Banu Qurayza

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Détail d'une miniature du XIXe siècle représentant Mahomet et `Ali pendant l'exécution des Banu Qurayza.

Les Banu Qurayza (arabe : بنو قريظة, banū Qurayẓa ; quelquefois transcrit : "Banu Quraydhah") étaient une tribu juive de Médine vaincue par les premiers musulmans après la bataille de la Tranchée.

L'exécution de Banu Qurayza, s'est déroulée dans le Dhul Qa‘dah en février et mars 627 ap. J.-C. (5 AH), pour cause de leur trahison ayant engendré des tragédies.

Le prophète Mahomet assiége les Banu Qurayza pendant 25 jours jusqu’à ce qu’ils se rendent. Un de compagnons de Mahomet décide que « les hommes soient tués, les possessions partagées, et les femmes et les enfants pris comme captifs ». Mahomet approuve la décision, la qualifiant de similaire du jugement de Dieu, à la suite de laquelle tous les individus mâles de la tribu sont décapités. Le juriste musulman Tabari révèle que 600-900 furent exécutés. Mais selon Ibn Kathir ils furent entre 400 et 700 tués. Le Sunni hadith ne précise pas le nombre de tués, mais révèle que tous les mâles furent tués et 1 femme (la seule femme est mentionnée par Sunan Abu Dawud)[1]. Les autres femmes et enfants furent vendus en échange d’armes et de chevaux, selon des sources islamiques. Ils furent en majorité vendus aux Juifs de Banu Nadir à Khaïbar[2].

Contexte[modifier | modifier le code]

Selon Ibn Ishaq, dont ses récits sont mis en doute par de grands savants tels que les imams Malik et Ibn Hanbal, les Banu Qurayza auraient envisagé de combattre du côté des Quraych et des Ghatafân, mais finalement renoncèrent. Cependant, le récit d'Al-Zubayr, un vieillard juif qui fut fait prisonnier après la bataille du fossé, dit au contraire qu'ils auraient attaqué les musulmans[3].

La sentence[modifier | modifier le code]

Selon le récit, l'"ange Gabriel", l'assurant de son appui actif dans la bataille, aurait donné l'ordre à Mahomet de marcher contre les Banu Qurayza, qui avaient former une alliance avec l'ennemi et causant par cela des lourdes pertes et des conséquences au sein des musulmans :

« Il dit à l'Envoyé de Dieu : « As-tu déposé les armes? » L'Envoyé de Dieu lui répondit « Oui » Gabriel dit : « Mais les anges n'ont pas encore déposé les armes. Je reviens maintenant après avoir poursuivi ces gens (Quraysh et Ghatafân). Dieu — Très haut —, t'ordonne, Ô Muhammad, de marcher contre Banû Qurayzah. Moi, je me dirige vers eux et je secouerai leurs fortins. »[4] »

Après le retrait des Ghatafân, les Banu Qurayza, qui avaient rompu leur pacte avec les musulmans en s'alliant avec les mecquois, se rendirent et se soumirent au jugement [réf. nécessaire] de Sa'd ibn Mu'adh, chef de la tribu musulmane des Banu Aws, alliée des Banu Qurayza avant leur conversion à l'islam en 621/622. Dans la liste des trois cent quatorze musulmans[5] qui ont participé à la bataille de Badr, liste qui distingue les Émigrés ayant participé à l'Hégire, les Ansars et les Khazraj, Sa'd est le premier nommé des Ansars[6]. Sa'd, gravement blessé durant la bataille du fossé (il serait mort peu après), après réflexion, serait venu rendre le verdict solennellement : « Lorsque Sa'd arriva chez l'Envoyé d'Allâh et les musulmans, l'Envoyé de Dieu dit[7] : « Levez-vous pour accueillir votre chef. » À la demande de Sa'd, tous les présents (Mahomet, les Émigrés qurayshites et les Ansars) se seraient engagés à accepter le verdict.

Sa'd aurait dit alors : « Mon jugement est qu'on tue les hommes mâles, qu'on partage les biens, et qu'on mène en captivité les femmes et les enfants[8]. »

Les récit de leur sentence ont pour fondements les textes des hadiths et de la Sira (biographie) de Mahomet.

« Ibn Ishaq dit : Puis on les fit descendre. L'Envoyé de Dieu les a enfermés dans le quartier de Bint al-Hârith à al-Madînah ; Bint al-Hârith est une femme de Banû al-Najjar[9]. Puis l'Envoyé d'Allâh alla au marché d'al-Madînah qui est encore aujourd'hui son marché, et a fait creuser des fossés. Il les fit venir, et les fit décapiter dans ces fossés, on les fit venir à lui par groupes. Parmi eux se trouvèrent l'ennemi de Dieu Huyayy Ibn 'Akhtab, et Ka'b b. 'Asad leur chef. Ils étaient au nombre de six cents, ou de sept cents ; celui qui multiplie leur nombre dit qu'ils étaient entre huit cents et neuf cents. Pendant qu'on les amenait à l'Envoyé d'Allâh par groupes, ils dirent à Ka'b b. Asad : « Ô Ka'b! Qu'est-ce qu'on fera de nous? » Il répondit : « Est-ce que vous êtes incapables de réfléchir?! Ne voyez-vous pas que le crieur ne cesse pas de crier[10], et que celui d'entre nous qu'on envoie ne retourne pas?! C'est bien sûr le massacre. »

Cela continua jusqu'à ce que l'Envoyé de Dieu en finît avec eux[11]. »

Quant aux femmes et aux enfants, voilà ce qui leur serait arrivé[12] :

« Ibn Ishaq dit : Puis l'Envoyé de Dieu fit le partage des biens des Banû Qurayzah, de leurs femmes et de leurs enfants entre les musulmans. [...] Puis, l'Envoyé d'Allâh envoya Sa'd b. Zayd al-'Ansârî, frère des Banû 'Abd al-'Ashhal, à Najd[13] avec des femmes captives, de Banû Qurayzah, pour les vendre et acheter en échange des chevaux et des armes. »

Les femmes et les enfants furent vendus pour beaucoup aux Juifs de Banu Nadir à Khaïbar[14].

Tabarî donne le récit suivant :

« Sa'd avait été blessé à la main par une flèche, et son sang ne cessait de couler. Étant en présence du Prophète, Sa'd dit : Il faut les égorger tous, partager leurs biens et réduire en esclavage leurs femmes et leurs enfants. Le Prophète, satisfait de cette sentence, dit à Sa'd : Tu as prononcé selon la volonté de Dieu. En entendant ces paroles, ceux d'entre les juifs qui pouvaient s'enfuir gagnèrent le désert ; les autres restèrent ; ils étaient huit cents hommes. Le Prophète leur fit lier les mains et fit saisir leurs biens. On rentra à Médine à la fin du mois de dsou'l-qa'da. Les juifs restèrent dans les liens pendant trois jours, jusqu'à ce que tous leurs biens fussent transportés à Médine. Ensuite, le Prophète fit creuser une fosse sur la place du marché, s'assit au bord, fit appeler 'Ali fils d'Abou-Tâlib, et Zobaïr fils d'Al-'Awwâm, et leur ordonna de prendre leurs sabres et d'égorger successivement tous les juifs, et de les jeter dans la fosse. Il fit grâce aux femmes et aux enfants[15]. »

Dans le Coran[modifier | modifier le code]

On retrouve une trace de cet événement dans le Coran à la sourate 33 aux versets 25 à 27 :

« 33.25. Dieu a fait rebrousser chemin aux infidèles, le cœur plein de rage et sans qu'ils aient acquis aucun avantage. Dieu épargna ainsi le combat aux croyants, car Dieu est Fort et Puissant. »

« 33.26. Et Il a fait descendre de leurs forteresses ceux des gens de l'Écriture qui avaient prêté assistance aux coalisés, et a jeté l'effroi dans leurs cœurs. Vous en avez tué une partie et vous en avez capturé une autre. »

« 33.27. Dieu vous a fait ainsi hériter de leur pays, de leurs demeures, de leurs richesses et d'une terre que vos pieds n'avaient jamais foulée . La puissance de Dieu n'a point de limite[16]. »

Comme on peut voir le verset 25 fait allusion à la bataille du fossé où les gens de la Mecque, qui souvent trahissaient leur pacte, étaient venus attaquer les musulmans.

Le verset 26 fait lui allusion au siège de la forteresse des Banu Qurayza (les gens de l'écriture). En effet on les accuse d'avoir prêté de l'aide aux coalisés (les Mecquois polythéistes) ennemis des musulmans qui jadis les persécutaient pour leur croyance monothéiste. Le verset montre également que les fidèles de Mahomet ont tué une partie (il pourrait s'agir, selon la sira d'ibn Ishaq, de l'ensemble des hommes de la tribu en âge de porter une arme) et qu'ils ont fait captif une autre partie (qui pourrait être, toujours selon la même source, les femmes et les enfants de la tribu).

Critique[modifier | modifier le code]

Selon Hichem Djaït, l'affaire des Banu Qurayza pose plusieurs problèmes à l'historien. Le Coran n'est pas prolixe à ce sujet, puisque seuls deux versets y font allusion. À la différence des Banu Qaynuqa et Banu Nadir qui furent seulement expulsés, les Banu Qurayza furent considérés coupables d'avoir pris le parti des assiégeants, de les avoir soutenus et aidés ; c'est ce que laisse entendre le terme zaharuhum dans le verset 26 sourate XXXIII. Le même verset parle de asr, (faire prisonniers) et non sabiy (capture de femmes et enfants). Cela suggère donc la présence parmi les prisonniers d'hommes adultes.

Pour Hichem Djaït, peu d'éléments des siras sont considérés plausibles, et l'examen du nombre de tués parmi les Banu Quarayza peut sembler douteux comme d'autres chiffres fournis par la Sira d'Ibn Ishaq. Ce nombre serait d'une centaine selon lui (estimation du nombre total des combattants pour 500 à 600 habitants au total) et non 600 à 900 tués. Par ailleurs seuls les noms des chefs sont cités. Concernant les exécutants, non seulement la Sira se contredit mais certaines traditions rapportent que seuls Ali et Zubayr exécutèrent les condamnés, ce qui est peu vraisemblable[17].


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sunnan Abu Dawud, 14:2665, "Aucune femme de Banu Qurayzah ne fut tuée sauf une. Elle était avec moi, parlant et riant sur son dos et son ventre (énormément), pendant que l’Apôtre de Allah (que la paix soit sur lui) tua ses gens avec l’épée. Tout d’un coup un homme l’appela par son nom: Où se trouvent celui-ci et celui-là ? Elle répliqua : Je. Je lui demandai : C’est quoi ton problème ? Elle rétorqua : J’ai posé un nouvel acte. Elle dit: L’homme l’emmena et la décapita. Elle dit : Je n’oublierai jamais le fait qu’elle riait énormément, bien qu’elle savait qu’elle allait être tuée. "
  2. Martin Lings,"Le Prophète Muhammad",éd. Le Seuil,1983,p.385
  3. Ibn Ishaq, "Muhammad", éd. AlBouraq, 2001, TomeII, p. 194
  4. Sira de référence en arabe p. 684 (texte de Ibn Ishaq cité par Ibn Hicham), édition critique par Ferdinand Wüstenfeld, parue en 1858-1859 (tome 1 contenant le texte arabe) et 1860 (tome 2 contenant une introduction, des notes critiques et des indices). Ibn Ishaq, Muhammad, p. 185, traduction française de la Sira de référence par Abdurrahmân Badawî, introduction et notes par Abdurrahmân Badawî, éditions Al Bouraq (28 septembre 2001) : tome 1, 654 pages, (ISBN 2841611531) ; tome 2, 608 pages, (ISBN 284161154X)
  5. Sira édition de référence en arabe p. 485-506, traduction française t.1 p. 578-603.
  6. Sira édition de référence en arabe p. 492, traduction française t.1 p. 586. Il est précisé qu'il s'agit d'un musulman du clan des Aws.
  7. Sira édition de référence en arabe p. 689, traduction française t.2 p. 191.
  8. Sira édition de référence en arabe p. 681-689, traduction française t.2 p. 181-192.
  9. Selon Abdurrahmân Badawî, qui le précise ici en note, les commentateurs ne sont d'accord ni sur son nom ni sur sa généalogie.
  10. Ibn Ishaq ne cite pas la formule consacrée qu'un crieur crie en pareil cas.
  11. Sira édition de référence en arabe p. 689-690, traduction française t.2 p. 192.
  12. Sira édition de référence en arabe p. 692-693, traduction française t.2 p. 196.
  13. Le Nejd est une région du centre de l'Arabie, qui comprend plusieurs oasis.
  14. Martin Lings,"Le Prophète Muhammad, sa vie d'après les sources les plus anciennes", éd. Le Seuil, 1983,p. 385
  15. Tabarî, La Chronique t.2, traduit du persan par Hermann Zotenberg, 1260 pages, éditions Actes Sud, collection Thesaurus (24 mai 2001), p. 148. (ISBN 2-7427-3318-3 et 978-2-7427-3318-7). Autre édition : Histoire des Envoyés de Dieu et des rois (en un seul volume), 1186 pages, éditions Al-Bustane (1er septembre 2002), p. 534. (ISBN 2-910856-30-5 et 978-2-910856-30-4)
  16. Mohamed (trad. Mohammed Chiadmi), Coran, Yathrib
  17. Hichem Djaït, "La vie de Muhammad, Le parcours du Prophète à Médine et le triomphe de l'islam", éd. Cérès, p. 193-198

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]