Cette page est protégée.

Haman (islam)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Ne doit pas être confondu avec Haman (Bible).
Coran, Iran, entre 1000 et 1299 Sourate 40, verset 35 et 36 citant le nom de Haman

Haman (arabe : هامان hāmān) est un personnage coranique. Il était, selon ce texte, grand dignitaire et maître des bâtisseurs du pharaon à l'époque de Moïse.

Haman dans le texte coranique

Haman est cité six fois dans le Coran, dont quatre fois à la suite de pharaon, et est nommé deux fois seul[1]. Selon le Coran, pharaon et Haman sont tous deux responsables du meurtre des fils d'Israël. Allah envoya donc Moïse prêcher le monothéisme au pharaon. Moïse demanda également la protection pour son peuple victime de torture, de pillage et de massacre par les armées de pharaon. Pharaon et son vizir Haman rejetèrent le message prêché par Moïse et le qualifièrent de sorcier. Dans la sourate yā sīn (arabe : ………يس), verset 36 et la sourate ṣād (arabe : ص) verset 38, pharaon demande à Haman de lui construire une tour qui transpercera le ciel afin de démasquer le dieu de Moïse[2]. Le Coran précise que ce projet fut voué à l'échec : « [...] Le stratagème de Pharaon n'est voué qu'à la destruction » ; sourate (غافر) (40:37). Ainsi comme le pharaon, Haman fut noyé dans la mer Rouge.

Les références d'Haman dans le Coran sont les sourates 28 (versets 6, 8 et 38), 29 (verset 39) et 40 (versets 24 et 36).

Haman dans la littérature musulmane

Haman est cité dans le texte de Tabari[3]. Il rapporte la tradition selon laquelle il inventa la brique cuite alors qu'elle est connue et utilisée en Égypte tout au long de son histoire[4].

Selon l'historien arabe du IXe siècle al-Masʿūdī, Hāmān fut architecte du canal de Sardūs et extorqua de l'argent aux paysans à cette occasion[5].

Le soufi Najm al-din Razi (XIe - XIIe siècle) évoque Haman et Coré comme deux "mauvais génies". Dans ce courant mystique, ils sont « aussi indispensables à la révélation que la prédication de Moïse, ce sont deux faces d'une même réalité » [6]

Construction d'une figure littéraire

La proximité entre Haman du Coran et Haman du livre d'Esther (Nom identique, importance politique (Esther 3:1), rôle de constructeur (Esther 5:14), association au meurtre de juifs (Esther 3:5-15)) est liée plus probablement à l'influence du texte biblique dans la composition du Haman coranique [5]. Pour le dictionnaire du Coran, « Haman vient du livre d'Esther ; ministre du roi perse Assuérus, soit quelque huit siècles après l'époque supposée de Moïse » L'onomastique permet d'attester que l'histoire du livre d'Esther était connue en Arabie.

Dans la littérature juive, la figure de Haman forme le topos littéraire de l'ennemi des juifs à travers les âges[7]. Ainsi, dans des écrits préislamiques, l'histoire d'Ahikar l'assyrien, dont une allusion se trouve dans le livre de Tobie, raconte que son neveux Nadin est chargé de construire une haute tour jusqu'au ciel. Dans ces textes, il prend parfois le nom de Haman. Cette confusion peut expliquer la demande de pharaon dans le coran à Haman de construire une telle tour[8].

Pour G. Vajda, le personnage d'Haman atteste d'une autre confusion littéraire. En effet, pour lui, le motif de la tour de Babel est utilisée dans la construction du personnage d'Haman[9].

Haman dans l'apologétique musulmane

Selon le médecin concordiste[10] français Maurice Bucaille ;

« Le nom de « Haman » tel qu’il est écrit en arabe dans le Coran, est une translittération exacte d’un nom de personne dont on connaît aujourd’hui l’orthographe hiéroglyphique. »

D'après celui-ci, le nom se trouve dans le Dictionnaire des noms de personnes du Nouvel Empire de l’égyptologue allemand Hermann Ranke où on trouve le personnage avec la translittération exacte, et la profession de ce notable : « Chef des ouvriers des carrières »[11]. Selon lui encore, Ranke signale que le nom de Haman ainsi que sa profession figuraient sur une stèle dans un musée de Vienne en Autriche[12].

Or, contrairement à ce que déclare Maurice Bucaille, le dictionnaire de Ranke ne donne aucune correspondance exacte du nom Haman et ne donne pas d'information quant aux métiers des personnes cités. Il fait mention d'un Ḥmn-Ḥ(?) du Nouvel Empire égyptien présent dans la publication de Walter Wreszinski[13]. Le relief en question, un jambage de porte et non une stèle, se trouve au musée de Vienne (N° d'inventaire 5821/5822). Le nom porté a été reconnu comme "Hemen-Hotep", « supérieur des tailleurs de pierre d'Amon »[14]. Les titres de l'inscription ne révèlent pas de proximité particulière avec le pharaon. Le nom et le rang social de ce personnage sont donc différents de ceux du personnage Haman présenté dans le Coran. Pour le professeur Graefe, associer Hemen-Hotep avec le Haman coranique est une "absurdité"[15]

Selon l'égyptologue Katharina Stegbauer et le professeur Ösin, la lettre Ḥ hiéroglyphique ne correspond pas au H arabe utilisé dans le nom Haman[15]. Ce théophore "Hemen-Hotep" signifie, "Hemen est satisfait", renvoyant au dieu guerrier Hemen[16].

Références

  1. A-Z of Prophets in Islam and Judaism, Wheeler, Haman
  2. Ibn Kathir, Histoire des prophètes, p. 379
  3. (en) William M. Brinner, The History of al-Tabari Vol. 3: The Children of Israel, SUNY Press,
  4. A. J. Spencer's, Brick Architecture In Ancient Egypt, Aris & Phillips Ltd., 1979, p. 140
  5. a et b Georges Vajda, "Hāmān." Encyclopédie de l’Islam. Brill Online, 2014.
  6. Pierre Lory, « Conférences de M. Pierre Lory », École pratique des hautes études, Section des sciences religieuses, vol. 117,‎
  7. Porten, Bezalel, et al. "Haman." Encyclopaedia Judaica. Ed. Michael Berenbaum and Fred Skolnik. 2nd ed. Vol. 8. Detroit: Macmillan Reference USA, 2007. 293-294.
  8. Adam Silverstein, “The Qurʾānic Pharaoh”, in New Perspectives on theQurʾān : the Qur'an in its historical context 2, 2011, p. 275.
  9. Wensinck, A.J. and Vajda, G., “Firʿawn”, in: Encyclopédie de l’Islam
  10. William F. Campbell, Le Coran et la Bible : à la lumière de l’histoire et de la science, Farel, Marne-la-Vallée, 1994, p. 32.
  11. Moïse et Pharaon, Les Hébreux en Égypte, Éditions Seghers, 1995, p. 321
  12. Moïse et Pharaon, Les Hébreux en Égypte, Éditions Seghers, 1995, p. 322-323
  13. Ranke, Dictionary of Personal Names of the New Kingdom, p. 240, 25.
  14. http://www.globalegyptianmuseum.org/detail.aspx?id=5136
  15. a et b Communiqué de presse et lettre du professeur Ösing :http://www.islaminstitut.de/Artikelanzeige.41+M58245899e41.0.html
  16. Wörterbuch der ägyptischen Sprache 3, 95.14

Voir aussi

Articles connexes