Schisme

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 Ne pas confondre avec Chiisme
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Un schisme est une rupture dans la communion d'une religion, le rejet de l'obédience commune qui entraîne la sécession d'une fraction de la communion ecclésiale, une séparation volontaire sans forcément renoncer aux dogmes. S'ils se produisent souvent pour des motifs doctrinaux, les schismes peuvent apparaître pour des raisons d'intérêt, de prestige ou même de personnes.

Le mot est employé surtout dans un contexte d'églises chrétiennes dès l'Antiquité par les Pères de l'Église. S'il contrevient à l'unité des disciples que semble exprimer Jésus-Christ dans sa Prière sacerdotale (Jn 17:22: «Qu'ils soient un...»), le phénomène n'en apparaît pas moins dès l'apparition des premières communautés chrétiennes. Cela étant, il y a litige sur ce qu'en dit Jésus : Matthieu : 10-35 : "Oui, je viens diviser l'homme et son père, la fille et sa mère, la bru et sa belle - mère".

Dans son acception laïcisée, le mot conserve souvent une valeur péjorative et s'applique, notamment en histoire politique, aux tendances dissidentes, exprimant l'idée de dissension ou de rupture particulièrement dans le cadre des idéologies sociopolitiques contemporaines.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Attesté en français sous la forme cisme en 1174, le mot est emprunté au bas-latin ecclésiastique schisma qui vient du grec ancien σχισμός / skhismós, qui signifie « séparation », du verbe σχίζω / skhízô, « couper, fendre »[1].

Le schisme est un terme utilisé d'abord dans le vocabulaire ecclésiologique pour désigner l'acte par lequel un groupe qui appartient à une confession religieuse rompt avec celle-ci et reconnaît une autorité spirituelle ou ecclésiologique différente. En droit canon, le terme désigne la rupture d'un groupe de fidèles d'avec le Saint-Siège, tandis que dans le vocabulaire profane, il désigne la scission d'un groupe organisé, d'une école de pensée ou d'un parti[1].

Schismes et hérésies[modifier | modifier le code]

Dans le vocabulaire ecclésiologique, la notion de schisme est identifiée dès Ignace d'Antioche comme la séparation avec l'autorité ecclésiale et la pratique du culte en dehors de celle-ci. Irénée de Lyon[2] le caractérise par l'orgueil qui conduit au déchirement de l'unité de l'Église à la différence de l'hérésie qui relève de l'erreur ou les « doctrines étrangères »[3].

Mais la répression ecclésiastique tend à rapidement rapprocher les deux notions et Augustin d'Hippone, lors de la crise donatiste considère que si un schisme dure, il se transforme nécessairement en hérésie en raison de « l'opiniâtreté dans le dissentiment »[4]. Cette assimilation est reprise par l'empereur Honorius en 405 puis par le Code théodosien[5], ce qui entraîne la persécution de ce courant par la police impériale[6].

Ainsi, s'il peut y avoir schisme sans hérésie et hérésie sans schisme, dans les fait un schisme accompli propose souvent une nouvelle doctrine ecclésiale rapidement considérée comme hérétique par l'Église d'origine et une hérésie persécutée, si elle résiste aux persécutions, aboutit souvent à un schisme[7].

Ainsi, si toutes les dénominations des Églises protestantes ont été réunies par les autorités catholiques sous le vocable d'« hérétiques » pour avoir changé de doctrine[8], elles ont été également qualifiées de schismatique par le parti catholique[9]. Ces nouvelles confessions ne sont effectivement pas issues d'une séparation décidée par une entité interne de l'Église romaine, mais du rejet de celle-ci par des communautés adoptant de nouvelles idées et une nouvelle organisation, constituant des Églises rivales.

L'Inquisition catholique - institution spécialisée dans le traitement de l'hérésie - a persécuté des « hérétiques » (Cathares, Hussites, Protestants...) mais aussi des « infidèles » (Juifs ou Musulmans d'Espagne) et des « schismatiques », notamment dans les États latins d'Orient : à l'extérieur de son espace culturel, l'Occident cherche à imposer ses rites et croyances ne concevant l'unité des chrétiens que sous forme d'une complète soumission des schismatiques aux exigences de la papauté, ainsi qu'en attestent le concile de Lyon de 1245 et surtout celui de 1274[10].

Judaïsme[modifier | modifier le code]

Dans la tradition biblique, le premier schisme est la séparation entre le royaume d'Israël et le royaume de Juda après le règne de Salomon. Par ailleurs, on a pu considérer, à la suite des écrits antiques de Flavius Josèphe, les samaritains comme un schisme du judaïsme mais il semble plutôt qu'il s'agisse « de relations que les circonstances historiques ont rendues de plus en plus tendues »[11].

Schismes du christianisme[modifier | modifier le code]

Évolution du christianisme.

Avant la rupture des latins et des orientaux[modifier | modifier le code]

Dans la tradition chrétienne, on décèle des tendances schismatiques dès les lettres de Paul de Tarse qui déplore les dissensions dans une communauté de Corinthe. À la fin du IIe siècle, on note une rupture institutionnelle entre l'évêque de Rome, Victor et les évêques asiates qui s'affrontent sur la date de Pâques[12]. Cependant, à une époque où les communautés chrétiennes sont largement autocéphales, les synodes et conciles qui se multiplient génèrent souvent des oppositions, des refus de soumission et des ruptures[12].

Dès les premiers temps de l'Église, les communautés novatianistes, donatistes et ariennes sont condamnées dans différents conciles - d'Elvire (306), d'Arles (314) et de Nicée (325) - avant que le concile d'Antioche en 341 formalise la peine prévue, l'excommunication, sanction du schisme qui sera toujours appliquées par la suite[13]. Néanmoins la crise arienne durera encore près de deux siècles dans l'Empire et l'arianisme continue de prospérer hors de l'Empire chez les « barbares » qui prendront bientôt possession de celui-ci[14].

De nouvelles disputes théologiques se font jour, particulièrement avec le nestorianisme qui, bien que condamné par le concile d'Éphèse en 431, ne s'implante pas moins avec son propre clergé en Syrie, en Chaldée et en Perse, puis se diffuse en Inde, en Chine[15], et plus tard dans l'Empire mongol[16],[17]. Peu après, c'est la crise monophysite sur la nature du Christ qui sépare la plupart des communautés d'Égypte et d'Éthiopie ainsi que certaines de Syrie qui refusent le concile de Chalcédoine de 451[18]. Ces communautés ecclésiales orientales « non-chalcédoniennes » sont aujourd'hui connues sous les dénominations d'Églises des deux conciles et d'Églises des trois conciles.

Rupture entre Rome et Constantinople[modifier | modifier le code]

Des dissensions se font jour à plusieurs reprises entre christianisme occidental et oriental avec les schismes dits d'Acace au VIe siècle et de Photius au IXe siècle qui, s'ils se concluent par l'annulation des anathèmes, tendent à éloigner des communautés qui s'ignorent progressivement et développent des systèmes canoniques et disciplinaires de plus en plus éloignés. Des querelles apparaissent en outre lorsque Rome et Constantinople se disputent les nouvelles Églises en cours de formation au sein des populations slaves nouvellement converties[19]. À ces tensions s'ajoute la querelle du Filioque que les théologiens occidentaux ont ajoutée au Credo, ce que refusent catégoriquement les Orientaux pour lesquels le Père est seule source de divinité[20].

Une grave crise diplomatique survient le 16 juillet 1054 entre l’Église de Rome et l’Église de Constantinople, lorsque le cardinal Humbert de Moyenmoutiers dépose sur le maître-autel de Sainte-Sophie une bulle excommuniant le patriarche Michel Cérulaire et ses proches collaborateurs, excommunication qui est suivie de celle du cardinal et de ses assistants par le patriarche. Si il est amplement repris dans l'historiographie, l'incident tombe pourtant à l'époque presque aussitôt dans l’oubli. C'est essentiellement le détournement en 1204 de la Quatrième croisade, le sac de Constantinople par les croisés et de la constitution de patriarcats « latins » sur le territoire des patriarcats grecs qui consomment la séparation des Églises d'Orient et d'Occident, entraînant l’exil de bon nombre d’évêques orthodoxes et aliénant durablement les populations orthodoxes à l'église d'Occident[21].

À partir de cette époque, « l'Orient ne se reconnaît plus dans l'ordre chrétien unique que l'Antiquité tardive et le haut Moyen Âge avaient tenté de transmettre »[22]. On distingue depuis lors l'Église catholique romaine ou Église latine en Occident et l'Église orthodoxe ou Église des sept conciles en Orient, qui dénie toute autorité à Rome et son évêque.

Christianisme romain[modifier | modifier le code]

Dans l'effervescence du christianisme médiéval, des tentations schismatiques se multiplient, à l'instar des guillelmites à Milan qui tentent au XIIIe siècle de créer une église millénariste dirigée par les femmes[23]. Le christianisme occidental connait d'autres contestations ecclésiologiques, comme celles portées par Guillaume d'Ockham, qui sont renforcées par le Grand Schisme d'Occident qui divise pendant près de quarante ans la chrétienté occidentale en deux factions dont les papes respectifs - à Rome et à Avignon - se succèdent simultanément en s'excommuniant réciproquement de 1378 à 1417. Par l'image catastrophique qu'il donne de la papauté, ce schisme accélère le mouvement de contestation interne avec des théologiens comme John Wycliff et Jan Hus qui préfigurent la Réforme protestante[24].

Les excommunications continuent d'être prononcés par la papauté à l'occasion des schismes protestants du temps de la Réforme - à l'instar du schisme anglican[25], de la Réforme écossaise... -, du refus par la Petite Église en France du Concordat de 1801, du schisme des vieux-catholiques refusant le nouveau dogme de l'infaillibilité pontificale proclamé en 1870 ou encore l'épisode schismatique de la FSSPX à la fin du XXe siècle[13]. Au début du XXIe siècle, il existe un risque important de schisme avec les catholiques « patriotiques » de l'Église catholique en Chine[26].

Le schisme est toujours définit dans le canon 751 du Code canonique de 1983 comme « le refus de soumission au Pontife Suprême ou de communion avec les membres de l'Église qui lui sont soumis »[27].

Rapprochements[modifier | modifier le code]

Parfois, le schisme est suivi d'un rapprochement tant dogmatique qu'obédientiel, mais non rituel. Ainsi, plusieurs églises d'Orient, restées orthodoxes après la séparation des Églises d'Orient et d'Occident, mais isolées et en butte à des persécutions diverses, se sont rapprochées de l'Église romaine au XVIe siècle en acceptant les innovations théologiques des 14 conciles propres à l'Église catholique (notamment le filioque) et l'obéissance au pape, mais en gardant leurs rites byzantins et leur droit canon qui permet, entre-autres, l'ordination d'hommes mariés. Communément appelées uniates, ce sont les Églises catholiques orientales.

Par ailleurs, des tractations ont pris place, sous l'égide de la Commission pontificale Ecclesia Dei, pour un rapprochement entre Rome et la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X qui, bien qu'elles aient échoué, ont provoqué un schisme interne de la fraction la plus intransigeante en 2014[28].

Autres christianismes[modifier | modifier le code]

D'une manière générale, la théologie tant de l'hérésie que du schisme a été moins appliquées sinon enseignée dans les autres confessions chrétiennes que dans le catholicisme romain. Ainsi, à l'exception de la Haute Église anglicane, le protestantisme ne condamne ni même souvent ne reconnait la notion de schisme[8].

Chez les orthodoxes, le schisme des Vieux-Croyants (XVIIe siècle) a entraîné des déportations et de violentes persécutions de la part des autorités tsaristes.

Autres religions[modifier | modifier le code]

Islam[modifier | modifier le code]

Après la mort d'Othmân et la bataille de Siffin en 657, se produit le premier grand schisme de l'islam qui est à l'origine de trois traditions théologiques concurrentes : les chiites, partisans d'Ali, cousin et gendre du prophète de l'islam Mahomet, considèrent que la succession revient aux seuls descendant du prophète ou aux gens de sa maison ; les sunnites élargissent cette possibilité aux membres de la tribu du prophète ; les kharijites, enfin, estiment que n'importe quel musulman digne et apte peut devenir calife, estimant qu'il n'y a de jugement que celui d'Allah[29].

Bouddhisme[modifier | modifier le code]

Le schisme Ohigashi apparaît dans le du bouddhisme jōdo Shinshū en 1969 au sein du temple Higashi Hongan-ji.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « SCHISME : Définition de SCHISME », sur www.cnrtl.fr (consulté le 7 septembre 2015)
  2. Contre les hérésies, IV, 26,2
  3. Alain Le Boulluec, « Hérésie », dans Régine Azria et Danièle Hervieu-Léger, Dictionnaire des faits religieux, Presses universitaires de France, p. 473
  4. Alain Le Boulluec, « Hérésie », dans Régine Azria et Danièle Hervieu-Léger, Dictionnaire des faits religieux, Presses universitaires de France, p. 473-474
  5. XVI, 6,4
  6. Alain Le Boulluec, « Hérésie », dans Régine Azria et Danièle Hervieu-Léger, Dictionnaire des faits religieux, Presses universitaires de France, , p. 473
  7. Valentine Zuber, « Hérésie/Schisme », dans Dictionnaire des notions, Encyclopaedia Universalis, , p. 1126
  8. a et b Valentine Zuber, « Hérésie/Schisme », dans Dictionnaire des notions, Encyclopaedia Universalis, , p. 1128
  9. Alain Le Boulluec, « Hérésie », dans L’Inquisition, Encyclopaedia Universalis, coll. « Les Dossiers d'Universalis », , p. 18
  10. Robert Fossier et André Vauchez, Histoire du Moyen Age : Tome III : XIIe-XIIIe siècles, Éditions Complexe, , p. 188
  11. Jean-Daniel Macchi, Les Samaritains : histoire d'une légende : Israël et la province de Samarie, Labor et Fides, , p. 44
  12. a et b « Schisme », dans Dictionnaire de l'Histoire du christianisme, Encyclopaedia Universalis, , p. 1473
  13. a et b Valentine Zuber, « Hérésie/Schisme », dans Dictionnaire des notions, Encyclopaedia Universalis, , p. 1127
  14. Yves Bruley, Histoire du catholicisme, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , p. 25-26
  15. Yves Bruley, Histoire du catholicisme, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , p. 26-27
  16. Joseph Yacoub, « De Babylone à Pékin, l'expansion de l'Église nestorienne en Chine », clio.fr
  17. Roux 1984.
  18. Yves Bruley, Histoire du catholicisme, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , p. 27
  19. Yves Bruley, Histoire du catholicisme, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , p. 42
  20. Yves Bruley, Histoire du catholicisme, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , p. 43
  21. Michel Balard, Croisades et Orient latin : XIe-XIVe siècle, Armand Colin, , p. 222
  22. Yves Bruley, Histoire du catholicisme, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », , p. 44
  23. Raoul Vaneigem, « Guillelmites », dans Dictionnaire de l'Histoire du christianisme, Encyclopaedia Universalis, , p. 681 et suiv.
  24. Michel Dubost et Stanislas Lalanne, Le nouveau Théo : Livre 3-L'histoire de l'Église, Mame, , p. 212
  25. voir à ce sujet Jean-Pierre Moreau, Le schisme d'Henri VIII, Armand Colin, (ISBN 9782200260125)
  26. Sandro Magister, « Des évêques sans pape. La voie chinoise vers le schisme », sur chiesa.espresso.repubblica.it,‎ (consulté le 8 septembre 2015)
  27. « Code de Droit Canonique, article 751 », sur www.vatican.va (consulté le 7 septembre 2015)
  28. Pierre Jova, « Que reste-t-il de Richard Williamson ? », sur www.lavie.fr,‎ (consulté le 8 septembre 2015)
  29. Sabrina Mervin, Histoire de l'islam, Flammarion, , p. 114 et suiv.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]