Eugène Deloncle

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Eugène Deloncle

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Eugène Deloncle après son arrestation,
photographie parue dans L'Ouest-Éclair, no 15025, 29 décembre 1937.

Naissance 20 juin 1890
Brest (Finistère)
Décès 7 janvier 1944 (à 53 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de la France France
Profession
homme politique français
Activité principale
cofondateur de la Cagoule en 1935
Formation
Polytechnicien (Promotion X1910, second), ingénieur du Génie maritime

Antoine Octave Eugène Deloncle est un activiste et homme politique français, né à Brest (Finistère) le 20 juin 1890 et mort à Paris le 7 janvier 1944 (à 53 ans), cofondateur de la Cagoule en 1935.

Famille[modifier | modifier le code]

Fils du commandant Antoine Charles Louis Deloncle[1] (qui refusa de quitter la passerelle du paquebot La Bourgogne lors de son naufrage, le 4 juillet 1898, et fut englouti en mer avec lui) et d'Anna Ange Marie Grossetti. Il est le neveu de François Deloncle, député des Basses-Alpes et de la Cochinchine, et de Charles Deloncle, député et sénateur de la Seine.

Il épouse Mercédès Cahier, fille de médecin, dont il a un fils Louis et une fille Claude.

Après sa mort, sa femme épouse Jacques Corrèze, activiste cagoulard hébergé par le couple Deloncle.

En 1939, sa nièce Edith Cahier, fille de Paul Cahier, épouse Robert Mitterrand, frère de François Mitterrand.

Sa sœur Louise qui épousa l'avocat Laurent-Cely fut la mère de l'écrivain Jacques Laurent, son autre sœur fut mariée un temps au joueur de bridge Pierre Albarran.

Carrière et activité politique[modifier | modifier le code]

Polytechnicien (Promotion X1910, second), ingénieur du Génie maritime, il combat pendant la Première Guerre mondiale comme officier d'artillerie et il est blessé sur le front de Champagne. Il est fait chevalier de la légion d'honneur par arrêté du 7 novembre 1920.

Il adhère d'abord à l'Action française, puis dans un esprit de dissidence vis-à-vis d'elle, fonde en 1935, avec Jean Filliol, l'Organisation secrète d'action révolutionnaire nationale (OSARN puis CSAR ; l'adjectif nationale fut supprimé plus tard et, mal lu, le « O » fut pris pour un « C ») connue de la police sous le nom de Comité secret d'action révolutionnaire (CSAR) et surnommé la Cagoule par la presse. Ce surnom est d'ailleurs attribué avec mépris par Maurice Pujo de l'Action française.

Ses principaux « faits d'armes » sont :

  • l'attentat contre la Confédération générale du patronat français et du groupe des industries métallurgiques le 11 septembre 1937, cette action visant à faire croire à l'opinion publique à un complot communiste menaçant la démocratie ;
  • l'assassinat des frères Sabatino et Carlo Rosselli, deux militants italiens antifascistes réfugiés en France. Meurtres commis à la demande du gouvernement fasciste italien, en échange de la fourniture d'armes de guerre et d'un soutien financier.
Les chefs des principaux partis collaborationnistes en 1941. De gauche à droite : Costantini (Ligue française), Déat (RNP), Deloncle (MSR) et Doriot (PPF).

Selon Pierre Péan, à la fin du mois de novembre 1936, Deloncle rencontre le général Henri Giraud. qui lui promet son aide en cas de soulèvement communiste, Deloncle lui assurant que les cagoulards se rangeraient sous ses ordres en échange. Très satisfait, Giraud « est évidemment d'accord pour travailler avec les gens de l'OSARN et souhaite la meilleure réussite à l'entreprise de Deloncle et Duseigneur [...] »[2].

En juillet 1938, l'état-major civil et plusieurs militaires, soit un total de 120 personnes, sont arrêtés par la police.

Après l'armistice de juin 1940, Deloncle rejoint l’amiral François Darlan et reprend contact avec d’anciens cagoulards.

Fin 1940, il crée le Mouvement social révolutionnaire pour la Révolution nationale (MSR), soutenant le maréchal Pétain, puis, par le Rassemblement national populaire, se rapproche de Marcel Déat. Les intrigues entre les deux hommes ont raison de cette alliance et Deloncle est exclu en mai 1942.

Dans la nuit du 2 au 3 octobre 1941, un attentat est organisé par le Mouvement social révolutionnaire contre la Synagogue des Tournelles[3].

Il collabore aussi avec l’amiral Wilhelm Canaris, qui dirige le contre-espionnage militaire allemand.

Le 7 janvier 1944, Deloncle est assassiné par la Gestapo – par l'intermédiaire d'agents français du SD – en raison de ses relations avec l'amiral Canaris et d'autres membres de l'Abwehr opposés à Hitler. Son fils Louis, blessé, survit; après-guerre il dirigera la branche espagnole de L'Oréal[4]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Raymond Abellio (Georges Soulès), Ma dernière mémoire, vol. 3 : Sol invictus : 1939-1947, Paris, Gallimard, puis Ramsay,‎ 1980, 497 p. (ISBN 2-85956-189-7).
  • Christian Bernadac (éd.), Les Carnets secrets de la Cagoule : Dagore, Paris, Éditions France-Empire,‎ 1977, 609 p.
  • Philippe Bourdrel, La Cagoule : histoire d'une société secrète du Front populaire à la Ve République, Paris, Albin Michel,‎ 1992 (1re éd. 1970), 404 p. (ISBN 2-226-06121-5)
  • Philippe Bourdrel, Les Cagoulards dans la guerre, Paris, Albin Michel,‎ 2009, 282 p. (ISBN 978-2-226-19325-4)
  • Édith Cahier, Ma famille Mitterrand, Paris, Robert Laffont,‎ 2002, 229 p. (ISBN 2-221-09525-1)
  • Brigitte et Gilles Delluc, Jean Filliol, du Périgord à la Cagoule, de la Milice à Oradour, Périgueux, Pilote 24 édition,‎ 2005, 171 p. (ISBN 2-912347-53-X)
  • Mercedes Deloncle Corrèze, Histoire sans égoïsme, Paris, La Pensée universelle,‎ 1982, 297 p.
  • Cécile Desprairies, Paris dans la Collaboration. Paris, Le Seuil, 2009, préface de Serge Klarsfeld, (ISBN 978-2-02-097646-6).
  • Frédéric Freigneaux (mémoire de maîtrise, Histoire, Toulouse 2), Histoire d'un mouvement terroriste de l'entre-deux-guerres : « la Cagoule »,‎ 1991, 435 p.
  • Frédéric Freigneaux, « La Cagoule : enquête sur une conspiration d'extrême droite », L'Histoire, no 159,‎ octobre 1992.
  • Robert Mitterrand, Frère de quelqu'un, Paris, Robert Laffont,‎ 1988, 490 p. (ISBN 2-221-04762-1)
  • Frédéric Monier, Le complot dans la République : stratégies du secret, de Boulanger à la Cagoule, Paris, La Découverte, coll. « L'espace de l'histoire »,‎ 1998, 339 p. (ISBN 2-7071-2871-6, présentation en ligne), [présentation en ligne], [présentation en ligne].
  • Jean-Émile Néaumet, Les grandes enquêtes du commissaire Chenevier : de la Cagoule à l'affaire Dominici, Paris, Albin Michel,‎ 1995, 347 p. (ISBN 2-226-07985-8)
  • Jean Philippet, « Ultima ratio regis. La « Cagoule » : un mouvement terroriste d’extrême droite », dans Se battre pour ses idées : la violence militante en France des années 1920 aux années 1970 / François Audigier (dir.) et Pascal Girard (dir.), Paris, Riveneuve éditions, coll. « Actes académiques »,‎ 2011, 244 p. (ISBN 978-2-36013-076-4, présentation en ligne), p. 51-70.
  • Jean-Raymond Tournoux, Secrets d'État, vol. 1 : Dien Bien Phu, les paras, l'Algérie, l'affaire Ben Bella, Suez, la cagoule, le 13 mai, de Gaulle au pouvoir, Paris, Plon,‎ 1960, In-16, II-499 p.
  • Jean-Raymond Tournoux, L'Histoire secrète : la Cagoule, le Front populaire, Vichy, Londres, 2e Bureau, l'Algérie française, l'O.A.S., Paris, Plon,‎ 1962, In-16, 384 p.
  • Jean-Claude Valla, La Cagoule : 1936-1937, Paris, Éditions de la Librairie nationale, coll. « Les Cahiers libres d'histoire » (no 1),‎ 2000, 143 p. (ISBN 2-911202-31-7)
  • Éric Vial, La Cagoule a encore frappé ! : l'assassinat des frères Rosselli, Paris, Larousse, coll. « L'histoire comme un roman »,‎ 2010, 319 p. (ISBN 978-2-03-584595-5, présentation en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 18 décembre 1854, Cahors- 4 juillet 1898
  2. Pierre Péan, Le Mystérieux docteur Martin (1895-1969), Paris, Fayard,‎ 1993, 500 p. (ISBN 978-2213644677), p. 140.
  3. Voir, Cécile Desprairies, 2009, p. 95-96.
  4. Eugène Schueller, alors patron du groupe L'Oréal, fut un soutien inconditionnel d'Eugène Deloncle et Marcel Déat, collaborationnistes notoires. Il ne fut cependant pas inquiété à la Libération, ayant donné des gages à la résistance, comme au régime de Pétain, ce qui lui permit de mettre Louis Deloncle à l'abri des poursuites de ses adversaires politiques.