Isaac II Ange

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Isaac II Ange
Empereur byzantin
Image illustrative de l'article Isaac II Ange
Monnaie d'Isaac II Ange
Règne
12 septembre 1185 - 8 avril 1195
9 ans, 6 mois et 27 jours
18 juillet 1203 - 28 janvier 1204
6 mois et 10 jours
Période Ange
Précédé par Andronic Ier Comnène
Alexis III Ange
Co-empereur Alexis IV Ange (1203-1204)
Suivi de Alexis III Ange
Nicolas Kanabos
Biographie
Naissance septembre 1156
Décès 28 janvier 1204 (~48 ans)
Père Andronic Ange
Mère Euphrosyne Kastamonides
Épouse Herina
Marguerite de Hongrie
Descendance Alexis IV Ange
Irène
Euphrosyne
Jean Ange
Manuel Ange
Liste des empereurs byzantins

Isaac II Ange (en grec byzantin: Ισαάκιος Β’ Άγγελος), (né en septembre 1156, mort en janvier 1204) est un empereur byzantin (1185-1195 et 1203-1204), fils d’Andronic Ange et d’Euphrosyne Kastamonides. C’est un arrière-petit-fils d’Alexis Ier Comnène.

Accession au trône[modifier | modifier le code]

Le meurtre de Stephanos Hagiochristophoritès par Isaac Ange in : Passages d'outremer.

Le 11 septembre 1185, alors que Thessalonique est attaquée par les Siciliens, une voyante aurait affirmé à son cousin Andronic Ier Comnène, alors empereur, qu’Isaac devait lui succéder au trône. Isaac tue le soldat chargé de l’arrêter, court à Sainte-Sophie où il explique à la population ce qui s’était passé. Mécontent de l’empereur, la population proclame Isaac basileus et marche sur le palais impérial. Andronic s’enfuit, mais rattrapé, il est emprisonné puis exécuté.

Cependant Isaac n'est pas de taille à relever la tâche qui l'attend. L'empire est rongé de l'intérieur, l'œuvre des premiers Comnènes a commencé à péricliter en à peine 5 ans et Isaac confirme cette chute. Le nouvel empereur, contrairement à ses prédécesseurs, n'a pas de vue d'ensemble ni de plan pour relever l’Empire.

Administration intérieure[modifier | modifier le code]

Sur le plan intérieur, Isaac II est incapable d'empêcher la désintégration de l’Empire et l’aristocratie féodale se montre de plus en plus rebelle. Le basileus altère les monnaies, augmente les impôts, paye mal les fonctionnaires qui se payent donc sur le peuple. Il confie l'administration du trésor à son oncle maternel, Théodore Kastamonidès, excellent financier mais exacteur impitoyable. À sa mort Isaac le remplace par des hommes inadaptés à la situation de crise de l'Empire et qui achevent de ruiner le trésor de l'empire.

Politique extérieure[modifier | modifier le code]

Durant tout son règne Isaac doit combattre sur le front des Balkans où les Serbes progressent de manière inquiétante aux dépens de l'Empire et où les Bulgares se plaignent d'un impôt trop lourd se constituent avec les Valaches en un état indépendant (1187). Mais un des évènements les plus importants du premier règne d'Isaac est la Troisième croisade mené par Frédéric Barberousse.

Guerre contre les Normands[modifier | modifier le code]

Dès son avènement, Isaac II combat les Normands, qui avaient comme projet d'envahir l'empire sous Andronic Ier Comnène et que l'avènement d'un nouveau basileus n'ont pas arrêtés dans leur politique belliciste. Le nouvel empereur nomme rapidement le stratège Alexis Branas au commandement suprême des forces militaires. Celui-ci remporte des succès contre les troupes siciliennes du roi normand Guillaume II le Bon, notamment lors la bataille du fleuve Strymon ; elles sont repoussées et forcées de conclure la paix.

Révolte des Bulgares[modifier | modifier le code]

La mauvaise administration d'Isaac conduit à des révoltes. Un impôt extraordinaire levé sur les troupeaux pour financer le mariage d'Isaac II avec une princesse hongroise est l'occasion d'une révolte des bergers valaques. Cette insurrection s'étend à toute la Bulgarie. La révolte est dirigée par deux boyards, Pierre et Ivan Asen.

Leurs demandes sont repoussées par Isaac. Bulgares et Valaques décident donc de s'allier. La nouvelle confédération fait alliance avec les Coumans et le joupan serbe Étienne Nemanja. Pendant les années 1186-1187 Isaac empêche les valacho-bulgares de s'établir en Thrace, avec l'aide du stratège Alexis Branas, mais ne peut mater la révolte.

Peu après la tentative d'usurpation d'Alexis Branas, les Valaques et les Bulgares pillent et envahissent la Thrace. Il faut qu'Isaac l'Ange entre en campagne en 1188 pour les en chasser. Selon les termes d’un traité de paix, il leur octroie le pays situé entre le Danube et les Balkans. La Bulgarie redevient à nouveau un pays dangereux pour l'Empire, près de deux siècles après son presque anéantissement par Basile II.

Néanmoins Isaac II, désireux de restaurer la puissance de l'Empire dans les Balkans, lance une offensive contre les Bulgares peu après celle qu'il avait lancée avec succès contre les Serbes en 1190. Mais cette nouvelle attaque n'a pas la même fortune. En 1191, le basileus va assiéger Tirnovo, mais une invasion subite des Coumans le force à battre en retraite et il subit une grande déroute en repassant les Balkans. Mais ce qui empêche Isaac de repartir à l'offensive, c'est la révolte de Constantin Ange, gouverneur de Philippopolis qui est proclamé empereur par ses soldats (1193) ; il est cependant arrêté à Andrinople et on lui crève les yeux.

Les Asên profitent de ces événements pour passer les Balkans et ravager la Thrace, battant deux généraux impériaux près d'Arcadiopolis (1194-1195). L'empereur manquant de troupes passe tout l'hiver à lever une armée et demande à son gendre le roi de Hongrie des secours. Il finit par partir en campagne au printemps de 1195, mais c'est pour être renversé par une conspiration mené par son propre frère Alexis.

Guerre contre les Serbes de Stefan Nemanja[modifier | modifier le code]

Après la mort de Manuel Ier Comnène en 1180 les Serbes se considèrent dégagés de leurs promesses envers Byzance et Stefan Nemanja reprend sa marche d’invasion. Il soutient opportunément la révolte valacho-bulgare pour se faire de nouveaux alliés dans sa lutte contre Constantinople. En 1187, il réussit à s'emparer de la place de Niš et cherche à s'offrir un débouché sur l'Adriatique en occupant la Dioclée en Dalmatie jusqu'aux Bouches de Kotor. Pour arrêter les Serbes, Isaac Ange doit s'allier avec le roi Béla III de Hongrie, dont il épouse la fille Marguerite en 1185 et avec qui il conclut une alliance dirigée contre les Serbes et les Bulgares.

Cependant en 1190, peu après que la croisade allemande a quitté le territoire byzantin, Isaac II fait le projet de reconquérir les Balkans. Il dirige une expédition contre Stefan Nemanja et le bat sur la Morava. Cette défaite oblige le chef serbe à signer un traité par lequel il restitue ses dernières conquêtes, mais qui lui garantit les anciennes. Le deuxième fils du joupan serbe épouse une nièce du basileus et devient sébastocrator. Ainsi se finit la lutte entre les Serbes et les Byzantins sous le règne d'Isaac II Ange.

Croisade de Frédéric Barberousse (1188-1190)[modifier | modifier le code]

C'est le 27 mars 1188, à la suite de la prise de Jérusalem par Saladin le 2 octobre 1187, que Frédéric Barberousse décide de prendre la croix à Mayence. Frédéric, comme ses prédécesseurs, doit passer par l'Empire byzantin s'il veut atteindre la terre sainte. Il choisit la voie diplomatique pour arriver à ses fins. Après des échanges d'ambassades un accord est signé en septembre 1188 entre l'empereur du Saint-Empire romain germanique et Isaac II. Cet accord autorise les armées germaniques à traverser le territoire byzantin à condition qu'elles s'abstiennent de toute violence. Malheureusement cette croisade qui n'aurait dû causer aucun problème a des conséquences très néfastes pour l'Empire à cause d'une mauvaise décision d'Isaac.

Traîtrise d'Isaac II[modifier | modifier le code]

Barberousse habillé en croisé eut à se battre contre Isaac II pour aller en terre Sainte

En effet, peu après le départ de l'armée germanique, Isaac II change d'avis pour une raison inconnue et signe avec Saladin un traité d'alliance par lequel il s'engage à détruire l'armée des croisés.

À son arrivée en territoire byzantin, Frédéric Barberousse est pris au dépourvu, les routes qu'il doit emprunter sont bloquées par l'armée impériale et les convois de vivres stoppés ; il apprend de plus que ses ambassadeurs à Constantinople ont été faits prisonniers.

Une pareille traîtrise enrage Fréderic qui se met en rapport avec tous les ennemis de Byzance. Stefan Nemanja en profite pour capturer de nouvelles forteresses à l'empire byzantin. Très vite le conflit entre les deux empereurs devient un conflit armé et les forces germaniques forcent le passage de Trajan gardé par l'armée impériale. Des lettres pleines de récriminations sont échangées et Frédéric ravage la Thrace, déclarant qu'il n'arrêterait le conflit qu'en cas de libération de ses ambassadeurs. Finalement le gouverneur de Philippopolis, Nicétas Khoniatès, va informer le basileus de la situation et ce dernier, après plusieurs échanges d’ambassades, accepte de libérer les deux ambassadeurs (19 octobre 1189).

Mais le conflit n'en est pas fini pour autant, car les ambassadeurs libérés mettent Frédéric Barberousse au courant de l'accord signé entre Saladin et Isaac, des prédications haineuses du patriarche et du mauvais traitement qui leur a été infligé. L'empereur germanique se considère donc en état d'hostilité avec l'Empire et après une bataille sanglante entre ses forces et l'armée byzantine à Didymotika, marche sur Andrinople qu'il atteint le 22 novembre. En février 1190 les Allemands sont presque aux portes de Constantinople et occupent la plupart des places fortes de Thrace et de Macédoine orientale après avoir incendié Berrhoé et Philippopoli.

Compromis[modifier | modifier le code]

Isaac l'Ange, se sentant perdu, tente de tromper l'ennemi en faisant traîner les négociations en longueur. Finalement les deux empereurs signent le traité d'Andrinople (février 1190) par lequel le basileus s'engage à faire passer en Asie Frédéric Barberousse et son armée à Sestos et à Gallipoli, à leur assurer des vivres, à payer une indemnité aux deux ambassadeurs qui ont été retenus captifs et à ne pas punir ceux qui ont aidé les Allemands. C'est une capitulation totale.

Les croisés franchissent donc l'Hellespont (21-30 mars) et traversent l'Asie Mineure, non sans qu'Isaac ne prévienne Saladin de leur mouvement. Les Allemands attaquent le sultan d'Iconium Kılıç Arslan qui est battu et s'avancent vers la Terre sainte. L'arrivée de Frédéric Barberousse excite la terreur dans le monde musulman mais ce dernier meurt au passage du Selef le 10 juin 1190. Après cet événement l'armée germanique se disperse.

Conséquence[modifier | modifier le code]

La conséquence directe en Occident de l'animosité entre Frédéric Barberousse et Isaac II est la confirmation de l'hypothèse selon laquelle le principal obstacle à la croisade est l'empire byzantin. Cela fait partie des nombreuses autres causes qui aboutiront à la prise de Constantinople par les latins en 1204.

Mouvements séparatistes[modifier | modifier le code]

Depuis le règne d'Andronic Ier les tentatives de sécession voire d'usurpation ont été nombreuses et l'avènement du nouvel empereur est loin de les arrêter. Cependant seulement trois hommes sont vraiment dangereux pour Isaac II.

Défection d'Alexis Branas (1187)[modifier | modifier le code]

Le basileus doit lutter contre son stratège Alexis Branas, qui, après avoir vaincu les Bulgares, se fait proclamer empereur par ses soldats et établit un blocus devant Constantinople. La situation d'Isaac est désespérée lorsqu'arrive un chevalier franc, Conrad de Montferrat, beau-frère du basileus, de passage à Constantinople, sur le chemin de Jérusalem. La charge des cavaliers francs permet la victoire d'Isaac. Conrad tue lui-même Alexis Branas au cours d'un duel à la lance.

À Chypre (1186)[modifier | modifier le code]

Peu après le traité de paix signé avec Ivan Asen, Isaac II Ange doit lutter contre le mouvement séparatiste d'Isaac Comnène. Le basileus envoie un flotte contre Chypre, où se trouve celui-ci, mais la flotte impériale subit un désastre face à la flotte sicilienne envoyée par Guillaume II pour secourir Isaac Comnène. L'amiral normand vainqueur, Margaritone, reçoit en fief du roi de Sicile les territoires conquis en 1185 qu'il possède encore et reste en possession de Zante et Céphalonie.

En Asie Mineure.[modifier | modifier le code]

En Asie Mineure, Isaac II Ange ne peut venir à bout du séparatiste Théodore Mancaphas qui se crée un territoire comprenant la Lydie et Philadelphie. Pour l'en déloger l'empereur fait appel au duc des Thracésiens, Basile Vatatzès, qui le chasse. Théodore Mancaphas se réfugie auprès du sultan d'Iconium. Il obtient de ce dernier des troupes avec lesquelles il ravage les provinces byzantines. Isaac II finit par obtenir avec de l'argent que Théodore Mancaphas lui soit livré, mais cet épisode en dit long sur l'impuissance de l'empereur et la désagrégation progressive de l'empire.

Fin du règne[modifier | modifier le code]

Le 8 avril 1195, Isaac II est détrôné et aveuglé par son frère Alexis III. Son fils, le futur Alexis IV, se réfugie à Venise et demande l’aide de la république. Profitant de l’occasion, le doge Enrico Dandolo détourne la Quatrième croisade sur Byzance et le 18 juillet 1203 rétablit Isaac II sur le trône impérial associé avec Alexis IV.

L’occupation des Francs et la politique menée par Alexis IV suscitent le mécontentement de la population, et une révolte conduite par Alexis Doukas Murzuphle éclate causant la déchéance d'Isaac II et d’Alexis IV. le 28 janvier 1204. Isaac II meurt peu après à la nouvelle de l'arrestation de son fils par Alexis Murzuphle[1].

Bilan[modifier | modifier le code]

Excepté pour la deuxième partie de son règne où il n'a qu'un rôle symbolique, le règne d'Isaac II est une catastrophe pour l'empire byzantin, qui perd définitivement les Balkans avec la révolte des Bulgares et la progression des Serbes. Après deux siècles d'unité, les Balkans redeviennent une mosaïque d'États dangereux pour l'empire byzantin. L'intégrité de l'Empire est donc gravement menacée.

De surcroît, les mouvements d'usurpation ou séparatistes de plus en plus dangereux pour Byzance sont révélateurs de l'impuissance du basileus.

Une grosse erreur d'Isaac a sûrement été sa brouille avec Frédéric Barberousse qui entraîne une guerre ouverte entre les deux empereurs qui se termine par une véritable capitulation d'Isaac. Cet événement a été un des facteurs qui entraînent l'animosité entre l'empire germanique et l'empire byzantin et plus largement entre l'Occident et Byzance, et qui conduira à la prise de Constantinople en 1204.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance, Albin Michel, coll. L'évolution de l'humanité, Paris, 1946, (ISBN 2-226-05719-6)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Rodolphe Guilland Études Byzantines « La destinée des empereurs de Byzance » PUF Paris 1959 p.30: Selon Nicétas Choniatès «Il fut pris d'un violent tremblement à la suite duquel il entra en agonie. il était dans sa 50e année »