Al-Khidr

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Al-Khiḍr (arabe : الخضر (?), (en persan : خضر), turc : Hızır, mots qui signifient « Le Vert » ou « Le Verdoyant »), également orthographié Al Khadir, Khidr, Khidar, Khizr, Khizar, ou Khoudar ; Khezr en persan, ou encore Kwaja Khizir en Inde[1], est le surnom d'un personnage énigmatique du Coran.

Biographie traditionnelle[modifier | modifier le code]

Comme le montre al-Māwardī, l'idée que Khidr a été un ange remonte à l'âge médiéval[2]. En tant qu'ange, Khidr aiderait ceux qui sont en détresse et est le maître des soufis, en particulier Ibn Arabi[3]. Cependant, la plupart des savants musulmans ont rejeté ce point de vue. Nommément connu, seul Abū l-Aʿlā Maudūdī défendit l'idée que Khidr est un ange[2] La plupart des savants conviennent qu'il avait été un homme dont la vie a été prolongée.

Al-Khidr est un personnage énigmatique. Ayant bu à l'« eau de Jouvence », Al-Khidr est devenu immortel. Il est appelé le « verdoyant ». Il est habillé de vert et sa présence rend la nature verdoyante. Il est tantôt vu comme un prophète, tantôt comme un saint. Il est parfois identifié à Élie[4]. Le Coran reprend ici le motif d'Uta Napishtim de l'épopée de Gilgamesh qui, lui aussi, demeure aux confins du monde et a acquis la vie éternelle, car la suite du passage concerne la légende chrétienne d'Alexandre le Grand[5] qui, en visitant les confins du monde, recherche également la vie éternelle, passe au lieu de rencontre des mers avec l'Océanos[6]. Dans ce récit, un des lieux visités par Alexandre s'appelle le Mont Mûsâs qui dérive de Mashû en akkadien.

Dans le Coran[modifier | modifier le code]

Dans le Coran, Al-Khidr est évoqué dans un récit allusif. Il apparaît dans la sourate 18, Al-Kahf, v. 59-82, soit un long passage, sans que son nom soit cité. Les exégèses musulmanes post-coraniques[7] disent qu'il est désigné de façon allusive dans la sourate La caverne[8] (Coran : sourate 18; verset 65) par l'expression « l'un de Nos serviteurs »[4]. Ce récit interroge par cet aspect allusif, par l'absence d'identité donné au « serviteur » mais aussi par la figure de Moïse qui, ici, semble échouer devant les épreuves[7].

Selon le récit Moïse a rencontré al-Khidr dans un voyage pendant lequel il sera témoin d'actes apparemment répréhensibles (meurtre d'un jeune garçon[7]...) de la part de cet individu. Avant de se séparer de Moïse, al-Khidr lui explique les raisons de ses actes[4] et déclare avoir agi selon la volonté divine[7]. Khidr représente dans ce cas la science octroyée par la grâce divine[4].

Moïse n'est pas présenté dans ce récit comme un prophète mais comme un être menant une quête. À ce titre, il a des parallèles dans d'autres traditions littéraires[7]. Ainsi, ce récit possède de fortes affinités avec des légendes orientales, comme celle de Gilgamesh ou — dans le judaïsme — la Légende d'Élie et de rabbi Joshua ben Lévi sur Elie[4], ou encore le Roman d'Alexandre[7]. Si les histoires de Gilgamesh et d'Alexandre peuvent être rapprochées de la première partie du texte[Lequel ?], c'est de l'histoire d'Élie que les versets 65-82 sont le plus proche. Dans cette légende, Elie possède une science mystérieuse octroyée par Dieu, à l'instar d'al-Khidr, et il accompagne un personnage en quête de connaissance. Certains éléments comme l'interdiction de poser des questions ou les actes apparemment inexplicables sont présents tant dans le Coran que dans ce récit. R. Paret associait ce récit davantage au Leimon (ou Pré spirituel) du moine byzantin Jean Moschos (VIe – VIIe siècle). Ce sous-texte possible suggérerait que l'enseignant mystérieux puisse être un ange[7].

Ce récit appartient au type #759 de Aarne et Thompson des légendes populaires[7].

Dans le soufisme[modifier | modifier le code]

Les soufis considèrent cet épisode de la sourate 18 comme un archétype de la relation maître-disciple[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ananda K. Coomaraswamy, What is Civilisation. And Other Essays, Ipswich, Golgosova Press, 1989, p. 157-167, [lire en ligne (page consultée le 7 juin 2022)]
  2. a et b (en) W. Madelung, « Patrick Franke, Begegnung mit Khidr: Quellenstudien zum Imaginaren im traditionellen Islam [Compte-rendu] », Journal of the American Oriental Society, vol. 123, no 2,‎ , p. 458-459 (ISSN 0003-0279, lire en ligne, consulté le )
  3. (en) Gabriel Said Reynolds, « Angels » Accès payant, sur Encyclopaedia of Islam, THREE, Ed. by Kate Fleet, Gudrun Krämer, Denis Matringe, John Nawas, Everett Rowson, (consulté le )
  4. a b c d e et f Éric Geoffroy, « Khadir, "Le Verdoyant" », dans Mohammad Ali Amir-Moezzi (dir.), Dictionnaire du Coran, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 981 p. (ISBN 978-2-221-09956-8), p. 467-471
  5. « Kevin Van Bladel, « THE ALEXANDER LEGEND IN THE QUR’AN 18:83-102 » », ROUTLEDGE STUDIES IN THE QUR’AN,‎ , p. 174-203
  6. Mehdi Azaiez, Gabriel Said Reynolds, Tommaso Tesei et Hamza M. Zafer, The Qur'an Seminar Commentary : A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages, De Gruyter, (ISBN 978-3-11-044479-7, lire en ligne)
  7. a b c d e f g et h M. Mortensen, « Sourate 18 », Le Coran des historiens, Paris, Cerf, 2019, Paris, p. 694 et suiv.
  8. Coran 18:65 : « Ils trouvèrent l’un de Nos serviteurs à qui Nous avions donné une grâce, de Notre part, et à qui Nous avions enseigné une science émanant de Nous. »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]