Alexis II Comnène

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Alexis II Comnène
Empereur byzantin
Image illustrative de l'article Alexis II Comnène
Alexis II dans le Promptuarii Iconum Insigniorum
Règne
24 septembre 1180 - 24 septembre 1183
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Période Comnène
Précédé par Manuel Ier Comnène
Suivi de Andronic Ier Comnène
Biographie
Naissance 10 septembre 1169
Décès octobre 1183 (14 ans)
Père Manuel Ier Comnène
Mère Marie d'Antioche
Épouse Agnès de France
Liste des empereurs byzantins

Alexis II Comnène (en grec byzantin: Αλέξιος Β’ Κομνηνός), né le 10 septembre 1169, mort en octobre 1183, empereur byzantin de 1180 à 1183, fils de Manuel Ier Comnène et de Marie d'Antioche. En 1180, il épouse Agnès de France, fille de Louis VII et d'Alix de Champagne et rebaptisée Anna.

Il est couronné coempereur deux ans après sa naissance et succède à son père quelques mois après son mariage. Sa mère, Marie d’Antioche, assume la régence avec le protosébaste Alexis Comnène, neveu de Manuel Ier. Leur régime favorise à tel point les marchands italiens et l’aristocratie du palais que le mécontentement populaire permet à Andronic Comnène de fomenter une révolution qui chasse la régence suite au massacre des Latins de Constantinople. Affectant la plus parfaite loyauté à l’endroit de l’empereur, Andronic fait couronner Alexis II une deuxième fois le 16 mai 1182. D’un caractère faible, surtout porté vers les plaisirs, l’adolescent fait tout ce que lui demande Andronic, y compris condamner à mort sa propre mère l’année suivante. En septembre 1183, Andronic se fait couronner coempereur, puis, n’ayant plus besoin d’Alexis II, fait étrangler celui-ci deux mois plus tard[1].

La succession de Manuel Ier[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Manuel Ier Comnène.

Le règne de Manuel Ier (1143-1180) avait marqué l’apogée de la « restauration Comnène » [2]. En 1161, il avait épousé en seconde noces Marie d’Antioche, sœur du prince Bohémond III et fille de Raymond de Poitiers. Comme étrangère et première latine à régner à Constantinople celle-ci ne fut jamais accepté ni par la famille Comnène ni par le peuple de Constantinople[3]. Manuel était alors au sommet de sa puissance. En paix avec les Normands et Frédéric Barberousse, il avait signé une trêve avec Nour ed-Din et Kilidj Arslan II s’était reconnu vassal de l’empire. Il voulut profiter de la mort du roi Géza II de Hongrie pour mettre au pas ce pays qui, avec la Serbie, constituaient une source constante d’agitation et les forcer à rendre à l’empire la Smirnie et la Dalmatie. Deux prétendants au trône s’affrontaient : Étienne IV qui, en tant que collatéral le plus âgé, était reconnu par la loi turque comme le prétendant légitime et Étienne III, fils de Géza. Lorsqu’Étienne III l’emporta l’année suivante, Manuel conclut avec lui un traité en fonction duquel le jeune frère de celui-ci, Béla, serait envoyé à Constantinople et fiancé à Marie, fille du basileus. Ayant reçu le titre de despote et Manuel n’ayant pas d’héritier mâle, il serait appelé à lui succéder, réunissant ainsi la Hongrie à l’empire. Étienne III voyait toutefois où Manuel voulait en venir et s’il accepta d’envoyer Béla à Constantinople, il retint son apanage, c’est-à-dire la Smirnie et la Dalmatie. Une guerre de six ans s’ensuivit au terme de laquelle Manuel parvint à reconquérir ces deux territoires[4].

Manuel Ier
Manuel Ier, père d'Alexis II

Alexis naquit le 10 septembre 1169 et remplaça alors Béla comme héritier légitime. Ce dernier fut rétrogradé au rang de césar et ses fiançailles avec Marie furent rompues, mais il demeura à la cour de Constantinople et épousa Anne de Châtillon, demi-sœur de l’impératrice. Un nouveau conflit aurait pu éclater après qu’Alexis eut été couronné coempereur en 1171. Cependant Étienne III mourut en 1173 et une délégation hongroise vint demander que Béla retourne à Budapest pour lui succéder. Manuel accepta à condition que Béla lui jure de maintenir les intérêts de Byzance, se comportant ainsi en véritable suzerain. Les relations avec la Hongrie devaient continuer à occuper une place importante pendant le court règne d’Alexis[5].

Manuel Ier mourut le 24 septembre 1180 alors que son fils n’avait que onze ans. Quelques mois auparavant, afin de compléter sa réconciliation avec Louis VII de France, il avait marié le jeune Alexis à la fille de Louis VII, Agnès de France, elle-même âgée de neuf ans. En cas de minorité, il avait confié la régence à Marie d’Antioche à condition que celle-ci prenne l’habit monastique. Obéissant aux volontés de son époux Marie revêtit la mandya et prit le nom de « Xena », l’étrangère[6]. Ceci ne l’empêcha nullement toutefois de continuer à vivre au palais où elle prit un amant, le protosébaste Alexis Comnène, neveu de Manuel et oncle de la reine de Jérusalem, avec qui elle continua à diriger les affaires de l’État. Si les succès militaires de Manuel Ier avaient fait en sorte que les Byzantins lui pardonnent son penchant pour tout ce qui venait d’Occident, ils n’avaient pas la même tolérance pour son épouse qui, en plus d’être latine, avantageait les marchands italiens et francs lesquels, en vertu des privilèges qui leur avaient été accordés, menaient une concurrence jugée déloyale aux marchands locaux[7].

Rapidement, une conspiration ourdie par des membres de la famille Comnène se forma autour de la fille de Manuel, Marie et de son mari Rainier de Montferrat. Le but était probablement d’assassiner le protosébaste et de permettre aux membres de la famille d’exercer la régence au nom d’Alexis II. Dénoncés, Marie et Rainier se réfugièrent à Sainte-Sophie sous la protection du patriarche Théodose, de mercenaires géorgiens et italiens ainsi que de gens du peuple. Ils y demeurèrent deux mois pendant lesquels l’agitation se fit de plus en plus vive. Finalement, ils consentirent à se rendre moyennant une amnistie qui leur fut accordée par la régence. Le patriarche, pour sa part, fut envoyé en exil provoquant un nouveau soulèvement. Faisant à nouveau preuve de faiblesse, la régence lui permit de revenir en grande pompe à Constantinople[8].

Guerres contre Béla III de Hongrie et Kilidj Arslan II[modifier | modifier le code]

Béla III de Hongrie
Le roi Béla III de Hongrie. Grand ami de Manuel Ier, il se hâta de reprendre la Smirnie et la Dalmatie à la mort de ce dernier.

Pour sa part, Alexis II ne semblait montrer aucune disposition pour le pouvoir. Nicétas Choniatès le décrit comme :

« Ce jeune prince si plein de vanité et d’orgueil et pourtant si démuni de tout talent et de toute capacité qu’il était incapable de faire la moindre chose… Il passait sa vie à jouer ou à chasser, tout en acquérant l’habitude de vices invétérés[9]. »

Devant la faiblesse de la régence, Béla III que ne retenait plus l’amitié personnelle qui le liait à Manuel se hâta de reprendre la Dalmatie, la plus grande partie de la Croatie et la Smirnie en 1181. En 1183, avec l’aide du grand žoupan Étienne Nemanja de Serbie, il attaqua l’empire : Belgrade, Branichevo, Niš furent conquises et pillées. En Asie mineure, Kilidj Arslan II réussit à couper le lien entre l’empire et la côte en s’emparant de Cotyaeum (aujourd’hui Kütaya) en Phrygie, de Sozopolis en Pisidie, et se rendit jusqu’à Attalia, pendant que le roi d’Arménie, Ruben III, s’avançait en Cilicie byzantine[10].

Usurpation d’Andronic Ier Comnène[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Andronic Ier Comnène.

C’est alors qu’Andronic Comnène entra en scène. Fils d’Isaac, frère de Jean II, il avait été élevé à la cour du sultan d’Iconium en compagnie de son cousin germain, le futur empereur Manuel avec qu’il se brouilla à maintes reprises. Contrairement au futur empereur il détestait autant la noblesse féodale que l’esprit pro-occidental qui s’installait à la cour. Esprit cultivé, excellent soldat, fin courtisan, c’était aussi un homme dénué de tout scrupule, avide de pouvoir et fort ambitieux. Sa liaison avec la sœur de la maitresse du basileus lui avait valu d’être écarté de Constantinople et envoyé comme duc de Cilicie en 1151. Convaincu de complot contre l’empereur, il avait abouti en prison en 1154 d’où il s’était échappé pour trouver refuge à la cour du grand prince Iaroslav de Russie. Réconcilié une première fois avec Manuel, il retrouva son poste de gouverneur de Cilicie, mais ne tarda pas à le perdre à nouveau par son inconduite. Commença alors une vie errante qui le conduisit à Beyrouth, Damas, Bagdad, Mardin, Erzeroum. Réconcilié à nouveau avec Manuel, peu avant la mort de celui-ci, il revint à Constantinople, lui jurant fidélité éternelle ainsi qu’à son fils Alexis II. Autant par sagesse politique qu’en raison du scandale que représentait la liaison d’Andronic avec la cousine de celui-ci, la reine Théodora, veuve du roi Baudouin de Jérusalem, avec qui il avait eu deux enfants, Manuel l’éloigna de la capitale et en fit le gouverneur de la province du Pont sur la mer Noire[11].

mort d'Andronic Ier
Au cours de son règne, Andronic tenta de réformer l'administration en profondeur. Mais ne connaissant d'autre méthode que la violence, il sera rapidement renversé et littéralement mis en pièce par la population de Constantinople

C’est là qu’Andronic apprit le décès de Manuel et l’hostilité grandissante dont la régence faisait l’objet.

Il commença par envoyer une lettre à l’empereur et au patriarche pour dénoncer les abus de la cour et les pouvoirs du protosébaste. Puis, en avril 1182, sentant le moment venu d’entrer en action, il marcha sur Constantinople avec une petite armée. Les troupes envoyées par la régence et commandées par Andronic l’Ange pour lui barrer la route auraient dû s’avérer suffisantes pour arrêter sa marche. Toutefois, il parvint à les défaire près de Nicomédie, suite à quoi les troupes d’Andronic l’Ange se rallièrent à lui tout comme l’amiral de la flotte impériale, Kontostephanos, en Chalcédoine. Désormais en position de force, il rejeta le compromis offert par le protosébaste, fit arrêter celui-ci, le fit jeter en prison et quelque temps après le fit aveugler. Il exigea également l’entrée définitive de Marie d’Antioche dans un couvent. En mai, le peuple de Constantinople qui s’était entretemps rallié derrière Andronic donna libre cours à la fureur accumulée depuis des années contre les Génois et les Pisans. Nombre de ceux-ci s’étaient déjà enfuis à l’approche des troupes d’Andronic. Ceux qui restaient furent assassinés. Les rescapés qui réussirent à atteindre la Syrie répandirent des récits d’horreur, comme celui de l’hôpital des chevaliers de Saint-Jean où les malades furent tués dans leur lit, ou celui du légat papal décapité par la foule dont la tête fut attachée à la queue d’un chien, y mêlant les accusations habituelles de schisme et de collusion avec le monde musulman. Il n’en fallait pas moins pour unir contre Constantinople les cours européennes, la papauté et les royaumes latins détruisant ainsi le potentiel de bonne volonté accumulé par Manuel Ier[12].

Certain de pouvoir renverser la régence, Andronic fit son entrée à Constantinople en septembre et s’empressa de faire couronner Alexis II à Sainte-Sophie. Suite à quoi il fit empoisonner Marie et Rainier avant d’obliger le jeune Alexis à signer l’arrêt de mort de sa mère, accusée de collusion avec le roi de Hongrie, laquelle fut étranglée dans sa cellule. Le patriarche Théodose, sentant ce qui allait venir et sachant qu’il ne pourrait y résister préféra démissionner et fut remplacé par un fidèle d’Andronic, Basile II Kamatéros. Enfin, la plupart des dignitaires du palais furent remplacés par des hommes à la dévotion d’Alexis. En septembre 1183, après que les deux fils d’Andronic, Théodore et Isaac, eurent quitté leur refuge en Palestine pour fomenter une rébellion à Nicée, Andronic jugea bon de se faire couronner coempereur. Quelques semaines plus tard Alexis II était étranglé dans son lit et son corps jeté dans le Bosphore. Seul empereur, Andronic se hâta de marier la veuve d'Alexis, Agnès de France, de cinquante ans sa cadette. Par la suite, divers usurpateurs empruntèrent l’identité d’Alexis II et prétendirent à son héritage. L’un d’entre eux forcera même l’empereur Alexis III à négocier avec lui après avoir trouvé refuge chez le sultan d’Iconium[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Kazhdan (1991), « Alexios II Komnenos », p. 64.
  2. Kazhdan (1991) « Manuel I Komnenos », p. 1289.
  3. Bréhier (1969) p. 273; Kazhdan (1991) « Maria of Antioch », p. 1298.
  4. Norwich (1996), p.128-129.
  5. Bréhier (1969) p. 274; Kazhdan (1985), p. 102; Angold (1984), p. 178.
  6. Treadgold (1997), p. 650; Ostrogorsky (1983), p. 418.
  7. Norwich (1996), p. 140; Bréhier (1969), p. 280; Harris (2006), p. 104.
  8. Treadgold (1997), p. 650-651; Norwich (1996), p. 141; Bréhier (1969), p. 281; Harris (2006), pp. 116-117 [Faisant remarquer que Marie était elle-même marié à un latin, Harris met en doute l’existence d’un véritable sentiment antilatin à Constantinople, soulignant davantage la haine de la famille Comnène à l’endroit des étrangers, jalousie que partageait sans doute Nicolas Choniatès dont le témoignage n’est pas toujours impartial].
  9. Nicétas Choniatès, cité par Norwich (1996), p. 140; toutefois Kazhdan et Epstein (1985) notent en page 228 que vers la fin des Chroniques, Choniatès semble avoir développé un préjugé défavorable à la jeunesse qui trouve rarement grâce à ses yeux
  10. Kazhdan « Bela III » (1991), p. 278; Kazhdan « Kilic Arslan II » (1991), p. 1128; Treadgold (1997), pp. 650-651; Norwich (1996), p. 144.
  11. Bréhier (1969), pp. 281-282; Ostrogorsky (1983), p. 418; Norwich (1996), pp. 141-142; Harris (2006) pp. 116-117; Angold (1984), p. 222.
  12. Kazhdan (1991) « Andronikos I Komnenos », p. 94; Bréhier (1969) p. 282; Norwich (1996) pp. 142-143; Treadgold, (1979) pp. 650-651; Harris (2006) pp. 116-119.
  13. Louis Bréhier (1969) p. 283 et 290; John Norwich (1996) p. 143; Warren Treadgold (1979) p. 653; Georges Ostrogorsky (1983) p. 419; John Harris, op.cit., p. 118; Angold (1984), p. 265.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Source primaire[modifier | modifier le code]

Né une dizaine d’années avant Alexis II et membre de la petite noblesse, Nicétas Choniatès est la principale source de référence pour la période 1118 – 1206. D’abord fonctionnaire dans la région de la mer Noire, il revint par la suite à Constantinople. S’étant retiré de la vie publique pendant le règne d’Andronic Ier, il reprit du service lorsqu’Isaac II monta sur le trône. Lors de la chute de Constantinople aux mains des croisés, il s’enfuit à Nicée sous le gouvernement en exil de l’empereur Théodore Lascaris. C’est là qu’il compléta son Histoire des temps (Chronike diegesis) en 21 volumes. Celle-ci commence là où s’achève celle d’Anne Comnène et retrace en détail l’histoire des troisième et quatrième croisades. Il y rédigea également une autre œuvre, moins importante, « Sur les statues détruites par les Latins ».

Sources secondaires[modifier | modifier le code]

  • Michael Angold. The Byzantine Empire, 1025-1204, a Political History. Longman, London & New York, 1984. (ISBN 0-582-49060-X)
  • Louis Bréhier. Vie et mort de Byzance, Coll. Évolution de l’Humanité, Albin Michel, Paris, 1969.
  • Ferdinand Chalandon. Les Comnènes. Étude sur l’empire byzantin au XIe et XIIe siècles, Paris, 1900-1912, 3 vol.
  • Jan Louis van Dieten. Niketas Choniates : Erläuterungen zu den Reden und Briefen nebst einer Biographie, Walter de Gruyter, Berlin, 1971.
  • Jonathan Harris. Byzantium and The Crusades. Hambeldon Continuum, London, 2006. (ISBN 1-85285-501-0).
  • Alexander P. Kazhdan (ed. in chief). The Oxford Dictionary of Byzantium, (3 vols.) New York & Oxford, Oxford University Press, 1991. (ISBN 0-19-504652-8).
  • Alexander P. Kazhdan & Ann Wharton Epstein. Change in Byzantine Culture in the Eleventh and Twelfth Centuries. University of California Press, Berkeley, 1985. (ISBN 0-520-06962-5).
  • John Julius Norwich. Byzantium, The Decline and Fall, New York, Alfred A. Knopf, 1996, (ISBN 0-679-41650-1). (L’œuvre se présente en trois volumes: Byzantium: the Early Centuries; Byzantium: The Apogee; Byzantium: The Decline and Fall, dotés d’une double pagination, successive pour les trois volumes et individuelle pour chacun d’eux; c’est cette dernière que nous utilisons dans les références).
  • Georges Ostrogorsky. Histoire de l’État byzantine. Payot, Paris, 1983. (ISBN 2-228-07061-0).
  • Warren Treadgold. A History of the Byzantine State and Society. Stanford University Press, Stanford, 1997, (ISBN 0-8047-2630-2).