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Terrorisme islamiste

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Le terrorisme islamiste (parfois appelé terrorisme islamique) fait référence aux attentats et aux autres actions de terrorisme commis par certains mouvements islamistes. Ils sont le fait principalement de groupes salafistes djihadistes comme l'État islamique ou al-Qaïda. Mais des mouvements chiites comme le Hezbollah, issus des Frères musulmans comme le Hamas, ou encore des groupes taliban sont également considérés comme terroristes par de nombreux États.

L'objectif visé par le terrorisme islamiste est la promotion d'une vision religieuse et radicale du monde et les organisations qui l'utilisent le perçoivent comme un commandement divin[1],[2],[3]. Bien que, dans sa définition religieuse, le djihad ne soit pas spécialement lié à la politique ni à la violence[4], au début du XXIe siècle il est facilement associé à la violence politique exercée en son nom dont un des buts serait de « contraindre [des États] à un retour aux lois de Dieu et à la société prophétique de l’islam originel [et] à épurer l’ordre politique en place[5] ».

Des organisations comme al-Qaïda se positionnent clairement dans le contexte islamique et revendiquent de pratiquer le djihad[6] bien que leurs actions soient condamnées par des autorités religieuses musulmanes[7],[8] ,[9]. Plusieurs organisations islamistes comme le Hamas et le Hezbollah dans le contexte du conflit israélo-palestinien ou les Moudjahidines lors de la Première Guerre d'Afghanistan, qualifient leurs opérations de « résistance » contre « une force d'occupation ».

Les attentats du 11 septembre 2001 perpétrés par al-Qaïda et qui ont fait près de 3 000 morts[10] sont souvent présentés comme l'événement emblématique du terrorisme islamiste.

Plus récemment, l'organisation terroriste de l'État Islamique (Daech) perpètre également des attaques djihadistes et se revendique du salafiste djihadiste, particulièrement hostile aux chiites. Son objectif est le rétablissement du califat des Abbassides, c'est-à-dire un État musulman s'étendant de l'Afrique du Nord à l'Asie centrale[11]. Cette idéologie s'inscrit dans une mutation des États arabes, d'un modèle laïque vers des modèles confessionnels et communautaristes[12].

Dans les années 2010, l'Europe est marquée par une série d'attentats islamistes qui font notamment 250 morts en 18 mois en France[13].

Histoire

25 juin 1996 : un camion piégé explose à l'entrée de la base américaine de Khobar.
Manifestation contre le terrorisme à Barcelone au lendemain des attentats du 11 mars à Madrid

Bien que des actes de terrorisme majeurs tels la prise de la Grande Mosquée de La Mecque en 1979 et l'assassinat du président égyptien Anouar el-Sadate le par le Jihad islamique égyptien aient eu lieu avant cette guerre, pour un certain nombre d'analystes des questions géopolitiques, le terrorisme islamiste moderne est daté de la guerre d'Afghanistan (1979-1989)

Cette guerre vit l'URSS lutter et perdre contre des forces de résistance afghanes soutenues par les États-Unis (Opération Cyclone) cherchant à limiter l'avancée communiste, mais aussi par l'Arabie saoudite, cherchant à exporter le wahhabisme - Oussama ben Laden ira par exemple former les Afghans à la lutte armée -, le Pakistan pour des raisons de proximité spatiale et la République populaire de Chine en raison de sa rivalité avec cet État.

Selon Noam Chomsky, « les islamistes radicaux, ou extrémistes, souvent appelés « fondamentalistes », ont été choyés par les États-Unis dans les années 1980, parce qu'ils étaient les plus implacables tueurs au monde. »[14] Nafeez Mosaddeq Ahmed a conforté cette analyse dans son livre La Guerre contre la vérité[15].

Des actes de terrorisme majeurs avaient eu lieu avant cette guerre, tels la prise de la Grande Mosquée de La Mecque en 1979 et l'assassinat du président égyptien Anouar el-Sadate le par le Jihad islamique égyptien.

Dans les années 1990, la guerre civile algérienne s'étend en France et provoque une vague d'attentats faisant huit morts et près de 200 blessés.

En 2001, les attentats du World Trade Center à New-York dans lesquels près de 3 000 civils ont été tués par Al-Qaïda[10] marquent une évolution emblématique du terrorisme islamiste, par le nombre de victimes, les moyens atypiques mis en œuvre, et le fait que les États-Unis soient touchés.

En 2004, les Attentats de Madrid qui ont fait environ 200 morts et plusieurs centaines de blessés font prendre conscience aux nations européennes du fait que le terrorisme islamiste est un phénomène mondialisé.

En 2015 et 2016, plusieurs attaques terroristes sont perpétrées en France : en janvier, notamment contre la rédaction du journal satirique de Charlie Hebdo, la communauté juive et les forces de l'ordre. En novembre, elles font au total 130 morts à la terrasse de plusieurs brasseries, dans la salle de spectacle du Bataclan et au Stade de France. Le 14 juillet 2016 à Nice, l'attaque prenant pour cible une foule de civils, cause la mort de 86 personnes (bilan au ) et fait 434 blessés. En 18 mois, le terrorisme islamiste fait 238 morts dans le pays[16]

D'après base de données RAND sur le terrorisme, qui tient le compte de tous les attentats terroristes commis dans le monde entre 1971 et 2009, on dénombre généralement entre 8 et 20 attentats islamistes par année en Europe de l'ouest durant les années 1980, contre 0 à 3 (hormis deux années) à partir de la deuxième moitié des années 1990[17]. Pour le chercheur Stéphane Leman-Langlois, le pic observé durant les années 1980 s'explique par le contexte géopolitique de l'époque[17].

Causes

Ce terrorisme a des causes diverses selon les points de vue suivants.

Pour Malek Chebel, le terrorisme se nourrit de l'échec des gouvernants musulmans sur le terrain de la contestation sociale, de la pauvreté du peuple et de la corruption des élites[18]. Le terrorisme perdurerait par « la cécité des pays riches qui, au-delà même de la lutte idéologique, interprètent ces phénomènes brutaux comme une simple revanche de gueux dépenaillés sur les nantis»[18].

Le sociologue, Dominique Baillet considère que les causes sont à la fois économiques, politiques, sociales et psychologiques :

  • Sur le plan économique, il serait ainsi nourri par le déséquilibre nord-sud, vu que le monde musulman, se trouve dans une situation économique de « sous-développement ».
  • Sur le plan politique, il serait poussé par le caractère despotique et autoritaire des régimes en place depuis la décolonisation ainsi que par les problèmes non résolus comme le problème palestinien, et l'embargo irakien.
  • Sur le plan social, il serait causé par une pauvreté croissante, le chômage, la détresse sociale, et l’absence des libertés individuelles.
  • Les autres causes sont psychologiques : elles peuvent notamment être provoquées par le désenchantement, le rêve d’un monde meilleur, le rejet du matérialisme, le ressentiment, la frustration, le manque de reconnaissance[19].

Selon Dominique Baillet, certains islamistes pourraient aussi avoir le sentiment d'être humiliés, et croire que les occidentaux pourraient considérer l'islam comme une religion sous-développée. Selon lui, l'humiliation serait en effet une source de violence[19].

Pour J. Neirinck et pour le prédicateur et théologien musulman Tariq Ramadan, les islamistes verraient dans l'occident une forme de polythéisme où l'adoration de « l’argent, le pouvoir, le sexe, la violence, le bruit, la négation astucieuse ou brutale de toute spiritualité, de toute morale et de toute transcendance » formerait une sorte de négation de la religion [20]. Ceci leur permettrait de fédérer autour de ce sentiment.

Pour le philosophe René Girard, « le terrorisme est lié à un monde différent du nôtre, mais ce qui suscite cette différence l’éloigne de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance ». Il s'inscrirait donc dans « la volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident »[21].

La complexité des causes du terrorisme demande le recours à la pensée complexe pour les comprendre et les clore par dialogue.

Au XXIe siècle, le terrorisme islamiste est souvent considéré comme un mouvement mondialisé, en raison d'un discours similaire, et de la mise en avant que quelques grandes « causes » qui le justifierait : injustices subies par des musulmans en Palestine, en Bosnie ou au Cachemire. Il se manifeste dans les pays occidentaux, et principalement dans les pays de tradition musulmane, notamment en Afrique et au Proche et Moyen-Orient. Pour Mike Smith, dans Boko Haram: Inside Nigeria's Unholy War, sa genèse montre alors que plus que de préoccupations universalistes, il résulte souvent d'une instrumentalisation de la religion dans des sociétés claniques en opposition à l'État, comme en Somalie ou au Tchad[22]. Olivier Roy, en parlant de l'islamisation en général, insiste sur deux facteurs dans L'Islam mondialisé : « la primauté des déterminations ethniques et nationales, mais aussi l'instrumentalisation des jihad périphériques par les néo-fondamentalistes, pour donner corps, par défaut, à l'oumma universelle ». C'est cet « islamo-tribalisme » qu'il identifie au sud du Yémen, chez les Talibans, au Daghestan ou dans les nombreux « émirats islamiques » s'opposant à l'administration par l'État, et ayant institué la charia (Pakistan, Kano au Nigéria...)[23]. Pour Ali Laïdi, qui indique dans Retour de flamme. Comment la mondialisation a accouché du terrorisme qu'« en 2005, près de neuf victimes sur dix du terrorisme international sont tombées en Irak et en Jordanie », le terreau du terrorisme n'est pas la faiblesse de l'État, mais au contraire « dans un monde musulman essentiellement gouverné par des dictatures, l’islam, poussé à l’action violente par la répression, devient facteur de déstabilisation. »[24].

Critique et usages du terme

Selon Semih Vaner, directeur de recherches au Centre d'études et de recherches internationales, « le terrorisme islamique n’existe pas. Pour lui, il y a une diversité de "terrorismes" dont certains peuvent se définir comme une résistance armée (quelle qu'en soit la légitimité de celle-ci). Les autres formes de terrorisme sont, pour lui, des conflits d'ordres politique et/ou économique. »[25].

Selon le géostratège Gérard Chaliand, spécialiste du terrorisme, « le terrorisme islamique est plutôt un terrorisme d'inspiration religieuse à finalité politique que purement religieux »[26].

Dans le monde arabo-musulman, les actes terroristes perpétrés au nom de l'Islam sont généralement condamnés par des autorités religieuses[27]. Dans le cas dans le contexte du conflit israélo-palestinien, des commentateurs qualifient la lutte armée palestinienne de terrorisme, lui attribuant ou non une cause religieuse, tandis que les Palestiniens et leurs soutiens y voient une résistance contre Israël qui occupe indûment une partie de leurs territoires[28],[29].

Plusieurs organisations islamistes qualifient leurs opérations de « résistance contre une force d'occupation ». Ainsi, Hamas est un acronyme de « harakat al-muqâwama al-'islâmiya » signifiant « mouvement de résistance islamique ». Le drapeau du Hezbollah porte la slogan « al-muqāwamah al-islāmīyah fī lubnān » qui signifie « la résistance islamique au Liban ». En Irak, plusieurs organisations (d'inspiration politique et/ou religieuse) mènent une guérilla contre les forces militaires américaines[30].

De son côté, le sociologue Dominique Baillet considère que le terrorisme islamiste est une « interprétation néofondamentaliste qui s'éloigne du Coran et donc de l'islam »[19]: pour lui, la charia ne justifierait pas un massacre en période de paix.

Terrorisme et islam

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L'ensemble des spécialistes de l'islam souligne que le terrorisme islamiste ne saurait en aucun cas se confondre avec l'islam[19], de la même manière que la terreur jacobine ne recouvre pas la Révolution française.

De nombreux dignitaires religieux du monde musulman se sont opposés au groupe Etat islamique et ont appelé à « une action commune et soutenue » contre ce dernier. D'autres encore dénoncent les « agissements inhumains et non-islamiques » du groupe[31],[32]. Toutefois, pour Xavier Luffin, « il faut cesser de dire l’Etat islamique (Daesh), ce n'est pas l'islam », car certains de ses dirigeants ont une bonne connaissance du texte coranique[33]. Selon lui, un travail critique doit être fait au sein même de l’islam. Or, bien que des approches critiques du texte coranique aient été initiées dès le début du XXe siècle, comme celle de Mohammed Arkoun, ces réflexions sont restées sans impact réel[33]. Les nouveaux penseurs de l'islam en dépit de leurs publications nombreuses, « sont surtout lus par des intellectuels occidentaux ou par une frange marginale d’intellectuels du monde arabo-musulman »[33]. La plus grande partie des livres vendues par les librairies musulmanes sont « des traités médiévaux conservateurs et des manuels d’une pauvreté intellectuelle et spirituelle n’abordant que la question du licite et de l’illicite »[33].

La mince frange de terroristes qui passent à l'acte est loin d'être totalement coupée du reste des musulmans. Pour Yvan Blot, auteur d'un ouvrage intitulé Le Terrorisme islamiste, une menace révolutionnaire, l'emprise sociologique de l'islam révolutionnaire fonctionne en quatre cercles principaux dont le cœur est formé par des précheurs et intellectuels fondamentalistes et la base par les djihadistes, prêts à sacrifier leurs vies. A cela s'ajoute des sympathisants actifs qui n'accompliront aucun attentat, mais fournissent la logistique et l'aide, puis un cercle de sympathisants passifs qui approuvent plus ou moins les actions des terroristes[34]. Certains sondages effectués en France et au Royaume-Uni montrent que ce dernier cercle représente environ un tiers de la population musulmane desdits pays[34].

Néamoins, après l'attentat contre Charlie Hebdo, plusieurs personnalités et figures d'autorité musulmanes en France et dans le monde ont condamné les attentats, telles que les représentants de l'université Al-Azhar qui ont souligné que « l'islam dénonce toute violence » ou l'islamologue Tariq Ramadan qui déclara « Ce n'est pas le Prophète qui a été vengé, c'est notre religion, nos valeurs et nos principes islamiques qui ont été trahis et souillés »[35],[36]. Alors que des utilisateurs francophones anonymes de Twitter lancent des hashtags se réjouissant de la tuerie de masse[37] Le hashtag « JeSuisKouachi » est lancé par des soutiens au terroriste en réponse au Je suis Charlie[38]. En quelques jours, environ quatre mille messages faisant l'apologie des attentats sont signalés à la plate-forme de la police judiciaire[39]. Dans les écoles de France, la minute de silence en hommage aux victimes butte sur le refus d'une partie des élèves et des parents[40],[41],[42],[43]. Le Figaro rapporte que, dans une école élémentaire de Seine-Saint-Denis, pas moins de 80 % des élèves d'une classe ont refusé cette minute de silence[44].

Dans cette analyse, Olivier Roy appelle islamistes « ceux qui voient dans l'islam une idéologie politique, au sens moderne du terme, c'est-à-dire une théorie qui prétend s'appliquer à l'ensemble de la société ». Se basant sur le rapport Al Karoui de septembre 2016 et reprenant la définition de Thierry Tuot selon laquelle l'islamisme est « la revendication publique de comportements sociaux présentés comme des exigences divines et faisant irruption dans le champ public et politique », Elisabeth Schemla observe une « glissade de la majorité des musulmans vers l'islamisme »[45].

Attentats-suicides

Article détaillé : Attentat-suicide.

Un attentat-suicide est un type d'attaque dont la réalisation implique la mort intentionnelle de son auteur. Il est pratiqué dans le but subversif de déstabiliser les institutions établies par une partie considérée comme ennemie.

Apparue lors de la guerre civile libanaise, la tactique des attentats-suicides est utilisée en particulier par l'Organisation du Jihad islamique à l'encontre de cibles militaires (attentats du 23 octobre 1983 à Beyrouth, etc.). Elle s'est depuis répandue, en particulier avec l'invasion de l'Irak, puis, à partir de 2006-2007, lors de la seconde guerre d'Afghanistan. La logique de ces attentats-suicides est hétérogène, de même que ses cibles[46]). Le Pakistan a par exemple connu 86 attentats-suicides en 2009 touchant aussi bien la population civile locale, des lieux de cultes, des lieux fréquentés par des étrangers tels des grands hôtels que des cibles militaires et administratives.

Pour Pierre Lory, « le suicide sous toutes ses formes a toujours été interdit, y compris dans le cadre du djihad. Les attaques de ce type pratiquées à partir du XIe siècle par les Ismaéliens “dits assassins” ont été réprouvés par la majorité sunnite qui en constituait d’ailleurs la cible principale. L’emploi du terme kamikaze, à défaut d’une désignation arabe, montre combien ce type d’acte est étranger à la culture islamique»[47],[19].

État pompier pyromane

Que des membres de services de sécurité d'un État incitent des personnes à commettre des actes terroristes, ou créent de toutes pièces des preuves pour les accuser de vouloir en commettre, est une manœuvre illégale[réf. nécessaire]. Par exemple, dans un rapport publié le 21 juillet 2014, l'association Human Rights Watch a révélé que sur 27 cas étudiés, parmi les plus que 500 condamnations pour tentatives d'attentats terroristes recensés aux États-Unis depuis le 11 septembre 2001, « le FBI a encouragé, poussé et parfois même payé des musulmans américains pour les inciter à commettre des attentats, au cours d'opérations de filature montées de toutes pièces[48] », et « pourrait avoir créé des terroristes chez des individus respectueux de la loi en leur suggérant l'idée de commettre un acte terroriste[49] », et estime « que la moitié des condamnations résultent de coups montés ou guet-apens. Dans 30 % des cas, l'agent infiltré a joué un rôle actif dans la tentative d'attentat[48] ».

Mouvances terroristes

Chaque année, le département d'État américain publie un rapport dans lequel il liste les organisations qu'il considère comme terroristes et contre lesquelles sont engagés les États-Unis dans la « guerre contre le terrorisme ». Parmi, celles-ci[50], plusieurs organisations se réclament de l'islamisme, tels que le Groupe islamique armé (GIA), la Jama’a al-Islamiyya, le Hamas, le Hezbollah, le Mouvement islamique d'Ouzbékistan, le Djihad islamique, Al-Qaïda, etc.

Le rapport 2008 d'Europol classe aussi comme islamistes plusieurs groupes actifs ou susceptibles de passer à l'action en Europe : Al-Qaïda au pays du Maghreb islamique (AQMI) et Groupe islamique combattant marocain (GICM) auraient bénéficié de la formation de l'Islamic Jihad Union (IJU) basée au Pakistan et issue du Mouvement islamique d'Ouzbékistan. Le rapport cite d'autres groupes égyptiens, libyens, etc., comme se réclamant de la « franchise Al-Qaida ». Cependant, Europol précise qu'il est difficile de tracer les contours de la mouvance terroriste islamiste, certains attentats pouvant être préparés par des petits groupes auto-formés ou par des individus isolés sans aucun lien avec un réseau jihadiste international[51].

Selon Marc Sageman (en), ancien officier de la CIA (basé à Islamabad de 1987 à 1989), « depuis la création d'Al-Qaida en 1989, il y a eu soixante complots en Occident, émanant de quarante-six groupes différents », la première vague ayant eu lieu avec les attentats de 1995 en France, la seconde après l'invasion de l'Irak[52]. Sur ces 60 « complots », « quatorze [ont réussi], dont neuf par le GIA, deux par Al-Qaida (le 11 septembre 2001 aux États-Unis et le 7 juillet 2005 à Londres) et trois inspirés par Al-Qaida (le World Trade Center en 1993, les attentats du 11 mars 2004 à Madrid et l'Assassinat de Theo van Gogh à Amsterdam en 2004)[52]. » En 20 ans, Sageman compte 400 djihadistes : « les "vrais" terroristes sont 400 au plus, sur une population musulmane de 20 millions de personnes en Occident et de 700 millions au total, sur vingt ans[52]. »

Bien que la lutte antiterroriste ait eu tendance à se confondre avec un durcissement de la politique d'immigration et une fermeture des frontières, les terroristes islamistes peuvent être aussi bien des étrangers que des nationaux; lorsqu'ils sont étrangers, ils sont dans l'ultra-majorité des cas en situation régulière (Najibullah Zazi (en), arrêté en septembre 2009, etc.). Ainsi, en 2009, une douzaine de projets terroristes portés par des nationaux ont été déjoués aux États-Unis[53], dont la fusillade à Little Rock (2009) (en), le projet terroriste à New York (2009) (en), ou encore en 2006 le projet terroriste de la Sears Tower (2006) (en) (voir aussi le réseau terroriste de Virginie (en), démantelé en 2005, qui mélangeait Américains nés aux États-Unis et personnes nées à l'étranger).

Les attentats de mars 2012 à Toulouse et Montauban ainsi que ceux de janvier 2015 et ceux du 13 novembre 2015 en France sont des attentats islamistes : leurs auteurs les ont commis au nom de l'Islam[54] et, pour ces deux premiers, ils ont été revendiqués par Al-Qaïda dans la péninsule Arabique[55], le dernier par l'organisation État islamique.

Évolution du concept

Selon le magistrat français Marc Trévidic, on est passé d'un terrorisme d'État dans les années 80 où le terrorisme dépendait de la puissance d'un État à un terrorisme de personnes ou groupes isolées prétendant agir au nom du « Jihad ». À partir des années 2000, il constate une évolution où le terrorisme se mondialise et se démocratise. Il devient plus l'affaire d'individus isolés qui se revendiquent de l'islam que d'une organisation bien définie. Selon lui, les caractéristiques de cette nouvelle forme sont l'irrationalité du terroriste qui est d'abord un kamikaze, ainsi que l'incohérence, il ne s'agit par ailleurs plus d'un simple phénomène criminel mais bien de société[56]. L'écrivain Mathieu Guidère les qualifie quant à lui de « nouveaux terroristes »[57].

Propagande

Selon l'Institut national des hautes études de sécurité, ces organisations utilisent tous les canaux de communications pour leur propagande. Pour se faire connaître et recruter de nouveaux adhérents elles diffusent des vidéos, des cassettes audio et des fascicules[58]. Pour l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, l'utilisation d'internet permet de recruter, de faire de la propagande, de transférer des fonds[59].

L'usage de la terreur comme moyen de mettre en place des conditions favorables pour la propagande est analysée dans l'ouvrage Gestion de la barbarie ("Administration de la sauvagerie" en arabe), écrit par Abou Bakr Naji (en), responsable des médias et de la propagande d'al-Qaeda, tué lors d'une frappe américaine au Pakistan en 2008[60]. L'ouvrage est disponible sous forme électronique sur internet depuis 2004, et a été édité en français en 2007 avec le sous-titre « l’étape par laquelle l’islam devra passer pour restaurer le califat »[61].

Condamnation du terrorisme dans le monde musulman

De nombreux colloques se sont tenus en Égypte, en Arabie saoudite et ailleurs, qui condamnent les attentats suicides, l'agression physique des personnes civiles et les attentats du 11 septembre, du 11 mars, de Riyad, du 7 juillet etc[7],[62],[63], [64]. Les intellectuels, hommes politiques et religieux du monde arabo-musulman et 57 États ont élaboré et cosigné une Convention arabe pour la lutte contre le terrorisme « Conformément aux hauts principes moraux et religieux, notamment les règles de la charria islamique ainsi qu'au patrimoine humanitaire de la nation arabe qui réprouve toute forme de violence et de terrorisme »[63].

Cette position n'engage toutefois pas le chiisme iranien.

La notion de martyre est aussi ancienne que la naissance de l'islam[65], cependant les attentats suicides sont apparus et ont pénétré dans le monde musulman le siècle dernier[66] et sont sévèrement condamnés par les autorités de l'islam[27]. Des bases islamiques sur lesquelles s'appuient les oulémas sont principalement[7] :

  • l'interdiction de tuer des innocents (femmes, enfants, vieillards, personnes non hostiles, prêtres, fous ou infirmes, ne prenant pas part au combat.)[67],[68].
  • l'interdiction de provoquer le chaos (al-fitna)[69](Cor. II, La vache : 190-191) : « Le chaos (fitna) est pire que la guerre. Tant qu'eux ne vous combattront pas dans l'enceinte sacrée, ne leur livrez pas la guerre. Si eux vous déclarent la guerre alors tuez-les. Voilà la fin des infidèles ».

Notes et références

  1. (en)Extrait de sa contribution au livre D. Weisburd et al., To Protect and To Serve: Policy in an Age of Terrorism, Springer Science, 2009.
  2. Djihad au Nigeria, massacres en silence, éditorial sur lemonde.fr, daté du 14 janvier 2015.
  3. Hamas, Frères musulmans, djihadistes : les différents visages de l'islamisme, Entretien de Mme Anne-Clémentine Larroque, lefigaro.fr, daté du 8 août 2014.
  4. http://orientxxi.info/mots-d-islam-22/djihad,1128
  5. Misère et djihad au Maroc, Selma Belaala, sur monde-diplomatique.fr, article publié en novembre 2004.
  6. Gilles Kepel, Jihad expansion et déclin de l'islamisme, Gallimard, 2000, page 13
  7. a, b et c Cheikh Muhammad ibn Hussayn, Que disent les savants de l'islam sur le Terrorisme ?, éditions Anas 2004 ISBN 9960-36-560-3. 128 pages.
  8. (en) CAIR's, Anti-Terrorism Campaigns. Muslim Religious Council Issues Fatwa Against Terrorism. The Fiqh Council of North America wishes to reaffirm Islam's absolute condemnation of terrorism and religious extremism. (October 20, 2010) ;
    (en) Shaykh ul Islam, Dr Muhammad Tâhir al Qadri, Fatwa on suicide bombing and terrorism Traduction vers l'anglais par le Shaykh Abdul Aziz Dabbagh édition : Minhaj Publications 2010. 600 pages. ISBN 978-0-9551888-4-8. (Printed by Biddles, Royaume-Uni) - Can a Fatwa Against Terrorism Stop Extremists?
  9. Grand Sheikh condemns suicide bombings, source : BBC News, Tuesday, 4 December, 2001, 03:08 GMT.
  10. a et b , For 9/11 families, finishing job in Afghanistan is personal, CNN.com
  11. Cristina L’Homme, « Un chercheur français : les frappes aériennes font le jeu des djihadistes » (entretien avec Cyril Roussel), rue89.nouvelobs.com, 19 octobre 2014..
  12. Jean-Pierre Perrin, Les ex du régime de Saddam Hussein, terreau des radicaux, Libération, 12 juin 2014.
  13. Etat d'urgence : «250 morts en 18 mois», fustige Fillon qui cherche un responsable, leparisien.fr, 20 juillet 2016
  14. Noam Chomsky, 11/9 Autopsie des terrorismes, Le Serpent à Plume, 2001, p. 25
  15. Nafeez Mosaddeq Ahmed, La Guerre contre la vérité, Demi-Lune, 2006, p. 14-45
  16. Le terrorisme islamiste a fait 238 morts en France depuis janvier 2015, lemonde.fr, 26 juillet 2016
  17. a et b Jean-François Cliche, « Vérification faite: plus d'attentats qu'avant? », sur Le Soleil,‎ (consulté le 25 mars 2016).
  18. a et b M. Chebel, Le Monde, 5 octobre 2001, p. 18.
  19. a, b, c, d et e Dominique Baillet, « Islam, islamisme et terrorisme », Sud/Nord, 1/2002 (no 16), p. 53-72.
  20. J. Neirinck, T. Ramadan, op. cit. »
  21. R. Girard, Le Monde, 6 novembre 2001, p. 20. »
  22. Mike Smith, Boko Haram: Inside Nigeria's Unholy War, I.B.Tauris, (ISBN 978-1-78453-074-7, lire en ligne), p. 83–98; 137.
  23. Olivier Roy, L'Islam mondialisé, Seuil, (ISBN 978-2-02-100883-8, lire en ligne).
  24. cité par Laurent Testot, Dossier : Qu'est-ce que le jihadisme ? scienceshumaines.com, misà jour le 25 mars 2012
  25. Cessons de parler du « terrorisme islamique », 1sur info-turc.org, 4/09/2004
  26. http://www.senate.be/doc/magazine/2002_8/f08-26.html
  27. a et b Que disent les savants de l'islam sur le Terrorisme ?, Le Comité des Grands Savants d'Arabie saoudite, éditions Anas 2004 ISBN 9960-36-560-3. 128 pages, ouvrage entièrement dédiée à la question, intro pages 1-5.
  28. (voir aussi Fonds national juif). La dualité est par exemple expliquée dans Dahr Jamail (en), « Hezbollah's transformation », Asia Times,‎ (consulté le 30 octobre 2007)
  29. Glenn Greenwald, « Terrorisme ou légitime résistance à l’occupation israélienne ? », Orient XXI,‎
  30. Jean-Pierre Sroobants, 'Le récit d'un djihadiste dans les rangs d'Al-Qaida, Le Monde, consulté le 30 octobre 2007.
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  38. #JeSuisKouachi: des internautes interpellent Twitter pour bloquer les comptes d'extrémistes, huffingtonpost.ca, 9 janvier 2015
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  52. a, b et c Marc Sageman (en), "La guerre en Afghanistan n'a pas de sens", Le Monde, 8 septembre 2009.
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  62. Maroc: les oulémas veulent participer à la lutte contre le terrorisme
  63. a et b Convention arabe pour la lutte contre le terrorisme
  64. Déclaration du Caire sur les droits de l'homme en Islam.
  65. Notons que le mot n'a pas le même sens dans les trois religions dites du Livre : chez les chrétiens, n'est acceptable au rang de martyr que celui ou celle qui a préféré se laisser tuer plutôt que de renier sa foi; en islam, celui qui est tué dans un combat au nom de sa foi est également considéré comme "martyr", même s'il a tué lui-même. Depuis 1945, les milieux israélites qualifient de martyres les victimes du troisième Reich ayant eu la malchance d'avoir été capturées par leurs bourreaux : trois acceptions bien distinctes, donc.
  66. Navid Kermani, Dynamit des Geistes : Martyrium, Islam und Nihilismus (Taschenbuch) Göttingen, Wallstein, 2002. Ouvrage entièrement dédié à la question des attentats suicides, Introduction, pages 1 et suivantes.
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  69. (ar) Jâmi'ul Ahkâm'il Qur'ân, Qurtubî

Annexes

Bibliographie

  • Hassane Zerrouky, La Nébuleuse islamiste en Europe et en Algérie, Éditions 1, septembre 2002, (ISBN 2846120722).
  • Ali Laïdi et Ahmed Salam, Le Jihad en Europe : Les Filières du terrorisme islamiste, Seuil, août 2002, (ISBN 2020539799).
  • Stéphane Berthomet et Guillaume Bigot, Le jour où la France tremblera : Terrorisme islamiste : les vrais risques pour l'Hexagone, Ramsay, mars 2005, (ISBN 2841147258) et Ramsay/Poche, mars 2006, (ISBN 2841147843).
  • Anna Geifman et Rodolphe Lachat (traduction), La Mort sera votre Dieu : Du nihilisme russe au terrorisme islamiste, Éditions de La Table Ronde, mai 2005, (ISBN 2710327619).

Liens externes

Articles connexes