Académie roumaine
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L'Académie roumaine (en roumain : Academia Română) est une société savante qui concerne les sciences, les arts et la littérature de la Roumanie. L'académie a cent quatre-vingt-un membres perpétuels et de nombreux membres correspondants.
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Histoire [modifier]
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Les prémisses et les débuts [modifier]
Les principautés de Valachie et de Moldavie, vassales de l'Empire ottoman mais autonomes, étaient sous l'influence de l'esprit des Lumières depuis le XVIe siècle : leurs voïvodes (Alexandru Lăpușneanu, Radu Șerban, Șerban Cantacuzène et Antioh Cantemir) et des lettrés (Ioan Piuariu-Molnar) y avaient fondé des académies princières (en 1561 à Cotnari en Moldavie, en 1603 à Târgoviște et en 1688 à Bucarest en Valachie, en 1707 à Jassy en Moldavie et en 1795 à Alba Iulia en Transylvanie)[1]. Ces institutions fusionnent en 1843 en une Société littéraire des Pays roumains, ébauche de l'Académie roumaine, qui en prend ce titre en 1866 sous les auspices d'Ion Heliade Rădulescu et de Vasile Urechea Alexandrescu ; Heliade Rădulescu en fut le premier président. De nombreux académiciens d'avant le régime communiste, formés dans les universités européennes et notamment françaises, furent porteurs d'un savoir et d'un esprit civique, laïc et démocratique, prenant une part active aux progrès politiques et sociaux de l'État roumain durant les huit décennies agitées, mais pluralistes et ouvertes de son histoire antérieure aux dictatures carliste, fasciste et communiste qui se succédèrent durant un demi-siècle entre 1938 et 1989.
Sous les dictatures [modifier]
Les années 1940-1989, représentent un hiatus dans l'histoire de l'Académie comme dans celle de la Roumanie et de la Moldavie. Ces cinq décennies de société monolithique, fermée et dirigiste, fasciste de 1940 à 1944 et communiste de 1945 à 1989, furent des parenthèses de censure et de surveillance de la pensée, interrompant les échanges et la production d'idées, de biens et d'œuvres, et éliminant la compétences au profit de la flatterie et de la servilité politique. Antonescu, puis Staline furent promus parangons de la culture, avant que d'autres Danubes de la pensée comme Nicolae Ceaușescu ne leur succèdent. Des créateurs et savants de haut niveau furent alors exclus de l'Académie, persécutés, et pour certains, détenus, tandis que d'autres étaient privés de leurs droits à délibérer. Seuls furent épargnés ceux qui se firent les thuriféraires des dictateurs successifs.
En Moldavie soviétique, on imposa au roumain l'écriture cyrillique : non pas les caractères gréco-slavons utilisés au Moyen Âge et jusqu'au début du XIXe siècle, mais ceux de la langue russe, qui se prêtent mal à la syntaxe et aux sons du roumain. Le passé et la culture du pays furent entièrement réécrits de manière à en occulter au maximum la latinité, la « roumanité » et la « balkanité », en exagérant et même en inventant des parentés, des influences ou des appartenances russes. On alla jusqu'à inventer une « langue moldave distincte du roumain » et on débaptisa villes et villages.
Entre 1945 et 1989, des personnages ubuesques comme Mihail Roller, officier du KGB promu « historien » et « garde-chiourme » de ses collègues, V.D. Mirza, « biologiste » qui niait les lois de la génétique en adoptant le lyssenkisme, ou Elena Ceaușescu, « chimiste » comme son mari était « démocrate », imposèrent en nombre leurs candidats sous la coupole : des exégètes des slogans communistes, des techniciens, des ministres à la retraite, des permanents du Parti. Prompts à se gaver de tous les avantages de leur condition, mais indifférents au devenir de la culture, de la science et de la langue roumaines, ces « académiciens » se montrèrent très efficaces dans l'étouffement de toute création ou recherche indépendante et provoquèrent une « fuite des cerveaux » continue hors du pays. Durant cette période, des collections furent dispersées (dans les villas de la « nomenclature ») des musées fermés, des recherches interdites (sciences de l'éducation, psychologie), de nombreux fonds documentaires mis sous séquestre. Quiconque osait murmurer était exclu.
Depuis la Libération [modifier]
Depuis 1990, le courant d'échanges avec la culture et la science mondiale a repris. Nul ne fut exclu parmi ceux qui avaient été cooptés durant la dictature, mais l'Académie roumaine a repris l'intégration de professionnels internationalement reconnus de la science et de la culture, exclus durant la dictature. Les anciens apparatchiks restèrent cependant longtemps influents, et l'hebdomadaire britannique Nature jugeait en 1994 que « l'Académie roumaine utilise son autonomie pour reproduire les modes de fonctionnement communistes mis en place en 1948 ». Mais étant en recherche d'idéologies de rechange au communisme qu'ils avaient abandonné, cela ne les empêcha pas, au mépris de la laïcité, d'introduire la théologie dans la section "Philosophie, psychologie et pédagogie". À partir de 1996 cependant, avec l'alternance politique au profit des socio-démocrates, la bureaucratie communiste commença à perdre son influence et l'Académie roumaine à revenir à un fonctionnement plus proche de ses homologues européennes : en cela, l'histoire de l'institution est un reflet de la société roumanophone contemporaine[2].
Rôle [modifier]
L'Académie roumaine est, en Roumanie, l'instance régulatrice de la langue roumaine, du moins de jure, car de facto, les média et les entreprises prennent beaucoup de libertés linguistiques, utilisant de plus en plus d'anglicismes. Selon ses règlements, les rôles principaux de l'Académie sont de cultiver la langue et la littérature roumaines, d'étudier l'histoire nationale de la Roumanie et de conduire la recherche scientifique.
L'académie a beaucoup de projets fondamentaux, qui incluent le dictionnaire de la langue roumaine (en roumain : Dicționarul explicativ al limbii Romane) (Dictionnaire explicatif de la langue roumaine), également connu sous le nom de DEX, est le dictionnaire le plus important de la Roumanie ; le dictionnaire de la littérature roumaine, et le traité sur l'histoire des Roumains.
L'académie gère également l'Institut d'archéologie Vasile Parvan de Bucarest ainsi que la revue d'archéologie Dacia.
Les disciplines de l'Académie roumaine [modifier]
- Philologie et littérature
- Histoire et archéologie
- Mathématiques
- Physique
- Chimie
- Biologie et sciences de la Terre
- Géométrie
- Technologie
- Agriculture et forêts
- Médecine et pharmaceutique
- Économie, droit et sociologie
- Philosophie, théologie, psychologie et pédagogie
- Arts, architecture et arts audiovisuels
- Technique et technologies de l'information
Les présidents [modifier]
Quelques membres roumains [modifier]
- Vasile Urechea Alexandrescu
- Vasile Alecsandri
- Grigore Antipa
- Petre Antonescu
- Tudor Arghezi
- Ana Aslan
- Alexandru Averescu
- Victor Babeș
- Dan Berindei
- Lucian Blaga
- Constantin Bosianu
- Gheorghe I. Brătianu
- Nicolae Breban
- Zoe Dumitrescu Bușulenga
- George Călinescu
- Sergiu Celibidache
- Timotei Cipariu (vice-président vers 1866)
- George Coșbuc
- Eugen Coșeriu
- Nicolae Cretulescu
- Miron Cristea
- Ovid Densusianu
- Ambrosiu Dimitrovici
- Mihnea Gheorghiu
- Ion Ghica (président de l'Académie roumaine, quatre fois (1876–1882, 1884–1887, 1890–1893 et 1894–1895))
- Octavian Goga
- Alexandru Graur
- Nicolae Grigorescu
- Ionel Haiduc
- Pantelimon Halippa
- Bogdan Petriceicu Hasdeu
- Iosif Hodoşiu (en)
- Alexandru Hurmuzaki
- Ion Inculeț
- Nicolae Ionescu (vice-président de 1889 à 1892)
- Iorgu Iordan
- Nicolae Iorga
- Mugur Isărescu
- Joseph Juran
- Mihail Kogălniceanu
- Constantin Levaditi
- György Ligeti
- Dinu Lipatti
- Ștefan Luchian
- Titu Maiorescu
- Adrian Marino
- Ion Gheorghe Maurer
- Gheorghe Mironescu
- Grigore Moisil
- Basarab Nicolescu
- Ștefan Niculescu
- Constantin Noica
- Alexandru Odobescu
- George Emil Palade
- Constantin Ion Parhon
- Vasile Pârvan
- Nicolae Paulescu
- Petrache Poenaru
- Marin Preda
- Ilya Prigogine
- Sextil Pușcariu
- Emil Racoviță
- Ion Heliade Rădulescu
- Liviu Rebreanu
- Valeria Guțu Romalo
- Alexandru Roman
- Dumitru Roșca
- Alexandru Rosetti (en)
- Mihail Sadoveanu
- Marius Sala
- Eugen Simion
- Constantin Stere (à titre posthume)
- Constantin Bălăceanu Stolnici
- Carmen Sylva
- Gheorghe Țițeica (en)
- Tudor Vianu
- Alexandru Dimitrie Xenopol
- Duiliu Zamfirescu (vice-président en 1909)
Quelques membres étrangers [modifier]
- Graziadio Isaia Ascoli
- Henri Berthelot
- Marcellin Berthelot
- John Desmond Bernal
- Otto Benndorf
- Pietro Blaserna
- Roland Bonaparte
- Haïm Brezis
- Jérôme Carcopino
- Élie Cartan
- Benedetto Croce
- Franz Cumont
- Felix Dahn
- Gaston Darboux
- Angelo De Gubernatis
- Alain Decaux
- Maurice Druon
- Christian de Duve
- Otto Hahn
- Roman Herzog
- Lawrence Klein
- Grigore Vieru
- Federico Mayor Zaragoza
Notes [modifier]
- Andrei Oțetea, Istoria lumii în Date, éd. Enciclopedică, Bucarest, 1969
- Source pour la partie historique : Karel Bartosek : Le bilan du communisme dans les pays roumanophones, chapitre sur l'Académie roumaine in : La Nouvelle Alternative-Bulletins n° 1 et 2, mars et juin 1999
Lien externe [modifier]
- (fr) Site officiel