Musique islamique

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La musique islamique est la musique religieuse musulmane, chantée ou jouée en public ou en privé. Cette musique, interdite dans le sunnisme (majoritaire), est essentiellement liée aux confréries soufies. Ainsi, les derviches et divers soufis estiment que des paroles religieuses ou mystiques rendent la musique licite[1].

Musique et sunnisme[modifier | modifier le code]

L'islam sunnite entretient une relation assez complexe avec la musique. Si la musique comme fait religieux est attestée dans la religion musulmane, certains auteurs soulèvent la difficulté de conceptualiser une "musique sacrée". Dès ses origines et la vie de Mahomet, certaines contradictions semblent exister et plusieurs courants de pensée -de l'interdiction de la musique à son autorisation- s'opposent[2]. Cet argumentaire s'est construit au fur et à mesure de l'islam et fait toujours débat[3].

Des interdits musicaux...[modifier | modifier le code]

Pour de nombreux musulmans, la musique est interdite par Allah.

Les musulmans défendant cette vision s’appuient aussi bien sur le texte du Coran que sur les hadiths. Pourtant, le terme musique n'est pas utilisé dans le Coran et cette interprétation s'appuie sur ce qui est perçu comme une allusion[3]. Ainsi, la sourate 31 ; verset 6 : « Et parmi les hommes, il y en a certains qui, dépourvus de science, achètent des discours plaisants, afin d’égarer (les gens) hors du chemin d’Allah et pour se moquer de Ses versets. Ceux-là subiront un châtiment humiliant. » est parfois interprétée comme une interdiction musicale. Selon Ibn Abbas, le mot « Lahw » signifie la chanson et selon Mujâhid ce mot signifie tambour[4]. Hassan al-Basrî dit : ce verset a été révélé à propos de la musique et des flûtes.[5] D'autres voient dans ce passage une critique des discours polythéistes[3].

De même, certains hadiths semblent aller dans ce sens. Selon le hadith, rapporté et commenté par Boukhari 5590, Mahomet aurait dit : Il y aura parmi ma communauté des gens qui considéreront comme licites la soie, l’alcool et les instruments de musique.

Dans les quatre écoles juridiques sunnites[modifier | modifier le code]

* L'école hanafite[modifier | modifier le code]

Abou Tayeb Al Tabari a dit : « Abou Hanifa détestait la musique et comptait le fait d'écouter de la musique parmi les péchés. »[6][réf. insuffisante]

* L'école malikite[modifier | modifier le code]

D'après Ishaq Ibn 'Issa, j'ai questionné l'imam Malik Ibn Anas concernant ce que permettait les gens de Médine concernant la musique, il a répondu : « Pour nous ce sont les pervers qui font cela. »[7][réf. insuffisante]

* L'école chafi'ite[modifier | modifier le code]

Ibn Jawzi a dit : « L'imam Ash-Shâfi'î a mentionné dans son livre Adab Al Qada que lorsqu'un homme persiste à écouter de la musique, alors son témoignage n'est plus accepté et il n'est alors plus une personne de droiture. »[8][réf. insuffisante]

* L'école hanbalite[modifier | modifier le code]

Abdallah, le fils de l'imam Ahmed Ibn Hanbal, a dit : j'ai interrogé mon père concernant la musique, il a dit : « La musique fait pousser l'hypocrisie dans le cœur, cela ne me plait pas. »[9][réf. insuffisante]

Une idée courante dans les courants fondamentalistes ou salafistes[modifier | modifier le code]

L'opinion d'une interdiction de la musique par l'islam est particulièrement défendu dans les courants fondamentalistes.

Selon Ibn Taymiya : La fabrication d’instruments de musique est interdite.[10] Il a également dit : Les instruments de musique tels que les instruments à six cordes doivent être détruits selon la majorité des docteurs en droit islamique. C’est la position de Mâlik ibn Anas et est la plus célèbre des deux opinions attribuées à Ahmad.[11] Selon Al-Albani : Les quatre écoles juridiques sont d’accord sur le caractère illicite de tous les instruments de musique.[12]

Pour ce courant, la musique peut manipuler l'esprit et empêcher la méditation du Coran[13].

Un débat actuel[modifier | modifier le code]

Ces questions font aujourd'hui encore l'objet de débat dans le monde musulman et en dehors tout particulièrement en raison de la diffusion de la pensée des fondamentalistes[14] et ont été diffusées auprès du public par certains scandales, dont la destructions d'instruments par l'État islamique ou les talibans[15], l'attentat du Bataclan et sa musique nommé dans la revendication " fête de perversité" par Daesh[13] ou encore par un prêche mélophobe de l'imam de Brest[16]. Le développement de ce courant critique participe aujourd'hui à la construction d'une unité collective fondamentaliste[13].

La musique dans le monde sunnite est donc frappée d'interdits musicaux qui touchent aussi bien la musique religieuse que la musique profane. Ces prescriptions interdisent tout particulièrement, la musique instrumentale qui pourrait être considérée par l'Islam comme un art antireligieux. Pour cette raison et à la différence du soufisme, les instruments ne sont pas utilisés dans le cadre de la musique religieuse sunnite.[17] [2].

Ce débat touche l'ensemble de la musique dont certaines prennent aujourd'hui des dimensions de critère d'appartenance religieuse pour certains musulmans européens[18] ou être utilisée à des fins missionnaires[19].

... Mais une musique autorisée dans certains cas[modifier | modifier le code]

L'histoire prouve un consensus général sur l'autorisation ou la tolérance de la musique non religieuse. Ainsi, dès les début de l'histoire de l'islam, la dynastie des abbassides voit se développer un grand mécénat musical[2]. De même, plusieurs auteurs musulmans ont écrit des traités traitant de musique, comme Al-Ghazali ou Avicenne..

Tout au long de l'histoire, on observe une lutte entre deux visions contradictoires[2]. Cette contradiction influencera l'usage musical religieux.

Présence d'exceptions dans les hadiths[modifier | modifier le code]

Les hadiths montrent la présence d'exceptions à l'interdiction musicale. Ces exceptions peuvent être liés à certains jours[20] ou à certains instruments.Il est ainsi recommandé aux petites filles d'utiliser un tambour et de chanter lors des mariages et lors des deux fêtes religieuses (Aïd al-Adha et Aïd el-Fitr), même si cela est entendu par les femmes et les hommes, à conditions que les paroles ne contiennent aucun interdit religieux. [réf. nécessaire]

Des musiques religieuses sans statut musical[modifier | modifier le code]

Dans le cadre du sunnisme, la majorité des musulmans exclue de cette interdiction certaines musiques religieuses en raison de la place première du texte dans celle-ci. Ainsi , selon l’imam égyptien Mohamed Hassan, « le chant est une parole tant qu’il n’est pas accompagné d’instruments de divertissement et de musique"[13]. Pour eux, ces musiques ne sont pas "musique" au sens occidental du terme mais un mode d'énonciation du mot. Ces formes autorisées sont le chant de l'appel à la prière, la cantillation du Coran et les Hamd, nasheeds et na't.

Musique et chiisme[modifier | modifier le code]

Le chiisme, au contraire, favorise la musique, mais l'interdit dans les faits. Cette attitude contradictoire provient de l'influence exercée par les confréries soufies, souvent adeptes de rituels liés à la musique (dhikr et sama') [réf. nécessaire]. Certains savants musulmans pensent que seul le chant est permis/licite (halal), et que les instruments sont interdits (haram). Ainsi, il existe une forte tradition de chant a cappella empreint de Mélisme.

De nombreuses confréries conservent au sein de leurs pratiques des éléments anté ou non islamiques. Les instruments jouent parfois un rôle majeurs comme au Kurdistan turc ou iranien. La musique kurde est aussi en partie dédiée à ces pratiques. Le djem de l'alévisme tourne autour du saz ou tambûr sacré. Le daf est aussi sacré chez les Kurdes.

Chez les soufis, la transe a une grande place dans la recherche spirituelle. Celle-ci s'obtient souvent par la musique et les soufis ont créé des cérémonies associant la musique à leur quête de spiritualité. Une pratique que l'on retrouve dans tout le monde musulman avec des variantes nationales, régionales ou locales.

Le dikr (littéralement : évocation) est une prière où le nom d'Allah est répété inlassablement jusqu'à prendre possession du corps et de l'esprit, amenant la plupart des présents à l'assemblée dans un état de transe totale sous la direction d'un maître spirituel auquel s'adjoignent les chanteurs. Dans les zaouïas du Sud-Ouest algérien, les mouridines de la tariqa (voie) kerzazia, s'adonnent jusqu'à ce jour à la pratique de ce rituel, destiné à l'origine à l'apprentissage par cœur du Coran et des hadiths. Lors des séances de dikr, les prières sont chantées et reprises en chœur par les participants, avant de se voir accompagnée très vite par un mouvement du buste d'avant en arrière. Ce mouvement introductif en balancier amène une scansion dans le chant jusqu'à susciter l'état de transe.

Qawwali[modifier | modifier le code]

Qawwali

Le qawwali (ourdou: قوٌالی) est la musique dévotionnelle de la confrérie soufie des Chishtis en Inde et au Pakistan. Remontant au XIIIe siècle, cette tradition se rencontre autour des sanctuaires du soufisme depuis sa réforme par Amir Khusrau. C'est une musique de transe (wajad) joyeuse en quête d'union divine exécutée avec des percussions et des harmoniums. Il ne s'agit pas d'une simple musique à écouter, mais d'un évènement mystique auquel on participe en prenant part au mehfil-e-sama (« concert spirituel »), qui est son nom complet reprenant la tradition soufie de Rumi (sama').

Qâl[modifier | modifier le code]

Le qâl ou qâul (« parole » qui a donné qawwali) est un genre poétique mystique basé sur un tarânâ et servant souvent d'introduction. C'est Amir Khusrau qui l'a formulé. Il fait office de profession de foi au Pakistan.

Derviches

Sama'[modifier | modifier le code]

Le sama' est un concert spirituel de l'ordre des Mevlevis turcs. C'est une cérémonie de prière avec musique et des danses mystiques en présence d'un petit orchestre. Les adeptes accèdent à l'état d'extase grâce aux sons de la musique pratiquée au moyen d'une flûte oblique et d'un tambour. Durant le sama, la séance est dirigée par un maître spirituel qui est le cheikh des adeptes. Les présents, qui écoutent la musique, les psalmodies et les chants, se laissent peu à peu envahir par la transe.

Cem et deyiş[modifier | modifier le code]

Le cem est un rituel lié à l'alévisme turc faisant usage notamment du luth saz lors des chants deyiş.

Sûfyâna kâlam[modifier | modifier le code]

Le sûfyâna kâlam ou arifâna kâlam est un genre de musique dévotionnelle soufie accompagné de cordophones. Arrivé d’Iran au XVe siècle, c'est un genre assez populaire désormais au Cachemire. Il use volontiers de tarânâ, un type de chant inspiré des syllabes mnémotechniques (bols) utilisées dans les percussions.

Kâfi[modifier | modifier le code]

Les kâfi sont des chants religieux chishtis basés sur des mélodies populaires et non des râgas. C'est une composante folklorique du Pakistan et de l'Inde.

Mappila Pattu[modifier | modifier le code]

Les mappila pattu sont des chants dévotionnels de la communauté malabare du Kerala, en Inde du sud.

Lila[modifier | modifier le code]

Le lila (aussi appelé derdebba, hadra et sadaqa) est une cérémonie de transe des confréries soufies Aïssaouas et Gnaouas du Maroc où la musique joue un rôle estimable. Ce rituel porte divers noms : stambali (Tunisie), zâr (Égypte, Yémen), diwane (Algérie).

Sama'

Les formes de la musique islamique[modifier | modifier le code]

Cantillation du Coran[modifier | modifier le code]

La récitation du Coran se fait sous forme de cantillation.

L'appel à la prière[modifier | modifier le code]

L'appel à la prière est un chant délimité par des règles précises.

Hamd, nasheeds et na't[modifier | modifier le code]

Les hamd, les nasheeds et les na't sont des poèmes dévotionnels de l’Islam officiel. Le na't kwani est un chant a cappella accompagnant la cantillation du Coran ; on y exprime l'amour d'Allah, notamment au sein du hamd-o-sanna accompagné de percussions.

Géographie[modifier | modifier le code]

La musique islamique est issue d'une vaste région géographique qui s'étend de l'Asie centrale à l'Atlantique constituent les branches d'une même famille musicale ayant pris naissance dans les foyers culturels du Proche-Orient et du Moyen-Orient[21]. L'Afrique sub-saharienne et les Philippines méridionales possèdent aussi d'importantes communautés musulmanes, mais ces zones ont moins d'influence sur la musique islamique.

Toutes ces régions étaient reliées par le commerce bien avant les conquêtes islamiques du XIe siècle et il est probable que les styles musicaux aient, tout comme les marchandises, traversé les frontières. Comme l'Islam est une religion multiculturelle, l'expression musicale de ses adhérents est différente et variée. Les modèles musicaux indigènes de ces pays ont formé peu à peu une musique dévotionnelle appréciée par les musulmans contemporains.

Il n'y a pas une musique islamique mais plusieurs selon les traditions des pays d'adoption. La musique arabe classique n'est pas identique à la musique islamique car elle est profane. De plus, les Turcs Seldjoukides, une tribu nomade convertie à l'Islam, ayant conquis l'Anatolie (actuelle Turquie), et instauré le Califat (formant ainsi l'Empire ottoman), ont également eu une forte influence sur elle mais la musique ottomane est elle aussi profane. Il en va de même pour la musique persane, par contre, on y retrouve les mêmes modes (Maqâm ou Dastgah). En dépit de ses multiples apparences, cette musique, qui appartient à la tradition orale, présente certaines caractéristiques communes, surtout dans l'art de la musique savante de l’Islam ; cela est moins évident dans les musiques ethniques, où les particularités régionales sont marquées. Cet art revêt des réalités esthétiques voire ethnomusicologiques variées marquée par le thème unificateur de l’Islam, lequel s’est principalement exprimé en langue arabe[22].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon le Larousse : « Néanmoins, la musique instrumentale (la musique des instruments à cordes plus que celle des instruments à vent) est généralement considérée comme un art antireligieux par excellence, et, de ce fait, elle a souvent été confiée à des représentants de minorités non musulmanes. »Dictionnaire de la musique de Larousse
  2. a, b, c et d Larousse de la musique, p.791
  3. a, b et c « Quelle est la place de la musique dans l'Islam ? », sur France Musique (consulté le 13 février 2016)
  4. Tafsir d’Ibn Kathir 21/40
  5. Tafsir d’Ibn Kathir 3/451
  6. Al Muntaqa Al Nafis Min Talbis Iblis de Ibn Al Jawzi ; page 300
  7. Al Amr Bil Ma'rouf Wa Nahi 'Anil Mounkar de l'imam Abou Bakr Al Khalal n°169
  8. Al Muntaqa Al Nafis Min Talbis Iblis de Ibn Al Jawzi ; page 302, voir également Al Oum de l'imam Ash-Shâfi'î ; volume 7, page 518
  9. Al Amr Bil Ma'rouf Wa Nahi 'Anil Mounkar de l'imam Abou Bakr Al Khalal no 168
  10. Al Madjmou’ 22/140
  11. Al Madjmou’ 28/113
  12. Extrait de As-Sahiah1/145
  13. a, b, c et d Luis Velasco Pufleau, « Après les attaques terroristes de l’État islamique à Paris. Enquête sur les rapports entre musique, propagande et violence armée », Transposition. Musique et Sciences Sociales,‎ (ISSN 2110-6134, DOI 10.4000/transposition.1327, lire en ligne)
  14. Ameneh Youssefzadeh, « Musique en terre d'islam », L'Homme, vol. n° 171-172,‎ , p. 489–497 (ISSN 0439-4216, lire en ligne)
  15. Farid El Asri, « L’expression musicale de musulmans européens. Création de sonorités et normativité religieuse », Revue européenne des migrations internationales, vol. 25,‎ , p. 35–50 (ISSN 0765-0752, DOI 10.4000/remi.4946, lire en ligne)
  16. « Comment un prêche sur la musique expliquée aux enfants a enflammé le web (et fait déraper Morano) », sur Le Huffington Post (consulté le 13 février 2016)
  17. De ce fait, dans la musique non religieuse du monde sunnite, elle a souvent été confiée à des représentants de minorités non musulmanes
  18. Farid El Asri, « Islam européen en musique : les rythmes de l’identitaire religieux », SociologieS,‎ (ISSN 1992-2655, lire en ligne)
  19. Abdoulaye Niang, « Le rap prédicateur islamique au Sénégal : une musique « missionnaire » », Volume !, vol. 10:2,‎ , p. 69–86 (ISSN 1634-5495, lire en ligne)
  20. Boukhari, livre 15, numéro 72
  21. beaucoup de régions culturelles ont quasiment des identités propres, eu égard des origines ethniques et tribales des communautés qui les peuplent : Mongols, arabes, grecs, slaves...en Turquie ; Indiens, ariens, turcs, chinois, russes, arabes... en Iran ; Turcs, Persans, Espagnols, Noir africains, Berbères, ...
  22. La musique arabe, PUF (collection Que sais-je), 1971 ; extrait de l’introduction.