Broxton Onians, elle est un principe de vie qui n'est pas concerné par la conscience ordinaire. Elle est associée plus particulièrement avec la tête. La psychè est un souffle inconsistant qui manifeste la fragilité humaine et souligne la différence entre l'homme et les dieux immortels. C'est par les rites orphiques[39], que la psychè va devenir l'âme, partie divine et supérieure de l'être humain, immortelle, souffrante dans le corps et destinée à conquérir un salut et une rédemption libératrice.

Ésotérisme[modifier | modifier le code]

Théosophie et anthroposophie[modifier | modifier le code]

Les divers courants ésotériques n'ont pas de conceptions identiques de l'âme. Souvent l'âme est considérée comme ayant une triple structure ; comme chez Robert Fludd au XVIIe siècle, qui la considère comme le principe de vie : dans la tête elle est pour lui l'âme intellectuelle, dans la poitrine l'âme vitale, dans le ventre l'âme sensitive. Pour Robert Fludd, l'âme intellectuelle comprendrait elle-même trois parties : la Mens qui est la substance même de l'âme, l’intellectus qui est orienté vers les mondes supérieurs d'où l'âme est descendue, et la ratio qui se tourne vers elle-même et vers les régions inférieures[40] .

Chez Rudolf Steiner, l'homme a des corps subtils ou plus précisément "suprasensibles" ; l'âme, qui est la partie supérieure du corps astral, est composée de trois parties : l'âme de sensation ou de sentiment (la plus proche du corps), l'âme de cœur et de raison, ou d'entendement, et l'âme de conscience (la plus proche de l'esprit)[41].

Il est parfois question d'âme spirituelle, laquelle désigne alors l'esprit ou une partie de l'esprit triplement organisé par exemple dans la théosophie développée par H.P. Blavatsky, où l'âme spirituelle est aussi le buddhi. Pour le gnostique moderne qu'est Jan van Rijckenborgh, l'homme a deux âmes : l'une étant l'« interprète lumineux de l'esprit » dans le corps ; l'autre un « souffle » qui maintient en vie et entretient la cohésion des différents principes de l'homme, c'est-à-dire sa pensée, ses désirs ou son corps.

Le concept d’âme, tacitement associé à celui d’immortalité, reste, selon les modernes, imputé à Platon. Pour l’esprit contemporain, pour qui « l’existence précède l’essence » (J.-P. Sartre), l’âme reste un mythe que le matérialisme récuse totalement. Depuis Platon, les Égyptiens ou le Vedanta, l’être humain est pourvu de plusieurs « âmes » hiérarchiquement emboîtées dont le caractère d’immortalité reste tout à fait relatif. Seule l’âme supérieure jouirait de cette possibilité en se réincarnant suivant des lois dites “karmiques”.

Selon Harold Klemp, le chef spirituel d`Eckankar, l'âme manifeste un corps sur chacun des 4 principaux plans d'existence (le physique, l'astral, le causal et le mental). La manifestation sur le plan de l'âme ressemble plus à une boule de lumière qu'à tout autre chose. Cependant on parle encore des 5 corps dans le langage courant. Le corps astral ressemble beaucoup au corps physique, mais en plus lumineux et en plus transparent et plus léger. Ceux qui voient des fantômes ou des apparitions voient en réalité un corps astral ; ceux qui ont vu Jésus après sa résurrection ont vu son corps astral et l'ont confondu avec son corps physique, car même avant sa mort son corps physique était très lumineux pour les clairvoyants, pour les gens qui voient les auras magnétiques autour du corps physique.

L'âme des animaux[modifier | modifier le code]

Pour Jean Prieur, l'âme des animaux est une évidence :

« Si l'on entend par âme la partie incorporelle de l'être, le siège de la sensibilité, de l'entendement et de la volonté, la source des pensées, des attachements et des passions, le sujet commun de toutes les modifications affectives et intelligentes de la conscience, oui, les animaux ont une âme. Si l'on entend par âme le courage, les sentiments élevés, les instincts généreux d'une individualité considérée du point de vue moral, oui, les animaux ont une âme. Si l'on entend par âme un principe immatériel, mais cependant subtil et substantiel, se séparant du corps à l'heure de la mort; si l'on entend par âme un double de l'être à la ressemblance du vivant qu'il fut et lui permettant de continuer à vivre dans un autre monde, oui, les animaux ont une âme. Je dirai plus, l'animal est une âme : animal est anima[42]. »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Aristote, De l’âme, traduction inédite, présentation, notes et bibliographie par Richard Bodéüs, Paris, Flammarion, GF 711, 1993.
  • Thomas d'Aquin, Commentaire du Traité De l’âme d'Aristote, traduction inédite, présentation, notes et bibliographie par Jean-Marie Vernier, Paris, Vrin, 2007.
  • Averroès, L'intelligence de la pensée (extraits du Grand commentaire du De anima d'Aristote), traduction d'Alain de Libera, Paris, Flammarion, 1998.
  • Erwin Rohde, Psyché. Le culte de l'âme chez les Grecs et leur croyance à l'immortalité (1890-1894), trad. (1928), Bibliothèque des introuvables, 1999.
  • Rudolf Steiner: Théosophie (éditions Novalis)
  • Pascal Morisod, Âme et psyché: Platon et Freud réunis, dans Chronozones no 14 (2008), Lausanne (ISSN 1422-5247).
  • Jean Prieur, L'âme des animaux, éditions Robert Laffont, Paris, 1986, (ISBN 2-7242-3454-5).
  • Ostad Elahi, Connaissance de l'âme, Paris, Harmattan, 2001 (www.e-ostadelahi.fr)
  • Paul Lafargue, Le déterminisme économique de Karl Marx, Recherche sur L'Origine et l'Évolution des Idées de Justice, du Bien, de l'Âme et de Dieu, L'Harmattan, coll. « Économie et Innovation - Série Krisis », 1997, 262 p. (ISBN 2-7384-5870-X)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François Noël, L. J. Carpentier, Philologie française ou dictionnaire étymologique, critique, historique, anecdotique littéraire, Le Normant père,‎ 1831 (lire en ligne)
  2. a et b Définitions CNRTL
  3. Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Robert Laffont,‎ 2005 (ISBN 9782221087169), p. 29-35
  4. a et b Pierre A. Riffard, Nouveau dictionnaire de l'ésotérisme, Payot,‎ 2008 (ISBN 9782228902748), p. 21
  5. Le Lexicon in Veteris Testamenti Libros (Leyde, 1958, p. 627) de L. Koehler et W. Baumgartner donne cette définition : « La substance qui respire, faisant de l’homme et de l’animal des êtres vivants, l’âme dont le siège est le sang ».
  6. Albert Dauzat, Dictionnaire étymologique de la langue française, page 30.
  7. Albert Dauzat, Dictionnaire étymologique de la langue française, page 294.
  8. René Bailly, Dictionnaire des synonymes de la langue française, page 32.
  9. Charles R. Taber, « Soul, Spirit » dans le Dictionary of World religions, originellement Abingdon Dictionary, pages 699 à 702
  10. Christian Jacq, La sagesse égyptienne (1981), Pocket, 1997, p. 141.
  11. Bhagavad-Gita A.C.Bhaktivedanta Swami Prabhupada, Éditions Bhaktivedanta 1985.
  12. Gershom Scholem, La kabbale (1974), trad., Gallimard, coll. "Folio essais", p. 255-260.
  13. Certains christianismes, comme les pélagiens ou les unitariens réfutent cette conception doctrinale affirmée en 418 ; cf. Miklos Vetö, La pensée de Jonathan Edwards, éd. L'Harmattan, 2008, p. 157, extrait en ligne et Michel Baron, Les unitariens, éd. L'Harmattan, 2004, p. 61, extrait en ligne
  14. Pierre-Yves Fux et alii, Augustinus Afer, éd. Saint-Paul, 2003, p. 226, extrait en ligne)
  15. La question du libre arbitre a fait l'objet de vives polémiques chez les docteurs chrétiens, opposant notamment les jansénistes et les molinistes sur la question de la grâce.
  16. Pie XII, encyclique Humani generis, 1950
  17. Cc. Latran V en 1513
  18. § 366 du Catéchisme de l'Église catholique : http://www.vatican.va/archive/FRA0013/_INDEX.HTM
  19. Thomas d'Aquin, Commentaire du Traité De l’âme d'Aristote, traduction inédite, présentation, notes et bibliographie par Jean-Marie Vernier, Paris, Vrin, 2007.
  20. De anima, 412a27 (traduction J. Tricot)
  21. Jean-Claude Lacaze, Le christianisme face à la crise écologique mondiale, éd. L'Harmattan, 2009, p. 98, extrait en ligne
  22. Coran 39.42. Dieu accueille les âmes quand elles meurent, et quand elles sombrent seulement dans le sommeil. Il retient celles dont Il a décrété la mort et renvoie les autres jusqu’au terme fixé. N’y a-t-il pas là des signes pour qui sait réfléchir?
  23. Le Coran/Sourate 17 : Le voyage nocturne (Al-Isra)
  24. Alcibiade (130c)
  25. Platon, Phèdre [détail des éditions] [lire en ligne] (245c-246)
  26. Platon, Les Lois [détail des éditions] [lire en ligne], Livre X (896a)
  27. 65a, 77a, 80a, 105c
  28. Livre IV, 436-441
  29. 246a, 253c
  30. 69c, 89e
  31. Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres [détail des éditions] [lire en ligne] VIII, 30
  32. Aristote, De anima, 412a27
  33. Aristote, De l'âme, II, 3, 414b18
  34. Mikkelson, Barbara; Mikkelson, David P., Soul Man « MacDougall's… methodology… was suspect, [his] sample size far too small, and [his] ability to measure changes in weight imprecise. For this reason, credence should not be given to the idea his experiments proved something, let alone that they measured the weight of the soul… His postulations on this topic are a curiosity, but nothing more. »
  35. Testament
  36. Richard Broxton Onians, Les origines de la pensée européenne sur le corps, l'esprit, l'âme, le monde, le temps et le destin, Seuil, 1999, ISBN 2-02-017369-7
  37. Essam Safty, La Psyché humaine, conceptions populaires, religieuses et philosophiques en Grèce, des origines à l'ancien stoïcisme, L'Harmattan, 2003, ISBN 2-7475-3896-6
  38. ou l'image visible mais impalpable (eidölon) de l'être jadis vivant (Richard Broxton Onians)
  39. Rites qui étaient censés donner la félicité éternelle, [prétendant] purifier l'âme elle-même de la partie qui en elle demeure liée au corps, vouée à la destruction et gouvernée par la mort (voir source Jules Vuillemin)
  40. Serge Hutin, Robert Fludd (1574-1637), Les Éditions de l'Omnium littéraire, Paris, 1971, chapitre IV
  41. Rudolf Steiner, La Science de l'occulte, 1910, notamment Ch.VII, en français, Éditions Anthroposophiques Romandes
  42. Jean Prieur, L'âme des animaux, Robert Laffont et France Loisirs, Paris, 1986, page 9.