Tareq Oubrou

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Tareq Oubrou en 2013

Tareq Oubrou (en arabe: طارق أوبرو) est un écrivain et imam français né au Maroc de parents enseignants et francophones. Il est connu pour ses prises de position publiques en faveur d'un islam libéral[1]. Selon lui, le Coran serait mal interprété[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

À 19 ans, il arrive à Bordeaux (Gironde) afin de poursuivre un cursus en biologie et médecine. Mais très vite il renonce à ses études pour se consacrer à la communauté musulmane de France dans le rôle d'imam. Il se rendra ainsi dans plusieurs villes françaises de taille moyenne telles Nantes, Limoges ou encore Pau. Après une dizaine d'années passées «au chevet de la communauté», il revient à Bordeaux pour s'y installer durablement et diriger les prières (salat) et les sermons (khutba), au sein de la mosquée al Houda, rue Jules Guesde, dans le quartier à forte population d'origine immigrée Saint-Michel[3].

Il entame alors une vaste réflexion théologico-canonique sur les conditions de l'expression et de la pratique musulmane dans un espace sécularisé, renouant avec la tradition des fuqaha (juristes) qui pensaient le droit musulman en prenant en considération leur contexte historique et culturel. Il donne le nom de shari'a de minorité aux premiers fruits de cette réflexion. Selon lui, elle n'a pas vocation ni à se substituer au droit positif français, ni à s'y opposer. L'esprit de ce travail en cours traverse déjà le premier opuscule d'une série de dix volumes. Il est intitulé L'Unicité de Dieu. Des Noms et Attributs divins, éditions Bayane, 2006. Il tente notamment d'y restituer le contexte anthropologique et historique de la Révélation coranique chez les Bédouins de la péninsule sudarabique du VIIe siècle. Il note que ce sont des convertis, de culture perse principalement, qui formalisent et perfectionnent le droit grâce à la principologie (usûl el fiqh), science qui n'existait pas chez les Arabes du moment coranique pour la raison (entre autres) qu'ils disposaient, selon Oubrou, d'une compréhension immédiate des significations du Coran et de la sunna « qu'ils communiquèrent spontanément à leurs disciples (at-tâbi'un) » (p. 62).

Oubrou fait donc de la principologie la pierre angulaire de son travail de revisite de la Tradition qui dit prendre en considération les réalités philosophiques, juridiques et même sociologiques à la base de la civilisation européenne moderne, sans transiger avec ce qu'il conçoit être les enseignements fondamentaux du Coran et de la sunna. Ce n'est donc pas en intellectuel, mais du point de vue religieux qu'il s'exprime, même s'il possède un bagage culturel d'autodidacte en sciences positives et en sciences humaines, dont les multiples disciplines sont fréquemment convoquées dans ses travaux herméneutiques.

Il a présidé l'association "Imams de France"[réf. nécessaire] et a fondé l'AMG (Association des musulmans de la Gironde) affiliée à l'Union des organisations islamiques de France (UOIF). En raison de ses positions, il est néanmoins marginalisé au sein de l'UOIF. Après avoir développé une vision très radicale de l'islam, appelant notamment au rétablissement du califat, il rejoint l'UOIF grâce à la lecture d’Hassan el-Banna, le fondateur des Frères musulmans. Il affirme ainsi : « S’il n’y avait pas eu l’UOIF, je serais un taliban »[4].

Au début des années 1990, il contribue à faire construire la mosquée El-Houda de Bordeaux. L'Institut de découverte et d’étude des mondes musulmans est créé sous son impulsion et il décide d'ouvrir les portes de la mosquée aux visites scolaires[4].

En 2002, dans son livre entretien avec la sociologue Leïla Babes: Loi d’allah, loi des hommes, il écrit (page 216) : « Le khimâr (cachant les cheveux et le cou) et le jilbâb (qui cache le reste du corps) sont des prescriptions vestimentaires divines qui ne sont abrogées par aucun autre texte. Objectivement, s’il y avait le moindre soupçon sur cette norme, je serais le premier à prôner sa levée. ». Il est opposé à la loi sur les signes religieux dans les écoles publiques françaises tout en estimant que le foulard islamique n’est qu’une prescription mineure et en prônant une « visibilité discrète de l’islam »[4].

En 2012, dix ans après, sa lecture de la question a évolué, quand il déclare à l’Express : « Quant au voile, je n’ai trouvé aucun texte qui oblige la femme à se couvrir la chevelure »[5], puis l'année suivante il déclare que le Coran n'oblige pas la femme à se couvrir les cheveux mais qu'elle doit cependant rester pudique, c'est ce principe qui ressort de son interprétation du Coran. Ainsi pour lui, aujourd'hui le foulard chez les musulmans est devenu un objet obsessionnel qui réduit la femme musulmane à un foulard[6].

Lors de la guerre de Gaza de 2014, il appelle les musulmans de France à ne pas confessionnaliser le conflit et déplore « un processus d'identification massif au peuple palestinien par une population musulmane vulnérable »[4].

Il préconise la réécriture de l'Histoire de France dans les manuels scolaires « à la lumière de la présence musulmane aujourd'hui[7]. ».

Dans un article du journal Le Monde [8] Tareq Oubrou prône également une visibilité musulmane discrète, qui se concentre sur des pratiques islamiques invisibles de la vie de tous les jours comme les 5 prières ou les valeurs morales (générosité, respect, humilité, la piété etc).

Après l'attentat contre Charlie Hebdo, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve le choisit comme interlocuteur privilégié des pouvoirs publics dans sa volonté de relancer le dialogue avec les représentants musulmans[4].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Il a été fait Chevalier de la Légion d'honneur le 1er janvier 2013[9] sur proposition du ministère de l'Intérieur Manuel Valls en décembre 2012 (gouvernement Ayrault). La décoration lui a été officiellement remise par Alain Juppé le 6 février 2014[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Un long entretien avec un doctorant en anthropologie est disponible sur le site www.islamlaicite.org [1], tenu par la Ligue de l'enseignement.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Oubrou Tareq (avec Leïla Babès), Loi d'Allah, loi des hommes. Liberté, égalités et femmes en islam, Albin Michel (coll. Spiritualités), Paris, 2002. (ISBN 978-2226132789)
  • Oubrou Tareq, L'Unicité de Dieu. Des Noms et Attributs divins (opuscule 1/10), éditions Bayane, Saint-Denis, 2006. (ISBN 2-915147-08-6)
  • Oubrou Tareq (avec Cédric Baylocq et Michaël Privot), Profession imâm, Albin Michel (coll. Spiritualités), Paris, 2009. (ISBN 978-2226191281)
  • Oubrou Tareq (avec Samuel Liéven), Un imam en colère, Bayard, Paris, 2012. (ISBN 9782227485327)
  • Oubrou Tareq (avec David Meyer et Michel Rémaud), La vocation de la Terre Sainte. Un juif, un chrétien et un musulman s'interrogent, Édition Lessius (coll. L'Autre et les autres, no 15), Namur, 2014. (ISBN 978-2-87299-263-8