Islamisation

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Selon le Grand Robert de la langue française[1], le terme islamisation est attesté dès 1903 dans la Revue générale des sciences (1903, page 202[2]) : il décrit la conversion d'une société civile à l'islam.

Historique[modifier | modifier le code]

Aux débuts[modifier | modifier le code]

La Grande Mosquée de Kairouan, fondée en 670 par le général et conquérant arabe Oqba Ibn Nafi, est la plus ancienne mosquée du Maghreb et de l'Afrique du Nord[3] et constitue un témoin architectural de l'islamisation de ces régions ; elle est située à Kairouan en Tunisie.

L'islamisation accompagna de concert l'expansion militaire et politique rapide des Arabes dans les premiers siècles après Mahomet. Alors que les premiers gouvernements islamiques furent mis rapidement en place en Afrique du Nord et en Iran, la conversion des populations releva d'un processus bien plus lent[Note 1]. Dans la majorité des situations, la conversion à l'islam n'était pas obligatoire[Note 2]. Les individus relevant d'une des deux autres religions abrahamiques (juifs et chrétiens appelés gens du Livre dans le Coran) se voyaient attribué un statut spécifique de dhimmi. Dans ce cadre, ils se devaient de verser un impôt spécifique (jizya), et subir des discriminations et des vexations légalisées (interdiction de monter à cheval, interdiction de porter une arme, interdiction d'épouser une musulmane, obligation de laisser la priorité en toute circonstance aux musulmans, obligation de porter un signe distinctif, etc.[4],[Note 3]. En contrepartie, de l'acceptation de ce statut, la société musulmane garantissait la vie aux dhimmis[Note 4].

Dans ce cadre, certains chrétiens ou Juifs occupaient parfois de hautes fonctions de conseil auprès du calife auxquels ils devaient allégeance.

En contrepartie, les dhimmis n'étaient pas obligés de verser l'aumone (zakat) qui est une obligation religieuse musulmane, ni de participer à la défense du pays en temps de guerre.

Après une victoire musulmane, les populations qui ne se référaient pas à un des deux monothéismes n'avaient pas de statut et dépendaient du bon vouloir des musulmans locaux.

À l'époque, l'attribution d'un statut préétabli et standard était une innovation qui permit à certaines minorités de préférer la dhimma au statut antérieur.[réf. nécessaire]

Dans certaines zones de la civilisation islamique, l'islamisation s'accompagna également de l'arabisation, dans d'autres la totalité ou une partie de la population a pu ou su garder sa culture et sa langue ; c'est le cas notamment des peuples berbères au Maghreb[Note 5], mais également en Iran, Afghanistan, Pakistan, Inde, etc.[réf. nécessaire]

Après les conquêtes initiales[modifier | modifier le code]

Alors que l'expansion militaire de l'Empire musulman atteignait ses limites, l'islamisation continua par d'autres moyens en atteignant des zones non dominées militairement.

Les pays de confession musulmane entretenaient le commerce dans la région de l'océan Indien (avant l'arrivée des comptoirs portugais) et dans le Sahara. Ce fut à travers l'activité commerciale que les contacts locaux, par opportunisme ou conviction, se convertirent dans des régions telles que le Sahel et les Indes orientales. Le contrôle politique musulman n'apparut qu'après qu'une partie importante de la population de ces régions se fut convertie.

Époque contemporaine (XXe ‑ XXIe siècles)[modifier | modifier le code]

L’évolution de la démographie mondiale induit d’importants flux migratoires, et notamment l’arrivée de populations musulmanes dans des pays qui ne sont pas de tradition islamique, comme la Belgique, le Canada, la France ou encore le Royaume-Uni pour le monde occidental, mais aussi des pays d’Europe centrale (Pologne).

L'Islamisation moderne semble être un retour de l'individu à des valeurs, des collectivités et des codes vestimentaires musulmans, et un renforcement de la communauté[5]. Un autre développement est celui de l'Islam transnational, développé par les chercheurs français sur l'Islam Gilles Kepel et Olivier Roy. Il comprend un sentiment d' "identité islamique universaliste croissante" comme souvent partagée par les musulmans immigrés et leurs enfants qui vivent dans des pays non musulmans : « L'intégration accrue des sociétés du monde, grâce à une meilleure communication, aux médias, aux voyages et aux migrations, donne du sens au concept d'un seul Islam pratiqué partout de la même façon, et un Islam qui transcende les coutumes nationales et ethniques. »[6]. Cela n'implique pas nécessairement les organisations politiques ou sociales : « Une identité musulmane mondiale n'implique pas nécessairement ou même habituellement d'action de groupe organisé. Même si les musulmans reconnaissent une affiliation globale, le véritable cœur de la vie religieuse musulmane reste en dehors de la politique - dans des associations locales pour le culte, la discussion, l'entraide mutuelle, l'éducation, la charité, et d'autres activités communautaires. »[6].

Cependant, les sondages ont montré que la majorité du monde musulman veut une démocratie intégré avec l'Islam et la Charia[7],[8] qui est une cause de préoccupation pour certains commentateurs à la croissance rapide de la population islamique en Europe occidentale, le manque d'assimilation selon les migrants, et que ces groupes sont prétendument des pépinières pour les terroristes. Un troisième développement est la croissance et l'élaboration d'organisations militaires transnationales. Les années 1980 et 90, avec plusieurs grands conflits du Moyen-Orient, y compris le conflit israélo-arabe, l'Afghanistan dans les années 1980 et 2001, et les trois Guerres du Golfe (1980-89, 1990-91, 2003) ont été les catalyseurs d'une internationalisation croissante des conflits locaux. Des personnalités comme Oussama Ben Laden et Abdallah Azzam ont joué un rôle crucial dans cette évolution, aussi bien en politique intérieure qu'en politique mondiale[6].

C’est vers 2003 qu'on commence, en France, à parler de l’islamisation[9]. L'existence d'un phénomène d'« islamisation » de ces sociétés est un sujet controversé[10]. Certains auteurs musulmans[Qui ?] expliquent même que, paradoxalement, l'occidentalisation forcée ou subie de ces populations d'origine musulmane favoriserait le retour d'une partie d'entre eux à une conception dite « civilisationnelle » de l'Islam, en tant que porteur d'un modèle politique et social concurrent à appliquer, radicalement opposé à la modernité occidentale[11]. Cette ré-islamisation par rejet ou échec des modèles d'intégration ou d'assimilation est un sujet politiquement sensible dans de nombreux pays européens, particulièrement en France avec son modèle atypique.

Certains hommes politiques ont repris ce terme lors de campagnes électorales, à l'image du souverainiste français Philippe de Villiers qui déclare le 16 juillet 2005 au journal télévisé :

« nous ne pouvons pas continuer à assister impuissants à l'islamisation progressive de la société française » et que « l'Islam est le terreau de l'islamisme, et l'islamisme le terreau du terrorisme[12]. »

Ces propos ont fait l'objet d'un procès que de Villiers a gagné. Il a écrit Les Mosquées de Roissy en 2006 dans une même perspective.

Selon Raphaël Liogier, le « mythe de l'islamisation » est fondé sur une mise en scène avec quatre personnages :

« le héros qui défend l’Europe, le peuple trompé qui représente la majorité silencieuse, le traître multiculturaliste qui choisit les droits de l’homme et qui va être soit un naïf, soit une personne qui se range du côté des forts, et le djihadiste. Cette dernière figure négative et répulsive peut attirer, selon Liogier, des personnes en situation économique et sociale précaire et psychologiquement faibles[9]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les minorités religieuses en terre d'Islam: Le statut de dhimmis. Ce fut la Dhimma qui assura en grande partie le succès de la politique d'islamisation des territoires hors d'Arabie, et l'extinction progressive des peuples et des cultures indigènes.
  2. Le statut des non-musulmans en Islam. Par contre les conversions à l’islam étaient contrôlées ; dans certains cas elles étaient interdites pour assurer l’assiette de l’impôt. Le fugitif qui avait fui à la ville pour se convertir et échapper à la kharâdj pouvait être ramené au village.
  3. Qu'est-ce qu'un « dhimmi » ? Outre la fiscalité, les non-musulmans étaient soumis à d'autres restrictions juridiques : un musulman ne pouvait hériter d'un dhimmi ni un dhimmi d'un musulman.
  4. Tant que les Juifs et chrétiens se soumettaient à la loi islamique et acceptaient le statut de dhimmi, l’État musulman théoriquement protégeait leur vie et leurs biens, il leur reconnaissait une liberté religieuse limitée et le droit de s’administrer selon leurs lois civiles.
  5. L'Islam et l'arabisation de la Berbérie. Ils étaient certes préparés au monothéisme absolu de l'Islam par le développement récent du christianisme, mais aussi par un certain prosélytisme judaïque dans les tribus nomades du Sud et peut-être encore, pour certains, par le souvenir de l'omnipotence du grand dieu africain, nommé Saturne par les Latins, successeur du Baal Hammon punique, dont la pré-éminence sur les autres divinités préparait au monothéisme.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Deuxième édition dirigée par Alain Rey.
  2. « Revue générale des sciences » disponible sur Gallica
  3. (en) Hans Kung, Tracing the Way: Spiritual Dimensions of the World Religions, éd. Continuum International Publishing Group, 2006, p. 248.
  4. Les dhimmis dans l'Islam médiéval.
  5. Lapidus, p. 823
  6. a, b et c Lapidus, p. 828–30
  7. (en) Dalia Mogahed, « Islam and democracy », Gallup Polls (consulté le 10 janvier 2016)
  8. Global Gender Gaps "Pew Research Center", May 13, 2004
  9. a et b Raphaël Liogier : « Les musulmans doivent descendre dans la rue », interview SaphirNews.com, lundi 7 janvier 2013.
  10. Article de Raphaël Liogier sur l'affaire crèche Baby-Loup.
  11. Aïssam ait Yahya, De l'idéologie islamique française : éloge d'une insoumission à la modernité, C.I.R.D., 2011.
  12. Voir sur saphirnews.com.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Devin De Weese, Devin A, (1994), Islamization and Native Religion in the Golden Horde, Penn State Press, (ISBN 0-271-01073-8)
  • Lapidus, Ira M. (2002), A History of Islamic Societies. Cambridge: Cambridge University Press.

Articles connexes[modifier | modifier le code]