Arabisation

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L'arabisation désigne un processus qui conduit des populations à adopter la langue et la culture arabe.

Dans son sens courant, le mot renvoie au processus qui a été amorcé au moment la conquête arabe du VIIe siècle, et qui a abouti à la diffusion d'une nouvelle culture dans les territoires passés sous administration arabe. Dans un sens plus spécifique qui s'inscrit dans le contexte historique actuel, le mot renvoie à une politique visant à promouvoir la langue arabe concurrencée par les langues des colonisateurs occidentaux.

Vue d'ensemble[modifier | modifier le code]

Dès le VIIe siècle[modifier | modifier le code]

L'arabisation fut la conséquence de la migration de populations arabes qui ont quitté l'Arabie pour s'établir dans d'autres territoires. Il y eut plusieurs migrations arabes pré-islamiques en dehors de la péninsule arabique comme celles des Ghassanides et des Nabatéens, qui se sont cependant assimilés aux populations locales et ont adopté des langues araméennes ; il n'y eut donc pas alors d'arabisation linguistique.

L'arabisation du Moyen-Orient a eu lieu dès le VIIe siècle, au moment de la conquête de cette région par les Arabes musulmans. Les Arabes ne sont pas le premier peuple sémite à avoir migré en dehors de la péninsule : les Araméens, Cananéens, Akkadiens l'avaient fait auparavant. Après l'apparition de l'islam dans la péninsule d'Arabie, la culture et la langue arabe se sont propagées non seulement par les conquêtes militaires, mais aussi par les échanges commerciaux avec les États africains, et par les mariages des Arabes avec les populations locales.

Les pays et les territoires passés par ce processus d'arabisation sont, outre certains pays du Moyen-Orient (l'Irak, le Liban, la Syrie, la Palestine), le Maroc, la Mauritanie, le territoire du Sahara occidental, l'Algérie[1], la Tunisie, la Libye, l'Égypte, le Soudan et le Tchad. Bien que le Yémen soit traditionnellement considéré comme la patrie des Arabes, la majeure[2] partie de la population avant la diffusion de l'islam ne parlait pas l'arabe, mais d'autres langues sémitiques du sud ; il est donc possible à ce titre de compter le Yémen parmi les pays arabisés.

L'Iran (la Perse) a été arabisé entre le VIIe et le XIIe siècle ; la langue arabe y a disparu après le départ des Arabes. Il en est de même de la Péninsule ibérique et de la Sicile qui ont été partiellement arabisées pendant quelques siècles. Le parler de Malte, dérivant du siculo-arabe, s'est maintenu et a été érigé en langue séparée.

La langue arabe péninsulaire (l'arabe classique) est devenue courante dans ces territoires. Des dialecte arabes régionaux se sont aussi formés. L'arabe littéral fonctionne en quelque sorte comme une langue-toit, permettant aux locuteurs de différents dialectes de se comprendre entre eux.

Il importe de distinguer l'arabisation de l'islamisation : au moment de la conquête du VIIe siècle, les Arabes musulmans ont diffusé leur langue et leur culture, ils n'ont pas imposé aux Gens du livre, chrétiens et juifs, la conversion à la religion musulmane. Les régions conquises ont donc compté des chrétiens arabisés ainsi que des juifs arabisés[réf. nécessaire].

Période actuelle[modifier | modifier le code]

Dans un sens moderne, l'arabisation peut désigner un ensemble de mesures politiques et culturelles destinées à promouvoir la langue et l'identité arabe. De nos jours, elle a généralement lieu dans les régions ou les pays où l'on considère qu'elle a plus ou moins été délaissée au profit d'une langue issue de la colonisation occidentale. L'arabisation a souvent lieu au détriment des langues réellement autochtones, telles que, par exemple, le berbère en Afrique du Nord, région largement affectée par l'arabisation.

Dans certains cas, ces mesures sont entreprises aux dépens des langues minoritaires dans des pays arabophones (exemple: le kurde en Syrie actuellement et en Irak sous Saddam Hussein) et des langues antérieures même à l'arrivée de la langue arabe dans la région (exemples: le berbère en Afrique du Nord et le syriaque au Moyen-Orient). En conséquence, les non-arabophones s'opposent à l'arabisation et réclament les mêmes droits culturels et linguistiques.

Le cas du Maghreb[modifier | modifier le code]

On distingue deux phases dans l'arabisation - toujours incomplète - du Maghreb ; elles ont touché des populations distinctes.

La première phase, du VII au XIe siècle, est celle qui suit la conquête arabo-musulmane, elle touche principalement les populations citadines, et la langue qui se répand alors est l'arabe classique[3].

La deuxième phase, au XIe siècle, est celle qui suit l'arrivée de tribus hilaliennes au Maghreb, ces tribus arabes bédouines qui ont arabisé une grande partie des populations nomades berbères. La langue qui se répand alors est un arabe plus populaire, l'arabe bédouin[4]. Quelques décennies après l'invasion des tribus de Banu Hilal arrivèrent toujours au XIe siècle des groupes d'Arabes yéménites, les Banu Maqil, ainsi que des groupes juifs nomades qui contribuèrent à renforcer les communautés judaïques du Maghreb[5].

Concernant cette deuxième phase, Gabriel Camps souligne le caractère surprenant de « la transformation ethno-sociologique de plusieurs millions de Berbères par quelques dizaines de milliers de Bédouins[6] ». En ajoutant aux Banu Hilal les apports ultérieurs que forment notamment les Banu Maqil, le nombre des personnes de sang arabe arrivées au Maghreb ne dépasse pas les 100 000. Gabriel Camps compare ce chiffre à celui presque équivalent des Vandales qui envahirent l'Afrique du Nord au Ve siècle, et dont la présence n'a laissé que bien peu de traces. En revanche, à la suite de l'arrivée des tribus bédouines, les pays du Maghreb sont devenus des pays arabes. Pour expliquer ce phénomène d'arabisation, G. Camps invoque d'une part l'identité du genre de vie partagé par les tribus bédouines et par les tribus berbères nomades, qui favorisa la fusion ; d'autre part, la grande mobilité des tribus arabes qui à l'occasion de migrations pastorales ou d'actions guerrières pénètrent tout le territoire. Aujourd'hui dans le Maghreb les régions berbérophones sont des régions montagneuses qui ont servi de refuges tandis que les populations des plaines sont arabisées[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Benrabah, Mohamed. – Langue et pouvoir en Algérie. Histoire d’un traumatisme linguistique. Paris, Séguier, 1999, 350 p. (« Les Colonnes d’Hercule »)
  2. Nebes, Norbert, "Epigraphic South Arabian, " in von Uhlig, Siegbert, Encyclopaedia Aethiopica (Wiesbaden:Harrassowitz Verlag, 2005), p. 335.
  3. Gabriel Camps, 'Comment la Berbérie est devenue le Maghreb arabe'.. In: Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, n°35, 1983. pp. 7-24 (p.15). DOI : 10.3406/remmm.1983.1979, lire en ligne: [1]
  4. Gabriel Camps, 'Comment la Berbérie est devenue le Maghreb arabe'.. In: Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, n°35, 1983. pp. 7-24 (p.15). DOI : 10.3406/remmm.1983.1979, lire en ligne: [2]
  5. Gabriel Camps, 'Comment la Berbérie est devenue le Maghreb arabe'.. In: Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, n°35, 1983. pp. 7-24 (p.15). DOI : 10.3406/remmm.1983.1979, lire en ligne: [3]
  6. Gabriel Camps, 'Comment la Berbérie est devenue le Maghreb arabe'.. In: Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, n°35, 1983. pp. 7-24 (p.17). DOI : 10.3406/remmm.1983.1979, lire en ligne: [4]
  7. Gabriel Camps, 'Comment la Berbérie est devenue le Maghreb arabe'.. In: Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, n°35, 1983. pp. 7-24 (p.18-20). DOI : 10.3406/remmm.1983.1979, lire en ligne: [5]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]