Portrait

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La Joconde, célèbre portrait en buste de Mona Lisa par Léonard de Vinci.

Un portrait est une œuvre d'art picturale, graphique, photographique ou, anciennement, sculpturale[1] dont le but est de représenter, de façon ressemblante, une personne avec sa tenue et ses expressions caractéristiques. On applique plus rarement le terme à la représentation d'un animal, bien que les animaux apparaissent souvent dans des portraits, au titre d'annexes caractéristiques de la personne représentée, comme dans le portrait équestre. Lorsque la personne représentée est l'auteur, on parle d'autoportrait[2].

Sans autre précision, un portrait est une image d'une personne. Lorsque plusieurs apparaissent, on précise portrait de groupe, portrait de famille. Par métaphore, l'évocation d'une personne hors des arts plastiques peut se désigner comme un portrait. On parle de portrait littéraire[3], musical[4], cinématographique[5], radiophonique[6] ou télévisuel.

Au-delà de la volonté de « rendre les absents présents », le portrait témoigne d'un intérêt pour l'individuel, à l'opposé, par exemple, de l'allégorie ou de la scène de genre dont le sujet est général. À ce titre, il se trouve plus abondant et plus valorisé à certaines époques[7].

Dans l'histoire des arts visuels, la représentation humaine date des plus anciens temps : on trouve des représentations dès la préhistoire, en statuette, en pierres gravées ou dessinées sur des parois. Le portrait proprement dit se développe parmi les premières civilisations, en Perse et en Égypte. En tant qu'œuvre d'art, le portrait a connu des évolutions, aussi bien dans les techniques et styles que dans son usage, à des fins de représentation officielle ou d'agrément.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire du portrait.

Dans le mythe de Boutadès, rapporté par Pline l'Ancien, le portrait est à l'origine de l'art plastique[8]. Il expose l'ambition initiale de « rendre les absents présents », ainsi que le formulera Alberti[9].

Il subsiste assez peu de portraits peints de l'Antiquité, à l'exception notable des portraits du Fayoum, datant du IIe siècle dans l'Égypte intégrée à l'empire romain.

En Europe, la représentation du visage visant à la ressemblance remonte, pour l'époque moderne, à la peinture flamande et aux primitifs italiens du XVe siècle. Auparavant, on trouve principalement des effigies de profil, comme celles gravées sur les monnaies. C'est à la Renaissance qu'on exige de l'artiste qui réalise un portrait qu'il reflète la singularité de la personne vivante dans son rapport avec la personne qui le regarde[10].

En France, au XVIIIe siècle, l'Académie royale de peinture et de sculpture fait de la peinture de portrait une spécialité inférieure à celle de la peinture d'histoire, qui représente les grands sujets religieux et politiques. De ce fait, les meilleurs artistes s'en détournent, jusqu'à la fin du siècle[11], avec des exceptions notables comme Fragonard, Vigée-Lebrun, David.

L'invention de la photographie au milieu du XIXe siècle trouve immédiatement un débouché dans la réalisation de portraits. L'intervention de l'artiste garantit la ressemblance par la mise en scène et la capacité à diriger le sujet, pour qu'il adopte une attitude familière, de nature à le faire reconnaître ; car ce n'est pas parce que le procédé est entièrement physico-chimique que l'image est un portrait, c'est-à-dire évoque la personne représentée.

Formes et médiums[modifier | modifier le code]

Autoportrait de Ganku (Japon, XIXe siècle).

Les différentes formes du portrait figuré sont :

  • le portrait peint : forme la plus couramment rencontrée dans les arts visuels et la plus diffusée. Les plus anciens vestiges de portrait en peinture datent de l'Antiquité romaine. Les techniques employées sont la détrempe au Moyen Âge et au début de la Renaissance, qui fait place à la peinture à l'huile. La gouache et l'aquarelle sont aussi employées. Au XXe siècle apparaît l'acrylique, qui est employée par les peintres figuratifs américains et se généralise à la fin du siècle. Différents supports sont utilisés, comme le bois, la toile ou même l'ivoire pour les portraits en miniature.
  • le portrait dessiné : tout aussi ancien que le portrait peint, il se singularise par la grande diversité de ses techniques, qui vont du fusain au crayon, en passant par le lavis d'encre et le pastel, qui constitue une technique intermédiaire entre le dessin et la peinture.
  • le portrait gravé : plusieurs artistes comme Dürer et Rembrandt pratiquent la gravure appliquée au portrait. On rencontre toutes les techniques de gravure.
  • le portrait sculpté : on n'appelle plus en général ces représentations des portraits, mais plutôt statue, pour les personnages représentés entièrement, statue équestre s'ils sont à cheval, buste, très répandu, pour les représentations du haut du torse et de la tête[1], bas-relief si c'est le cas. La plupart des portraits conservés depuis l'Antiquité sont des sculptures.
  • la silhouette : c'est un profil généralement découpé dans une feuille noire, représentant une figure en ombre chinoise. La pratique du portrait en silhouette s'est répandue au XVIIIe siècle.
  • le portrait photographique : c'est, depuis le XXe siècle, la forme de portrait la plus courante et la plus diffusée, par l'intermédiaire des médias et de l'impression. Il apparaît au milieu du XIXe siècle et remplace le portrait en miniature. Dans l'histoire de ce médium, plusieurs photographes se sont fait une spécialité du portrait, comme Nadar, Étienne Carjat, August Sander, Yousuf Karsh et, plus récemment, Helmut Newton ou Annie Leibovitz.

Différents types de portraits[modifier | modifier le code]

La critique d'art peut isoler un cadre dans une peinture de bataille, dans une peinture d'histoire ou une scène de genre et parler de portrait pour cette partie, pour indiquer que le personnage qui s'y trouve représente les traits d'une personne connue, comme l'artiste, un général, le commanditaire de l'œuvre ; on parle alors de « portrait contextuel »[12].

Différents types de portraits se retrouvent dans chaque discipline artistique suivant le nombre de personnes :

  • sans autre précision, le portrait est individuel
  • de groupe,
  • de famille,
  • de classe ;

suivant la proportion du corps représentée[13] :

  • « en pied » (de la tête aux pieds),
  • « à mi-jambe »,
  • « à mi-corps »,
  • « en buste » (jusqu'à la poitrine),
  • « tête » ;

suivant l'orientation de la tête de la personne représentée :

  • de face,
  • de trois-quarts,
  • de profil,
  • les vues de profil perdu, de dos, ne sont pas généralement considérées comme des portraits, mais on peut trouver l'expression portrait de dos dans la description d'une partie d'une œuvre, quand le personnage dont il est question est identifié ;

suivant la position de la personne :

  • debout,
  • assis,
  • à cheval.

Les portraits se différencient aussi par le fond, qui, selon les époques et les écoles, peut être uni, à peine traversé d'une vague lumière, ou au contraire détaillé, décrivant un intérieur, un paysage, une nature morte, qui viennent compléter les indications sur la position sociale du sujet que donnent toujours ses vêtements.

Un portrait qui accentue les traits caractéristiques d'une personne est une caricature. La caricature, plus que tout autre portrait, vise à la ressemblance ; alors que le portrait commandé par la personne qu'il représente vise à rapprocher son image d'un idéal esthétique, en recherchant les angles favorables à ce projet et en atténuant les traits qui pourraient l'en éloigner, la caricature, à l'inverse, exalte le particulier. Le portrait chargé met en évidence le aspects singuliers et, puisque dans le sentiment esthétique occidental, la question des proportions et de la régularité est importante, il amplifie les anomalies[14].

Autoportrait[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Autoportrait.

C'est un portrait de l'artiste fait par lui-même.

Portrait funéraire[modifier | modifier le code]

Dans de nombreuses cultures du monde, les activités liées à la mort comprennent des images du défunt, de toutes sortes, d'existence temporaire pour les cérémonies funèbres, ou permanentes sur les sépultures ou au domicile des descendants[15].

Art copte 
Peints sur des planchettes intégrées au voile qui entourait le corps du défunt ou sa momie, ces portraits pouvaient rechercher la ressemblance.
Art occidental 
Le portrait funéraire, ou portrait mortuaire, découle en Occident de la tradition de vénération du corps du souverain défunt. Grâce à la photographie, cette pratique se démocratisa au XIXe siècle et au XXe siècle[réf. souhaitée].
Extrême-Orient 
La Chine et le Japon connaissent le portrait d'ancêtre[réf. souhaitée].

Portrait officiel[modifier | modifier le code]

Portrait officiel de Louis XIV de France par Hyacinthe Rigaud.

Toute communauté humaine se connaît à travers une série de métaphores dans lesquelles des fonctions sociales se relient à des parties du corps. En particulier, les échelons supérieurs de la hiérarchie politique sont la « tête » ou le « chef », ce qui est la même chose, de l'État. La représentation de la tête de cette tête de l'État vaut allégorie de la collectivité ; aussi dans la plupart des pays, le portrait du chef de l'État apparaît dans tous les bâtiments publics. Les portraits officiels sont largement diffusés. Ils permettent aux particuliers d'afficher leur adhésion à la collectivité et à son mode de gouvernement.

La surabondance de tels portraits, notamment leur présence dans les résidences privées, peut être la marque d'un culte de la personnalité, à l’œuvre dans de nombreux régimes monarchiques ou autoritaires. Dans d'autres cas, c'est le portrait du fondateur du régime qui sert d'emblème après sa mort, tandis que les personnes effectivement responsables restent dans un relatif anonymat.

Sous le règne d'Auguste, le portrait officiel est un élément de la politique impériale. Les effigies de l'empereur sont soumises à une stricte codification iconographique réglant jusqu'à la distribution des mèches sur le front. Sous Caligula, le portrait est un véritable outil de propagande. C'est pourquoi la damnatio memoria de l'empereur s'accompagne de la destruction de ses effigies[16]. Si la noblesse et la sévérité de ces portraits s'accompagne sous le règne de Vespasien d'un retour au réalisme républicain et d'une recherche de virtuosité sous la dynastie des Sévères, la stylisation marque ensuite la statuaire impériale en Orient après la séparation des Empires d'Orient et d'Occident.

L'affermissement des pouvoirs royaux en Europe au XVIe siècle marque le plus grand soin apporté aux effigies du souverain. Les artistes les plus réputés consacrent tous leurs efforts à leur fournir un corps parfaitement apte au pouvoir suprème, fort, déterminé, impassible, muni des accessoires du pouvoir[17].

Dans la société occidentale moderne on ne conçoit pas de carrière politique sans portrait photographique ou cinématographique (vidéographique). L'opposition préfère la caricature.

Portrait peint[modifier | modifier le code]

Portrait de Maria Clarisse, épouse de Jan van den Wouver, avec son enfant, par Antoine van Dyck.

Au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, les portraits prirent une importance croissante. Dans une société de plus en plus dominée par une bourgeoisie au centre de puissantes cours, la représentation d’individus luxueusement vêtus à côté de symboles de puissance et de richesse temporelle contribuait de manière efficace à l’affirmation de son autorité. Van Eyck et Rubens excellèrent dans ce genre.

Les artistes manifestent alors un intérêt grandissant pour la compréhension des sentiments humains. En 1727, le libraire Audran publie les conférences de Charles Le Brun à l'Académie sur les passions, accompagnées de ses dessins[18]. Ces études se destinent à la peinture d'histoire ; le portrait recherche plutôt la dignité et la permanence. Diderot explique que le visage porte la marque des sentiments habituels, qui sont l'objet du portrait[19]. Fragonard tente d'échapper au caractère statique en représentant cet auteur la plume à la main, se détournant vers une visite ; cette leçon ne sera pas perdue, et le portrait équestre de Napoléon Bonaparte par Jacques-Louis David le met en scène dans une action symbolique de chef d'armée. Ce sont là cependant des exceptions. Le portrait est généralement posé ; il est le plus souvent grandeur nature et la taille du tableau correspond à la partie représentée et au prix payé : visage, buste, mi-corps, corps entier.

Depuis sa création au XVIIe siècle, l'Académie a considéré le portrait comme un genre inférieur. Les impressionnistes tels que Monet, Degas ou Renoir poursuivent cette tradition. Ils ne s'intéressent pas au portrait, mais à la peinture pour elle-même, la lumière, les effets de couleurs. Leurs modèles sont leur famille et leurs amis, mais ce ne sont pas leur clients. Au début du siècle suivant, les artistes poursuivent dans la même voie, s'affranchissant des contraintes de ressemblance visuelle, au profit d'expérimentations graphiques. Pablo Picasso peint de nombreux portraits, dont plusieurs portraits cubistes où le modèle est à peine reconnaissable. Les artistes, en dehors de cette petite frange très visible, vivent du portrait de commande, et peuvent acquérir dans cette spécialité une grande réputation, comme Fantin-Latour ou Blanche.

L’art du portrait en peinture déclina au milieu du siècle, sans doute en raison de la concurrence de la photographie, qui satisfait le goût pour une représentation ressemblante à un prix inférieur, et de l’intérêt croissant des amateurs d'art pour l’abstraction et l’art non figuratif. Cependant, le portrait a connu récemment un certain renouveau.

Portrait photographique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Portrait photographique.

Un portrait photographique est un portrait posé ou pris sur le vif réalisé avec un procédé, une technique ou un appareil photographique par un photographe amateur ou professionnel en décor naturel ou en studio.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'invention de la photographie, tout en bouleversant l'art et l'économie du portrait peint, n'a pas entraîné sa disparition. Elle a mis en relief l'importance de l'éclairage, de la perspective et du matériel utilisé.

Dans un premier temps, on observe la proximité entre certaines photographies et les portraits peints les plus classiques. Puis l'art du portrait photographique s'est peu à peu affranchi du modèle pictural, inventant et affinant son propre vocabulaire et influençant à son tour le genre dont il s'était détaché.

La photographie inaugure une nouvelle ère dans la représentation puisque l'on est à présent capable d'obtenir l'illusion d'une représentation du réel indépendante de la perception humaine[20]. L'invention de la photographie détermine l'émergence de la notion d'« objectivité » au milieu du XIXe siècle[21]. Tant le photographe Nadar[22] que la professeur de dessin Madame Cavé[23] ont constaté à quel point le portrait, pour être reçu, doit être plus fidèle à la perception humaine qu'à la physique.

Les premiers portraits photographiques, ou daguerréotypes, étaient figés et formels. Dans les ateliers éclairés par la lumière indirecte pour éviter les ombres trop marquées, les portraiturés devaient tenir la pose plusieurs secondes, la nuque fixée par un support spécial. Dès 1842, Louis-Auguste Bisson réalise celui d'Honoré de Balzac, qui considère le procédé comme magique et fait des émules. Suivant son exemple, Théophile Gautier et Gérard de Nerval attribuent au portrait photographique quelque chose de surnaturel[24].

Autoportrait de Robert Cornelius (1839)
(Au dos : The first light picture ever taken.)

Robert Cornelius (1809–1893), photographe américain né aux Pays-Bas, intéressé par la chimie, travaillait à améliorer le daguerréotype lorsqu’il prit un portrait de lui-même devant la boutique familiale, en octobre 1839. Cette photographie est à la fois le premier portrait et le premier autoportrait photographique.

Le photographe Nadar a exécuté des portraits dont les poses visent à exprimer la psychologie et la position sociale de ses clients, sur le modèle des portraits peints. Son célèbre portrait de Victor Hugo en 1884 le montre courbé par les ans, appuyé sur une petite pile de livres, en costume de bourgeois prospère[25]. Dans la même veine, Julia Margaret Cameron fut une spécialiste du portrait évocatif victorien. Henri Cartier-Bresson, Richard Avedon et d'autres ont également beaucoup travaillé sur le portrait expressif. Depuis 1934, à Paris, le studio Harcourt a immortalisé bon nombre de personnalités en perpétuant la tradition du portrait en studio. Récemment, Cindy Sherman a étendu le genre de l’autoportrait par des variations sur les formes étables du portrait photographique, avec son propre corps comme sujet.

Avec l’évolution de la technologie, la notion de « naturel », opposé au « culturel » qui se réfère à une tradition picturale, s'établit dans le portrait photographique. Mathew Brady immortalise la vie quotidienne des soldats pendant la Guerre de Sécession américaine. Au XXe siècle, Dorothea Lange ou Robert Doisneau, élargissent le champ d’action du photographe en représentant des gens simples dans leur quotidien.


Ressemblance[modifier | modifier le code]

Le portrait est généralement envisagé comme une tentative de représenter le visage d'un être humain.

Par-delà cet aspect, le portrait peut correspondre à la volonté de transcrire le caractère d'une personne, sa façon d'être. Le portrait peut révéler également l'image que se fait d'une personne le portraitiste, ou ses sentiments envers elle.

On peut pour cela utiliser différentes expressions faciales. En fait, les possibilités pour donner sens à un portrait sont assez variées : jeux de lumière, maquillage, coupe de cheveux, lieu du portrait, matériel utilisé (en peinture notamment), flou ou netteté. En dessin, selon les coups de crayon donnés, le portrait peut paraître doux ou agressif.

Il apparaît donc que les problématiques du portrait vont bien au-delà de celle d'une simple ressemblance avec le modèle. Le Désespéré, réalisé par Gustave Courbet, illustre très bien cette pensée[26].

Le portrait peut donc constituer la représentation d'une personnalité en plus d'une représentation physique. Et il peut être le témoignage de la représentation que l'on a (ou que l'on veut donner) d'une personne.

Galerie : Portrait en peinture[modifier | modifier le code]

Cette section ne prétend pas faire un inventaire exhaustif de tous les portraits réalisés au cours de l'histoire de la peinture. Elle se contente de présenter, à titre d'exemple, un choix représentatif de chaque époque à travers quelques tableaux — connus ou moins connus — de peintres célèbres pour leur art du portrait.

Il se dégage en effet plusieurs types de portraits en peinture (exemples extraits du catalogue des collections italiennes du musée des beaux-arts de Chambéry, France) :

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Portrait littéraire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Portrait littéraire.

Le portrait devient à la mode en littérature au XVIIe siècle, sous l'influence de la société précieuse.

On va surtout le trouver dans le roman, par exemple chez Scarron qui l'utilise dans Le Roman comique, ou chez Madame de La Fayette dans La Princesse de Clèves. Molière l'exploitera aussi, par exemple dans la fameuse galerie de portraits dressée par Célimène dans Le Misanthrope.

Chez les auteurs de mémoires comme le Cardinal de Retz ou Saint Simon, le portrait sert souvent de pause narrative, élogieux voire satirique, il sait faire valoir son auteur. Tous les moralistes que sont ces auteurs mais surtout La Bruyère ou encore La Rochefoucauld vont le développer.

Mais c'est surtout dans les romans du XIXe siècle que le genre du portrait devient incontournable. Il va servir à définir les personnages selon trois critères fondamentaux, abondamment croisés.

Critères physiques: traits du visage, allure, pose du corps. Critères psychologiques, moraux: sentiments, caractère, pensées des héros. Critères sociaux: appartenance à un milieu défini, vêtements, habitat, langage, métier, fréquentations, idéologies.

Les écrivains du XIXe siècle vont même s'appliquer à observer et à examiner les caractères d'après le physique des individus d'où les nombreuses comparaisons animales qui émaillent les œuvres de Balzac ou de Zola.

En outre le portrait peut prendre des formes très différentes.

Il peut se présenter sous forme argumentative. Il peut être positif ou négatif, faire l'éloge ou le blâme d'un personnage. Il peut être purement narratif et renseigner simplement sur le héros. Il peut témoigner, en donnant le point de vue en focalisation interne d'un personnage. Il peut être purement documentaire et révéler les conditions de vie difficiles ou aisées des protagonistes. Il peut être imaginaire et poétique, par exemple dans l'évocation d'un personnage rêvé, mort, irréel ou encore absent. Il peut aussi être réaliste et contribuer à rendre vraisemblable un type de personnages. Enfin le portrait se doit d'être au service du langage : décrire, c'est savoir manier le détail à la nuance près, avec art.

Disons donc que le portrait a toujours un objectif et une fonction. Il est le reflet, la traduction des intentions de l'auteur ou du personnage qui l'emploient et il est indispensable pour bien comprendre le récit qui l'utilise et dans lequel il est inséré.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Monographies
  • Enrico Castelnuovo (trad. Simone Darses), Portrait et société dans la peinture italienne, Paris, Gérard Monfort, .
  • Elisabetta Gigante, L'art du portrait, Hazan,
  • Jean-Luc Nancy, Le regard du portrait, Paris, Galilée, .
  • Jean-Luc Nancy, L'autre portrait, Paris, Galilée, .
  • Édouard Pommier, Théories du portrait de la Renaissance aux Lumières, Paris, Gallimard, .
  • Norbert Schneider (trad. Marie-Anne Trémeau-Böhm), L’Art du portrait : : les plus grandes œuvres européennes, 1420-1670, Köln, Taschen, .
  • Tzvetan Todorov, Eloge de l'individu : essai sur la peinture flamande de la Renaissance, Paris, Adam Biro, coll. « Points », (1re éd. 2000).
articles
  • Georges Didi-Huberman, « Ressemblance mythifiée et ressemblance oubliée chez Vasari : la légende du portrait sur le vif », Mélanges de l'Ecole française de Rome. Italie et Méditerranée, vol. 106, no 2,‎ , p. 383-432 (lire en ligne).
  • Sylvain Maresca, « Les apparences de la vérité », Terrain, no 30,‎ (lire en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Selon Souriau 2010, on ne parle pas de portrait en sculpture ; le Trésor de la langue française indique que cet usage est vieilli.
  2. Trésor de la langue française informatisé « Portrait » ;
    Ségolène Bergeon-Langle et Pierre Curie, Peinture et dessin, Vocabulaire typologique et technique, Paris, Editions du patrimoine, (ISBN 978-2-7577-0065-5), p. 104-116 ;
    Anne Souriau, Vocabulaire d'esthétique : par Étienne Souriau (1892-1979), Paris, PUF, coll. « Quadrige », (1re éd. 1990) (ISBN 9782130573692), p. 1229.
  3. L'expression est attestée en 1816 dans le Journal de la Librairie, p. 180, numéro 1202.
  4. Attesté, sur un mode quelque peu ironique, dans Le Figaro du 26 juin 1856, p. 2
  5. Attesté dans Le Figaro du 30 octobre 1901, p. 7
  6. Sur la radio nationale le 7 janvier 1944, selon Le Matin (France) de ce jour p. 2
  7. Todorov 2004 ; Souriau 2010.
  8. Nadeije Laneyrie-Dagen, L'invention du corps : la représentation de l'homme du Moyen Âge à la fin du XIXe siècle, Paris, Flammarion, , p. 1-2.
  9. Anne Beyaert, « Une sémiotique du portrait », Tangence, no 69,‎ , p. 85-101 (lire en ligne).
  10. Pommier 1998 d'après Beyaert 2002, p. 93. Sur la ressemblance, lire Didi-Huberman 1994 et en quoi le portrait se différencie de l'icone, Umberto Eco, « Sémiologie des messages visuels », Communications, vol. 15, no 1,‎ , p. 11-51 (lire en ligne).
  11. Claude-Henri Watelet, Beaux-arts, t. 2, Panckoucke, coll. « Encyclopédie méthodique », (lire en ligne), p. 205.
  12. (Gigante 2012, p. 118).
  13. Bergeon-Langle et Curie 2009, p. 107-108 ; « Le portrait », sur Académie de Nancy-Metz (consulté le 15 mai 2015)
  14. Gigante 2012, p. 308.
  15. (Gigante 2012, p. 30-40).
  16. (Gigante 2012, p. 302).
  17. Laneyrie-Dagen 2006, p. 257-264.
  18. Charles Le Brun, Les expressions des passions de l'âme, Paris, J. Audran, (lire en ligne).
  19. Denis Diderot, Essais sur la peinture pour faire suite au Salon de 1765, Fr. Buisson, an iv (1795) (lire en ligne), p. 42sq.
  20. Maresca 1998.
  21. (en) Lorraine Daston et Peter Galison, « The image of Objectivity », Representation, no 40,‎ , p. 81-128.
  22. Nadar, « Clientes et client », dans Quand j'étais photographe, Actes Sud, , p. 45-64.
  23. Marie-Élisabeth Cavé, Le Dessin sans maître, méthode pour apprendre à dessiner de mémoire, Paris, Susse frères (lire en ligne), p. 63-66.
  24. Daniel Grojnowski, Photographie et langage, Éditions José Corti, Paris, 2002, p. 354
  25. notice au Musée d'Orsay
  26. Analyse du Désespéré