Christianisme primitif

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Le poisson (ichthus) et le pain, symboles des premiers chrétiens, catacombe de Saint-Calixte, Rome.

Le christianisme primitif ou christianisme des premiers siècles, ou encore Église primitive, est le christianisme dans sa période de développement initial, à partir du Proche-Orient, de l'Europe méridionale et du pourtour méditerranéen. La définition du début et de la fin de cette période pose la question des origines du christianisme, et le débat est influencé par les différentes interprétations des exégètes et des historiens.

La naissance du christianisme[modifier | modifier le code]

La question des origines[modifier | modifier le code]

Le mouvement créé par les disciples de Jésus de Nazareth naît au sein du judaïsme pluriel du Ier siècle, dans la mouvance de Jean le Baptiste en Galilée et plus généralement en Palestine[1],[2]. Il s'y développe dès les années 40, mais aussi chez les Juifs de langue grecque (les « hellénistes »), notamment dans la Diaspora. Peu après, il en va de même dans différents groupes de la société gréco-romaine qui ne sont pas juifs (appelés les païens). Alors que le judaïsme n’apparaît pas comme prosélyte, ce développement rapide résulte probablement de missions confiées à des apôtres, dont les disciples directs de Jésus. Bien que l'on dispose de moins de sources, les mêmes missions semblent se développer dans la totalité de l'espace araméophone, en particulier à l'est du Jourdain et de l'Euphrate[réf. nécessaire].

Les courants du judaïsme[modifier | modifier le code]

Plusieurs courants du judaïsme du Ier siècle (sadducéens, esséniens) disparaissent en Judée après la destruction du Temple de Jérusalem, à partir de l'an 70. D'autres, comme les pharisiens, fusionnent petit à petit avec ceux de la Diaspora, notamment autour de l'école de Yavné (vers l'an 90), et cette évolution donne naissance au judaïsme rabbinique[3].

Le débat historique[modifier | modifier le code]

Représentation d'un baptême dans la catacombe de Saint-Calixte.

La question des dates[modifier | modifier le code]

Les origines du christianisme sont étudiées par diverses écoles d'historiens[4],[5].

Le fait d'attribuer au christianisme primitif une origine à la fin de la période apostolique suppose chez Jésus de Nazareth la volonté de fonder une nouvelle religion, ce que rien n'atteste.

De même, situer l'achèvement du christianisme primitif à la fin des conciles christologiques suppose que la création et le développement d'un corpus dogmatique répondent à une nécessité intrinsèque du christianisme. Or l'élaboration de la doctrine christologique correspond bien davantage à une institutionnalisation[6] sous la férule des empereurs, de Constantin à Justinien.

Doctrine et histoire[modifier | modifier le code]

On est amené à distinguer deux perspectives.

D'une part, la doctrine chrétienne fait généralement remonter le christianisme à la naissance de Jésus, à sa résurrection ou à la Pentecôte[7].

D'autre part, les hypothèses historiques se fondent sur des faits avérés : par exemple, le christianisme commence à la suite de la diffusion d'un message. Les dates de rédaction du Nouveau Testament sont connues : entre les années 50 pour les premières Épîtres de Paul et les années 95-110 pour l'Évangile selon Jean. Dans l'intervalle, les Évangiles synoptiques (Marc, Matthieu et Luc), écrits vers 65-85, ont utilisé des traditions orales ainsi que des documents qui ont déjà circulé, comme le démontrent la théorie des deux sources et l'existence de la Source Q, admises par le consensus des chercheurs.

Le mot khristianoï est attesté dès les années 40 à Antioche, où vit l'une des premières communautés chrétiennes et d'où vient probablement l'Évangile selon Matthieu, une quarantaine d'années plus tard.

La critique textuelle, c'est-à-dire l'évaluation de la transmission des textes à travers les manuscrits, a permis d'établir un texte fiable des écrits du Nouveau Testament, en particulier pour des Épîtres de Paul, dont des échantillons significatifs datent de la fin du IIe siècle et du début du IIIe siècle[8]. La circulation de témoignages oraux (prédications, proclamations) est plus difficile à établir (absence de matériaux sur lesquels peuvent travailler les historiens, contrairement aux textes écrits), mais peut se déduire de témoignages indirects comme le sénatus-consulte de l'an 35, à Rome[9],[10], y établissant le christianisme comme superstitio illicita (« religion interdite »), présence de vestiges chrétiens dans les villes de Pompéi et Herculanum[11] (vestiges antérieurs donc à l'an 79 et l'ensevelissement de ces villes sous l'éruption du Vésuve).

La recherche actuelle se concentre principalement sur la diffusion du message du christianisme, orale dans un premier temps (comme le livre des Actes en témoigne), écrite par la suite. La diffusion des Évangiles et Épîtres est sujette à débat. Il est cependant très probable que, dès la fin du Ier siècle, il existait un certain nombre de paroles de Jésus qui circulaient[12]. Clément de Rome cite également des passages des Évangiles et des Épitres de Paul[13]. Marcion de Sinope, qui fut excommunié[14] en 144 dans l'église de Rome, liste les écrits qu'il considère canoniques, en se basant probablement sur un groupement pré-existant des lettres de Paul[15].

Le début du christianisme ancien[modifier | modifier le code]

Le débat sur la question de la date des débuts du christianisme demeure encore ouvert entre un consensus anglo-saxon et une tendance européenne.

École européenne[modifier | modifier le code]

Le terme « judéo-chrétien » apparaît dans un chapitre de la thèse de Marcel Simon « Verus Israël », Étude sur les relations entre chrétiens et juifs dans l'Empire romain (135-425). Elle fut soutenue avant 1938[16] et conduite sous la direction de Charles Guignebert. Elle étudie les racines de l'antijudaïsme chrétien à travers la patristique grecque depuis Justin de Naplouse et Marcion de Sinope. Il s'attarde en particulier sur l'expression Vetus Israel vs Verus Israel, revendication dans laquelle il identifie le supersessionisme[17] et, au détour d'une section s'interroge sur les marges entre judaïsme et ce qu'on nomme aujourd'hui « proto-christianisme » auxquelles il consacrera l'essentiel de sa carrière.

Sa thèse traduite en anglais et rééditée quatre fois demeure un ouvrage de référence et, de ce fait, en Europe, la séparation entre judaïsme et christianisme date de 135, à savoir de l'exil de l'école de Yavné à Poumbedita. C'est pourquoi en Europe, on voit les choses un peu plus tôt. Un consensus s'est établi autour d'une période s'étirant de l'établissement de l'école de Yavné à l'introduction de la Birkat ha-Minim à la fin du IIe siècle parce que les Nazaréens ne s'étaient pas associés à la révolte de BarKochba[18],[19].

Marcel Simon représente le moment où l'étude de l'histoire du christianisme sort de l'apologétique pour entrer dans la critique[20] ; il se situe, comme le cardinal Jean Daniélou[21], toutefois[22], dans les problématiques de l'antériorité et de la postériorité, de l'orthodoxie, de l'erreur, de la vérité, du syncrétisme qui se sont révélées être de faux dilemmes[23].

Toutefois, le professeur Simon entendait limiter son étude à la période 135-425. Toute une école s'intéresse actuellement à la période antérieure, plus indistincte. Par exemple, François Blanchetière avec ses études les premiers chrétiens étaient-ils missionnaires ? (30-135) et son enquête sur les racines juives du mouvement chrétien (30-135) toutes deux publiées au CERF ces dernières années dans lesquelles il pose la question de la différenciation progressive. Cette différenciation progressive fait aussi l'objet des travaux d'autres chercheurs comme Dan Jaffé, Simon Claude Mimouni, Enrico Norelli, Bernard Pouderon, Daniel Marguerat, Dominique Cerbeleaud.

Cette question est le sujet principal de l'école anglo-saxonne.

École anglo-saxonne[modifier | modifier le code]

Dans ce cas de figure, bien développé chez les chercheurs anglo-saxons réunis au colloque « The ways that never part »[24] le christianisme ancien correspond à la période des conciles ; auparavant, n'existe qu'un proto-christianisme (ou paléochristianisme), en fait, une forme spécifique de judaïsme recruté parmi les membres les plus eschatologiques des courants messianistes.

La fin du christianisme ancien[modifier | modifier le code]

Pour l'école européenne, le christianisme primitif s'achève à la fin de l'âge apostolique, (période comprise entre l'Envoi en mission de Mt 28:19-20 et la mort supposée de Jean l'évangéliste) tandis que le christianisme ancien s'achève avec le concile de Nicée (325),

Pour l'école anglo-saxonne, on ne fixe pas de date de fin du paléo-christianisme. On tâche de définir le moment de séparation entre le christianisme ancien et le judaïsme hellénistique. Cette séparation se produit à des dates variables selon les régions, où l'on observe parfois longtemps après la fin des conciles christologiques des pratiques communes, en dépit du fait que les apologistes, notoirement Irénée de Lyon et Tertullien, tiennent les pratiques judaïsantes pour des hérésies. Toutefois, s'il fallait fixer une date, ce cycle s'achèverait au plus tôt :

  • en Occident, lors du concile de Tolède de 589 qui interdit les processions communes avec les juifs ;
  • en Orient, à la disparition des quartodécimans, au IXe siècle[25] après Jésus-Christ.

Les sources[modifier | modifier le code]

Littérature chrétienne[modifier | modifier le code]

Longtemps, faire l'histoire des origines du christianisme fut difficile, d'une part en raison du manque de sources écrites, d'autant qu'elles étaient réduites artificiellement par le jeu de critères tels que « littérature hétérodoxe parce que minoritaire donc mineure » ou par le jeu de typologies anachroniques telles que « orthodoxe / hérétique » ou encore « canonique / non canonique »[26]. Ces critères méthodologiques devinrent obsolètes dès qu'on se rendit compte qu'ils étaient anachroniques : orthodoxie se fait jour seulement au IVe siècle. D'autre part, par les effets de la crise moderniste dans laquelle quelques Églises visent à interdire toute étude historique et critique, tant dans le protestantisme évangélique[27] que dans le catholicisme[28].

On dispose de 5800 manuscrits des textes du Nouveau Testament dont certains datent d'entre 50 et 300 ans après la mise par écrit[29]. Ce nombre est à comparer avec celui des manuscrits des historiens de l'Antiquité qui remontent dans l'ensemble au Xe siècle apr. J.-C. : les Grecs Hérodote (8 manuscrits) et Thucydide (8 manuscrits) qui sont parmi les principales sources sur la Grèce ancienne. Également, chez les Latins, les manuscrits de l'Histoire des Gaules de Jules César (10 manuscrits), ceux de Tacite (20 manuscrits) ou encore ceux de l'Histoire de Rome de Pline le Jeune (7 manuscrits). En outre tous ces manuscrits grecs et latins qui ne datent que du Xe siècle sont postérieurs pour les historiens grecs de près de 1300-1 350 ans, et pour les latins de 900-1 000 ans, après leur rédaction[30].

La multitude de variantes d'un manuscrit à un autre importe généralement peu : si elles peuvent être intéressantes, elles ne remettent pas l'essentiel en question. De surcroît, la critique textuelle est parvenue aujourd'hui à des reconstitutions sans doute très proches des textes originaux[31].

Littératures juives contemporaines du Nouveau Testament[modifier | modifier le code]

À ces documents s'ajoutent les Apocryphes et les livres intertestamentaires, les divers livres du Talmud qui, s'ils ont été écrits entre le IIe et le VIe siècle, reflètent des récits de littérature orale[32] bien plus anciens, mais aussi des œuvres à peu près contemporaines et profanes comme celles de Philon d'Alexandrie et de Flavius Josèphe, qui peuvent être complétées par d'autres historiographes latins ou grecs, y compris les nombreuses Histoires ecclésiastiques dont la plus célèbre est peut-être celle d'Eusèbe de Césarée.

Les premières communautés[modifier | modifier le code]

Une Église primitive[modifier | modifier le code]

Une « Église » est initialement une communauté de chrétiens (du grec ancien ekklesia, assemblée du peuple). La question qui se pose est de savoir s'il existait une forme de structure ou d'autorité qui avait pouvoir de légiférer (ou d'émettre un avis) sur les problématiques qui devaient surgir dans les différentes communautés de chrétiens.

Au début du christianisme, les fidèles suivent un maître, un peu selon le modèle des écoles pharisiennes[33]. Le souvenir s'en transmet par l'invocation d'un apôtre à l'origine de telle ou telle Église régionale. Des indices de ce qu'a pu être l'organisation des pratiques des premiers disciples de Jésus apparaissent dans les Actes des Apôtres.

Toutefois, l'« Église primitive » n'existe pas historiquement avant l'institutionnalisation à laquelle procède Constantin[34]. Le christianisme est d'abord constitué de communautés locales considérées comme plus ou moins hérétiques par le judaïsme à partir de la phase de Yavné. Quand elles s'organisent, il n'y a pas l’Église mais l'assemblée locale réunie autour de ses presbytres et de son épiscope.

Hellénistes[modifier | modifier le code]

Selon que la théologie ou l'histoire les décrivent, les hellénistes trouvent une définition différente.

  • pour la théologie chrétienne[35], il s'agit d'un groupe de chrétiens de l'Église primitive (celle de Jérusalem selon les Actes des Apôtres) constitué en grande partie de Juifs de langue grecque, résidant en Palestine, qui lisaient donc la Thora et autres écrits bibliques dans la traduction des Septante.
  • pour l'histoire, au Ier siècle et depuis les rois séleucides, spécialement Antiochos III et Antiochos IV, helléniste fait référence au grec hellénismos qui désigne le mode de vie grec et s'oppose à ioudaismos qui désigne le mode de vie judéen[36].

Pour bien comprendre ce terme, il faut remonter à la conquête d'Alexandre le Grand qui laissa en Judée-Samarie des rois grecs et à la révolte des Maccabées. Il s'agit à la fois d'une révolte des Juifs pieux contre la dynastie grecque des Séleucides[37], et d'un conflit interne au peuple juif : ce conflit opposait des traditionalistes hostiles à l'évolution de la tradition juive au contact de la culture grecque et des Juifs hellénisants plus favorables au métissage culturel. Cet épisode se situe au IIe siècle av. J.-C., entre -175 et -140.

Ces juifs lisaient la Bible en grec et ne pratiquaient plus la circoncision. Dans ce cadre, on comprend plus facilement[38] les propos de Paul dans son Épître aux Galates[39].

Pharisiens[modifier | modifier le code]

Du fait de diverses malédictions sur les pharisiens prononcées dans les évangiles[40], l'interprétation traditionnelle[41] et, plus spécialement, théologique a tendance, le plus souvent, à attribuer le judaïsme normatif aux pharisiens du Ier siècle. On oppose alors un judaïsme confit dans les normes à un christianisme émancipateur de la loi en faisant une confiance illimitée aux interprétations de Pères de l'Église traditionnellement données aussi bien dans la lettre de Paul aux Romains[42] que dans sa lettre aux Galates[43].

Pourtant, nombre d'historiens[44] sont d'accord pour dire que l'image des pharisiens tels qu'ils sont présentés dans les évangiles ne correspond pas à la façon dont vivaient et se comportaient les pharisiens du temps de Jésus et que leurs conflits avec celui-ci ont été exagérés. Le judaïsme normatif est certainement l'œuvre des pharisiens de l'époque de Yavné qui codifient la pratique des 613 mitsvoth avant laquelle elles ne sont pas formalisées[45].

L'origine pharisienne de Jésus, attestée par les évangiles (« Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas, comme les disciples de Jean et ceux des pharisiens ? » Mc 2, 18) qui soulignent la double filiation de Jésus, au Baptiste d'une part et au milieu originaire de la doctrine pharisienne de Jésus (croyances spécifiques dans la torah orale, les anges, la résurrection des morts...) d'autre part expliquerait la violence de la polémique évangélique avec les Pharisiens (thèse de Matthieu Collin et Pierre Lenhardt). Il s'agit moins d'un groupe opposé à celui de Jésus et de ses disciples que d'un groupe concurrent de même obédience au moment où les évangiles synoptiques issus des traditions orales (torah orales) sont rédigés vers 65-70. La lutte entre les écoles pharisiennes issues de Hillel et Shammaï avant Jésus que décrit le Talmud se poursuit donc après la destruction du Temple en 70. Selon cette hypothèse, développée par Daniel Boyarin et d'autres exégètes français, christianisme et judaïsme sont deux réalités gémellaires issues d'un même courant de doctrines juives qui ne se séparent probablement pas avant la fin du premier siècle (Birkat ha-minim) dans le monde occidental et pas avant le Ve siècle en monde oriental. La projection de deux orthodoxies juive et chrétienne séparées avant le IVe siècle (conciles) serait un anachronisme.

Par ailleurs le rôle des pharisiens (hébreu : perushim, fr : séparés), est éminent après la destruction du second Temple, en sorte que l'organisation et la refonte de la ritualité en l'absence du Temple qu'ils instaurent à Yavné, sauvent le judaïsme de la destruction[46]. Alors que la quête identitaire des Juifs se manifeste par le développement du culte synagogal par les pharisiens et le développement de l'école rabbinique de Shammaï et d'Hillel, les judéo-chrétiens commencent à se séparer des Juifs pharisiens et parallèlement mettent en place la tradition des lieux associés au Christ, notamment le Golgotha[47].

Enfin, certains auteurs commencent à dessiner un portrait de Jésus en maître pharisien suivi de ses disciples ou, au moins, en hassid, c'est-à-dire un pieux[48]. Cette configuration d'un maître suivi de disciples n'était connue que des pharisiens[49].

Religion mère et religion fille[modifier | modifier le code]

Certains ont dit que le judaïsme était religio licita tandis que le christianisme était classé comme superstitio par les Romains et que les chrétiens en auraient revendiqué le statut. À l'analyse, il apparaît que l'expression religio licita n'est attestée que par Tertullien et que seule la religion romaine avait le statut de religio licita[50].

Dans la période qui a suivi la Seconde Guerre mondiale[51], l'expression « religions mère et fille » pour décrire la relation entre le judaïsme et le christianisme, a correspondu à une volonté de révision des points de vue négatifs que chrétiens et juifs avaient longtemps portés les uns sur les autres[52]. Ce point de vue négatif avait été théorisé, du côté chrétien, par la théologie de la substitution. Déjà, dans son Adversus Judaeos, Tertullien avait fait de l'aîné des jumeaux Ésaü l'incarnation des Juifs et du cadet Jacob celle des chrétiens[53].

À cette fin, il a été posé une hypothèse historique, démentie par ce que l'on connaît aujourd'hui de la complexité du judaïsme du Ier siècle, qui explique le point de divergence du christianisme d'avec le judaïsme en réduisant la diversité religieuse juive au Ier siècle à un objet singulier nommé « judaïsme » selon deux façons de faire. La première consiste à reculer le judaïsme rabbinique dans le temps en l'inscrivant dans le pharisaïsme du Ier siècle (pharisaïsme et judaïsme normatif ne feraient qu'un). La deuxième ne donne pas au pharisaïsme un tel statut prééminent et anachronique, mais considère que toutes les formes du judaïsme du Ier siècle, à l'exception du christianisme, avaient suffisamment de traits communs pour former une « religion ». De l'une de ces deux versions du judaïsme serait née une religion autre, un christianisme « fille » du judaïsme[54].

Chronologie du christianisme ancien[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Geza Vermes, Christian Beginnings: From Nazareth to Nicaea, Yale University Press, États-Unis, 2013, p. 134
  2. Everett Ferguson, Encyclopedia of Early Christianity, Routledge, États-Unis, 2013, p. 254
  3. Dan Jaffé, Le Judaïsme à l'aube de l'ère chrétienne, Cerf.
  4. Ohlig, Karl-Heinz (dir), Christologie (2 tomes). Tome 1 : Des origines à l'Antiquité tardive, textes en main, Cerf, 1996.
  5. Ohlig, Karl-Heinz (dir), Christologie, I, Des origines à l'antiquité tardive, Cerf, 1996.
  6. Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), Paris, Albin Michel, 2007, recension.
  7. Ron Rhodes, The Complete Guide to Christian Denominations: Understanding the History, Beliefs, and Differences, Harvest House Publishers, États-Unis, 2015, p. 9
  8. Kurt Aland, The Text of the New Testament.
  9. Marta Sordi et Ilaria Ramelli, « IL SENATOCONSULTO DEL 35 CONTRO I CRISTIANI IN UN FRAMMENTO PORFIRIANO », Aevum, vol. 78,‎ , p. 59-67 (lire en ligne, consulté le 28 septembre 2015).
  10. « « Supertitio illicita »: le christianisme condamné dès l’an 35 | EEChO », sur www.eecho.fr (consulté le 28 septembre 2015).
  11. « Témoignages chrétiens à Herculanum | EEChO », sur www.eecho.fr (consulté le 28 septembre 2015).
  12. Von Campenhausen, Hans. The Formation of the Christian Bible. Philadelphia: Fortress, 1968, p. 112.
  13. Metzger, Bruce Manning. The Canon of the New Testament. Oxford : Clarendon, 1987, p. 41-43).
  14. époque où l'excommunication n'avait de portée que dans l'église qui la prononçait.
  15. . McDonald, Lee M. The Formation of the Christian Biblical Canon. Peabody: Hendrickson, 1995, p. 157.
  16. En Grande-Bretagne, à pareille époque, l'émergence d'un antisémitisme chrétien fondé sur le Nouveau Testament a été étudiée par James Parkes (1896-1981), théologien anglican qui s'intéressa à ces sujets dans les années 1920 en réaction à la montée de l'antisémitisme en Europe. En 1930, il publie son maître livre Le Juif et son voisin, une exploration de l'antisémitisme, avec une approche des massacres de la première croisade (1096) comme arrière-plan du débat sur la « question juive ». Pour sa thèse de doctorat à Oxford, Parkes s'attache à découvrir les vraies racines du phénomène de l'antisémitisme en essayant d'identifier le moment crucial de la séparation du judaïsme d'avec le christianisme. Le résultat en est un livre de grande influence, publié en 1934, Le conflit entre l'Église et la Synagogue dans lequel il se penche sur la traditionnelle opposition entre Vetus Israel/Verus Israel telle que propagée dans la littérature patristique triomphaliste.
  17. le supersessionisme contient l'idée selon laquelle une religion succède à une autre et est destinée, du simple fait chronologique, à écraser la précédente. Boyarin, dans Mourir Pour Dieu fait une longue analyse des commentaires talmudiques et patristiques des récits concernant Jacob et Esau et de leur exploitation de cette gémellité au profit de l'un ou l'autre culte en une lutte polémique.
  18. Cf. André Trocmé, L'Enfance du christianisme, éd. Noésis.
  19. Francois Blanchetière, Le Monde de la Bible, numéro spécial, septembre 2007.
  20. François Laplanche, La Crise de l'origine. La science catholique des Évangiles et l'histoire au XXe siècle, éd. Albin Michel, 2006.
  21. Les travaux de Daniélou sur le judéo-christianisme doivent désormais être largement amendés cf. Paul Mattéï, Le christianisme antique de Jésus à Constantin, éd. Armand Colin, 2008, p. 112-113. François Blanchetière synthétise les critiques à y apporter dans L'Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, op. cit. p. 71 à 75.
  22. comme l'ensemble de l'historiographie de son époque Cf. Annette Yoshko Reed, introduction à The ways that never parted, op.cit. infra.
  23. Blanchetière, L'Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, CERF, 2001.
  24. Colloque Oxford Princeton, The ways that never parted, Daniel Boyarin, Paula Frederiksen.
  25. Jean Anderfuhren, Pour relancer l'œcuménisme: réflexions actuelles sur les schismes d'avant Luther, Labor et Fides, 1999.
  26. Blanchetière, enquête.
  27. Cf. Pour un survol Fondamentalisme et pour approfondir François Laplanche, la Bible en France.
  28. Cf. Pour un survol Serment anti-modernisme et pour approfondir, François Laplanche, La Crise de l'origine. La science catholique des Évangiles et l'histoire au XXe siècle, Paris, Albin Michel, 2006.
  29. Joseph Holden et Norman Geisler, The popular Handbook of Archeology and the Bible, Eugen, OR: Harvest House, p 129 and 118-119..
  30. Robert J Hutchinson, Enquête sur le Jésus historique. Traduit de l'anglais: New Discovery in the Quest for Jesus of Nazareth., Paris, Salvator, , p 112.
  31. Robert J. Hutchinson, Enquête sur le Jésus historique, traduction de New Discoveries in the Quest for Jesus, Paris, Salvator, .
  32. Voir, chez Etienne Nodet o.p., le concept de "publication orale" développé dans Nodet et Taylor, Essai sur les origines du judaïsme, Cerf.
  33. Marie-Émile Boismard, À l'aube du christianisme, avant la naissance des dogmes, Cerf, 1998.
  34. Voir par exemple Histoire du christianisme sous la direction de Alain Corbin, ou Quand notre mode est devenu chrétiende Paul Veyne.
  35. Jean Daniélou, Les manuscrits de la Mer morte, 1957.
  36. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, CERF, 2001 et Marie-Françoise Baslez, Bible et Histoire. Judaïsme, hellénisme, christianisme, Paris, Gallimard, 2003,.
  37. Voir plus de détails dans la domination grecque, 332 à 142 avant l'ère commune.
  38. Peter J. Tomson, Jésus et les auteurs du Nouveau Testament dans leur relation au judaïsme, CERF, 2003.
  39. Galates 2:3, Galates 5:6.
  40. Par exemple, dans l'évangile selon Matthieu, 23.
  41. Par exemple, l'opposition entre le particularisme juif et l'universalisme chrétien est une option qui traverse l'ensemble de l'œuvre de l'historien allemand d'origine suédoise Adolf von Harnack chez lequel on n'a relevé aucune trace d'antisémitisme alors que l'époque de son acmé y prédisposait. On y voit généralement l'influence de la sympathie de son sujet de thèse qui portait sur Marcion qu'il s'employa à réhabiliter. La même remarque est faite par Annette Yoshiko Reeds dans son introduction, Traditional Models and New Direction, au recueil d'articles issus du colloque Oxford Princeton The ways that never parted, op.cit., à propos de Wilhelm Bousset.
  42. Paul de Tarse, références de la lettre aux Romains avec chapitre et versets sous peu.
  43. Paul de Tarse, Lettre aux Galates, chap.1 et 2.
  44. Étienne Trocmé, L'Enfance du christianisme, Noesis..
  45. Peter J Tomson, Les rédacteurs du Nouveau testament dans leur rapport au judaïsme, Cerf.
  46. Evaristo de Miranda, José M. Schorr Malca, Sages Pharisiens, Lethielleux, 2005.
  47. (en) Yaron Z. Eliav, God's Mountain : The Temple Mount in Time, Place, and Memory, The Johns Hopkins University Press, , 392 p..
  48. Hyam Maccoby, Jesus the pharisee, Paperback, 2003.
  49. interview de Étienne Nodet o.p. Dans le monde de la Bible, no 138, à propos de son ouvrage sur la guerre des Maccabées. Un article de la revue Okeanos traite aussi de ce sujet par l'analyse du discours de Jésus. Ref sous peu.
  50. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien (30-135), CERF, 2001.
  51. Daniel Boyarin date l'expression de 1951, et l'attribue à Jacob Lauterbach (in Jesus in the Talmud, p. 473) - cf note 1.. p. 137 de Mourir pour Dieu, op. cité.
  52. John Pawlikoski, Quelques représentations de la relation fondamentale entre juifs et chrétiens, 2005 Lire en ligne.
  53. .(en) Geoffrey D. Dunn, Tertullian's Aduersus Iudaeos: a rhetorical analysis, éd. CUA Press, 2008, p.  108-109, extrait en ligne.
  54. Daniel Boyarin - Mourir pour Dieu, op. cité p. 11-12 (en) Lire en ligne.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Judaïsme et christianisme[modifier | modifier le code]

[1]

Christianisme antique[modifier | modifier le code]

  • Roselyne Dupont-Roc (dir.), Antoine Guggenheim (dir.), Patrick Prétot et al., Après Jésus : L'invention du christianisme, Paris, Albin Michel, , 704 p. (ISBN 978 2 226 45033 3)
  • Adam H. Becker, Annette Yoshiko Reed (éds.) The Ways That Never Parted: Jews and Christians in Late Antiquity and the Early Middle Ages, Tübingen,J. C. B. Mohr 2003 (Colloque Oxford Princeton)
  • Dominique Bernard, Les Disciples juifs de Jésus, du Ier siècle à Mahomet, Cerf, 2017 (Présentation de l'éditeur)
  • Anthony J. Blasi, Jean Duhaime et Paul-André Turcotte (dir°), Handbook of Early Christianity: Social Science Approaches, Walnut Creek CA, AltaMira Press, 2002, 802 p.
  • François Blanchetière, Les premiers chrétiens (30-135) étaient-ils missionnaires ?, Editions du Cerf, coll. « Initiations », , 225 p. (ISBN 978-2-204-07010-2)
  • Bart D. Ehrman, Jésus avant les Évangiles : Comment les premiers chrétiens se sont rappelé, ont transformé et inventé leurs histoires du Sauveur, Bayard, 2017 (ISBN 978-2-227-48913-4)
  • Alexandre Faivre, Chrétiens et Églises : des identités en construction. Acteurs, structures, frontières du champ religieux chrétien, Paris, Cerf-Histoire, 2011
  • Maurice Goguel, Jésus et les origines du christianisme. L'Église primitive, Payot, , 632 p.
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  • Bernard Pouderon, Yves-Marie Duval, L'historiographie de l'Église des premiers siècles, Éditions Beauchesne, (lire en ligne)
  • Maurice Sachot, L'Invention du Christ. Genèse d'une religion, Éditions Odile Jacob, « Le champ médiologique », 1998
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  • Frédérick Tristan, Les Premières Images chrétiennes : du symbole à l'icône, Fayard
  • Étienne Trocmé, L'Enfance du christianisme, Hachette, coll. « Pluriel », 1999
  • Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), Paris, Albin Michel, 2007

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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