Robert Paxton

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Robert Paxton

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Biographie
Naissance juin 1932
Lexington, Virginie Virginie
Nationalité Drapeau des États-Unis États-Unis
Vie universitaire
Formation Washington and Lee University
Oxford
Harvard
Titres Professeur à l'Université Columbia (New York)
Approche disciplinaire Histoire du régime de Vichy

Principaux travaux

  • Thèse de doctorat, Parades and Politics at Vichy. The French Officer Corps under Marshall Pétain (Princeton University Press)
  • Vichy France: Old Guard and New Order. 1940-1944, traduit en français en 1973 La France de Vichy – 1940-1944

Robert Owen Paxton, né en juin 1932, est un historien américain spécialiste de la Seconde Guerre mondiale. Il a notamment signé des recherches importantes sur la France de Vichy.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né en juin 1932 dans une famille bourgeoise de Lexington, Virginie, petite ville où se trouve l'institut militaire de l'État, Robert Owen Paxton visite Paris pour la première fois en 1950 à l'occasion d'un voyage familial[1]. Il étudie ensuite l'histoire à la Washington and Lee University puis à Oxford et à Harvard[1].

Il s'installe à Paris en 1960 pour faire sa thèse sur la formation des officiers français, mais oriente finalement son travail de thèse sur l'étude de l'Armée de l'armistice[1]. C'est à ce moment qu'en consultant les archives allemandes, il constate qu'elles divergent de l'Histoire de Vichy publié en 1954 par Robert Aron. Ce dernier avait presque exclusivement travaillé à partir de documents de la Haute Cour de justice, sans tenir compte de ce que les accusés cherchaient avant tout à se défendre, et les procureurs à démontrer que tel article du Code pénal avait été violé, le souci de la vérité historique n'y gagnant guère.

En 1966, Paxton publie sa thèse Parades and Politics at Vichy. The French Officer Corps under Maréchal Pétain (Princeton University Press) et devient professeur à l'université de Columbia, à New York.

En 1972, il publie le livre qui le rendra célèbre : Vichy France: Old Guard and New Order, traduit en français en 1973 sous le titre La France de Vichy. Les thèses développées dans ce livre sont notamment étayées par les archives allemandes saisies par les autorités américaines. Il met alors en avant au travers de cet ouvrage la participation du gouvernement français à la Shoah.

Il reprend également les travaux de l'historien allemand Eberhard Jäckel sur la politique hitlérienne à l'égard de la France (La France dans l'Europe de Hitler, Fayard, 1968[2]).

Tout en restant professeur à Columbia, Paxton a écrit ensuite une série d'ouvrages sur la France pendant les périodes de la Seconde Guerre mondiale et de l'entre-deux-guerres. Professeur à la retraite, en 2006, il réside en France. Il est membre du conseil scientifique de l'Institut François-Mitterrand.

La « révolution paxtonienne »[modifier | modifier le code]

La traduction en 1973 de son ouvrage La France de Vichy marque une rupture souvent considérée comme décisive dans l'historiographie de la France sous l'Occupation. Dans sa préface, Stanley Hoffmann soutient que « sur deux points capitaux, l'apport de Paxton est révolutionnaire » : il n'y a pas eu double jeu de la part de Vichy, et le régime n'a pas joué l'effet de « bouclier » en épargnant certaines souffrances aux Français. Plus tard, les historiens Henry Rousso et Jean-Pierre Azéma opposeront Paxton à Robert Aron dont l'ouvrage l’Histoire de Vichy[3] a connu un succès certain entre sa parution et la fin des années 1970. Selon Rousso[4] et Azéma[5], Aron aurait défendu l'idée que Pétain, le bouclier des Français, aurait su jouer double jeu avec Hitler. Ces historiens mettent notamment l'accent sur la conclusion de Robert Aron : « [...] négociations secrètes, télégrammes clandestins, mesures dilatoires, impossibles à percevoir par l’opinion, ne cessent de réduire la collaboration proclamée [...][3] »

Par rapport aux thèses de l'essayiste Robert Aron, Paxton bouleverse la lecture de l'histoire du régime de Vichy en affirmant que le gouvernement de Vichy a non seulement collaboré en devançant les ordres allemands : il a aussi voulu s'associer à l'« ordre nouveau » des nazis avec son projet de Révolution nationale.

Selon Henry Rousso :

« [...] La France de Vichy a proposé tout d'abord une interprétation globale du régime, de son idéologie et de son action concrète, qui a mis en lumière la profonde cohérence du projet vichyste. Celle-ci s'articule autour de l'idée centrale selon laquelle les élites dirigeantes du régime ont eu une assez claire conscience du lien qui existait entre les choix de « politique extérieure » et de politique intérieure, entre la collaboration d'État — un concept mis en avant par Stanley Hoffmann et consacré désormais par l'usage —, qui croyait redonner à la France une part de souveraineté perdue dans la défaite, et la Révolution nationale, une idéologie et une pratique qui visaient à la constitution d'un régime en rupture avec l'héritage républicain. La grande originalité de ce livre est d'expliquer de manière concrète et argumentée en quoi la collaboration d'État constituait une condition nécessaire (mais non suffisante) à la réalisation de la Révolution nationale [...] »

En s'appuyant sur les archives américaines et allemandes, l'entreprise de Paxton vise à démolir l'idée d'un Vichy jouant double-jeu et qui tentait de sauver tout ce qui pouvait l'être. Au contraire, Pétain et Laval ont toujours recherché la collaboration avec l'Allemagne nazie, et multiplié jusqu'au bout les signes et les gages de leur bonne volonté à s'entendre avec le vainqueur, allant souvent spontanément au-devant des exigences allemandes.

Loin d'avoir protégé les Français, le concours de Vichy a permis aux Allemands de réaliser plus facilement tous leurs projets — pillage économique et alimentaire, déportation des Juifs, exil forcé de la main-d'œuvre en Allemagne. Avec leur peu de troupes, de policiers et de fonctionnaires, jamais les Allemands n'auraient pu gérer un pays développé aussi vaste sans le concours actif du gouvernement, de l'administration et de la police.

Quant au supposé double jeu de Vichy, toujours selon Paxton, il n'a jamais existé. Les rares contacts officieux et sans suite avec Londres, fin 1940, démesurément gonflés et surinterprétés après la guerre par les partisans de Vichy, ne pèsent rien au regard de la réalité de la Collaboration, indéfectiblement poursuivie jusqu'à l'été 1944 inclus.

Paxton a également remis en lumière le programme de « Révolution nationale » appliqué par Vichy. L'État français n'est pas qu'un accident de l'histoire, une parenthèse ou une pure antenne de l'occupant. Il puise dans diverses traditions françaises de longue durée et doit beaucoup aux divisions franco-françaises des années 1930. Son programme mêlant projets réactionnaires et modernisateurs ne manque nullement de cohérence, et il est parfaitement autonome. Les Allemands n'ont en rien imposé la fondation de ce nouveau régime, et les statuts des Juifs par exemple furent des initiatives françaises prises sans la moindre pression de l'occupant.

Paxton montre enfin que Révolution nationale et Collaboration sont les deux faces de la même médaille : pour appliquer la première, Vichy a besoin de l'entente avec un Reich victorieux. Il ne perçoit pas la dimension planétaire du conflit, croit la guerre finie avec la défaite de la France, et de toute façon, une victoire alliée ne ferait que ramener les Juifs, les francs-maçons, les communistes et les républicains.

Dans les trente années qui ont suivi la parution de La France de Vichy, de nombreux historiens comme Rousso ou Azéma se revendiquent comme héritiers de Paxton[6], en apportant des approfondissements variés et diverses nuances.

Critiques adressées à l'œuvre de Paxton[modifier | modifier le code]

L'antisémitisme des Français[modifier | modifier le code]

Dans Vichy et les Juifs (1981), Marrus et Paxton insistent non seulement sur la collaboration entre Allemands et Français dans la déportation des Juifs, mais aussi sur le soutien qu'a reçu la législation antisémite de la part de l'ensemble de la population. Le premier à s'inscrire en faux contre cette description de l'opinion publique fut Serge Klarsfeld[7]. Depuis, note Renée Poznanski, la description d'une société impliquée dans son ensemble continue d'être contestée[8].

La Résistance[modifier | modifier le code]

Dans sa biographie de Pétain, l'historien Marc Ferro est critique vis-à-vis de la position de Paxton concernant la Résistance[9]. Il considère en effet qu'il fait « une erreur d'appréciation »[9], son analyse se basant sur des chiffres tirés des archives[9] et interprétés sans tenir compte du contexte.

Selon Paxton, cité par Ferro[9] : « Environ 45 000 volontaires[10] s'engagent en 1944 dans l'odieuse Milice, en partie peut-être pour échapper au STO, en partie par fanatisme, en partie aussi pour aider à défendre « l'ordre public ». Si l'on y ajoute les effectifs de police et la garde militaire, il est vraisemblable qu'en 1943-1944 il y a autant de Français travaillant à écraser le désordre que de résistants. Presque toute la population veut être débarrassée des Allemands mais pas au prix de la révolution. »

Et Ferro de faire remarquer : « Laissons ces chiffres, pris aux Archives, mais qui n'ont aucun sens : tous les Français qui résistent ne résistent pas nécessairement dans un réseau ou une unité enrégimenté... Un paysan ou un fonctionnaire qui aide des résistants ne figure pas sur les rôles des réseaux ni des unités militaires de la Résistance. Surtout, ce que la plupart redoutent, ce n'est pas la révolution : c'est d'être fusillés par les Allemands. [...][9] », ceci expliquant, d'après lui, l'attentisme des Français et même une certaine hostilité aux résistants : « [...] beaucoup espèrent être libérés sans avoir à recevoir des coups. Mais ces attentistes sont cent fois plus nombreux que ceux qui sympathisent avec la Milice. Ce qui ne les empêche pas de continuer à aimer Pétain, qui les comprend et applique le mot d'ordre de Verdun : attendre avant de sortir le nez de son trou. Le feu tue[9]. ».

La critique faite à l'auteur de La France de Vichy, sur cette question, est qu'en voulant démontrer la volonté de collaborer de Pétain, en s'appuyant sur les archives allemandes[9] : « Robert Paxton finit par ne plus voir la mesure de la terreur nazie en France, surtout en 1943-1944, ni aider à expliquer les équivoques de la politique de Vichy. [...][9] »

Ferro juge également que le parallèle fait par Paxton avec la Pologne n'est pas non plus pertinent[9]. À la supposition que, si, comme la Pologne, la France avait « résisté dès le premier jour », elle aurait été traitée différemment (les Français n'auraient pas été traités en Untermenschen [sous-hommes] comme les Slaves) il oppose l'existence des massacres d'Ascq, des Glières, d'Oradour-sur-Glane ou de Tulle[9]. Pour lui les différences de réactions des deux pays résident dans les traditions historiques propres à la Pologne (elle fut de tous temps l'objet d'agressions de ses voisins)[9] alors que la France n'avait pas connu, avant 1940, un tel désastre[9].

Les troupes d'occupation en France[modifier | modifier le code]

Dans une conférence donnée à Lyon en octobre 2006, l'historien Pierre Laborie avance que certains historiens, et il cite nommément Paxton, ont été amenés à « minimiser le poids de l'Occupation ». Et il affirme que l'argumentation de Paxton repose parfois sur des erreurs grossières[11],[12] :

« Dans l'édition de 2005 de La France de Vichy, page 12, Paxton écrit que jusqu'en 1943, il n'y a eu que 40 000 soldats allemands (des « vieux ») ; les forces nouvelles seraient arrivées plus tard, et elles auraient été placées sur les côtes. C'est une grossière erreur, gênante en raison du commentaire qui l’accompagne, et malheureusement répétée au cours des éditions, en dépit des démarches effectuées [au moins par Pierre Laborie] pour attirer l’attention de l’éditeur sur la bévue. Les seules troupes de sécurité (maintien de l’ordre) représentaient 100 000 hommes fin 1941, 200 000 en 1943. À leurs côtés, les troupes d’opérations comptaient 400 000 hommes en 1942-43 et ces effectifs seront portés à environ un million d’hommes au début de 1944. On peut regretter que le respect légitime à l’égard du grand historien de Vichy conduise à rester silencieux devant un point contestable de son travail et à lui attribuer une sorte de statut de « vache sacrée » qu’il n’a certainement jamais revendiqué[13]. »

Distinctions[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages de Paxton[modifier | modifier le code]

Ouvrages sur Paxton[modifier | modifier le code]

  • Philippe Alméras, « Quand Paxton inventait Vichy », La Nouvelle Revue d'histoire, no 50, septembre-octobre 2010, p. 60-63.
  • Sarah Fishman, Laura-Lee Downs, Ioannis Sinanoglou et Leonard-V Smith et une vingtaine d'historiens, La France sous Vichy : Autour de Robert O. Paxton, IHTP/CNRS, 2004.
  • Moshik Temkin, « « Avec un certain malaise » : The Paxtonian Trauma in France, 1973-74 », Journal of Contemporary History, vol. 38, no 2, 291-306, 2003.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Robert Paxton, « Une identité entre-atlantique », dans Pourquoi la France, sous la direction de L. LDowns et S. Gerson, éditions du Seuil, 2007
  2. Eberhard Jäckel, Frankreich in Hitlers Europa – Die deutsche Frankreichpolitik im Zweiten Weltkrieg, Deutsche Verlag-Anstalg GmbH, Stuttgart, 1966 ; traduction : La France dans l'Europe de Hitler (préface de Alfred Grosser, traduction de Denise Meunier), éd. Fayard, coll. « Les grandes études contemporaines », 1968, 554 p.
  3. a et b Robert Aron, Georgette Elgey, Histoire de Vichy - 1940-1944, éd. Fayard, coll. « Les grandes études contemporaines », Paris, 1954, 766 p.
  4. Henry Rousso, Le syndrome de Vichy, Éd. du Seuil, 1997 ; 2e éd. 1990, coll. « Points-Histoire », p. 83 et 281-282
  5. Jean-Pierre Azéma, « Vichy et la mémoire savante : quarante-cinq ans d'historiographie », dans Vichy et les Français, Fayard, 1990, p. 26-27
  6. Voir par exemple Henry Rousso dans l'hebdomadaire Marianne no 337, 6 octobre 2003
  7. Serge Klarsfeld, Paris-Auschwitz, Fayard, 2 volumes, 1983-1985.
  8. Renée Poznanski, « Vichy et les Juifs », in Vichy et les Français, dir. J-P. Azéma et F. Bédarida, Fayard, 1992, p. 61-63.
  9. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Marc Ferro, Pétain, éd. Fayard, Paris, 1987, 789 p. (ISBN 2213018332 et 978-2213018331) ; rééd. Hachette littérature, coll. « Pluriel », Paris, 2009, 789 p. (ISBN 978-2-01-270518-0), p. 711-712.
  10. Robert Paxton, La France de Vichy 1940-1944, (préface de Stanley Hoffmann, traduction Claude Bertrand), Éditions du Seuil, 1973 ; rééd. 1997 ; réimp. Seuil, coll. « Points Histoire », novembre 1999, 475 p. (ISBN 978-2-02-039210-5), p. 346 :
    dans le texte de Paxton, édition de 1997, il est fait mention de 34 000 volontaires.
  11. Robert Paxton, La France de Vichy 1940-1944, op. cit., « avant-propos à la seconde édition », p. 11-12.
  12. Robert Paxton, op. cit., note [10] : Leur âge était de 48 ans : Bernd Kasten, « Gute Franzosen » : Die französische Polizei und die deutsche Bezatzungsmacht in besetzen Frankreich, 1940-44, Sigmaringen, Jan Thorbecke Verlag, 1993, p. 56. Voir aussi Hans Umbreit, Der Militärbefehlshaber in Frankreich, 1940-44, Boppard am Rhein, Harald Bildt Verlag, 1968, p. 46-51.
  13. Conférence de Pierre Laborie, Histoire et mémoires de Vichy et de la Résistance, compte-rendu D. Letouzey, approuvé par Pierre Laborie, Lyon, octobre 2006.
  14. Arrêté du 11 mai 1994 conférant le titre de docteur honoris causa, JORF no 116 du 20 mai 1994, p. 7428, NOR RESR9400664A, sur Légifrance.
  15. « Robert Paxton, historien de la France de Vichy », extrait du journal télévisé de 20 heures, France 2, 30 octobre 2007, reproduit dans Jalons pour l'histoire du temps présent, sur le site de l'INA.
  16. Olivier Schmitt, « Elles et ils », dans Le Monde, 1er avril 2009.

Liens externes[modifier | modifier le code]