Ascension d'Isaïe

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Ascension.

L’Ascension d’Isaïe est un apocryphe chrétien de type apocalyptique datant du début du IIe siècle et probablement composé en Syrie dans une communauté chrétienne charismatique d'inspiration docète. Composé de deux parties, il retrace d'abord le martyre du prophète Isaïe et décrit ensuite les visions célestes du prophète.

Origine et découverte[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

L'ouvrage serait originaire de la région d'Antioche en Syrie, issu d'un milieu de prophètes chrétiens charismatiques, pré-gnostiques d'inspiration docète, qui se revendiquent d'une tradition prophétique vénérable initiée par Isaïe lui-même[1]. Il a été initialement rédigé en grec mais la seule version complète aujourd'hui est une version en guèze, l'éthiopien classique[2]. Longtemps considéré comme une agrégation de deux textes distincts - l'un juif et l'autre judéo-chrétien -, l'Ascension est désormais considéré par l'ensemble de la recherche contemporaine comme un composition chrétienne. Pour la plupart des chercheurs, suivant sur ce point Enrico Norelli[3], elle a été rédigée en deux étapes, d'abord 6-11 rédigées à la fin du Ier siècle puis 1-5, ajouté au début du IIe siècle[4]

Transmission[modifier | modifier le code]

L’Ascension est mentionnée par Origène au IIIe siècle. Elle n'a pas été intégrée au canon par la plupart des Églises, mais garde valeur de texte sacré dans l'Église éthiopienne orthodoxe et fut reçue comme inspirée par certaines courants chrétiens médiévaux comme les bogomiles ou les cathares[5]. C'est pour cela sans doute qu'on en a retrouvé de nombreux fragments au XIXe siècle, écrits en latin, en grec, en copte et en slavon[6]. Il en existe également une version complète en guèze.

Résumé[modifier | modifier le code]

De type apocalyptique[6], l’ouvrage peut être divisé en deux parties. La première débute avec la montée sur le trône de Juda de Manassé, fils d'Ezéchias. Isaïe avait auparavant prédit que le nouveau souverain serait un serviteur du diable et qu'il serait supplicié par lui. Le monarque se comportant comme il l'avait prévu, le prophète décide de se retirer dans les montagnes avec son fils et d'autres compagnons. Mais Béchirra, un faux prophète jaloux, convainc Manassé de mettre à mort Isaïe. Ce dernier est alors scié au moyen d’une planche à bois, sans jamais renoncer à sa foi durant son supplice.

La seconde partie est pseudépigraphique : Isaïe raconte à son fils ce qu'il verra au ciel après son exécution. Après avoir observé les six premiers cieux, le prophète arrive au septième ciel. Il y voit Dieu lui-même, accompagné de ses anges les plus importants, dont son « fils bien aimé », Jésus Christ, et celui-ci lui relate son destin futur.

Contenu théologique[modifier | modifier le code]

L'Ascension d'Isaïe contient de nombreuses références qui l'ont longtemps fait considérer comme proche du dualisme « docétique » mais la recherche contemporaine nuance cette approche en y voyant davantage une christologie de type « polymorphique », attachée aux apparences multivalentes de Jésus, étant entendu que ces termes sont tous deux des constructions modernes[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cristian Badilita, Métamorphoses de l'antichrist chez les Pères de l'Église, Beauchesne,‎ , p. 97-98
  2. Enrico Norelli, Marie des apocryphes : Enquête sur la mère de Jésus dans le christianisme antique, Labor et Fides,‎ , p. 36-37
  3. Richard Bauckham propose la théorie d'une composition unique dans le dernier quart du Ier siècle mais n'est pas suivi ; cf. Jonathan Knight, « The Christology of the Ascension of Isaiah », dans Jonathan Knight (dir.), The Open Mind, Bloomsbury,‎ , p. 154
  4. Jonathan Knight, « The Christology of the Ascension of Isaiah », dans Jonathan Knight (dir.), The Open Mind, Bloomsbury,‎ , p. 154-155
  5. voir par exemple Mathias Delcore, « L'Ascension d'Isaïe à travers la prédication d'un évêque cathare en Catalogne au quatorzième siècle », Revue de l'histoire des religions, t. 185, no 2,‎ , p. 157-178 (DOI 10.3406/rhr.1974.10136, lire en ligne)
  6. a et b Tobias Niklas, « Drink the Cup Wich I Promise You ! », dans Jonathan Knight (dir.), The Open Mind, Bloomsbury,‎ , p. 193-194
  7. Jonathan Knight, « The Christology of the Ascension of Isaiah », dans Jonathan Knight (dir.), The Open Mind, Bloomsbury,‎ , p. 161

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Jonathan Knight, « The Christology of the Ascension of Isaiah », dans Jonathan Knight (dir.), The Open Mind, Bloomsbury,‎ , p. 144-164
  • Enrico Norelli, Ascension d'Isaïe, Brepols, coll. « Apocryphes »,‎
  • (en) Robert G. Hall, « The Ascension of Isaiah: Community Situation, Date, and Place in Early Christianity », Journal of Biblical Literature, The Society of Biblical Literature, vol. 109, no 2,‎ , p. 289-306 (DOI 10.2307/3267019)