Youssef Seddik

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Youssef Seddik
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Portrait de Youssef Seddik
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يوسف الصديقVoir et modifier les données sur Wikidata
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Youssef Seddik (arabe : يوسف الصديق), né en 1943 à Tozeur[1], est un philosophe, anthropologue et islamologue tunisien spécialiste de la Grèce antique et de l'anthropologie du Coran.

Biographie[modifier | modifier le code]

Débuts et carrière scientifique[modifier | modifier le code]

Dès son jeune âge, Youssef apprend le Coran à Tozeur sous l'influence de sa famille[2].

Bachelier du Collège Sadiki et influencé par les travaux de Taha Hussein et Tahar Haddad[3], il décide de se former pour pouvoir analyser et interpréter le Coran et les règles de l'islam tout en utilisant un esprit de libre-pensée[2].

En 1966, il obtient une licence et une maîtrise en philosophie ainsi qu'une licence en littérature et civilisations françaises[2]. Durant les quatre années suivantes, il enseigne le français au lycée de Compiègne et obtient en 1967 un DES de philosophie (Le déterminisme du désir et la liberté de l'amour chez Avicenne et Spinoza) et une licence en grec ancien[2].

De 1971 à 1977, il enseigne la philosophie dans des lycées tunisiens puis à l'université Paris III[4] ; directeur d'une société d'édition spécialisée dans les ouvrages destinés à la jeunesse entre 1984 et 1987, il est également grand-reporter au journal La Presse de Tunisie entre 1975 et 1983[2].

Installé à Paris en 1988[1], il obtient un DEA en langue et civilisation helléniques (Sur la marche des dix-mille de Xénophon) à l'université Paris III (1988) et un doctorat à l'École des hautes études en sciences sociales de Paris sur Le travail coranique (1995)[2]. Chargé de conférences à l'École des hautes études en sciences sociales, il enseigne ensuite la pensée islamique moderne à l'université Paris III de 1995 à 1996[2].

Il publie de nombreux ouvrages et traductions autour du patrimoine islamique, parmi lesquels Dits du prophète Muhammad, Dits de l'imam Ali, Le Coran : autre lecture, autre traduction et Nous n'avons jamais lu le Coran. Il tente aussi de publier un Coran sous forme de sept volumes de bande dessinée, une initiative interrompue après sa condamnation par des autorités religieuses tunisiennes en 1992[5]. Il a réalisé aussi des documentaires parmi lesquels une série de cinq épisodes sur Mahomet et On ne vit pas que de pain, tous deux diffusés sur Arte[2].

Activités depuis 2011[modifier | modifier le code]

Quelques mois après la révolution tunisienne de 2011, il rentre en Tunisie[6] et lance sa propre liste indépendante, dans la circonscription de l'Ariana, pour l'élection de l'assemblée constituante tenue le 23 octobre 2011[6].

Recommandé par Kamel Samari, il est embauché au sein du groupe Dar Assabah en 2012 pour écrire des chroniques dans le journal Le Temps[7]. Cependant, il est écarté du journal vers la fin du mois d'août de la même année en raison d'une tribune dans laquelle figure une critique présumée de Lotfi Touati, directeur général de Dar Assabah[7].

Intéressé par le cinéma, il discute lors du Festival de Cannes 2013 avec Tarak Ben Ammar à propos d'un projet de scénario pour la production d’un thriller sur les premiers épisodes de l’islam[8] et co-écrit en 2014, avec Khedija Lemkacher, le scénario du court métrage tunisien La Nuit de la lune aveugle qui remporte le grand prix du Festival maghrébin du court métrage en avril 2015[9].

D'autre part, pour exposer sa vision de l'islam et ses opinions sur la transition démocratique en Tunisie, il présente sa propre émission sur Radio Tunis en 2015[10], se fait inviter à certaines émissions télévisées tunisiennes tout en déclenchant des polémiques[11],[12] et modère ou participe à des réunions et colloques en Tunisie[N 1],[13],[14] et à l'étranger[N 2],[15].

En , le président de la République française Emmanuel Macron le consulte concernant une réforme de l'organisation de l'islam en France[16],[17].

Pensées[modifier | modifier le code]

Seddik affirme qu'il est légitime pour tout musulman de relire et d'interpréter le Coran de son point de vue personnel[1] à condition que l'interprétation soit objective et non manipulée politiquement[18],[19]. Il recommande donc de lire ce livre sacré « en dehors de toute source traditionnelle et avec un regard neuf »[1] et reconnaît l'apport important de Mohamed Talbi pour la création et la promotion d'un mouvement intellectuel dans ce contexte[20] bien qu'ils étaient des rivaux et manquaient d'entente[20],[21]. Il défend également l'idée d'un islam européen qui serait en accord avec les principes fondamentaux de la modernité culturelle et qui adopterait l'ordre des valeurs du pluralisme[22].

De nos jours, certains intellectuels tunisiens dont Olfa Youssef, Saloua Charfi et Fethi Benslama partagent cette prise de position[23],[10]. Néanmoins, plusieurs imams et oulémas s'y opposent comme Youssef al-Qaradâwî[N 3],[24], Mustafa Shannar[25] et Béchir Ben Hassan[N 4],[12].

Sa pensée tente d’ouvrir le chantier épistémique d’une critique de la pensée islamique traditionnelle et vise à enseigner comment aborder ce domaine en évitant toutes sortes de certitudes non relativisées[26].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Le , il décroche le prix des études en littérature et sciences sociales de la 31e Foire internationale du livre de Tunis pour son livre intitulé L'Autre et les autres dans le Coran (الآخر و الآخرون في القرآن)[27].

Le , l’Association « Amis de la bibliothèque et du livre » et l’Institut supérieur des études appliquées en humanité de Gafsa lui rendent hommage lors de la sixième rencontre « médias et affaires » de l'institut[28].

Incidents[modifier | modifier le code]

Le , alors qu’il s’apprêtait à prendre part à une rencontre-débat avec Rached Ghannouchi et Abdelfattah Mourou, Youssef Seddik est viré et traité de mécréant par la foule[29].

Le de la même année, lors d'un débat organisé à Kairouan par le réseau Tunisie pour les droits, les libertés et la dignité, un groupe de salafistes entrent pour obliger Seddik à quitter la salle sous prétexte qu'il s'attaque au sacré[30]. Mourou intervient pour défendre sa liberté d'expression mais se voit agressé avec un verre jeté à la figure[30].

Le , le ministère des Affaires religieuses décide de censurer son émission évoquant ses pensées à propos de l'islam sur Radio Tunis[10]. Cette décision est annulée le lendemain suite à une campagne de soutien lancée par Fethi Benslama[31].

En novembre de la même année, ses livres sont jugés non conforme avec l'orthodoxie islamique par le foire du livre du Koweït[32].

Le , lors du séminaire « Le concept de sainteté dans la culture païenne et dans les trois religions monothéistes » ayant lieu à l'université arabe américaine de Jénine[18], l'audience qualifie son discours d'athée[25] et boycotte le reste de l'événement en quittant la salle[18].

En , il est accusé par quelques islamistes d’hérésie à la lumière des opinions qu’il a exprimées sur le plateau de l’une des chaînes satellitaires tunisiennes, à propos de divers sujets relatifs au rapport entre la société, la politique d’une part et la religion d’autre part[33]. Quelques semaines plus tard, il est reçu par le président de la République tunisienne qui tient à lui affirmer son soutien[34].

Publications[modifier | modifier le code]

Youssef Seddik lors du lancement de l'un de ses ouvrages

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Comme le colloque « Passions, pouvoirs et institutions » tenu les 12 et 13 mars 2011 à Tunis, la discussion autour du documentaire Mahomet au Club Idhafet de la maison de culture Ali-Ben Ayed de Hammam Lif le 16 janvier 2015, les Mardis de l'Institut français de Tunisie en juin 2015 et une discussion sur le court métrage tunisien Saïda El Manoubia et l'islam soufi d'Emna Ben Miled le 13 novembre 2015 à Ennejma Ezzahra.
  2. Comme la conférence-débat de l'association Génération jasmin intitulée 24 juillet 2011 : quel modèle pour une Tunisie démocratique tenue le 1er avril 2011 à l'École nationale supérieure d'architecture de Paris-La Villette et la cinquième université d'été du MEDEF en Bourgogne, tenue en septembre 2015 à l'ESC Dijon.
  3. Youssef Seddik le traite de prédicateur et promoteur d'orthopraxie dans un article publié dans L'Express le 5 juillet 2012.
  4. Imam salafiste d'une mosquée de M'saken, Béchir Ben Hassan qualifie Youssef Seddik d'ignorant lors d'un prêche le .

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d « Youssef Seddik », sur jeuneafrique.com, (consulté le 11 février 2017)
  2. a b c d e f g et h « Youssef Seddik », sur arte.tv,
  3. Youssef Seddik, « Sécularisation en Tunisie : le devoir de rêver à nouveau », sur jeuneafrique.com, (consulté le 9 février 2018)
  4. « Youssef Seddik », sur radiofrance.fr,
  5. « Seddik Youssef », sur iesr.ephe.sorbonne.fr (consulté le 10 février 2018)
  6. a et b Joseph Confavreux, « La nouvelle constitution tunisienne doit être révolutionnaire », sur mediapart.fr, (consulté le 9 février 2018)
  7. a et b Sana Sbouaï, « Dar Assabah : un censeur réintégré, Youssef Seddik censuré », sur nawaat.org, (consulté le 9 février 2018)
  8. « Palmarès du 66e festival de Cannes. La Palme d’or pour La vie d’Adèle : un triomphe pour Kechiche et ses actrices », sur en.africatime.com (consulté le 9 février 2018)
  9. « La nuit de la lune aveugle : quand la pression pèse sur les épaules des tunisiennes », sur realites.com.tn, (consulté le 8 février 2018)
  10. a b et c « Othman Battikh censure les émissions de Youssef Seddik », sur tunisiefocus.com, (consulté le 9 février 2018)
  11. « Tunisie : Youssef Seddik demande à Chakib Darwich de poser des questions plus élaborées », sur directinfo.webmanagercenter.com, (consulté le 9 février 2018)
  12. a et b « Tunisie : Béchir Ben Hassen qualifie Youssef Seddik d'ignorant », sur kapitalis.com, (consulté le 9 février 2018)
  13. « La révolution tunisienne, objet d'un colloque à Tunis en présence de Stéphane Hessel », sur leaders.com.tn, (consulté le 9 février 2018)
  14. Hechmi Khalladi, « Youssef Seddik, invité du club Idhafet d’Hammam Lif : un autre regard sur l’Islam », Le Temps,‎ (lire en ligne)
  15. « Conférence à Paris : « Quel modèle pour une Tunisie démocratique ? » », sur kapitalis.com, (consulté le 9 février 2018)
  16. « Macron veut "poser les jalons de toute l’organisation de l’Islam de France" », Le Journal du dimanche,‎ (ISSN 0242-3065, lire en ligne)
  17. « Macron va consulter des intellectuels dont l'islamologue tunisien Youssef Seddik pour poser les jalons d'une nouvelle organisation de l'Islam de France », sur huffpostmaghreb.com, (consulté le 12 février 2018)
  18. a b et c « Youssef Seddik : Je n'ai pas peur de dire qu'il faut changer nos mentalités par rapport au Coran ! », sur businessnews.com.tn, (consulté le 9 février 2018)
  19. Renaud Girard, « Youssef Seddik : « Il y a une véritable école tunisienne de l'islam laïc » », Le Figaro,‎ (ISSN 1241-1248, lire en ligne)
  20. a et b Frédéric Bobin, « Mohamed Talbi, l’éclaireur du Coran », sur lemonde.fr, (consulté le 8 février 2018)
  21. Moez El Kahlaoui, « Talbi : interdit sous Ben Ali, détesté par Ghannouchi », sur mag14.com, (consulté le 9 février 2018)
  22. Marie Chabbert, « Youssef Seddik : "Il faut donner aux Français un islam dont ils seraient fiers !" », sur lemondedesreligions.fr, (consulté le 9 février 2018)
  23. Salma Bouraoui, « Les Américains finiront par lâcher les islamistes, à leur manière bien-sûr », Le Temps,‎ (lire en ligne)
  24. Dominique Avon, « Qui est le cheikh Qaradawi, interdit de séjour en France ? », L'Express,‎ (ISSN 0014-5270, lire en ligne)
  25. a et b Imene Boudali, « Grosse colère en Palestine contre Youssef Seddik lors de sa conférence à Jénine », sur webdo.tn, (consulté le 10 février 2018)
  26. Anne-Bénédicte Hoffner, « Youssef Seddik n’a fait que défendre une thèse scientifique sur l’histoire du Coran », sur la-croix.com, (consulté le 14 février 2018)
  27. (ar) « Prix de la création littéraire pour l'écrivain tunisien Chokri Mabkhout », sur almaghribtoday.net, (consulté le 7 février 2018)
  28. « Tunisie : hommage à Youssef Seddik, demain jeudi, à Gafsa », sur directinfo.webmanagercenter.com, (consulté le 7 février 2018)
  29. « Ces menaces qui nous guettent », sur realites.com.tn, (consulté le 9 février 2018)
  30. a et b « Tunisie - Abdelfattah Mourou agressé et blessé à Kairouan », sur businessnews.com.tn, (consulté le 9 février 2018)
  31. « Bonne nouvelle : Youssef Seddik n'est plus censuré », sur tunisiefocus.com, (consulté le 10 février 2018)
  32. « Seddik, Mabkhout et Youssef interdits à la foire du livre du Koweït », sur kapitalis.com, (consulté le 9 février 2018)
  33. Rihab Boukhayatia, « Entre menaces et soutiens : le philosophe Youssef Seddik au centre d'une polémique après avoir affirmé que le Coran est "une œuvre politique et humaine" », sur huffpostmaghreb.com, (consulté le 9 février 2018)
  34. « Le président Essebsi reçoit Youssef Seddik et dénonce les accusations portées contre lui », sur espacemanager.com, (consulté le 9 février 2018)
  35. « Ce que le Coran doit à la Bible : Isy Morgensztern, Youssef Seddik », sur placedeslibraires.fr, (consulté le 31 janvier 2018)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]