Al-Imran

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3e sourate du Coran
La famille d'Imran
Le Coran, livre sacré de l'islam.
Le Coran, livre sacré de l'islam.
Informations sur cette sourate
Titre original آل عمران, Al-'Imran
Titre français La famille d'Imran
Ordre traditionnel 3e sourate
Ordre chronologique 89e sourate
Période de proclamation Période medinoise
Nombre de versets (ayat) 200
Ordre traditionnel
Ordre chronologique

Al-'Imran (arabe : آل عمران, français : "La famille d'Imran") est le nom traditionnellement donné à la 3e sourate du Coran, le livre sacré de l'Islam. Elle comporte 200 versets.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Bien que le titre ne fasse pas directement partie du texte coranique[1], la tradition musulmane a donné comme nom à cette sourate La famille d'Al-Imran, 'Îmran étant petit-fils de Lévi qui eut de sa tante Yokhébèd deux fils : Moïse et Aaron[2].

Période de proclamation[modifier | modifier le code]

Selon la tradition musulmane, cette sourate a été proclamée pendant la période médinoise, c'est-à-dire schématiquement durant la seconde partie de la vie de Mahomet, après avoir quitté La Mecque[3]. Les savants musulmans s'accordent pour dire que cette sourate occupe la 89e place dans l'ordre chronologique[4],[5].

D'après l'exégèse scientifique cependant cette distinction en deux ensembles de sourates est peu probante puisque qu'elle fait reposer l'organisation du Coran suivant un ordre chronologique de proclamation, hypothèse hautement spéculative car elle repose sur les « convictions que le Coran n’a qu’un seul auteur, qu’il n’a aucun rédacteur, et qu’il reflète l’expérience d’une communauté ayant existé autour de Muḥammad, à la Mecque et à Médine, entre 610 et 632 »[6].Le « relatif consensus des spécialistes » admettant une élaboration du Coran « jusqu'à plus d'un demi-siècle après la mort du Prophète » principalement sur la mise en forme du texte mais pouvant aussi concerner les contenus, de ce fait la datation du Coran n'est pas formellement admise comme remontant à la fin de vie de Mahomet[7]. Pour la recherche, cette sourate est davantage mecquoise que médinoise[8].

Le Coran est constitué de 114 sourates de longueurs inégales, présentées dans un ordre de longueur assez sensiblement décroissant, et non dans l'ordre chronologique des révélations. Dans l'ordre traditionnel, An-Nisa est la 4e sourate[3]. Les manuscrits anciens montrent des variations dans l'ordonnancement des sourates. Pour M.-A. Amir-Moezzi, « En sus de quelques variantes orthographiques et lexicographiques mineures, 22 % des 926 groupes de fragments étudiés présentent un ordre de succession de sourates complètement différent de l'ordre connu »[9]. Certains versets supprimées dans la forme canonisée du Coran ont été rajoutés au corpus des hadiths[10].

Interprétations[modifier | modifier le code]

Versets 1-7 : une autoréférence ?[modifier | modifier le code]

La sourate commence par les lettres Alif, Lâm, Mîm. Dye cite une hypothèse de Luxenberg qui y voit une abréviation syriaque de "Le Seigneur m'a dit"[8].

Pour Pregill, le terme furqan du verset 4 est un nom propre et désigne un ouvrage apocalyptique connu de la communauté. Pour Donner, ce mot provient du syrique "Commandement"[8].

Le terme al-kitab (verset 7) est souvent interprété comme désignant le Coran. Pour Dye, « Cette lecture ne va pas de soi : normalement, al-kitāb ne désigne pas le Coran »[8].

Stefanidis relève que pour Nasr Hamid Abu Zayd, ce verset évoque les polémiques avec les chrétiens qui auraient perçu l’ambiguïté du Coran sur le statut de Jésus, prophète né miraculeusement. « L'évaluation d'Abu Zayd est que, pour réfuter tout incompréhension chrétienne: ", les versets dans lesquels le Coran décrit Jésus comme «la parole» et «l'esprit» de Dieu ont été déclarés «ambigus» alors que les versets mettant l'accent sur son humanité comme seul prophète et messager ont été déclarés «clairs». »[8] Pour Zellentin, cette séparation entre claire et ambigu renvoit vers la classification judéo-chrétienne entre la loi pure, la loi symbolique (paraboles) et les lois abrogés par Jésus[8].

Selon Azaiez, ces versets sont un exemple de métadiscours ou d'autoréférence, pour utiliser le terme de Boisliveau[8]. Dye se demande si cette metatextualité est contemporaine de Mahomet ou si elle n'est pas, "au moins en partie, un rajout effectué lors de la collecte du Coran. Pour Pregill, cette sourate est l'occasion de marquer une rupture avec le christianisme. « Tout au long de la sourate, l'auteur semble élaborer sa vision particulière d'une religion corrigée, en particulier en revisitant les racines israélites du christianisme et en repensant sa relation avec la Bible. »[8]

Hillali relève que ce passage présente trois temporalité, une absolue, le passé et le présent. Une rupture est liée au temps de la "révélation" coranique qui ouvre vers le futur, temps de l'interprétation[8].

Versets 33-63 : la famille d'Imran[modifier | modifier le code]

Pour Dye, ce texte est un texte de compromis entre positions christologique, comme celle des nestoriens et s’appuie entre autre sur le proto-évangile de Jacques alors Sirry critique cette idée de compromis et y voit un texte tendant à critiquer le point de vue chrétien[11].

El-Badawi associe les différents versets de cette sourate à divers écrits chrétiens : Évangile de Luc, évangiles de l'enfance, lettre aux Corinthiens[11]... Grodzki relève la traduction du v.54 par B. Bonnet-Eymard : “Alors ils livrèrent et le Dieu livra, mais le Dieu délivre ceux qui sont livrés”, qu'il associe à l’évangile selon St Jean[11]. Pour Reynolds, « En effet, la nativité de Marie ici suit de près les récits trouvés dans ces textes [à propos du proto-évangile de James et de l’évangile du pseudo-Mathieu] »[11]. Selon Stephen J. Schoemaker, ce «mélange de deux traditions chrétiennes [canonique et apocryphe] antérieures autrement indépendantes» est liée à l'église «Kathisma de la Théotokos» située entre Jérusalem et Bethléem. Pour lui, cette église est à l'origine du "récit unique du Coran de la naissance de Jésus"[11].

L'hypothèse d'une confusion coranique entre Marie, mère de Jésus et Myriam, sœur d'Aaron a parfois été avancée. Pour Dye, il s'agit d'une "identification typologique", association déjà présente dans les traditions de l’église du Kathisma et un apocryphe du IVe siècle, le transitus grec. A la différence des évangiles et du lignage davidique, le Coran insiste sur le lignage de Jésus à Abraham et sur l'universalité de Isa[11].

Pour Imbert, à propos d'un graffito reprenant le v.37, « Il reflète la grande liberté avec laquelle les lapicides anonymes du début de l’islam traitaient des versets coraniques: ils étaient librement adaptés afin de se conformer grammaticalement au texte du graffito alors qu’on se serait attendu au contraire, à savoir que le texte du graffito aurait dû s’adapter au texte coranique. Cette “élasticité” du texte coranique est une donnée fondamentale de ce que nous appelons le Coran des pierres. »[11]

Pour Dye, « La nature de l’argumentation, le profil de l’auteur, la manière dont est conduite la polémique, indiquent que le contexte le plus plausible pour la composition de cette péricope est la Syrie-Palestine des années 650 »[11].

Galerie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. André Chouraqui, Le Coran, traduction et commentaires, 1990, p. 15.
  2. André Chouraqui, Le Coran : L'appel, France, Robert Laffont, , 625 p. (ISBN 2221069641), Sourate 3 La Gent de Imran
  3. a et b Blachère R., Le Coran, 1966, p. 103.
  4. Organisation chronologique des sourates
  5. André Chouraqui, Le Coran : L'appel, France, Robert Laffont, , 625 p. (ISBN 2221069641)
  6. Gabriel Said Reynolds, « Le problème de la chronologie du Coran », Arabica, no 58,‎ , p. 477
  7. Michel Cuypers et Geneviève Gobillot, Le Coran: idées reçues sur le Coran, Le Cavalier Bleu Editions, (ISBN 9782846706674, lire en ligne), p. 17
  8. a, b, c, d, e, f, g, h et i Azaiez, M. (Ed.), Reynolds, G. (Ed.), Tesei, T. (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter. partie. QS 5 Q3:1-7
  9. Michel Cuypers et Geneviève Gobillot, Le Coran: idées reçues sur le Coran, Le Cavalier Bleu Editions, (ISBN 9782846706674, lire en ligne), p. 22
  10. Michel Cuypers et Geneviève Gobillot, Le Coran: idées reçues sur le Coran, Le Cavalier Bleu Editions, (ISBN 9782846706674, lire en ligne), p. 23
  11. a, b, c, d, e, f, g et h Azaiez, M. (Ed.), Reynolds, G. (Ed.), Tesei, T. (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter. partie QS 6 Q 3:33–63