Al-Khidr

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Al-Khiḍr (arabe : الخضر, perse : خضر, turc : Hızır, « Le Vert » ou « Le Verdoyant »  [1]), également orthographié Al Khadir, Khidr, Khidar, Khizr, Khizar, ou Khoudar ; Khezr en persan ; Kwaja Khizir en Inde [2], est le surnom d'un personnage énigmatique du Coran.

Dans le Coran[modifier | modifier le code]

Dans le Coran, Al-Khidr est évoqué dans un récit allusif. Il apparaît dans la sourate 18, sans que son nom ne soit cité. Les exégèses musulmanes post-coraniques[3] disent qu'il est fait allusion à lui dans la sourate La caverne[4] (Coran : sourate 18 Al-Kahf ; verset 65) par l'expression « l'un de Nos serviteurs »[5]. Ce récit interroge par l'aspect allusif, par l'absence d'identité donné au "serviteur" mais aussi par la figure de Moïse qui, ici, semble échouer aux épreuves[3].

Le récit raconte que Moïse l'a rencontré au cours d'un voyage pendant lequel il sera témoin d'actes apparemment répréhensibles (meurtre d'un jeune garçon[3]...) de la part de cet individu. Celui-ci lui donne a posteriori les raisons de ses actes[5] et déclare avoir agi selon la volonté divine avant de se séparer de Moïse[3]. Khidr y représente la science octroyée par la grâce divine[5].

Moïse n'est pas présenté dans ce récit comme un prophète mais comme un être menant une quête. Il trouve des parallèles dans d'autres traditions littéraires[3]. Ainsi, ce récit possède de fortes affinités avec des légendes orientales, comme celle de Gilgamesh ou une légende juive (Légende d'Elie et de rabbi Joshua ben Lévi) sur Elie[5] ou le Roman d'Alexandre[3]. Si les deux autres sources peuvent être rapprochées de la première partie du texte, c'est de la seconde que les versets 65-82 sont le plus proche. Dans cette légende, Elie possède une science mystérieuse octroyée par Dieu, à l'instar d'al-Khidr, et accompagne un personnage en quête de connaissance. Certains éléments comme l'interdiction de poser des questions ou les actes apparemment inexplicables sont présents tant dans le Coran que dans ce récit. R. Paret associait ce récit davantage au Leimon de Jean Moschos (VIe-VIIe). Ce sous-texte possible suggérerait que l'enseignant mystérieux puisse être un ange[3].

Ce récit appartient au type #759 de Aarne et Thompson des légendes populaires[3].

Biographie traditionnelle[modifier | modifier le code]

Comme le montre al-Māwardī, l'idée que Khidr a été un ange remonte à l'âge médiéval.[6] En tant qu'ange, Khidr aiderait ceux qui sont en détresse et est le professeur des soufis, en particulier Ibn Arabi.[7] Cependant, la plupart des savants orthodoxes ont rejeté ce point de vue. Nommément connu, seul Abū l-Aʿlā Maudūdī défendit Khidr comme un ange.[6] La plupart des savants conviennent qu'il avait été un homme dont la vie a été prolongée.

Al-Khidr est un personnage énigmatique. Ayant bu à l'"eau de Jouvence", Al-Khidr est devenu immortel. Il est appelé le "verdoyant". Il est habillé de vert et rend, par sa présence, la nature verdoyante. Il est tantôt vu comme un prophète, tantôt comme un saint. Il est parfois identifié à Elie[5]. Le Coran reprend ici le motif d'Uta Napishtim de l'épopée de Gilgamesh qui, lui aussi, demeure aux confins du monde et a acquis la vie éternelle, car la suite du passage concerne la légende chrétienne d'Alexandre le Grand[8] qui, en visitant les confins du monde, recherche également la vie éternelle, passe au lieu de rencontre des mers avec l'Océanos[9]. Dans ce récit, un des lieux visités par Alexandre s'appelle le Mont Mûsâs qui dérive de Mashû en akkadien.

Dans le soufisme[modifier | modifier le code]

La scène de la sourate 18 est pris, par les soufies, comme un archétype de la relation maître-disciple[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Al-Khidr (" l'Homme Vert ") a été ainsi nommé parce qu'il s’était assis une fois sur une terre blanche et stérile, qui par la suite devint luxueusement verte à cause de la végétation. » Hadith rapporté par Al-Boukhari.
  2. C.f. Ananda K. Coomaraswamy, "What is Civilisation" and Other Essays, (Cambridge: Golgosova Press, 1989) p. 157-167, article reproduit ici.
  3. a b c d e f g et h M. Mortensen, "Sourate 18", Le Coran des historiens, 2019, Paris, p. 694 et suiv.
  4. Coran 18:65 : « Ils trouvèrent l’un de Nos serviteurs à qui Nous avions donné une grâce, de Notre part, et à qui Nous avions enseigné une science émanant de Nous. »
  5. a b c d e et f E.G., "Khadir le Verdoyant", Dictionnaire du Coran, 2007, Paris, p.467 et suiv.
  6. a et b W. Madelung et Patrick Franke, « Begegnung mit Khidr: Quellenstudien zum Imaginaren im traditionellen Islam », Journal of the American Oriental Society, vol. 123, no 2,‎ , p. 459 (ISSN 0003-0279, DOI 10.2307/3217725, lire en ligne, consulté le )
  7. (en) Reynolds, Gabriel Said, « “Angels”, in: Encyclopaedia of Islam, THREE, Edited by: Kate Fleet, Gudrun Krämer, Denis Matringe, John Nawas, Everett Rowson. Consulted online on 18 March 202 »,
  8. « Kevin Van Bladel, « THE ALEXANDER LEGEND IN THE QUR’AN 18:83-102 » », ROUTLEDGE STUDIES IN THE QUR’AN,‎ , p. 174-203
  9. Mehdi Azaiez, Gabriel Said Reynolds, Tommaso Tesei et Hamza M. Zafer, The Qur'an Seminar Commentary : A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages, De Gruyter, (ISBN 978-3-11-044479-7, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]