Infaillibilité (Islam)

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L’infaillibilité dans l’islam, en arabe : عِصْمَة, isma étymologiquement « ce par quoi on se protège pour éviter un mal », est, selon le dictionnaire Lisān Al-ʻArab, la préservation, protection et lorsqu’on fait isma par Allah, on se protège par la bonté divine contre le péché, tout comme on tend une corde à un naufragé pour le sauver. La croyance en l'infaillibilité des prophètes et des imams est une des caractéristiques des chiites duodécimains[1]

Lorsqu'il a été demandé à l'imam Zayn al-ʻAbedîn le sens de "maʻçoum" (infaillible), il répondit:

« C'est quelqu'un qui se protège par la corde d'Allah en s'y accrochant; et la corde d'Allah, c'est le Coran. L'infaillible et la "corde" resteront attachés l'un à l'autre sans jamais se séparer jusqu'au jour de résurrection. L'imam (l'infaillible) conduit au Coran et le Coran conduit à l'imam. Telle est la parole d'Allah : «Oui, ce Coran conduit à ce qui est plus droit [2],[3] »

. Selon chiites le verset de la purification «  la sourate «  Les coalisés, verset 33 » est une preuve de l’infaillibilité de prophète et Ahl al-Bayt[4].

Le concept de l'infaillibilité[modifier | modifier le code]

L'infaillibilité, ne s'agit pas de ne pas commettre des péchés, car ceci peut être le trait de nombreuses personnes dont le statut et la piété sont élevés, mais il s'agit d'une aptitude naturelle qui empêche de façon absolue de commettre le péché pour lequel son auteur mérite le châtiment divin. L’infaillibilité est une condition nécessaire pour la réalisation de l’authenticité et la certitude dans le message divin. selon L’Allameh Tabatabaï l’infaillibilité est l’existence d’une chose chez l’individu infaillible qui l’empêche de commettre toute erreur ou tout péché[5]. et selon Fazel Meghdad, l’un des grands théologiens chiites, L’infaillibilité est une grâce accordée par Dieu, à la personne, soumise aux lois de Dieu, qui la pousse à éviter de désobéir ou de faire le péché, alors qu’elle en est capable. Cette grâce se réalise avec le surgissement d’un ange auprès de l’individu, soumis aux lois de Dieu. En outre, cet individu est conscient de la récompense de l’obéissance et du châtiment du péché et il craint d’être interrogé pour l’abandon des actes considérés comme étant une obligation religieuse[6].

L’infaillibilité des imams[modifier | modifier le code]

Les chiites affirment que l'imam est infaillible, et considèrent que cette qualité est une condition sine qua non de la validité du rang d'imam, car ce rang revêt aux yeux du chiisme, une signification extrêmement importante: ayant en charge l'essentiel des responsabilités de la communauté de l'islam, il est exposé en permanence au risque de l'erreur et de la déviation, selon qu'il sait ou ne sait pas quelle attitude adopter. Sans doute toute erreur de sa part entraînerait pour la communauté une perte de crédit, et des effets incurables, même à long terme. Les chiites considèrent que cette attention spéciale qu'ils accordent à l'infaillibilité est une preuve de la maturité de leur pensée religieuse, et de leur compréhension profonde de l'essence de l'islam. Ils cherchent à connaître le guide spirituel avec une extrême minutie, car une telle fonction ne peut échoir qu'à un être doté de toutes les perfections. L'infaillibilité est le résultat de l'excellence morale de l'imam et de la grâce divine qui lui accorde la science et la connaissance de tout ce dont il a besoin pour conduire les affaires des musulmans, en tant que communauté ou individus. Ces caractéristiques ne peuvent être réunies qu'au sein des imams de la famille de Mahomet. L’imam a été créé pour guider; Dieu lui a donné les qualités nécessaires pour cela. Il ne commet pas de péchés, pour la bonne raison qu'il est plongé en permanence dans la contemplation divine.

De leur côté, les sunnites n'exigent pas de leurs dirigeants qu'ils soient dotés de la qualité d'infaillibilité. Ils considèrent que l'obéissance religieuse est due même à un calife corrompu.

L’infaillibilité du messager[modifier | modifier le code]

Les chiites croient que tous les prophètes, ainsi que Ahl al-Kisa et les douze imams de la famille du prophète Mahomet, sont infaillibles, donc immunisés contre les péchés et les erreurs. L’infaillibilité du messager est la condition nécessaire pour l’infaillibilité du message. Car sans cette infaillibilité, le message et la révélation deviennent une parole humaine. Mohaghegh Toussi dit :

« L’infaillibilité est nécessaire pour le prophète afin de lui donner l’assurance, et que le motif soit, en conséquence, acquis [7] »

Par conséquent, l’infaillibilité est une condition nécessaire à la mission prophétique. Certains savants et chercheurs expliquent, ainsi, la cause de l’infaillibilité des prophètes :

« Lorsque l’existence de Dieu, avec tous les attributs de Sa Majesté et de Sa Beauté, a été prouvée, et la révélation a été possible et la prophétie a été prouvée, la raison souscrit à la nécessité de l’infaillibilité des prophètes dans la réception et la transmission de la révélation, c'est-à-dire que Dieu choisisse un envoyé pour guider les serviteurs. Il envoie, nécessairement, un prophète qui soit exempt de toute erreur, faute ou défaut, et de pêché, dans la réception et la transmission de la Révélation, sinon, cela ne sera pas compatible avec la sagesse de la prophétie et l’envoi des Livres et des Messagers, qui plongent leurs racines dans la genèse. La sagesse de l’envoi des Messagers consiste à guider l’homme et la guidance des gens ne se réalise que lorsque le Messager de Dieu soit infaillible et exemple de toute erreur, inadvertance ou défaut dans la réception et la transmission de la révélation. Ce principe du Kalâm plonge ses racines dans les attributs divins, dont la science, la puissance et la sagesse de la genèse, d’autant plus que Dieu qu’Il soit exalté est loi de toute oppression et toute absurdité. Si le Messager de Dieu commet une erreur dans la réception ou la transmission de la Révélation, cela sera conçu comme une ignorance, une incapacité ou une incompétence dans l’action divine. De plus, si un prophète n’est pas infaillible et s’il commet, volontairement ou involontairement, une erreur dans sa guidance, il ne sera pas digne de confiance et l’Oumma ne lui fait, donc, pas sa confiance et ne considère pas sa mission et ses messages comme divins. Dans le premier cas, il est question de l’ignorance et l’égarement des gens et dans le second cas, l’annulation et l’absurdité se matérialisent. L’existence sacrée divine est exempte de tout cela[8]. »

L'Infaillibilité selon le Coran et la Tradition[modifier | modifier le code]

  1. Dans son livre Al Manaquib, Shafi’i ibn Magazili rapporte un hadith avec une chaine de transmission remontant à Abdoullah ibn Mas’oud, selon lequel le prophètea dit : « Ma mission est le fruit des invocations de mon ancêtre Abraham (as). Nous demandons ô messager de Dieu, quelle est l’invocation que ton ancêtre Ibrahim (as) avait faite ? Il dit : Dieu révéla à Ibrahim : « Je ferai de toi un imam pour les gens »[9]. Ibrahim (as) fut heureux et dit : « Seigneur fais en sorte que dans ma descendance il y ait des imams comme moi. Dieu révéla encore ceci à Abraham (as) : « Ô Ibrahim je ne te fais pas de promesse que je ne tiendrai pas. Alors Ibrahim (as) dit à Dieu : « De quel engagement et promesse s’agit-il que si tu me fais tu n’y tiendras pas » ? Dieu dit : je ne donne pas le titre d’imam aux pervers qui sortiront de ta descendance. Ibrahim répondit : « Qui sont les injustes et les pervers qui ne porteront pas ce titre ? Dieu lui révéla : « Celui qui se prosterne et adore l’idole. Ibrahim (as) : « Seigneur éloigne moi et mes enfants de l’adoration des idoles. Car ces idoles ont égarés beaucoup de gens »[10]

Le messager dit :

« L’invocation d’Ibrahim s’est acheminé jusqu’à Ali et moi. Ni lui ni moi n’avons jamais adoré l’idole ou se prosterner pour les idoles. Puis Dieu fait de moi son messager et d’Ali (as) mon successeur [11] »

  1. Souleym ibn Kaiz qui est l’un des compagnons particuliers de l’imam Ali (as) jusqu’à l’imam Sadjad (as) rapporte que l’imam Ali (as) a dit :

« La soumission absolue revient à Dieu, son prophète et les Oul –ul Amr ou commandeurs que Dieu a relié avec son messager en ces termes : « Obéissez à Dieu et obéissez à son messager et les oul ul amr (imams infaillibles) parmi vous. »

Dieu ordonne de suivre le prophète dans ce sens que celui-ci est pur et ne viole pas ce que Dieu a décrété. Dieu a également donné l’ordre d’obéir aux oul ul amr c’est-à-dire ceux qui détiennent qui détiennent le commandement car ils sont infaillibles et purifiés, et ne se détournent pas de l’ordre de Dieu[12].

  1. L’imam Ali évoque la question de l’infaillibilité dans Nahjul balagha :
  • Il déclare dans le discours 147 :

« Les imams ne s’opposent pas à la religion de Dieu et ses commandements (un autre imam ne vient pas s’opposer à un décret parmi les dispositions religieuses que son prédécesseur a émis)[13] »

  • Il affirme également dans le discours 131 après avoir rejeté certaines attributs et particularités sur l’imam :

« un imam ne doit pas être celui qui viendra bafoue la ligne et la tradition du messager de Dieu. Car une telle personne entrainera la communauté islamique vers la perdition [14] »

Il est évident que cette déclaration implique la nécessité de suivre les imams.

  • Dans le discours 105, il affirme :

« Ô gens, pourquoi n’illuminez vous pas vos âmes avec des propos qui pleines de leçons, venant de la part de ceux appliquent ce qu’ils disent ? Pourquoi ne lavez-vous pas les récipients de vos âmes avec une eau qui provient d’une source qui n’a jamais été souillée ou polluée ? »[15] »

  1. Cheikh al-Sadûq rapporte dans son livre Al-Amâli, que Muhammd ibn Abi 'Umayr a dit:

« Tout au long de ma longue amitié avec Hicham ibn al-Hakam (le célèbre adepte de l'imam Ja'far al-Sâdeq), je n'ai pas entendu, et je n'ai pas mieux profité de ses paroles que de celle où il me définit l'infaillibilité de l'imam. Je lui demandai un jour si l'imam était infaillible. Il me répondit: "oui!". Je lui demandai: "En quoi consiste cette qualité? et par quoi la reconnaît-on en lui? Il dit: "Tous les péchés se présentent sous quatre aspects possibles. Il n'en est pas de cinquième: l'avarice, l'envie, la colère, la concupiscence. Or ces défauts ne sont pas en lui (l'imam). Il ne lui est pas permis d'être avare des biens de ce monde, puisque ce monde est sous son autorité; il est le trésorier des musulmans, de quoi serait-il cupide? Il ne lui est pas non plus licite d'être envieux, car l'on n'est jaloux que de celui qui nous paraît être meilleur, or il n'est personne de meilleur au-dessus de l'imam, comment envierait-il ceux qui lui sont inférieurs? Il ne lui est pas permis de manifester sa colère pour des affaires de ce monde, à moins que sa colère exprime une désapprobation religieuse, qu'elle soit inspirée par Dieu. Dieu lui a imposé d'appliquer les peines légales, et de ne pas prêter l'oreille aux propos des blâmes, ni de faire montre de pitié mal placée, lorsqu'il s'agit de mettre à exécution des jugements de la Loi. Enfin, il ne lui est pas permis de suivre les plaisirs des sens ni de préférer l'ici-bas à l'au-delà; car Dieu lui a fait aimer l'au-delà autant qu'il nous fait aimer ce monde-ci. Sa face est tournée vers l'au-delà, et la nôtre vers ce monde. As-tu vu quelqu'un détourner son regard d'un beau visage vers un visage de laideur? Ou abandonner un plat délicieux pour un plat amer; un vêtement doux pour un habit rugueux; une grâce parfaite et éternelle pour un monde transitoire et éphémère[16]? »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Lisān Al-ʻArab" 12/403, mot "ʻaçama"
  2. Sourate al-Isrâ', 17:9
  3. Behâr al-Anwâr" 25/194
  4. Madelung 1998 51
  5. Allameh Tabatabaï, Seyyed Mohammad Hossein, Al-Mizan sur le commentaire du coran, t. 2, p. 134.
  6. Fazel Meghadad, Ershad al-Talebine Nahaje al-Mostarsheddine, p. 310.
  7. Mohaghegh Tousi, Nassar al-Din, Tajrid al-Eteghad, p.155, l’institut «  l’imam Sadegh( béni soit-il), Qom, 1996.
  8. Maître Hadavi Tehrani, Mahdi, Les principes du Kalâm en matière d’Ijtihad. L’institut culturel Kherad, Qom, première édition, 1998
  9. Sourate Baqarah: 124
  10. Sourate Ibrahim: 35 et 36
  11. Al tara’if, Ali ibn Moussa Sayyed ibn Taous, vol 1, page 78 la librairie Ayam, Qom, 1400 hégires lunaires.
  12. Abou Sadiq Souleym ibn Kaiz, kitab ul Souelym ibn Keiz, les éditions Hadi, Qom 1415
  13. Nahjul balagha, vol 1, page 206, les éditions Darul Hijrat, Qom
  14. id, page 189
  15. id, page 153
  16. Cheikh al-Sadûq: Al-Amâli, p. 376