Rapport de force

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Un rapport de force est une relation de conflit entre plusieurs parties qui opposent leurs pouvoirs, ou en un sens plus littéral leurs forces, que cette force soit physique, psychique, économique, politique, religieuse, militaire

Si les parties impliquées dans le rapport de forces ont un pouvoir inégal, on distingue la partie dominante et la partie dominée : s'applique alors la loi du plus fort, autrement dit l'arbitraire du pouvoir. On nomme généralement violence, en un sens physique, moral ou social (voire écologique), l'usage d'un tel pouvoir.

Dans un cadre réglementaire[modifier | modifier le code]

Les lois et les structures peuvent prendre acte des rapports de forces à un moment donné en les institutionnalisant.

À la Libération de la France, par exemple, d'importantes avancées sociales se sont produites du fait d'un rapport de forces particulier. Les acteurs de la Libération étaient en position dominante, tandis qu'une partie du patronat, du fait de sa collaboration, était discréditée. Le parti communiste a reçu plus de 25 % des suffrages aux élections de 1945 et la CGT comptait autour de 5 millions d'adhérents[1]. Le programme du Conseil national de la Résistance, élaboré dans la clandestinité, comportait des mesures destinées à réduire l'influence en France des collaborationnistes. Elles ont alors été mises en application[2]. La sécurité sociale a notamment été créée et des nationalisations ont eu lieu, conduisant en particulier à la création d'EDF et GDF en 1946[3].

Dans les années 1970, les luttes féministes ont également abouti à des lois, comme, en France, la légalisation de l'avortement[4].

Un changement législatif peut entériner la domination de l'une des parties du rapport de forces. C'est le cas de la Seconde République espagnole, proclamée en 1931 après la formation, l'année précédente, d'une large coalition républicaine et la victoire de celle-ci aux élections législatives[5]. C'est également le cas de la dictature fasciste en Italie, instaurée en 1922 après des démonstrations de force des chemises noires (dont la marche sur Rome). Un autre exemple est celui de l'apartheid en Afrique du Sud, qui donnait un support législatif à la domination de la population blanche sur la population noire[6].

Dans les conflits sociaux[modifier | modifier le code]

Le rapport de forces est le résultat d'une confrontation. Dans un conflit du travail, l'utilité sociale, économique du métier participe au rapport de forces. Ainsi, les éboueurs, de par leurs grèves, ont un pouvoir de négociation bien plus fort que des ouvriers ayant un métier comparable du point de vue de la pénibilité (traitement des déchets, industrie lourde, logistique du froid). Ils peuvent ainsi imposer de meilleures conditions de salaires et d'horaires, que dans un secteur plus concurrentiel. Dans les transports publics, l'impact d'une grève est également beaucoup plus fort que par exemple, dans les transports de marchandises.

Dans le cadre d'une négociation[modifier | modifier le code]

Il n'y a pas lieu de parler de "négociation" sans un minimum de rapport de forces. Une négociation suppose que chacun des deux "partenaires" a quelque chose à offrir que l'autre désire. La possibilité de se soustraire à un rapport de domination fait partie du rapport de forces : droit de divorcer par exemple, pour une femme victime de violence, sans perdre ses ressources. L'environnement institutionnel, légal, social, culturel participe du rapport de forces.

Rapport de force, rapport de forces ou rapport des forces[modifier | modifier le code]

L'usage de l'une ou l'autre des deux formes n'est pas fixé et dépend du contexte.

À l'entrée « Rapport », le Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales donne en exemple dans les domaines « philosophie » et « doctrine politique » :

« Rapports de forces. Gramsci a beaucoup fait pour spécifier le type d'articulation qui existe entre les divers rapports de forces (économique, politique, militaire) qui fonctionnent de façon relativement autonome et selon une hiérarchie variable suivant les circonstances (Marxisme 1982, p. 746)[7]. »

À l'entrée « Force », le Dictionnaire de l'Académie française donne, au chapitre II. Puissance, pouvoir d'une personne, d'un groupe, d'un État, etc. : « Le rapport des forces nous est favorable. » et au chapitre III. Contrainte qu'exerce une personne ou que font peser les circonstances : « Rapport de force, tension entre deux volontés, deux puissances qui s'efforcent chacune de s'imposer à l'autre. »[8].

À l'entrée « Rapport », le même dictionnaire donne, au chapitre IV. Lien qui unit plusieurs personnes ou plusieurs choses. 4. Commerce que deux ou plusieurs personnes entretiennent entre elles : « Rapport de force, dans lequel deux volontés, deux entités se mesurent, s'affrontent. Il recherche systématiquement le rapport de force »[9].

Dans le domaine de la physique, l'Observatoire de Paris explique le « rapport de force entre l'électromagnétisme et la gravitation » sur sa page de présentation des Quatre Forces fondamentales de la nature[10] quand l'université Pierre-et-Marie-Curie donne un exercice sur le « rapport de forces fondamentales » au chapitre Force et Champ de gravitation[11]. L'académie d'Orléans-Tours donne l'exemple d'un « rapport de forces avec deux poulies solidaires, de même axe et de diamètres différents »[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « 70 ans de la Sécu : Ambroise CROIZAT, l'invention sociale », sur le site du PCF du Cantal (consulté le 19 décembre 2015)
  2. Gérard Gourguechon, « La Sécurité sociale : 70 ans d’affrontements pour la restreindre ou pour l’étendre », Les Possibles, no 8,‎
  3. Michel Wieviorka et Sylvaine Trinh, Le modèle EDF, Éditions La Découverte,
  4. Nathalie André, « Il y a 40 ans, Simone Veil se battait pour l'IVG », Le Télégramme,‎
  5. (en) Julián Casanova, The Spanish Republic and Civil War, Cambridge University Press,
  6. « Pourquoi les théories racistes ont encore cours en Afrique du Sud », Slate Afrique,‎ (lire en ligne, consulté le 20 décembre 2015)
  7. Définitions lexicographiques et étymologiques de « rapport » (sens E. − PHILOS., DOCTR. POL.) du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  8. « Force », sur Académie française
  9. « Rapport », sur Académie française
  10. « Les quatre forces fondamentales de la nature », sur Observatoire de Paris
  11. « Force et Champ de gravitation », sur université Pierre-et-Marie-Curie
  12. « Le cabinet de physique du château de Chenonceau. Instruments de physique du XVIIe siècle selon Nollet. Poulies différentielles », sur Académie d'Orléans-Tours

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :