Pagne

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Le pagne est un vêtement ou une parure parmi les plus anciens

Le pagne est un vêtement léger, souvent rudimentaire, porté dans les pays chauds.
Il est fait d'une pièce de tissu, de cuir, de plume ou de matière végétale tressée généralement et rectangulaire, ajusté autour des hanches et descendant jusqu'aux cuisses (pagne court) ou aux chevilles (pagne long). Sa taille permet au minimum de cacher les parties génitales.

Ce mot était féminin jusqu'au début du XIXe siècle. La Pérouse dans la description de ses voyages[1]l'utilise pour désigner plus largement « un coupon d'étoffe qui sert à (...) envelopper le corps » et en 1850 Flaubert l'utilise pour décrire « de petits caleçons de cuir » utilisés en Afrique.[2]. Une version en est décrite par J.W Page en 1941 comme « un vêtement dont un pan est entouré autour de la taille et l'autre passé entre les jambes et ramené à la ceinture, l'extrémité libre flottant par-devant »''[3]. Il est généralement composé d'une seule pièce, ou d'une pièce et d'une ceinture. Il peut être simple, coloré, imprimé, brodé ou décoré de diverses manières. Certains pagnes[4] pouvaient être en tissu plissé pour leur partie inférieure, ou accompagnés de bijoux ou pièces d'étoffe décoratives.

Selon les époques, les cultures et les âges de la vie, le pagne est mixte ou tantôt porté par les femmes, par les hommes, dehors, ou à l’intérieur, à partir de l'adolescence en général. C'est l'un des vêtements les plus simple à fabriquer et à porter, encore couramment utilisé, notamment dans les régions chaudes. Quelques créateurs de mode et artistes s'en inspirent.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Ce mot pourrait avoir été emprunté à l'espagnol paño désignant le pan (de tissu) venant lui-même du latin pannus « morceau d'étoffe » [5]

Origine[modifier | modifier le code]

Le Pagne est un tissu importé en Afrique, au début du XIXème siècle par les marchands Hollandais qui l'ont trouvé en Indonésie, qui fut très vite adopté par les élites africaines au milieux du XIXème siècle, et qui est aujourd'hui devenu un des symboles de l'élégance en Afrique[6].

Utilisation, us et coutumes[modifier | modifier le code]

Il est toujours porté de nos jours dans plusieurs pays d'Afrique, d'Amérique tropicale et d'Océanie.
Il existe des centaines de sortes de pagnes différents selon l'âge et les activités, ainsi que pour l'intimité.

Le pagne blanc de la mariée, chez certaines ethnies africaines attachant une grande importance à la virginité, devait être taché de sang le lendemain de la nuit de noces pour prouver la virginité de la mariée. Il était ostensiblement promené dans les rues jusqu'à la concession du mari afin de montrer à sa famille que la mariée était réellement vierge, mais l'on sait que le sang d'une volaille pouvait aussi être utilisé pour faire passer la mariée pour vierge, ou si l'hymen ne saignait pas[7].

« Pagnes mortuaires » ; spécifiquement décorés, pour accompagner le défunt dans l'au-delà, chez de nombreuses ethnies d'Afrique, d'Asie du Sud-Est ou de Madagascar, les individus devant dans certaines cultures préparer ou acheter ce pagne, ou en prévoir plusieurs au long de leur vie[8] en Afrique chez les Manjaques. Les motifs de ces pagnes peuvent par exemple raconter la vie du défunt, décrire les rites et cérémonies du village ou décrire l'enterrement du mort[9].

Dans les Guyanes Le pagne traditionnellement rouge des amérindiens du plateau des Guyanes, dont par exemple celui des Wayapi de Guyane[10] où aussi le "don du pagne" (ou du pangi) joue un rôle important chez les Ndjuka (société matrilinéaire d'origine africaine et implantée au Surinam et dans la région frontalière aux alentours de Saint-Laurent-du-Maroni) ; rituel qui marque le passage au statut de femme, préalable au mariage et au droit d’avoir, si elle le souhaite, son propre abattis (différent de celui de sa mère) et d'avoir - tant qu’elle n’est pas mariée - les relations sexuelles de son choix à condition que cela se fasse dans une relative discrétion. Le don du pagne s'effectue quand la mère de la jeune fille juge qu'elle est devenue femme, habituellement vers son dix-huitième anniversaire ou plus tôt en cas de grossesse[11]. A partir de l'adolescence, les filles portaient un pagne plus court de type cache-sexe, en tissus de plusieurs couleurs[12] ou orné de dessins[13].

Variants[modifier | modifier le code]

En Afrique[modifier | modifier le code]

Vendeuse de pagnes à Abidjan, en Côte d'Ivoire.

De très nombreuses sortes de pagne coexistent en Afrique, fabriqués avec les matériaux de la forêt ; en écorce battue ornée de motifs M'buti par les Pygmées au Zaïre, aux tissus les plus riches et complexes inspirés des techniques indonésiennes, en passant par les pagnes colorés des Masaï et les pagnes courts et affriolants réservés à l'intimité dans l'Ouest et centre-ouest du continent.

Exemple de motifs

Dans les pays du Golfe de Guinée, de la Côte d'Ivoire au Sud du Nigeria, le pagne traditionnel était une pièce de tissu d'environ 1 m de large et 8,5 m de long. Cette forme se retrouve également dans le sari/dhoti indien, la toge romaine et la forme ancienne du kilt écossais. Lors des occupations quotidiennes, le pagne était plié en deux dans le sens de la longueur et enroulé autour des hanches. Dans des situations plus "formelles", les cérémonies, ou quand il faisait froid, il était déplié et drapé à la façon d'une toge ou d'un sari, une partie s'enroulant autour de la taille et le bord libre rejeté derrière l'épaule gauche, ou parfois relevé sur la tête. Bien entendu, si un individu pouvait se permettre de posséder plusieurs pagnes, il utilisait les plus usés en position "travail" lors de ses occupations journalières et un pagne de bonne qualité drapé autour du corps pour les grandes occasions. À l'époque moderne, le pagne des femmes fut coupé pour former trois parties (pagne, corsage et surjupe ou châle). Celui des hommes n'est plus utilisé que pour de grandes occasions et/ou par les hommes d'un certain rang (prêtres, chefs traditionnels au Ghana, notamment).

On appelle pagne wax les tissus imprimés utilisés notamment en Afrique de l'Ouest, jusqu'en République démocratique du Congo, et dont la technique s'inspire des Batiks Javanais, réalisés avec des cires hydrophobes (Wax signifie « cire »). Les premiers tissus de ce style ont d'ailleurs été ramenés par des mercenaires ghanéens travaillant en Indonésie pour les Britanniques et les Hollandais. La création et le tissage de ces pagnes ont donné lieu à une véritable industrie, les originaux ayant été produits en Hollande (real Dutch wax). Il existe des versions imprimées (faux-wax) très dynamiques en Côte d'Ivoire notamment. Les motifs, parfois humoristiques ou populaires (images de héros de série télévisée, formules chocs…) en sont dessinés par des artistes burkinabés, maliens, ivoiriens principalement, faisant souvent de ce vêtement un moyen de communication[14]. Il y a aussi les pagnes kitas en Côte d'Ivoire et au Ghana.

En Polynésie[modifier | modifier le code]

On appelle tapa les vêtements en forme de pagne décrits par les navigateurs européens du XIXe siècle constitués d'écorce ou de fibres végétales battues, utilisés en Polynésie (ex : sud du Vanuatu, îles Salomon et littoraux, N-W de la Nouvelle-Guinée…).
Le paréo est un pagne long, constitué d'une étoffe légère porté comme un pagne, ou noué au-dessus des seins ou éventuellement au-dessus de l'épaule ou derrière le cou. Son usage s'est répandu dans le monde comme vêtement d'intérieur et de vacances, évoquant par leur forme et motifs (fleurs, végétaux…) les images paradisiaques de Tahiti, des vahinés… De nombreux créateurs de la Haute couture et du prêt-à-porter s'en sont inspirés.

Le pagne long[modifier | modifier le code]

On appelle également « pagne » tout vêtement long qui donne l’apparence d’une jupe longue quand il est porté, mais qui n’est constitué que d’une seule pièce de tissu rectangulaire démunie de système de fermeture (il tient par le fait que le tissu est replié plusieurs fois sur lui-même à la ceinture, ou par un nœud). L’absence de couture permet une grande liberté de mouvement.

Par exemple au Mali (où le pagne bogolan est dessiné et porté par les femmes), il couvre le corps du nombril aux chevilles, donc s'arrêtant aux pieds. Il est traditionnellement constitué de sept bandes de coton cousues entre elles (Le : taafe en bamanan). Il est enroulé autour du corps, le côté droit attaché sur le côté gauche. La décoration, divisée en cinq parties, a un sens symbolique :

  • La bordure supérieure (fini siri (attacher) bolo, ou finitayoro), parfois plus solide, sert à nouer le pagne.
  • Le bord droit (sokonon bolo ; so signifiant : la maison, et konon dedans/à l'intérieur, et bolo : main/ limite) n’est plus visible une fois le pagne noué, alors que la bordure gauche (kenema (dehors) bolo) est apparente.
  • La bordure du bas (duguma bolo ou senkorola (duguma signifiant la terre/le sol, et sen le pied, Korola signifiant auprès de) est une bande décorative comportant des motifs associés à ceux du panneau principal central, finin ba (ba désignant la grand-mère, et finin l'étoffe).

Les motifs dessinés sur les pagnes en bogolan et leurs positions respectives symbolisent ou évoquent des récits d'événements réels ou mythiques. Les motifs, qui peuvent avoir plusieurs sens, portent des noms et ils protègent la femme qui porte le pagne. Ce sont souvent des stylisations d’empreintes d'homme ou d’un animal. Chez les Bambaras, les traces laissées sur le sol étaient réputées contenir une partie de la personne.

  • Certains motifs sont créés à l’occasion d’un événement, et caractéristiques d’une ethnie ou d’une région et d’une époque.
  • Différents pagnes sont portés selon le moment de la vie d'épouse ou de mère.
  • Un motif différent peut marquer les angles du pagne.

La technique du Bogolan au Mali a été dans les années 1980 appropriée et transformée par des artistes maliens, sénégalais ou du Burkina Faso (ex : groupe malien Bogolan kasobané) qui dessinent sur des pièces de tissus.

Au sein du groupe ethnique des Kuba, les hommes tissent les pagnes, mais ce sont les femmes qui les décorent au moyen d'appliqués, de broderies et en ajourant le tissu.

Le pagne court[modifier | modifier le code]

Il existe de nombreuses sortes de pagnes courts, dont en fibre, écorces battues, voire en simple ceinture de plumes chez certaines ethnies de la forêt sud-américaine.

En Afrique une jupe-pagne[15] est dérivée du Pagne Wax et Au Sénégal, le bethio, dit « Petit Pagne » (Bekou-soukar, tame thiere, keyitoukeur gui en wolof) est un vêtement, parfois ajouré, très lié à la séduction[16] et à l’érotisme en Afrique, qui peut être porté avec un ou plusieurs collier(s) de perles autour des hanches (Dial Dialy est le collier porté par les femmes, Bine Bine étant celui porté par les jeunes filles, mot qui signifie aussi « doucement » en wolof) autour de la taille pour notamment mettre en valeur le corps dans certaines danses aux déhanchements évocateurs.

Ce vêtement a également été approprié par des artistes et créateurs, évoquant d’un certain point de vue le phénomène de la mini-jupe ou plutôt de la lingerie de séduction (charme ou sexy) en Occident, car porté à l’intérieur et dans l’intimité.

Périzonium[modifier | modifier le code]

Dans la culture chrétienne, le pagne porté par le Christ en croix s'appelle le périzonium.

Évolution[modifier | modifier le code]

Le paréo survit comme vêtement de plage, le temps des vacances, mais le modèle occidental a fait reculer le port du pagne dans de nombreux pays, et chez les immigrés des pays riches.

Très souvent, les enfants d'immigrés, pour mieux s'intégrer, abandonnent souvent la culture vestimentaire de leur pays d'origine, optant pour les sportswears à la mode à l'école. Parfois, le pagne est porté dans l'intimité familiale à la maison. Dans certains pays et à certaines époques, le pagne a été interdit dans les missions, les écoles, les églises, au travail ou dans la rue pour forcer les ethnies traditionnelles à s'adapter aux modes vestimentaires importés de l'Occident.

Inversement, quelques artistes ou praticiens de la mode tentent périodiquement de relancer l'intérêt du public pour les aspects pratiques et confortables de diverses sortes de pagnes, avec l'aide des autorités locales parfois, avec par exemple une Fête du pagne de trois jours créée à Douala en juin 2005, pour relancer le port du pagne, « encourager la créativité des couturiers et tailleurs », mais aussi « orienter la création vers des lignes et un esprit plus contemporains » des vêtements traditionnels[17].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voy. La Pérouse, t. 4, 1797, p.14
  2. Flaubert (1850) Correspondances, p.182
  3. Les derniers peuples primitifs JW Page Ed. Payot 1941 341pp
  4. comme le pagne royal chendjit du musée du Louvre
  5. Pagne, dans le Trésor de la langue française
  6. Journal Télévisé de 20h France2 Samedi 13 Octobre 2018
  7. article de Ousmane Thiény sur le pagne, l'initiatrice et la virginité
  8. page sur le magne mortuaire manjaku
  9. Exemple de description d'un pagne mortuaire, de l'ethnie sénoufo
  10. Grenand F (1980) La langue Wayãpi (Guyane française): Phonologie et grammaire (Vol. 41). Peeters Publishers.
  11. Jolivet M.J & Vernon D (2007). Droits, polygamie et rapports de genre en Guyane. Cahiers d'études africaines, (3), 733-752.
  12. Vêtement couvrant le bas ventre porté par les adolescentes au moment de la puberté , Musée des Cultures Guyanaises de Cayenne
  13. CACHE-SEXE / kwe, couvrant le bas ventre des adolescentes au moment de la puberté
  14. Blé R.G (2012) Le pagne. Un moyen de communication en Côte d'Ivoire. Communication. Information médias théories pratiques, 30(1).
  15. Bibila N (2009, Octobre). La mode vestimentaire féminine à Brazzaville dans le contexte de la révolution des TIC: entre innovation et imitation entrepreneuriales. Georgia Institute of Technology.
  16. Petit pagne
  17. Page consacrée à la fête du pagne de Douala