Khalid ibn al-Walid

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Khâlid ibn al-Walîd
Surnom Abou Soleyman
Abou Walîd Aydhâ
Naissance 584
Décès 642 (à 58 ans)
Origine Arabe
Commandement Le principal général du prophète de l'Islam Mahomet et du premier calife Abu Bakr

Khâlid ibn al-Walîd[1] (arabe : خالد بن الوليد) appelé également Abou Soleyman[2] ou Abou Walîd Aydhâ[3],[4] (584 - 642), est un quraychite et le principal général du prophète de l'Islam Mahomet et du premier calife Abu Bakr. Après la mort de Mohamed, il participe à la reconquête de la péninsule d'Arabie et est le commandant des armées musulmanes lors des conquêtes de l'Irak, de la Syrie, et des deux grandes puissances de l'époque : l'Empire byzantin et l'Empire Sassanide.

À l'instar de très peu de généraux que l'histoire recense, tels que Gengis Khan et Alexandre le Grand, il ne connaît pas de défaite. Son génie de stratège, remarqué avant même sa conversion à l'islam (lors de la bataille de Uhud, il est le principal responsable de l'unique défaite de musulmans lors des guerres entre Mecquois et Médinois), lui vaut d'être surnommé par Mohamed le « Sabre dégainé de Dieu ».

Commandant au cours de plus d'une centaine de batailles, il n’en perd aucune, et cela malgré les moyens militaires limités de ses armées (armes peu sophistiquées et effectifs souvent largement inférieurs à ceux de l'armée ennemie). Il est parfois considéré comme l'un des plus grands stratèges militaires de l'histoire, selon Ali Ibrahim Akram qui lui a consacré une biographie (The sword of Allah, 1970).

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant la mort de Mohamed[modifier | modifier le code]

En 629, Khâlid, le chevalier de Quraych, renonçant au polythéisme de ses ancêtres, se convertit à l'islam. Quelques mois plus tard en septembre 629, il participe à l'expédition de Mu'ta (ou Bataille de Mu'ta) en tant que simple soldat[5]. À la suite des décès successifs des 3 chefs musulmans, il est désigné commandant de l'armée. Face à l'écrasante supériorité numérique des Byzantins, Khâlid utilise une ruse pour sauver l'armée musulmane d'un massacre,et d'infligé de grande perte a l'armée romaine : il feint d'avoir reçu des renforts en ordonnant à sa cavalerie de soulever autant de poussière que possible à l'arrière de son armée, et en intervertissant l'aile gauche de l'armée musulmane avec son aile droite, son avant-garde avec son arrière-garde, équipée de nouveaux étendards; les Byzantins croient voir de nouveaux soldats devant eux. Lorsque Khâlid replie soudainement son armée, les Byzantins croient non pas à une retraite mais à un piège, et décident de ne pas poursuivre. L'essentiel de l'armée musulmane ainsi sauvée, et Mohamed l'élève à son retour sous le titre de « sabre dégainé de Dieu »[6].

Il est choisi pour mener l'aile droite de l'armée musulmane lors de la conquête de La Mecque. Lorsqu'il entre dans la cité sainte des musulmans, il baisse la tête en reconnaissance envers Dieu qui l'a guidé vers l'islam. Khâlid reste présent aux côtés de Mohamed et met son génie militaire au service de la nouvelle religion.

Règne d'Abû Bakr[modifier | modifier le code]

En 632, après la mort de Mohamed, des troubles éclatent dans diverses tribus sous le califat d'Abu Bakr. Musaylima ben Thimâma, un homme prétendant être un prophète, s'étant manifesté pour concurrencer Mohamed dans le centre de l'Arabie.

Khâlid est aux commandes d'une partie des armées musulmanes pour rétablir l'ordre et combattre si cela s'avère nécessaire. Il use de sa ruse et de ses qualités de stratège pour réussir à remettre de l'ordre dans les tribus révoltées (batailles de la Ridda). Il combat avec fougue et ardeur l'armée de Musaylima.

Guerre contre les Banû Tamîm[modifier | modifier le code]

Dans la tribu des Banû Tamîm, Sajâh de la tribu des Banû Taghlib[7], une prophétesse d'origine chrétienne née à Mossoul, prend la tête des rebelles contre l'islam. Elle professe une sorte de syncrétisme entre l'islam et le christianisme. Elle cherche une alliance pour se renforcer contre le calife[8]. Parmi la troupe des Banû Tamîm se trouvait Mâlik ben Nuwayra. Il était chargé de la collecte de l'impôt (zakat) mais y avait renoncé à la mort de Mohamed. Sajâh fit mouvement vers Al-Yamâma[9] pour faire alliance avec Musaylima. Ce mouvement inquiéta autant Musaylima que Khâlid ibn al-Walîd qui se trouvait lui aussi dans les parages. Les armées musulmanes se retirèrent à deux jours de marche pour éviter l'affrontement.

Après quelques jours, Sajâh et sa tribu se retirèrent en Irak laissant les Banû Tamîm. Ces derniers étaient inquiets des réactions d'Abû Bakr et de son général Khâlid ibn al-Walîd. Ils envoyèrent une ambassade auprès du calife pour plaider leur cause. `Omar `Omar était prêt à pardonner mais Le calife s'interposa et déchira le traité qui venait d'être signé.le calife prit la décision d'envoyer Khâlid ibn al-Walîd faire le tri et mettre à mort les apostats.

Khâlid engagea une campagne contre les Banû Tamîm laissant Musaylima tranquille. Mâlik ben Nuwayra désirait éviter l'affrontement, il conseilla aux tribus de se disperser pour ne pas donner l'impression d'être en ordre de bataille. Khâlid cherchait un moyen de savoir qui avait apostasié ou non. Mâlik prisonnier n'a pas su convaincre qu'il n'était pas un apostat, il fut décapité. Sa très belle épouse Umm Tamîm a plu à Khâlid qui l'a épousée. Ce meurtre et ce mariage lui furent reprochés par Abû Bakr et par `Omar.

Guerre contre Musaylima[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Musaylima.

Après cette campagne contre les Banû Tamîm, les armées musulmanes se retournèrent vers Al-Yamâma dans laquelle Musaylima s'était retranché.

La bataille fut sanglante, environ 1 100 musulmans sont tombés. Khalid comprit que le seul moyen de remporter la victoire serait de tuer Musaylima. Il entreprit donc une manœuvre audacieuse avec certains de ses meilleurs cavaliers pour transpercer les lignes adverses jusqu'à Musaylima, qui tenta de s'enfuir mais fut tué. L'effet psychologique fut immédiat, et l'armée de Musaylima fut ébranlée puis s'effondra. Madjâ', l'un des généraux de Musaylima réussit à faire croire à Khâlid qu'il disposait encore de troupes fraîches et parvint ainsi à obtenir des conditions de reddition très favorables. Khâlid reçut une lettre, signée d'Abû Bakr, lui reprochant cette erreur.

Au cours de cette bataille meurtrière de nombreux compagnons de Mohamed, dont Zayd ben al-Khattâb frère d'`Omar, ont été tués. `Omar suggéra à Abû bakr de faire une première recension écrite des sourates du Coran de peur que la tradition ne se perde si les compagnons venaient tous à mourir. C'est à Zayd ben Thâbit, qui avait été le secrétaire de Mohamed, qu'échut cette tâche. Ce livre, quand il fut achevé, fut gardé par Hafsa, fille d'`Omar, et quatrième épouse de Mohamed.

Abû Bakr a envoyé onze généraux pour combattre les tribus qui ont rejeté l'islam après la mort de Mohamed. Khâlid fut chargé de la région d'Al-Yamâma.

Conquête de l'Irak[modifier | modifier le code]

En 633, Abû Bakr lance la campagne de conquête de l'Irak. Khâlid part d'Al-Yamâma et se dirige vers Obolla. La population des villages qu'il traverse vient à sa rencontre et demande la paix contre le paiement d'un tribut. Khâlid accepte et continue sa marche vers Al-Hîra. La ville se rend facilement, Khâlid l'épargne contre le paiement d'un tribut. Khâlid se voit alors confier par la calife le commandement de toutes les armées d'Irak qui atteignent 10 000 hommes[10].

La bataille des chaînes[modifier | modifier le code]

Les ordres d'Abou Bakr concernant Khâlid étaient d'attaquer Obolla[11] qui était la place forte frontière de la Perse. Obolla était l’un des ports principaux de l’Empire sassanide sur le Golfe, située sur les rives du Tigre à l’entrée de Bassora, un nœud de jonction d’une importance capitale. La place est défendue par 20 000 hommes commandés par Hormuz[12]. Les autres généraux reçurent l'ordre d'attaquer plus au nord et à l’ouest. Khâlid envoya à Hormuz une lettre qui disait : « J’arrive, moi, le général du vicaire de Dieu. Embrasse l’islam ou paye le tribut ou prépare-toi à la guerre[13]. »

La bataille commence par un duel d’homme à homme entre Hormuz et Khâlid. Khâlid évite un coup de sabre porté par Hormuz. Khâlid le surprend en sautant sur lui, le soulève et le jette au sol et tire son poignard pour l’égorger. Hormuz appelle ses cavaliers pour lui porter secours. Les cavaliers encerclent les deux hommes pour dégager Hormuz et se débarrasser de Khâlid. Les musulmans réagissent rapidement. Ils écartent les Perses et les éloignent de Khâlid qui en profite pour trancher la tête d’Hormuz et la jeter au milieu des troupes perses.

Le lendemain Khâlid entre dans Obolla. Khâlid fit le partage du butin et en envoya le cinquième au calife à Médine avec en plus une tiare ornée de pierres précieuses et un éléphant

Peu après cette victoire Khâlid remporta une autre bataille, à Madsâr, contre les renforts que le roi de Perse avait envoyé pour soutenir Hormuz. Il y aurait eu 30 000 soldats perses tués ce jour-là. Il y eut un butin considérable et Khâlid a permis à chacun de garder ce qu’il avait pris. Il envoya une lettre à Abû Bakr pour lui annoncer cette nouvelle victoire.

Bataille de Walaja[modifier | modifier le code]

Cette bataille commence elle aussi par un combat singulier entre Khâlid et un guerrier perse surnommé « Mille cavaliers ». Khâlid parvient à transpercer son adversaire d'un coup de lance. Il revient au camp pour demander à manger car il avait fait le vœu de ne pas manger avant d'avoir tué cet homme. Après s'être restauré, Khâlid donne l'ordre d'attaquer. Le bilan pour les Perses fut encore plus mauvais qu'à Madsâr. Khâlid s'empara de Bassora et de tout le sud de l'Irak (Sawâd)[14].

Bataille de Lîs[modifier | modifier le code]

Les tribus arabes, souvent chrétiennes, qui servaient à l'Empire Perse de troupes supplétives pour protéger ses frontières, ont vu l'arrivée de Khâlid comme une menace. Elles ont demandé l'aide de l'empereur. Celui-ci envoya un de ses généraux pour faire la jonction avec les Banû Bakr et les Banû `Idl. Khâlid prévenu de ce plan décida d'attaquer directement l'armée perse avant même qu'elle puisse faire sa jonction avec les deux tribus arabes.

L'armée perse est rejointe alors qu'elle s'était installée pour prendre un repas au bord de l'Euphrate. Khâlid donna l'ordre de ne pas tuer sur le champ les combattants mais de les faire prisonniers. Le lendemain, il fit conduire ces prisonniers sur la rive du fleuve. Khâlid fit ensuite le partage du butin en envoyant le quint au calife[15].

Soumission de la Sawâd[modifier | modifier le code]

Amghîchîya[16] était la plus grande ville de la Sawâd, les propriétaires terriens (dihqân) s'unirent contre Khâlid. À Al-Hira l'un des plus importants d'entre eux, Azâdubè, organisa une armée pour combattre Khâlid. Il allait lancer son armée contre Khâlid mais il s'enfuit d'Al-Hira. La troupe se sentant abandonnée rentra dans Al-Hira. Khâlid envoya ses troupes prendre la ville. Il donna l'ordre à ses soldats de n'accepter que la conversion à l'islam pour avoir la vie sauve. Un groupe de moines qui vivaient là sortirent de la ville et implorèrent la grâce de Khâlid. Après cela les notables obtinrent la paix contre le paiement d'un tribut[17].

Tabari raconte alors l'entrevue de Khâlid avec un habitant de Al-Hira « âgé de trois cents ans et qui vécut encore soixante ans après Khâlid »[18].

Les propriétaires terriens voyant qu'ils ne pouvaient lutter contre Khâlid acceptèrent de payer l'impôt foncier. On réunit ainsi une somme de deux millions de dirhems qui fut remise à Khâlid. Khâlid s'est alors dirigé vers Anbâr.

Prise d'Anbâr[modifier | modifier le code]

Azâdubè, le fugitif d'Al-Hira s'était réfugié dans Madâ'in. Khâlid envoya deux messagers à Madâ'in qui reçurent la réponse que seule la guerre devait décider. Anbâr était une place forte très ancienne sur la route entre la Sawâd et Madâ'in. Ses environs accueillaient bon nombre des tribus arabes en rébellion contre le calife. Parmi celles-ci on retrouvait des Banû Taghlib qui avaient suivi leur prophétesse à Al-Yamâma. Khâlid se précipita hors d'Al-Hira. Les tribus arabes qui étaient là vinrent affronter les troupes musulmanes de Khâlid et furent repoussées. Le gouverneur persan voyant les fuyards s'empressa de quitter la ville et d'y laisser les habitants se défendre comme ils le pourraient. Khâlid fut inflexible, il ne voulut admettre qu'une reddition sans concession. L'hostilité permanente des bédouins chrétiens amena Khâlid à prendre des mesures de plus en plus dures. Les chefs furent décapités devant les murs de la ville et tous les hommes de la garnison furent mis à mort.

Il y avait un monastère où quatre jeunes gens s'étaient réfugiés. Ils se firent passer pour des étudiants recevant l'instruction des Évangiles. Ces quatre hommes sont, d'après la tradition musulmane, les ancêtres de quelques hommes célèbres comme Ibn Ishaq l'historien et Musa ben Nusayr le conquérant de l'Espagne[19].

Tabari raconte qu'après la prise d'Al-Anbâr, Khâlid fit une série de prises de places fortes et de batailles : Ayn at-Tamr, Dumat al-Jandal, Hacîd, Mudhaiyah, Thinîs, Rudhâb, Firâdh. Cette dernière bataille aurait fait cent mille morts au dire de l'auteur[20].

Sachant que le calife ne l'y autoriserait pas, Khâlid entreprit avec quelques compagnons un pèlerinage à La Mecque clandestin. À son retour Abû Bakr, à l'instigation de `Omar, écrivit à Khâlid une lettre de reproches pour avoir laissé son armée sans commandement. Le projet de Khâlid était encore de se diriger vers Madâ'in. Il resta à Al-Hira pour y préparer ses troupes.

Conquête de la Syrie[modifier | modifier le code]

Jusqu'en en 634, les musulmans n'ont pas encore pénétré en Syrie qui est sous la domination de l'empereur de Byzance et où là aussi certaines tribus arabes servent à protéger les frontières. L'empereur de Byzance, faute de finances n'avait pas pu verser les subsides habituels aux tribus arabes chargées de protéger ses frontières. L'entrée en Syrie des troupes musulmanes a été facilitée. Les populations syriennes sont restées spectatrices de l'invasion musulmane.

Dans le but d'envahir ce pays, Abû Bakr constitua quatre corps d'armées, auxquels devait s'adjoindre un quatrième, formé de troupes venant de Médine sous les ordres de Mu`âwiya. Abû Bakr avait assigné une province à chacun de ses généraux : Abu `Ubayda avait reçu la province d’Émèse (Homs). Yazid ben Abî Sufyan reçut Damas. `Amru ben al-`Âs la Palestine. La Jordanie revenait à Churahbil ben Hasana. Se voyant devant une armée de 50 000 hommes les quatre généraux écrivirent à Abû Bakr qui demanda à Khâlid ibn al-Walîd de venir à leur aide. Khâlid pris la tête des opérations et positionna les troupes musulmanes sur les rives de la rivière Yarmouk.

Bataille de Yarmouk[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Bataille de Yarmouk.

Pendant la bataille, Abu Ubayda ben al-Jarrah est informé qu'Abû Bakr est très malade. C'est au début du combat qu'arrive la nouvelle de la mort du calife. `Omar qui succède à Abû Bakr destitue Khâlid dès son accession au pouvoir. Il envoie un messager à Abu Ubayda ben al-Jarrah pour lui annoncer qu'il vient de le nommer à la place de Khâlid. Abu Ubayda ben al-Jarrah préfère cacher la nouvelle à Khâlid pour ne pas démobiliser les troupes. Khâlid conserve le commandement de la bataille jusqu'à la victoire et c'est à ce moment-là qu’Abu Ubayda ben al-Jarrah décide d'annoncer à Khâlid la décision d’`Omar de le nommer à sa place.

Règne d'`Omar[modifier | modifier le code]

Le nouveau général Abû 'Ubayda, conscient de l'énorme atout d'avoir un stratège militaire de la trempe de Khâlid dans ses rangs, décide de le garder à ses côtés comme principal conseiller. Leur association a permis aux musulmans de remporter victoire contre les Byzantins.

Seconde bataille d'Emèse[modifier | modifier le code]

L'empereur byzantin Héraclius, voyant la progression des musulmans en Irak cherche à rallier les populations chrétiennes de Mésopotamie pour renforcer ses armées. Il y a une armée de plus de cent mille hommes sous les murs d'Émèse (Homs). Aussitôt Abû `Ubayda appelle des renforts. Yazîd ben Abî Sufyân vient de Damas, Mu`âwîya ben Abî Sufyân vient de Césarée et Khâlid ibn Walîd reste à Chalcis pour réunir une armée en attendant les renforts venant d'Irak. Khâlid ibn al-Walîd arrive enfin et il conseille à Abû `Ubayda de tenter une sortie. Une bataille de quatre jours s'engage. Trois mille byzantins sont faits prisonniers. Trois jours après cette bataille l'armée d'Irak arrive enfin[21]. `Omar donne l'ordre à Abû `Ubayda de distribuer le butin même aux soldats de l'armée d'Irak qui n'ont pourtant pas participé aux combats.

Abû 'Ubayda et Khâlid remportent de nombreuses autres victoires en Syrie: bataille de Marj as-Suffar, prise Damas puis de Fihl, bataille de Marj ar-Rum, prise de Baalbek, de Hama, de Saizar, de Ma'arat an-Nu'man, de Qinnisrin et d'Alep.

En 639, la Syrie est complètement conquise. Abû `Ubayda dans une lettre au calife, fait l'éloge de l'initiative de Khâlid lorsqu'il lui a demandé de faire une sortie hors des murs d'Emèse. En retour, `Omar ordonne à Abû `Ubayda d'interroger Khâlid sur l'origine de l'argent dont il se montre si prodigue, car il est dit : « Dieu n'aime pas les prodigues[22] ». Abû `Ubayda fait venir Khâlid de Chalcis à Emèse. Après avoir vainement interrogé Khâlid, Abû `Ubayda l'envoie à Médine rencontrer le calife. De nouveau interrogé sur l'origine de sa fortune, Khâlid répond qu'elle lui vient de la pointe de son épée. `Omar a destitué complètement Khâlid, lui reprochant de s'attribuer à lui seul ses victoires en oubliant qu'elles étaient dues à la volonté de Dieu. Abû `Ubayda est mort au cours de l'épidémie de peste qui a sévi en Syrie. Khâlid a perdu son dernier défenseur devant `Omar.

Mort de Khâlid[modifier | modifier le code]

Sur son lit de mort, Khâlid ibn al-Walîd confia le secret qu’il convoitait tant depuis qu’il avait embrassé l’islam. Durant sa vie de militant de la cause musulmane, il désira ardemment être tué en combattant sur le chemin de Dieu : « J’ai fait tant de batailles, avait-il dit avant de mourir, et il n’y a pas d’endroit dans mon corps qui n’ait reçu un coup de sabre ou de flèche. Mais me voilà dans ma couche en train de mourir de mort naturelle comme meurt un chameau. » En attendant sa mort avec résignation, il dicta son testament, dans lequel il léguait son cheval et ses armes à `Omar, ses principaux biens. Il n’était pas intéressé par les choses de la vie mondaine. Son seul but consistait toujours à remporter la victoire sur les ennemis. Grâce à lui, les musulmans avaient mis fin aux mouvements de renégats, battu les Perses en Irak et les Byzantins en Syrie.

Le mausolée de Khâlid ibn al-Walîd se trouvait dans la mosquée de la ville de Homs en Syrie. Celui-ci a été détruit par l'armée syrienne fin juillet 2013[23].

« Khâlid ibn al Walid » est le plus grand militaire que le monde musulman ait connu et l’un des plus grands généraux de l'histoire, il ne perdit aucune bataille ni aucun duel et son action militaire changea la carte du monde à jamais. Il réussit durant sa courte vie de chef militaire à faire plier les deux puissances mondiales de l’époque, l’empire byzantin et l’empire perse.

Ses manœuvres tactiques lors des batailles de Walaja, Yarmouk et Ain Tamr entre autres, furent des références dans ce domaine, pouvant utiliser plusieurs formes de stratégie dans une même bataille.

À sa destitution du commandement des armées, sa réaction fut d'accepter la décision du calife sans la contester. Il disait simplement: « j’étais commandant au service de l’islam et je deviens soldat au service de l’islam, on ne peut qu’obéir à notre calife ».

Il pleura plutôt la mort d’Abubakr que sa destitution de son commandement, car le pouvoir politique du calife et l’intérêt des musulmans étaient plus importants pour lui.

Entre Omar ibn el Khattab et Khâlid ibn al Walid, un sentiment de rivalité existait depuis leur jeune âge; on raconte qu’à leur adolescence, ils se sont affrontés dans un duel, Khaled réussit à battre Omar en lui provoquant une fracture au bras. Malgré leur amitié, ce sentiment de rivalité laissa des traces apparentes dans la relation entre les deux hommes.

Après l’arrivée de l’islam. Omar était parmi les premiers Quoraychites à se convertir, son numéro est 40, le quarantième homme sur terre qui se convertit à l’islam, sauf ce privilège, pour le prophète, Omar était le deuxième homme après Abubakr, il était très proche du prophète l’un des ses compagnons les plus fidèles, l’un des ses conseillers les plus intelligents et l’un des musulmans les plus droits, un homme courageux, fort mais juste. Alors que Khaled a mis du temps pour se convertir à l’islam, pire, il a combattu l’islam, et il a même réussi à battre les musulmans à la bataille de « Uhoud », il réussit à prendre l’armée musulmane de revers, profitant de l'erreur des archers musulmans, qui ont abandonné leur position qui servait à protéger l’aile gauche de l’armée du prophète. Ces deux postures différentes de chacun de ces deux personnages, ont créé une atmosphère d’incompréhension entre les deux hommes, l’un est le plus grand souverain de son époque et l’autre est le plus grand militaire de la même époque.

Les deux hommes n’ont pas pu réussir à cohabiter dans la même sphère politique, Omar était un homme d’état intransigeant, il dictait des lois et il était le premier à les respecter, il avait toujours une crainte sur l’islam sur l’état musulman, il avait cette crainte que les musulmans deviennent matérialistes et que les nouvelles conquêtes créent une nouvelle forme de richesse qui tuerait les vrais valeurs de l’islam. Ces craintes se sont confirmées à la création de la dynastie des « Umayyades », dans laquelle l’accession au pouvoir et ses privilèges étaient plus importants que le bonheur des citoyens musulmans. En revanche, Khaled était issu de l’aristocratie « Quoraychid », il appartenait à la tribu de « Béni Makhzoum » son père était « Al Walid ibn al Moughira » l’un des richissimes dignitaires de la Mecque, il n’a jamais vécu dans le besoin. Mais malgré tous ces avantages sociaux, il était éduqué dans la tradition militaire et il est devenu le chevalier de sa tribu. Devenant commandant des armés musulmans, il a prouvé qu'il était un homme sans égal dans le domaine militaire, il n’a pas fait que réussir sa conquête militaire, mais il a géré les territoires nouvellement conquis avec une finesse politique remarquable, il a instauré une vrai continuité avec le pouvoir central de Médine, il a réussi à transformer une population hostile à l’islam en de vrais citoyens du nouvel État islamique, des citoyens qui non seulement profitaient des droits de la citoyenneté, mais aussi qui rendaient des services à l’État musulman. Le plus important dans sa conquête militaire fut le fait de réussir à convertir à l’islam des milliers de personnes dans des territoires loin de la péninsule arabique.
Khaled est le premier à former un commando d’élite, sa garde mobile était formée des meilleurs soldats et se voit confier les plus dangereuses des missions. Cette structure était sous le commandement direct de Khaled, il a réussi à créer un vrai service de renseignement militaire géré par un état major, qui analysait les différentes informations et produisait des rapports pour chaque action militaire. Malgré tout ce pouvoir qui détenait, il n’a jamais trahi ou désobéi aux ordres du Calife, car pour lui sa réussite militaire n’était qu’une façade de la grandeur de l’islam.

Quand Omar a décidé de mettre Khâlid en retraite, c’était en parfaite concordance avec ses principes d’homme pieux et confiant que c’est grâce à l’islam que le petit État de Médine a réussi son expansion, selon Omar, aucun musulman n’a de grâce sur l’islam, il avait raison dans sa pensée, car après Khaled l’islam a continué son expansion.

La destitution de Khaled était faite dans la douleur et Omar a vite compris qu’il fallait donner des explications de sa décision, il l’a fait de la meilleure des façons, en rendant hommage à Khaled, faisant de lui un icône éternel du génie militaire arabo-musulman.

« Je n’ai pas destitué Khaled parce qu'il a fauté, mais parce que j’ai eu peur que les gens fassent de lui la raison de toutes nos réussites militaires et pour qu’ils sachent que c'est grâce à Dieu que nos armées gagnent les batailles ».

Omar dira un jour « le jugement d’Abubakr sur les hommes est meilleur que le mien, Khâlid est un commandant de par nature ».

Le temps a eu raison des deux hommes, ils sont devenus plus sages, Omar et Khâlid ont réussi enfin à se comprendre et à sa mort, ce dernier a légué ses biens les plus chers, son épée et son cheval au Calife.

Omar interdisait aux citoyens musulmans de pleurer leurs morts, car dans sa logique, on ne doit pas pleurer une personne qui va au paradis, mais cette fois il a décidé de transgresser la loi, car même sa fille Hafssa le pleurait. Il rentra chez lui et dit à sa fille «  laissant les femmes de béni Makhzoum pleurer Khâlid, car c’est sur des hommes comme Khâlid qu’on doit pleurer ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. arabe : ḫālid ben al-walīd,
  2. arabe : abū sulaymān, أبا سليمان
  3. arabe : abū walīd ʾayḍā, arabe : أبا الوليد
  4. Ce personnage n'est connu que par les sources islamiques écrites plus de 150 ans après son époque(Tabari).Aucune source contemporaine ne vient corroborer son existence.
  5. jumada al-awwal 8 A.H.
  6. arabe : sayf allah al-maslul, سيف الله المسلول
  7. Sajâh bint al-Hârith ben Suwayd at-Taghlibîya (arabe : sajāḥ bint al-ḥāriṯ ben suwayd at-taḡlibīya, سجاح بنت الحارث بن سويد التغلبية
  8. >Tabari 2001, p. 36-37
  9. Al-Yamâma (arabe : al-yamāma, اليمامة) Ville et région au centre de l'Arabie saoudite dans la région du Nadj, à 80 km au Sud-Est de Riyad.
  10. Tabari 2001, p. 85-87
  11. Site imprécis, entre le Tigre et l'Euphrate à une vingtaine de kilomètres de Bassora.
  12. Hormuz : déformation de Ahura Mazda la divinité du Zoroastrisme.
  13. Tabari 2001, p. 88
  14. Tabari 2001, p. 90-91
  15. Tabari 2001, p. 92-93
  16. Amghîchîya, en arabe : ʾamḡīšīyā, أمغيشيا
  17. Tabari 2001, p. 94-95
  18. Tabari 2001, p. 95
  19. (en) William Muir, op. cit. (lire en ligne), chap. XIII, (« Syria—Fall of Damascus, 14 A.H. »)
  20. Tabari 2001, p. 106. Les autres batailles sont rapportées p.  99-106
  21. Tabari 2001, p. 174-175
  22. Le Coran, « Le Bétail », VI, 141, (ar) الأنعام
  23. Témoignage de Homs : "Pourquoi Khaldiyé est tombé aux mains de l’armée syrienne", France 24, 29 juillet 2013.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Tabari (trad. du persan par Hermann Zotenberg), La Chronique. Histoire des prophètes et des rois, vol. II, Actes Sud / Sindbad, coll. « Thésaurus »,‎ 2001 (ISBN 2-7427-3318-3), « Les quatre premiers califes ».
  • Janine et Dominique Sourdel, Dictionnaire historique de l'islam, PUF (ISBN 978-2-130-54536-1), « Khâlid ibn al-Walîd », p. 468