Pierre le Vénérable

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Pierre le Vénérable
Image illustrative de l'article Pierre le Vénérable
Pierre le Vénérable et ses moines
Biographie
Naissance 1092 ou 1094
Montboissier, commune de Brousse
Auvergne
Ordre religieux clunisien
Décès
Cluny
Abbé de l'Église catholique
Abbé de Cluny
Précédent Hugues II de Semur Robert Le Gros Suivant
Autres fonctions
Fonction religieuse

Ornements extérieurs Abbés simple.svg
Montboissier-Canillac.svg

Pierre de Montboissier , surnommé par l'empereur Frédéric Barberousse, Pierre le Vénérable[1], né à Montboissier, lieu-dit de la commune de Brousse (Puy-de-Dôme), et mort le à l'Abbaye de Cluny, est, depuis le jusqu'au , le neuvième abbé de Cluny.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Pierre le Vénérable est le descendant de deux lignages les Montboissier et les Sémur, qui ont joué chacun un rôle clé dans l'histoire de l'ordre de Cluny, en 1092 ou en 1094, en Auvergne.

Il est le fils de Pierre-Maurice de Montboissier et de Raingarde de Semur, il est le frère d'Héraclius de Montboissier, archevêque de Lyon , de Ponce de Montboissier, abbé de Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay[2], de Jordan de Montboissier, abbé de la abbaye de la Chaise-Dieu, d'Armand de Montboissier, abbé de Manglieu, et d'Eustache de Montboissier, abbé de Mozac.

Par sa mère, Pierre le Vénérable est le petit neveu d'Hugues de Cluny[3] et le neveu d'Hugues de Sémur[3][note 1].

Il est aussi l'arrière petit-fils d'Hugues Maurice de Montboissier, surnommé « le Décousu », fondateur de l'abbaye Saint-Michel-de-la-Cluse[4].

Carrière ecclésiastique[modifier | modifier le code]

Statue de Pierre le Vénérable, place Saint-Bernard, Dijon.
Statue de Pierre le Vénérable, place Saint-Bernard, Dijon.

Dès l'âge de cinq ou sept ans, il entre en tant qu'oblat à l'abbaye Saint-Pierre-Saint-Paul de Sauxillanges, à la demande de son grand-oncle Hugues de Cluny[3], dont son oncle Hugues de Sémur est le 22e prieur[3]. Cette oblation ne nuisit visiblement ni à son développement intellectuel, ni aux liens affectifs qu'il développa avec son père, sa mère et ses frères.

Il fait profession de foi en 1109, quelques mois avant le décès d'Hugues de Cluny. Il est envoyé à Vézelay, par l'abbé de Cluny, Pons de Melgueil, vers 1313-1315, et y occupe les fonctions d'écolâtre et de prieur claustral[5].

À défaut de pouvoir démontrer son intervention directe, plusieurs historiens on mis en évidence les correspondances entre les exemples moraux que l'on relève dans sa correspondance et le programme iconographique des chapiteaux de l'abbatiale romane de Vézelay[6],[7].

Il est élu abbé de Cluny le pour succéder à son oncle Hugues de Sémur, ancien prieur claustral de Marcilly qui avait été élu abbé de Cluny en avril 1122, et qui était mort le [5]. Le , le pape Calixte II, depuis le palais du Latran adresse deux lettres : la première à Pierre de Montorcier pour le féliciter de son élection[8], et la seconde au chapitre de l'abbaye de Cluny pour lui exprimer l'approbation de ce choix[9].

Il voyage beaucoup et joue un rôle diplomatique important, notamment lors de l’élection pontificale lorsqu’il reconnaît en 1130 le pape Innocent II contre l’antipape Anaclet II.

Son activité intellectuelle fait de lui un représentant de la renaissance du XIIe siècle[10]. Il fait traduire le Coran en latin[11], Lex Mahumet pseudoprophete. Connu comme polémiste, il rédigera ensuite des traités pour réfuter les doctrines israélites et musulmanes. En effet, il recommande d'établir des débats argumentés avec les théologiens des autres religions, plutôt que des Croisades.

Sa devise est : « La règle de saint Benoît est subordonnée à la charité ». Les accusations de Bernard de Clairvaux (saint Bernard) contre Cluny avaient été violentes et Pierre y avait répondu avec une dignité qui lui avait assuré la victoire. Il s'est ensuite réconcilié avec Bernard dont il est devenu l'ami et parfois le charitable critique. Quand Abélard, également dénoncé par saint Bernard, est condamné comme hérétique à être enfermé dans un couvent, Pierre le Vénérable l'accueille à Cluny comme un frère[12]. À la mort d'Abélard, Pierre le Vénérable cède furtivement son corps à l'abbaye du Paraclet, dont Héloïse est abbesse, et rédige l'absolution plénière suivante : « Moi, Pierre, abbé de Cluny, j'ai reçu Pierre Abélard dans le monastère de Cluny et cédé son corps, furtivement apporté, à l'abbesse et aux religieuses du Paraclet. Par autorité de Dieu tout-puissant et de tous les saints, je l'absous d'office de tous ses péchés. »[13]. Cette absolution fut, selon la coutume d'alors, gravée au-dessus du tombeau d'Abélard par l'abbesse.

Considéré par l'historiographie du XXe siècle comme le dernier des grands abbés de Cluny, il succède à son oncle Hugues II de Semur. Il combat également l’hérésie de Pierre de Bruys.

Il réforme l'abbaye de Cluny, en proie à des difficultés financières. Il réforme le domaine seigneurial pour assurer le train de vie des moines (Dispositio rei familiaris). Les inventaires qui sont constitués (Constitutio expense cluniaci) sont une précieuse source pour les historiens, avec des données sur les rendements, les semences, les techniques agricoles… À noter le rôle essentiel d'Henri de Blois, évêque de Winchester, dans cet ouvrage.

Pierre le Vénérable est l'auteur d'un Livre des merveilles de Dieu. L'expression « Livre des Merveilles » sera reprise par d'autres voyageurs, comme Marco Polo.

Il est aussi l'auteur d'un traité contre les juifs : Aduersus Iudœorum inueteratam duritiem. Selon Dominique Iogna-Prat, Pierre le Vénérable est un « représentant d'un antijudaïsme radical »[14].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Pierre le Vénérable (auteur), Jean-Pierre Torrell (traducteur et éditeur scientifique) et Denise Bouthillier (traductrice et éditrice scientifique), Livre des merveilles de Dieu (De Miraculis), Paris et Fribourg, Cerf et Editions Universitaires de Fribourg, , 302 p. (ISBN 2-8271-0527-6 et 2-204-04578-0, lire en ligne).
  • (la) Pierre le Vénérable (auteur) et James Fearns (éditeur scientifique), Contra Petrobrusianos hereticos., vol. 10, Turnhout, Brepols, coll. « Corpus Christianorum, Continuatio Mediaevalis. », (ISBN 2-5030-3102-1 et 9782-5030-3102-6, ISSN 0589-7963).
  • (la) Pierre le Vénérable (auteur) et Johann Hoffmeister (éditeur scientifique), Contra Heinricianorum & Petrobrusianorum haereses, epistolae duae multum nervosae & vere catholicae... Quibus adduntur s. Bernardi Tres sermones ac novem epistolae, Ingolstadt, Alexandri Weissenhorn, (OCLC 493184831).
  • Pierre le Vénérable (auteur) et Franz Dolveck (traducteur et éditeur scientifique), Pierre le Vénérable : chants : Carmina cum Petri Pictaviensis Panegyrico (Poèmes avec le Panégyrique de Pierre de Poitiers), Paris, Les Belles Lettres, , 512 p. (ISBN 2-2513-3653-2 et 9-7822-5133-6534).
  • (la) Pierre le Vénérable (directeur de la publication originale), Robert de Castres (traducteur), Hermann le Dalmate (traducteur), Theodor Bibliander (Éditeur scientifique), Philippe Melanchthon (Préfacier) et Nikolaus Brylinger (éditeur technique et imprimeur) (3ème édition par Nikolaus Brylinger, du Coran en langue latine donnée par Bibliander et Melanchton d'après la traduction du 12e siècle par Pierre le Vénérable, Robert de Castres et Herman le Dalmate et imprimée pour Jean Oporin à Bâle en 1543 . 3e émission avec les "Praemonitione" sous le nom de Melanchton leur véritable auteur, la 1e édition les attribuant à Luther et la 2e émission à Luther et à Melanchton.), Machumetis Saracenorum Principis, ejusque successorum vitae, ac doctrina, ipseque Alcoran..., quae ante annos CCCC ... D. Petrus Abbas Cluniacensis per viros eruditos ... ex Arabica lingua in Latinam transferri curavit, His adjunctae sunt confutationes multorum, & quidem probatissimorum authorum, Arabum, Graecorum, & Latinorum, unà cum ... Philippi Melanchthonis praemonitione, Bâle, Jean Oporin, (OCLC 863852686).
  • (en) Pierre le Vénérable (directeur de la publication originale) et James Aloysius Kritzeck, Peter the Venerable and Islam, Princeton, Princeton University Press (réimpr. 2015) (1re éd. 1964), 316 p. (ISBN 978-0-6916-2490-7 et 978-1-4008-7577-1).
  • (la) Pierre le Vénérable (auteur) et Yvonne Friedman (éditeur scientifique), Adversus Judeorum inueteratam duritiem, vol. 58, Turnhout, Brepols, coll. « Corpus Christianorum, Continuatio mediaevalis », (ISBN 2-5030-3581-7 et 978-2-5030-3581-9, OCLC 461756167).
  • Denys le Chartreux (auteur), Pierre le Vénérable (contributeur), Louis Albert Lassus (traducteur et éditeur scientifique), Michel Lemoine (éditeur scientifique) et Nathalie Nabert (préfacière), Livre de vie des recluses (De vita inclusarum), Paris, Beauchesne, coll. « Spiritualité cartusienne, textes », (ISBN 2-7010-1446-8), p. 85-101.

Études sur Pierre le Vénérable[modifier | modifier le code]

  • François Cucherat, Cluny au XIe siècle, son influence religieuse, intellectuelle et politique., Autun, Dejussieu, , 280 p. (lire en ligne).
  • Jean-Pierre Torrell et Denise Bouthillier, Pierre le Vénérable, abbé de Cluny : le courage de la mesure, Chambray-lès-Tours, C.L.D., coll. « Veilleurs de la foi », , 173 p. (ISBN 2-8544-3154-5 et 978-2-8544-3154-4).
  • Denyse Riche, L'ordre de Cluny à la fin du moyen âge: le vieux pays clunisien, XIIe-XVe siècles, Saint-Étienne, Centre Européen de Recherches sur les Congrégations, Publications de l'Université de Saint Étienne, (ISBN 2-8627-2192-1, ISSN 1242-8043, lire en ligne).
  • André Vauchez, « Pierre le Vénérable », Actions culturelle et pédagogique/Commémorations nationales/recueil 2006/Vie politique et institutions/, sur Archives de France,‎ (consulté le 8 février 2016).
  • Dominique Iogna-Prat, Article « Pierre le Vénérable », dans Claude Gauvard, Alain de Libera, Michel Zink (dir.), Dictionnaire du Moyen Âge, Paris, Presses Universitaires de France, 2002, p. 1106
  • Dominique Iogna-Prat, Ordonner et exclure, Cluny et la société chrétienne face à l'hérésie, au judaïsme et à l'islam. 1000-1150, Paris, Aubier, 1998. (Sur Pierre le Vénérable et l'islam, p.332-359)
  • Pierre-Félix Mandonnet, Pierre le Vénérable et son activité littéraire contre l'islam, Revue Thomiste 1 (1893): 328-42
  • (en) James Kritzeck, Peter the Venerable and Islam, Princeton, Princeton University Press, 1964. Recension sur le site Persée.
  • Micòl Long, Pratiques et conceptions de l'amitié dans le recueil des lettres de Pierre le Vénérable (première moitié du XIIe siècle), in: Amitié, un lien politique et social en Allemagne et en France, XIIe–XIXe siècle hg. von / éd. par Bertrand Haan, Christian Kühne, discussions 8, en ligne sur perspectivia.net

Autres travaux[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Références et notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Agnès Gerhards 1992, p.74.
  2. Robert Lafont 2007, p. 132. [lire en ligne]
  3. a, b, c et d François Cucherat 1885, p. 151. [lire en ligne]
  4. Denyse Riche 2000, p. 37, note 68 [lire en ligne]
  5. a et b Denyse Riche 2000, p.37 [lire en ligne]
  6. Viviane Huys Clavel 2009
  7. Robert Mills 2015, p. 217 [lire en ligne]
  8. Ulysse Robert 1874, p. 105, acte n° 235 [lire en ligne]
  9. Ulysse Robert 1874, p. 105, acte n° 236 [lire en ligne]
  10. Agnès Gerhards, L'abbaye de Cluny, éditions Complexe, 1992, (ISBN 2-87027-456-4), p.75
  11. Unité mixte de recherche 5648, Histoire et archéologie des mondes chrétiens et musulmans médiévaux, Pays d'islam et monde latin, Xe ‑ XIIIe siècle Textes et documents, Presses universitaires de Lyon, p. 103
  12. Pierre Aubé, Saint Bernard de Clairvaux, Paris, Fayard, 2003, p. 423.
  13. Pierre Aubé, Saint Bernard de Clairvaux, Paris, Fayard, 2003, p. 425.
  14. Dominique Iogna-Prat, Ordonner et exclure. Cluny et la société chrétienne face à l'hérésie, au judaïsme et à l'islam 1000-1150, Paris, 1998, chapitre 10, pages 272-323.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Hugues de Cluny s'appelait, comme son neveu, aussi Hugues de Sémur. Mais l'habitude a prévalu d'appeler l'abbé de Cluny du nom de l'institution qu'il dirigeait