Cappadoce

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Cappadoce vue du ciel

Au centre de l'Anatolie, en Turquie, la région historique de Cappadoce (en turc : Kapadokya ; en grec Καππαδοκία ; en arménien Կապադովկիա) réserve de belles surprises. Ses terres sont tapissées de formations volcaniques surprenantes, legs des volcans Erciyes et Hasan Dag. Les cônes rocheux, appelés cheminées de fée, ont été sculptés par le vent et le ruissellement des eaux pendant des milliers d'années. Un long travail qui a abouti à un paysage lunaire que des touristes du monde entier viennent découvrir. En 1985, l'UNESCO l'inscrit sur la liste des sites protégés du Patrimoine de l'humanité.

C'est aussi pour ses jolies églises rupestres que l'on vient visiter la Cappadoce. Construites au Xe siècle par des chrétiens et décorées de fresques colorées, elles nous livrent aujourd'hui un superbe témoignage de l'art byzantin. Pour les découvrir, le meilleur moyen est une balade dans les riches vallées de Cappadoce, dont la plus connue est la vallée de Gorëmme.

Autre surprise : les vallées de la région recèlent des villes souterraines. Les hommes ont creusé des habitations dans la roche tendre pour s'y réfugier et disparaître de la surface de la terre en cas d'attaques et d'invasions.

Histoire[modifier | modifier le code]

Protohistoire[modifier | modifier le code]

Une brillante civilisation, révélée par les découvertes faites en 1935 à Alacahöyük, apparaît dans cette région à l'âge du bronze (~ 2500 av. J.-C.).

Antiquité[modifier | modifier le code]

Province romaine vers 120

La Cappadoce est envahie par les Hittites au IIe millénaire av. J.-C., et intégrée à leur Empire, qui y établit sa capitale Hattusha (actuelle Boğazkale, mieux connue sous son nom antérieur Boğazköy, parfois noté avec l'orthographe francisée Boghaz Keui). La région est alors une zone traditionnelle de commerce avec les Assyriens, à cause de ses mines (or, argent, cuivre), comme l'attestent notamment les très nombreuses tablettes en cunéiforme découvertes sur le site de la ville hittite de Kanesh (actuellement Kültepe) ; la région, alors habitée par les Louvites, apparaît sur certaines tablettes sous la dénomination de Kitsuvatna[1]. Vers 1200 av. J.-C., l'Empire hittite s'écroule, envahi par les Peuples de la mer et les Phrygiens. Vers -1100, la Cappadoce est conquise par le roi assyrien Téglath-Phalasar Ier. Au IXe siècle av. J.-C., elle est reprise par les Phrygiens, puis est dominée par la Lydie à partir de -696. Viennent ensuite les Mèdes (au nord-est) et les Cimmériens (au sud-ouest), qui font quelques incursions dans le reste du pays dans les années -650-630. En -546, la Cappadoce est conquise par Cyrus le Grand et intègre l'Empire perse. À la fin du VIe siècle av. J.-C., Darius l'inclut dans la troisième satrapie.

L'Asie Mineure aux IIe et Ier siècles av. J.-C.

Les Perses appellent le pays Katpatuka (« pays des chevaux de race »), dont dérive directement le toponyme « Cappadoce » ; les Grecs, quant à eux, donnent aux Cappadociens le nom de « Syriens blancs » (Λευκόσυροι). Bien que vassale de l'Empire perse, la Cappadoce continue à être gouvernée par ses propres dirigeants, organisés en une aristocratie de type féodal. En -330, elle devient indépendante sous le roi Ariarathe Ier, qui reconnaît symboliquement la suzeraineté d'Alexandre le Grand et fonde une dynastie.

Sous Ariarathe IV ont lieu les premiers contacts avec Rome. La Cappadoce devient alors l'alliée des Romains contre les Séleucides, mais elle est vaincue. Suit une période confuse, au terme de laquelle la dynastie d'Ariarathe disparaît dans les guerres contre le royaume du Pont. En -92, Rome vient au secours du royaume de Cappadoce pour repousser le roi du Pont Mithridate VI, qui s'en était emparé, et rétablir le pouvoir d'Ariobarzane Ier, appelé par les Grecs Philoromaios (« ami des Romains »). La Cappadoce, avec opportunisme, soutient successivement Pompée, Jules César, Marc Antoine et enfin Octave. En 17, par suite de la disgrâce du roi Archélaos, la Cappadoce est intégrée par Tibère à l'Empire romain, dont elle devient une province impériale, à laquelle sont bientôt incorporées les régions du Pont et de l'Arménie Mineure. Au IVe siècle, la province est amputée de ces territoires par les réformes de Dioclétien et Constantin.

Sous la domination romaine, la région s’hellénise et se christianise : au cours des années 48 à 58, saint Paul longe ou traverse le pays au cours de ses trois voyages. Le christianisme s'y répand aux IIIe et IVe siècles, malgré les persécutions de Dioclétien de 303-304, dont Eusèbe de Césarée est le témoin[2]. Dans la seconde moitié du IVe siècle, sous l'impulsion de Basile, évêque de Césarée (Kayseri), de nombreuses petites communautés monastiques s'implantent dans la région. Basile s'oppose à l'arianisme qui est alors en plein essor et qui a les faveurs de l'empereur Valens. Pour affaiblir l'autorité de Basile, Valens divise la Cappadoce en 371, détachant d'elle un vaste territoire dont il fait la Cappadoce Seconde et dont il confie l'autorité religieuse à un évêque arien (évêché de Tyane, à proximité de l'actuelle Niğde). En 536, Justinien crée l'évêché de Mokissos (actuellement Kırşehir) ; basiliques et oratoires se multiplient.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Au VIIe siècle l’est de la Cappadoce est envahi plusieurs fois par le califat arabe des Abbassides ; en 647, Moawiya, gouverneur de Syrie, s'empare de Césarée. Le pays est intégré au thème des Anatoliques, avant d’être érigé en thème de Cappadoce au Xe siècle. Les raids arabes harcèlent la Cappadoce jusqu'au IXe siècle, ce qui explique la multiplication des souterrains dans la région, refuges qui, pour certains, existent depuis de nombreux siècles[3]. Les tufs volcaniques faciles à creuser et l'existence de sources permettent le creusement de véritables villes souterraines, avec greniers, étables, citernes, bassins, réfectoires, églises, habitations[4].

Entrée d'une église rupestre (Karanlık kilise).

Professé dès le début du VIIIe siècle, l'iconoclasme refuse les images religieuses pour éviter l'idolâtrie. L'empereur byzantin Léon III se range à ce point de vue en 726. Ses successeurs, qui y trouvent un moyen de limiter le pouvoir grandissant des monastères, lui emboitent le pas. Mais en 843, l'iconoclasme est déclaré hérétique et le pays retourne à l'orthodoxie, ce qui permet à terme sa floraison artistique.

Après une période d'insécurité, les victoires de l'empereur Nicéphore II Phocas contre les arabes au cours de la seconde moitié du Xe siècle rétablissent en Cappadoce la paix et la prospérité. Des villes et des villages y refleurissent tant en extérieur qu'en souterrain, avec des populations toujours grecques de culture, mais d'origines variées, ainsi que des Arméniens, alliés aux Byzantins pour la défense des frontières orientales. C'est à partir de cette époque, appelée renaissance macédonienne, que la Cappadoce voit se creuser et se peindre de ses plus belles églises rupestres[5].

À la suite de la bataille de Manzikert, en 1071, la Cappadoce est conquise par les Turcs seldjoukides, menés par Alp Arslan, qui vainc l'empereur byzantin Romain IV Diogène et qui fonde une nouvelle branche de la dynastie : celle des Seldjoukides de Roum. Initiateurs d'une importante expansion urbanistique dans la région, ceux-ci construisent de nombreuses mosquées (Kayseri, Aksaray, Niğde...), créent une académie de médecine en 1206, et édifient des caravansérails tous les trente kilomètres le long de la route de la soie, comme le Ağzıkara han et le Sultan hanı construits au XIIIe siècle à proximité d'Aksaray. Mais la population locale perdure et c'est à cette époque que les églises de Korama (aujourd'hui Göreme) se parent de leurs plus belles fresques. Les Seldjoukides se heurtent cependant aux Byzantins et aux Croisés qui, en 1097, s'emparent de Nicée, obligeant le sultan seldjouk d'Anatolie à transférer sa capitale à Konya (Iconium).

En 1299, Osman Gazi, un bey vassal du sultan, lui ravit le pouvoir et se fait proclamer sultan sous le nom d'Osman Ier, fondant ainsi la dynastie ottomane. Cette dernière s'empare progressivement des petits émirats issus de l'effondrement des Seldjoukides, dont, au XIVe siècle, celui de Banu Eretna qui s'était constitué en Cappadoce.

Époque moderne[modifier | modifier le code]

Une période de sécheresse au XVIe siècle fait tarir la plupart des sources souterraines et oblige la majorité de la population chrétienne à quitter les lieux ; de toute manière, beaucoup de cappadociens passent à l'islam et à la langue turque pour ne plus payer le haraç : impôt sur les non-musulmans, et pour ne plus subir le devchirmé : enlèvement des garçons pour le corps des janissaires. Chez ceux restés chrétiens, une langue intermédiaire entre le grec et le turc, le cappadocien, se développe.

Au XVIIIe siècle, les derniers ermitages troglodytiques sont abandonnés. À la même époque, le grand vizir, Damat İbrahim Pasha, fait de sa ville natale, Nevşehir, la capitale régionale qu'elle est encore aujourd'hui. Sur le plan religieux, la Cappadoce abrite de nombreuses communautés derviches et alévies.

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Conformément au traité de Lausanne de 1923, les cappadociens encore chrétiens (évoqués par Elia Kazan par dans son film America, America) sont expulsés du pays vers la Grèce, où vivent aujourd'hui les tout derniers locuteurs de la langue cappadocienne. Au cours des années 1920 et 1930, l'Europe redécouvre la Cappadoce, en particulier à partir de l'œuvre du jésuite français Guillaume de Jerphanion[6], qui publie ses études sur les églises de la région. Cet ouvrage est un élément important dans la constante croissance du tourisme qui démarre dès les années 1950. En 2005, selon les chiffres officiels, 850 000 étrangers et un million de Turcs ont visité cette partie du pays, entraînant l'expansion des artisanats locaux du tapis et de la céramique.

Liste des rois de Cappadoce[modifier | modifier le code]

Monnaie d'argent d'Ariarathe III.

Géographie[modifier | modifier le code]

Les volcans Erciyes dağ (l'ancien mont Argée ou Argyros : « argenté » en grec), Hasan dağ et Göllü dağ entrèrent en éruption au Miocène supérieur (dix millions d'années) jusqu'au Pliocène (deux millions d'années). Ces éruptions ainsi que l'apparition de volcans de moindre importance au fil des millénaires générèrent une superposition de strates d'ignimbrites plus ou moins denses. En particulier, au début du Quaternaire, des laves basaltiques beaucoup plus dures se déposèrent. Quelques éruptions eurent encore lieu ultérieurement, notamment en 253 av. J.-C., semble-t-il. Les dépôts du mont Argée ont couvert à eux seuls une superficie de 10 000 km2, sur une épaisseur variant entre 100 et 500 mètres.

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Sous l'effet des glaciations de l'ère néozoïque, la croûte de basalte s'est lézardée, le sol s'est désagrégé, permettant à l'eau de s'infiltrer et d'accentuer encore l'érosion. Quand le tuf est très tendre, il se désagrège totalement pour former une plaine poussiéreuse, tandis que sur les reliefs pentus, l'érosion crée canyons, mesas, cônes, pitons et cheminées de fée[7].

Le paysage de Cappadoce présente donc une morphologie se caractérisant pour l'essentiel par des plateaux formés par les cendres et les boues rejetées par les volcans avoisinants, des gorges, des cheminées de fées, ainsi que de grandes plaines constituées de résidus volcaniques. De nos jours, l'érosion continue : les pitons et les cônes actuels sont donc voués à disparaître, mais d'autres se dégagent peu à peu en bordure des plateaux.

Art byzantin et sites remarquables[modifier | modifier le code]

Göreme, Église de Karanlık.

Les communautés monastiques byzantines ont creusé dans les roches tendres, entre le VIIIe et le XIIIe siècles, une multitude de couvents et d'églises rupestres décorées de fresques. Pour les historiens de l'art, la Cappadoce constitue un laboratoire où ils analysent l'évolution picturale de l'Église d'Orient, avec 150 sites encore préservés.

Plus de 3 000 chapelles ont été découvertes et le site est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1985.

Les sites les plus remarquables sont la vallée de Korama (aujourd'hui Göreme) qui recèle d'intéressantes églises rupestres aux fresques nombreuses et qui a aujourd'hui le statut de musée, les canyons d'Ihlara et de Soganlı, ainsi que les cités souterraines de Derinkuyu et de Kaymaklı, qui descendent de huit étages sous la roche. Creusées dans un tuf volcanique très tendre, ces cités abritent des pièces de stockage, des logements, et même des églises. Quant aux entrées, elles étaient fermées par d'énormes meules. Ces deux villes, distantes de 9 km, étaient probablement reliées par un tunnel. Les lieux pittoresques sont légions. Parmi ceux qui sont aisément accessibles, on notera Paşa Bağlari (Le vignoble du Pacha), la vallée des Pigeonniers, la vallée de Devrent, Uçhisar, Ürgüp…

Outre le site de Korama/Göreme, les vallées de Cappadoce possèdent d'innombrables habitations troglodytiques. On le constate un peu partout, en particulier à Ortahisar, à Uçhisar, dans la vieille ville de Nysse (aujourd'hui Nevşehir)…

Les habitations troglodytiques comportaient toujours des ouvertures vers l'extérieur de petite dimension. Les grandes ouvertures parfois présentes actuellement résultent d'écroulements dus à l'érosion. C'est notamment pour cette raison que beaucoup de ces habitations sont maintenant abandonnées. Mais certaines sont encore occupées (logements, hôtels, et même poste de police). Elles font parfois l'objet de restaurations luxueuses et sont alors protégées contre l'érosion par un enduit discret, à l'instar des églises de Korama/Göreme.

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. P. Garelli, Les Assyriens en Cappadoce, Istanbul, 1963, partic. introduction, pp. 9 ss.
  2. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 17.
  3. Xénophon, Anabase, IV, 5, 24-7. Voir Kaymaklı.
  4. Cf. infra et article Derinkuyu ainsi que Christian Marquet, Cappadoce : un peu d'histoire, CIHR.
  5. Christian Marquet, op. cit.
  6. Guillaume de Jerphanion, Une nouvelle province de l'art byzantin, les églises rupestres de Cappadoce (2 tomes et 3 volumes de planches), 1925-42.
  7. Planet-turquie-guide planet-turquie-guide.com

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]