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Allah

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AllahÉcouter ( 'Allāh, écrit الله) est le mot arabe qui désigne « Dieu ». Littéralement, Allah signifie "Le Dieu" en langue arabe[1]. Par extension, Allah fait en général référence au nom de Dieu dans l'islam.

Depuis, la fin du XXe siècle et l'exacerbation des revendications identitaires, le terme Allah est revendiqué comme étant uniquement musulman. L'exemple de la décision de la Cour malaise en 2009 contre son utilisation par les communautés malaise chrétiennes confirme ce passage d'un terme historiquement multiconfessionnel à un terme associé à l'islam[2]

Calligraphie du nom d'Allah en arabe, dans un des huit médaillons ornant l'intérieur de Sainte-Sophie à Istanbul (se lit de droite à gauche).

Étymologie

Il s'agit de la forme arabe de l'invocation divine générique de la Bible : « Élie », « Eli » [3], ou « Elôï »[4] « Mon Dieu » en hébreu (pas le nom du prophète Élie) ; Eloah[5], signifie « Dieu » en hébreu ; les mots hébreux « Élohim » (pluriel de majesté d'Eloah) ou Adonaï (Seigneur) sont utilisés pour ne pas prononcer « Yahvé » dans l'Ancien Testament.

Les Akkadiens déjà utilisaient le mot ilu[6] pour dire "dieu", et ceci entre 4000 et 2000 av. J.-C.

En araméen (langue parlée de Jésus-Christ) dieu se dit ALLAHA (āllāhā).

Typographie

Les composants du mot Allah en arabe":
1. alif
2. hamzat waṣl (همزة وصل)
3. lām
4. lām
5. shadda (شدة)
6. alif khanjariah (ألف خنجرية)
7.

Il y a eu une vingtaine d'avis différents parmi les grammairiens arabes anciens sur l'étymologie du mot Allah, comme le rapporte Ibn Manzûr (XIIIe siècle) dans le dictionnaire de référence Lisân al-'Arab. Toutefois, la plupart des avis converge vers l'opinion selon laquelle le mot est composé de Al et Ilāh, et que la hamza a été supprimée à cause de la fréquence d'usage du mot. Cette opinion est aussi attribuée au célèbre grammairien Sībawayh (VIIIe siècle).
Plus récemment, Dalil Boubakeur[7] confirme cet avis en affirmant également qu'il s'agit d'une contraction de Al-Ilāh, (« le Dieu ») en arabe. Le mot se compose de l'article ال al, qui marque la détermination comme l'article français « le », et de إِلَاه ilāh, qui signifie « (un) dieu ». Al suivi de ilāh donnerait Allāh par apocope du deuxième terme, qui porterait donc une hamza instable. Le mot aurait ensuite été univerbé. De sorte, Allah se traduirait littéralement par « le Dieu » — usage qui rappelle celui du mot « Dieu » écrit avec une lettre capitale en français.

D'autres avis ont également existé comme celui de Al-Fayrūz Abādī (XIVe siècle), dans Al-Qāmûs Al-Muh'īt qui soutient l'hypothèse que c'est un mot non dérivé. Un des arguments exposés est que lorsqu'on lui ajoute le mot d'interpellation, on dit yā Allāh, tandis que pour tous les mots portant un article, l'article est supprimé après le .

Dans le mot اللّٰه, la shadda n'indique pas une gémination mais bien l'assimilation du lām de l'article devant un autre lām ; l'on aurait sinon affaire à un mot ʾAlllāh, ce que la langue arabe ne permet phonologiquement pas.

La voyelle longue ā n'est pas notée par un ʾālif. L'épellation du mot a été établie avant que la lettre ʾālif servît à noter la voyelle longue. Une diacritique représentant un alif est ajoutée sur la shadda pour indiquer la prononciation.

Il possède un caractère dans le codage Unicode (FDF2) dont la forme UTF-8 est (EF B7 B2): ﷲ

À noter que certaines polices de caractères remplacent les caractères consécutifs ālif lām lām ha, par un glyphe de ligature ʾAlllāh, Ainsi les caractères saisis ne correspondent pas aux glyphes contenus dans la ligature : la shadda et l'ālif vertical apparaissent au rendu, mais n'existent pas au niveau de caractères. Un humain lira donc ʾAlllāh (avec shadda et ālif vertical) mais au niveau informatique il n'y aura dans le code que les caractères ālif lām lām ha.

Usages

En Arabie païenne pré-islamique

Le terme Allah et le mot hébreu Elohim et Éloah dérivent de la même racine sémitique El , 'fort', qui donnera le mot désignant le Dieu créateur dans les civilisations proche-orientales et sémitiques : la divinité El. Le terme se retrouve par exemple aussi en langue ougaritique (langue sémitique du Nord-Ouest) ou en akkadien, īlum

Certains passages coraniques rappellent que le nom Allah désigna pour les Mecquois avant la période islamique le Dieu créateur[8]. Allah avait des divinités associées, considérées par les Arabes comme divinités subordonnées, des fils et les divinités Al-ʿUzzā, Al-Manāt et Al-lāt étaient désignées comme ses filles[9]. Le père de Mahomet se prénommait Abdallāh, "serviteur d'Allah".
Dans ce cas, la place d'Allah dans le panthéon mecquois est à comprendre comme celle de Zeus ou Jupiter dans les mythologies gréco-romaines ou encore Brahmā dans la mythologie hindou.

Enfin, Al-Lat, qui était une déesse de la fécondité et de la féminité vénérée en Arabie à l'époque préislamique.

Chez les juifs

Dans l'Écriture juive, Elohim est utilisé comme un titre descriptif pour le Dieu des Écritures, dont le nom personnel est YHWH. Elohim est également utilisé pour les dieux païens pluriels. L'arabe et l'hébreux faisant tous deux parties des langues sémitiques, il est communément admis que le nom arabe Allah (racine Ilah) et le nom hébreux Elohim sont linguistiquement de même origine.

Par ailleurs, les juifs du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord arabophones ont longtemps utilisé, et continuent dans une certaine mesure toujours aujourd'hui[Quand ?], d'utiliser le terme Allah pour désigner Dieu.[réf. nécessaire]

Parmi les expressions les plus répandues, on trouve[réf. nécessaire] :

  • Incha' Allah : si Dieu le veut
  • Allah i rahmo : Que Dieu le prenne dans sa miséricorde

Chez les chrétiens

  • Avant l'islam

Pour les chrétiens assyriens, le mot araméen pour Dieu est Elaha ou Alaha.

Par ailleurs, le terme Allah a également été attesté dans les poèmes des tribus arabes chrétiennes originaires de Syrie et ayant émigré en Arabie au IIIe siècle, comme les Ghassanides et les Tanukhides[10],[11].

Il existait par ailleurs d'importantes communautés chrétiennes en Arabie dès le IIIe siècle. Une de ces communauté d'Arabie du Sud fut d'ailleurs persécutée par le souverain juif de Himyar, Dhu Nuwas, qui déclencha une persécution contre les chrétiens qui se trouvaient sur son territoire vers les années 520. La persécution culmina avec le massacre des chrétiens habitant Najran et la mort de leur leader, al-Haarith (canonisé par la suite : saint Arethas)[12]

  • Après l'avènement de l'islam

Les Arabes chrétiens d'aujourd'hui n'ont pas d'autre mot pour « Dieu » que « Allah ». La langue maltaise, qui descend de l'arabe et est parlée sur l'île de Malte où la population est presque entièrement catholique, utilise également « Allah » pour « Dieu ». Les chrétiens arabes, par exemple, utiliser les termes « Allah Al Ab » (الله الأب) pour « Dieu le Père », «Allah al ibn » (الله الابن) pour « Dieu le Fils » (Jésus-Christ) et « Allah Ruh Al-Qods » (الروح القدس) pour « Dieu le Saint-Esprit » (voir Trinité chrétienne pour le concept chrétien de Dieu). À noter toutefois que de nombreux chrétiens arables utilisent le terme « Rab » (Seigneur) pour faire référence à Dieu.[réf. nécessaire]

Suite à l'avènement de l'islam, les chrétiens arabes ont utilisé deux formes d'invocation. Ils ont adopté la Bismillah musulman et ont également créé leur propre Bismillah associé à la Trinité :

  • Le Bismillah musulman se prononce par les chrétiens comme suit : "Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux" (بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيم bismillah Al rahmane Al rahime)
  • Le Bismillah associé à la Trinité se prononce comme suit : "Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit" (en arabe, باسم الآب والابن والروح القدس bismi l-āb, wa-l-ibn, wa-r-rūḥ al-quds).

Chez les musulmans

Le Coran ayant été révélé en langue arabe, c'est donc naturellement le terme Allah qui est utilisé pour désigner le dieu unique. Chaque fois qu'un musulman prononce le mot Allah en dehors du cadre de la récitation d'un verset du Coran ou de la prière, il doit prononcer la formule « Soubhanahou wa ta'ala » qui signifie « Gloire à lui, il s'est élevé (au-dessus de tout) ». Certains disent aussi « 'Azza wa jalla » ou « Jalla jalalouh » (ﷻ). Pour entrer en islam, il faut citer « Il n'y a pas de vraie divinité si ce n'est Dieu (Allah) et Mahomet est Son messager » (« Ashhadu an lâ ilâha illa-llâh wa Ashhadu ana Mouhammadan Rasûlu-l-llâh » : c'est la chahada, la profession de foi islamique.[réf. nécessaire]

Allah dans la tradition islamique

L'entrée en islam est avant tout associé à la reconnaissance de l'unicité divine et la reconnaissance de Mohammed comme son prophète (la chahada).

Pour se démarquer d'un environnement fortement polythéiste à la Mecque à l'époque du Prophète, la révélation coranique insiste fortement sur l'unicité divine ("Allah" c'est-à-dire "Le Dieu"). Le mot Allah désignait déjà la divinité principale et créatrice à la Mecque). Mais le Coran insiste sur son unicité Tawhid (le monothéisme) et donc l' importance de ne rien lui associer. Il est le créateur des cieux, de la terre et de toutes les créatures dont l'homme. Allah n'est ni masculin ni féminin et ne ressemble à rien d'entre ses créations. Dieu est unique dans son essence, il n'a pas d'égal dans l'univers et le fidèle musulman doit lui vouer un culte exclusif (Tawhid), selon le Coran : « Il n’a jamais engendré, n’a pas été engendré non plus. Et nul n’est égal à Lui. » (Coran 112:4). L'expression Allahou Akbar "Dieu est le plus grand" marque également dans le comparatif, l'insistance de l'unicité divine.

Le terme Allah s'utilise régulièrement dans la culture musulmane. Par exemple, les musulmans commencent leurs actes au nom d'Allah Bi Ismi Allah, ils expriment leur satisfaction en disant "Louange à Dieu" al hamdou li-Allah ou déplorent le décès d'un proche "nous sommes à Dieu et à lui nous retournons" Ina li-Allahi wa ina ilayhi raji oun. S'ils commettent un péché ils demandent le pardon d’Allah Allah astaghfirni . Lorsqu'ils expriment leurs intentions, prévisions ou leurs espérances: "Si Dieu le veut" In cha' Allah.

Les musulmans utilisent également le terme Rabb (Seigneur) pour désigner Dieu (en général accompagner de l'objet: Rabb-ukka (Ton Seigneur), Rabb al samawati wa al ard (Le Seigneur des Cieux et de la Terre), etc.

Le théologien musulman Ibn Taymiyya a soutenu qu'il existe une différence entre "la nécessité de la reconnaissance de la Seigneurie de Dieu" (robubiya) (Dieu, Seigneur et Gérant des mondes) et "la reconnaissance de sa Divinité absolue" (Uluhiya) (vocation exclusive de l’adoration à Dieu) . Il affirme que l'apport de l'islam n'est pas dans la "rububiya" (Allah était déjà reconnu par tous, même par les polythéistes de la Mecque) mais "Uluhiya" (l'adoration unique). Cette thèse a largement été contesté par la plupart des savants musulmans qui affirment que les deux ne peuvent pas aller l'un sans l'autre.

Les noms d'Allah

D'un point de vue musulman, Allah est considéré comme le nom le plus précieux de Dieu parce que ce n'est pas descriptif comme les quatre-vingt-dix-neuf noms, mais dénote la présence même du Dieu unique.

« Dis : Invoquez Allah, ou invoquez le Tout Miséricordieux. Quel que soit le nom par lequel vous l´appelez, Il a les plus beaux noms. » (Coran 17:110). Les noms d'Allah sont consultables sur l'article traitant des noms de Dieu en islam[13], en arabe أسماء الله الحسنى.

Attributs d'Allah

- Le Cheikh malékite Abdul Wahid Ibn Ashir (990 – 1040 H)[14], a cité 13 attributs d’Allah:

  • L'Existence (Al-Woujoûd)
  • La Prééternité (Al-Qidam)
  • La Pérennité (Al-Baqa')
  • L'Autosuffisance (Qiyâmouhou Bi Nafsihi)
  • La Non-ressemblance à tout ce qui est contingent (Al-Moukhâlafatou li al-hawadith)
  • L'Unicité (Al-Wahdaniyya)
  • L'Omnipotence (Al-Qoudra)
  • La Volonté (Al-Irâda)
  • L'Omniscience (Al-`Ilm)
  • La Vie (Al-Hayât)
  • L'Ouïe (As-Sam')
  • La Parole (Al-Kalâm)
  • La Vue (Al-Basar)

- Selon les Mutazilites, quatre de ses attributs le distinguent clairement de tout être vivant [15] :

  • Le créateur (Al Khaliq) : c'est-à-dire qu'Allah peut donner à toute chose une existence matérielle à partir du néant.
  • L'omniscient (Al Aalim) : son savoir embrasse toute chose. Il sait tout de tout temps.
  • Celui qui subsiste par lui-même (Al Qayyum) : Allah ne dépend de rien pour subsister et, tout dépend de lui. De cet attribut, découle son immortalité. Alors que tout être vivant dans la nature dépend pour survivre d'éléments qui lui sont externes tels que l'eau, l'oxygène ou les aliments.
  • L'inébranlable (Al Matine) : Allah est inaltérable. Aucune défaillance ne peut le saisir. De ce fait, il n'a besoin ni de repos ni de sommeil et demeure immuable dans sa toute-puissance. Alors que tout être vivant dans la nature se fatigue, vieillit, ses facultés physiques et mentales s'altèrent avec le temps et finit par mourir.

Notes et références

  1. ar-Râzî, Traité sur les noms Divins, Traduction depuis l'arabe : Maurice Glotton. Héritage spirituel, édition al-Burak (669 pages). ISBN 978-2-84161-111-9, pp. 211-258.
  2. http://www.courrierinternational.com/article/2014/06/23/touche-pas-a-mon-allah
  3. La Bible de Jérusalem, éd. Du Cerf, Paris 1973. ISBN 978-2-220-02015-0, Mathieu, 25, 45-47 ; p. 1474
  4. La Bible de Jérusalem, éd. Du Cerf, Paris 1973. ISBN 978-2-220-02015-0, Marc, 15, 33-34 ; p. 1503.
  5. La Lettre Chrétienne, Eloah.
  6. http://psd.museum.upenn.edu/epsd/epsd/e2616.html
  7. Dieu - Allah
  8. Le Coran, « Le Tonnerre », XIII, 16, (ar) الرعد, « L’Araignée », XXIX, 61-63, « Lokman », XXXI, 25, « Troupes », XXXIX, 38
  9. Le Coran, « L’Étoile », LIII, 19-22, (ar) النجم, « L’Abeille », XVI, 57 et « Les Rangs », XXXVII, 149
  10. A. Amin et A. Harun, Sharh Diwan Al-Hamasa (Cairo, 1951), Vol. 1, pages 478-480.
  11. Al-Marzubani, Mu'jam Ash-Shu'araa, page 302.
  12. http://www.achcbyz.com/achcbyzV2/infoPublication-30.html
  13. ar-Râzî, Traité sur les noms Divins, Traduction depuis l'arabe : Maurice Glotton. Héritage spirituel, édition al-Burak. p. 211-258 (669 pages). ISBN 978-2-84161-111-9.
  14. http://islamsunnite.net/le-chaykh-ibn-3achir-cite-les-treize-attributs-de-allah-quil-est-un-devoir-de-connaitre/
  15. Münakaşalar, Talat Koçyiğit. éd. Türkiye Diyânet Vakfı Yayınları, Ankara 1989. ISBN 978-975-389-019-9. p. 76 et suivantes.

Voir aussi

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Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

  • Ar-Râzî, Traité sur les noms Divins, Traduction depuis l'arabe : Maurice Glotton. Héritage spirituel, édition al-Burak. (669 pages). ISBN 978-2-84161-111-9.