Al-Fârâbî

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Fârâbî
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Moyen Âge

Iranian Farabi.jpg

Farabi sur un timbre d'Iran.

Naissance
avant 920 à Fārāb, dans le Turkestan
Décès
à Damas, en Syrie
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
Œuvres principales
Traité de musique, Traité des opinions des habitants de la cité vertueuse , Commentaire sur l’herméneutique d’Aristote
Influencé par
A influencé

Fârâbî de son nom complet Abû Nasr Muhammad ibn Muhammad ibn Tarkhân ibn Uzalagh al-Fârâbî également connu en Occident sous les noms de Alpharabius, Al-Farabi, Farabi, Abunaser ou Alfarabi est un philosophe turc médiéval[1]. Né en 872 à Wâsij près de Farab en Transoxiane (actuel Kazakhstan)[2], ou à Faryab au Grand Khorassan[3],[4] (actuel Afghanistan), il meurt à Damas, en Syrie en 950. Il approfondit toutes les sciences et tous les arts de son temps, et est appelé le Second instituteur de l'intelligence.

Il étudie à Bagdad (actuel Irak). On lui doit un commentaire de La République de Platon, ainsi qu'un Sommaire des Lois de Platon. Il fut aussi un théoricien de la musique et un excellent joueur de luth[5].

L'origine d'Al-Fârâbî[modifier | modifier le code]

Il y a un débat sur les origines d'Al-Fârâbî. Les sources les plus anciennes mentionnent une origine turque[6],[7],[8],[9],[10],[11]. Dans ces travaux, on dit que le lieu de naissance de Farabi est Faryab une région dans l'Afghanistan. Néanmoins, une autre version tout à fait différente est donnée par l'historien médiéval ibn Khallikan (mort en 1282) ; dans son ouvrage Nécrologies des Hommes éminents il discute une origine turque pour Farabi et mentionne que Farabi naquit à Wasij dans le territoire actuel du Kazakhstan. Aujourd'hui dans les ouvrages les plus importants, Farabi est classé dans la catégorie des savants musulmans.

Biographie[modifier | modifier le code]

Al-Fârâbî fut appelé le « Second Maître » par Maïmonide, le « Premier Maître » n'étant autre qu'Aristote[12]. Il est l'un des premiers à étudier, à commenter et à répandre parmi les musulmans la connaissance d'Aristote.

Fils d'une famille de notables perses[2] dans laquelle le père aurait exercé un commandement militaire à la cour samanide, vassale du califat abbasside arabe de Bagdad, Abu Naser Farabi part se former dans la capitale califale. À Bagdad (actuel Irak), il étudie la grammaire, la logique, la philosophie, les mathématiques, la musique et les sciences. Farabi y suit les enseignements de Abu Bishr Matta ben Yunus et fréquente les philosophes chrétiens nestoriens, héritiers de la translatio studiorum des Grecs vers le monde arabe, du fait de la fermeture des écoles philosophiques païennes d'Athènes par Justinien en 529. Cette fermeture marque la fin de l'Académie de Platon. Les textes grecs antiques seront cependant sans cesse recopiés et étudiés (seul procédé de conservation de l'époque) dans les centres monastiques de Grèce et à Constantinople. Toujours est-il que les philosophes grecs platoniciens se réfugient à Alexandrie, à Harran et à Antioche, avant d'essaimer vers Bagdad.

Son éloquence, ses talents dans la musique et la poésie lui concilièrent l'estime du sultan de Syrie, Seïf-ed-Daulah, qui voulut l'attacher à sa cour. Mais Farabi s'en excusa et partit : il fut tué par des voleurs en route. En 943, Al-Fârâbî s'installe à Alep, puis voyage en Égypte, pour revenir mourir à Damas en 950. Selon une autre version, il passa la plus grande partie de sa vie à la cour de Syrie, pensionné par le prince.

Il fut le maître à penser d'Avicenne (indirectement, celui-ci étant né en 980).

Œuvre et pensée[modifier | modifier le code]

Farabi est un philosophe (il travaille sur les textes de Platon et d'Aristote) qui vit dans un contexte troublé, celui du rapport entre l'islam et les successeurs politiques de Mahomet. Le califat central se morcelle en émirats et en États qui se veulent indépendants. Les détails de la science de la religion et du droit musulman (fiqh) structurent les détails et les discussions qui se développent au sein de la vie intellectuelle en pays d'islam. Cette vie n'est pas monolithique. Farabi, qui est un esprit encyclopédique, s'intéresse particulièrement à la question du régime politique. Il publie un certain nombre de textes qui sont des commentaires, ou des synthèses personnelles sur la philosophie de Platon et d'Aristote : « L'Accord des Philosophes Platon et Aristote », une énumération des Dialogues de Platon, un ouvrage consacré aux Opinions des habitants de la Cité vertueuse et un Sommaire des Lois de Platon.

Bien que parlant d'Aristote (dont au demeurant les Arabes médiévaux semblent totalement ignorer l'ouvrage sur Les Politiques), Farabi consacre tous ses efforts à la philosophie politique de Platon. Il commente La République et distingue deux types d'enseignement : l'enseignement de Socrate et l'enseignement de Thrasymaque (le personnage violent mis en scène dans La République). L'enseignement de Socrate est doux et s'adresse aux philosophes ; mais Socrate périt sous l'accusation d'impiété. L'enseignement de Thrasymaque est un enseignement capable de manipuler les opinions et les passions qui couvent dans la Cité. Il peut aussi bien exciter la Cité que la calmer. C'est dans ces qualités que l'on trouve la fibre du législateur.

Le style de Farabi est un style ésotérique, ou qui emprunte des motifs ésotériques (conformément à des traditions numérologiques qui sont répandues partout). Il est également à l'origine d'une tradition d'angéologie développée par des Perses et des Juifs vers le Xe siècle, qui a été ré-interprétée par Pierre Lévy dans sa tentative de penser l'intelligence collective dans le cadre d'Internet et des NTIC.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres de Farabi[modifier | modifier le code]

Les originaux de plusieurs de ses ouvrages sont perdus, mais il en subsiste des versions hébraïques. Ses ouvrages majeurs sont :

  • une Encyclopédie, qui se trouve manuscrite à l'Escurial,
  • un Traité de musique,
  • les Opuscula varia, dans lesquels on trouve un Traité sur les sciences et un Traité sur l'entendement où il développe la doctrine d'Aristote sur ce point.
  • En latin : Corpus platonicum medii aevi. Plato latinus, édi. par R. Klibanski, 1950 : De Platonis Philosophia d'âl-Fârâbî et Traité sur les "Lois" de Platon, d'al-Fârâbî.
  • De l'obtention du bonheur, première partie d'une trilogie Les deux philosophies, Allia, 2005, (ISBN 978-2-84485-186-4), texte partiellement en ligne books.google.fr
  • La Philosophie de Platon, deuxième partie de la trilogie,(ISBN 978-2-84485-097-3), la dernière, La Philosophie d'Aristote, n'est pas disponible en français; traduction anglaise partiellement en ligne books.google.fr
  • Épître sur l'intellect (Risâla fî-l-'aql), trad., L'Harmatan, 2003 (ISBN 978-2-7475-1501-6) books.google.com;
  • Traité des opinions des habitants de la cité vertueuse (ISBN 978-2-7116-1036-5);
  • Commentary and Short Treatise on Aristotle 's De Interpretatione, traduction et notes de F.W Zimmermann, Oxford, 1981.
  • L’Harmonie entre les opinions de Platon et d’Aristote, édition bilingue de Fawzi Mitri Najjar et Dominique Mallet, 1999.

Études sur Fârâbî[modifier | modifier le code]

  • Al-Fârâbî, Philosopher à Bagdad au Xe siècle, présentation et dossier par Ali Benmakhlouf, Traductions par Stéphane Diebler, glossaire par Pauline Koetsch, bilingue arabe-français, Seuil, coll. "Essais/Points", 2007 (ISBN 978-2-02-048161-8)
  • Fredj Bergaoui, La Théorie de l'image chez Al-Farabi, éd. Anrt, 1988, 788 pages.
  • Rémi Brague, Traité de logique, trad. de Rémi Brague, Paris, Desclée De Brouwer, 1996.
  • Muḥsin Mahdī, La fondation de la philosophie politique en Islam. La cité vertueuse d'Alfarabi, Éd. Flammarion, Paris, coll. Champs, traduit de l'américain par François Zabbal, 2000, (ISBN 2-08080048-5), (version originale en anglais partiellement en ligne books.google.fr).
  • Jean-François Monteil, « La transmission d’Aristote par les Arabes à la chrétienté occidentale : une trouvaille relative au De Interpretatione », in Revista Española de Filosofia Medieval, 11: 181-195 (2004).
  • Leo Strauss, Le Platon de Fârâbî, traduit de l’anglais et annoté par Olivier Sedeyn, Paris, éd. Alia, 2007, (ISBN 978-2-84485-099-7).
  • Philippe Vallat, Farabi et l'école d'Alexandrie, des prémisses de la connaissance à la philosophie politique, Vrin, 2004, (ISBN 978-2-7116-1707-4), texte partiellement en ligne books.google.fr
  • (en) Alfarabi, The Political Writings. Selected Aphorisms and Other Texts, traduit par Charles E. Butterworth, éd. Cornell University Press, 2004, (ISBN 978-0-8014-8913-6), texte partiellement en ligne books.google.fr
  • (en) Majid Fakhry, Al-Fārābi : founder of Islamic Neoplatonism, his life, works and influence, éd. Oneworld, 2002, (ISBN 978-1-85168-302-4).
  • (en) Carlos Fraenkel, Philosophy and Exegesis in al-Fârâbî, Averroes, and Maimonides, dans M. Achard et F. Renaud (éds.), Le commentaire philosophique (I), Laval théologique et philosophique, 64.1, 2008, p. 105-125.
  • (en) Joep Lameer, Al-Fārābī and Aristotelian syllogistics, Greek theory and Islamic practice, éditeur Brill, 1994, (ISBN 978-90-04-09884-8), texte partiellement en ligne books.google.fr
  • (en) Salim Kemal, The poetics of Alfarabi and Avicenna, éd.Brill, 1991, (ISBN 978-90-04-09371-3), texte partiellement en ligne books.google.fr
  • (en) Ian Richard Netton, Al-Farabi and His School, Routledge, 1999, (ISBN 978-0-7007-1064-5), texte partiellement en ligne books.google.fr

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Source partielle[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Z. B. Fakhry 2004, 111; Schupp 2005, xi; Black 1996, 178; Watt 1967, 115; Farmer 1952; Netton 1992, 5; Shlomo Pines et P. M. Holt et al. (dir.), The Cambridge History of Islam, vol. 2B, Cambridge, Cambridge University Press,‎ , « Philosophy », p. 780–823, ici p. 794:„...a descendant of a Central Asian Turkish family“; Henri Laoust: Les schismes dans l’Islam, Paris 1965, S. 158: „...né dans le Turkestan, à Fārāb, et sans doute d’origine turque, bien que l’iranisme le revendique aussi...“.
  2. a et b Henry Corbin, Histoire de la philosophie islamique, Gallimard, 1986, p. 225.
  3. a b c d e f g h i j Dimitri Gutas, « Farabi » in Encyclopædia Iranica, Online Edition 2005-2007; accessed March 1, 2007.
  4. (in Flügel p.263)
  5. Cf. Livre de l'inventaire des sciences, cité par M. Honegger, Dictionnaire usuel de la musique, Paris, Bordas, 1995, p. 268.
  6. B.G. Gafurov, Central Asia:Pre-Historic to Pre-Modern Times, (Shipra Publications, 2005), 124; "Abu Nasr Farabi hailed from around ancient Farabi which was situated on the bank of Syr Daria and was the son of a Turk military commander".
  7. Will Durant, The Age of Faith, (Simon and Schuster, 1950), 253.
  8. Nicholas Rescher, Al-Farabi's Short Commentary on Aristotle's Prior Analytics, University of Pittsburgh Pre, 1963, p.11, Online Edition.
  9. Antony Black, The History of Islamic Political Thought: From the Prophet to the Present, Routledge, p. 61, Online Edition
  10. James Hastings, Encyclopedia of Religion and Ethics, Kessinger Publishing, Vol. 10, p.757, Online Edition
  11. * edited by Ted Honderich. (1995). The Oxford companion to philosophy. Oxford: Oxford University Press. pp. 269. ISBN 0-19-866132-0 "Of Turki origin, al-Farabi studied under Christian thinkers"
  12. Salah Ould Moulaye Ahmed, L'apport scientifique arabe à travers les grandes figures de l'époque classique, UNESCO, coll. « Histoire plurielle »,‎ , 274 p. (ISBN 92-3-203975-3, lire en ligne), p. 59

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