Jean-Pierre Esteva

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Jean-Pierre Esteva
Naissance 14 septembre 1880
à Reims
Décès 11 janvier 1951 (à 70 ans)
à Reims
Origine Français
Allégeance Drapeau de la France France
Drapeau de l'État français État français (Vichy)
Arme Civil and Naval Ensign of France.svg Marine nationale française
Grade Vice-amiral
Années de service 18981944
Conflits Première Guerre mondiale
Seconde Guerre mondiale
Faits d'armes Bataille des Dardanelles
Autres fonctions Résident général de France en Tunisie

Jean-Pierre Esteva, né le 14 septembre 1880 à Reims et décédé le 11 janvier 1951 à Reims, est un militaire, amiral et homme politique français.

Début de carrière[modifier | modifier le code]

Engagé dans la Marine nationale, il intègre l'École navale dès 1898 et en sort enseigne de vaisseau en 1900.

Lieutenant de vaisseau, le jeune officier participe à la Première Guerre mondiale. Affecté à l'escadre de Méditerranée, il participe entre autres opérations à la bataille des Dardanelles à l'occasion de laquelle il se distingue tout particulièrement.

Entre deux-guerres[modifier | modifier le code]

De 1927 à 1932, nommé capitaine de vaisseau, Esteva décide de suivre une voie pionnière dans l'aéronavale naissante, choix original pour un officier de ce rang. Promu contre-amiral en 1929, il est directeur de l'aviation maritime, puis sous-chef d'état-major des forces aériennes (1930) avant de devenir vice-amiral en 1935. En 1936, il part pour l'Extrême-Orient où il commande plusieurs unités navales depuis son croiseur. Son séjour dans le Pacifique l'amène à régulièrement visiter les bases britanniques de Hong Kong et Singapour ainsi qu'à pleinement prendre la mesure de la montée en puissance de la flotte impériale nippone. À son retour en métropole, sa polyvalence et ses compétences le désignent pour occuper la fonction d'inspecteur des forces maritimes. Par la suite, en 1939, il prend le commandement des forces navales françaises du Sud.

Régime de Vichy[modifier | modifier le code]

En 1940, après la débâcle des armées françaises et l'armistice de juin 1940 dans la clairière de Rethondes, Esteva, comme de nombreux autres amiraux dont François Darlan, choisit de servir le régime de Vichy.

Homme de confiance du maréchal Pétain, il embarque pour l'Afrique française du Nord. Le 26 juillet, il devient résident général de France en Tunisie. À ce poste, il succède à Marcel Peyrouton appelé à prendre ses nouvelles fonctions ministérielles à Vichy. En novembre 1942, lorsque les Anglo-américains déclenchent l'opération Torch, l'amiral est toujours en poste. Débute alors une série d'atermoiements qui se conclut par une collaboration avec les Italo-Allemands. Le 9 novembre 1942, il commence par condamner l'arrivée sur le terrain d'El Aouina des appareils de la Luftwaffe envoyés sur place par le maréchal Albert Kesselring. Mais très vite, par fidélité à Pétain et sous la pression des consignes de Pierre Laval, Esteva est amené à changer de position. Il met à la disposition des pilotes allemands plusieurs bases françaises sur le territoire tunisien ainsi que des stocks de carburant. Dans la foulée, il neutralise l'amiral Derrien qui avait encouragé ses troupes à rejoindre les Alliés afin de se battre contre l'Axe.

En mai 1943, au moment où les troupes alliées entrent à Tunis, Esteva est rapatrié en France par les Allemands. L'amiral est évacué le 7 mai en avion et en même temps que le consul général du Troisième Reich en Tunisie. Débarqué à Paris, il est conduit au Ritz afin d'y être mis en résidence surveillée en attendant que les autorités allemandes statuent sur son sort. Consigné dans sa chambre, il est gardé par des sentinelles allemandes. Finalement remis en liberté le 18 mai, il gagne Vichy où il est chaudement accueilli et félicité par Pétain pour sa fidélité aux ordres reçus. Joachim von Ribbentrop lui fait parvenir un message de sympathie et le remercie pour avoir « facilité la conduite de la guerre par les puissances de l'Axe[1]. » Esteva répond : « Cette lettre ne m'intéresse pas. Je suis fonctionnaire français. Je n'ai rien à voir avec von Ribbentrop. »[réf. souhaitée]

En Afrique du Nord, cependant, un Conseil de guerre, présidé par le général Henri Giraud le 15 mai, condamne Esteva à la peine de mort par contumace.

Arrestation et procès[modifier | modifier le code]

Le 22 septembre 1944, il est finalement arrêté par la police française à Paris puis incarcéré à la prison de Clairvaux. Un nouveau procès est organisé. Accusé d'avoir livré du blé à l'armée italienne en Libye, accordé des facilités aux troupes de l'Axe pour s'établir sur la côte et les aérodromes tunisiens après le débarquement allié de 1942, recruté des travailleurs et combattants dans une Phalange africaine au service de l'Allemagne, manifesté à plusieurs reprises sa sympathie pour la cause allemande, il esquisse la défense dite du « double jeu », souvent reprise par la suite. Ainsi, il affirme qu'en dépit de sa fidélité à Pétain, ce n'est pas une discipline aveugle qui l'a guidé, qu'il n'a composé avec l'ennemi que pour sauver l'essentiel : son départ aurait fait passer la Tunisie sous le contrôle italien, la livraison de blé aux Italiens en Libye a été compensée par des envois identiques aux populations françaises, il a saboté le recrutement de la Phalange africaine, il ne disposait pas d'assez de troupes, avec 12 000 hommes, pour s'opposer aux forces de l'Axe, les Alliés étant encore trop loin. L'amiral Muselier a témoigné en sa faveur lors de ce procès. Il n'en est pas moins reconnu coupable de trahison le 15 mars 1945. Militairement dégradé par la Haute Cour de Justice, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité[2]. Claude Morgan, résistant communiste fondateur des Lettres françaises, prend cette peine à témoin, dans un article intitulé: « La vérole », pour dénoncer l'indulgence de la justice, qui ne l'a pas condamné à mort, et les complicités dont bénéficierait Vichy, affirmant : « Si Esteva n'est pas un traître, c'est qu'il n'existe pas de traître[3]. »

Malade, Esteva est gracié le 11 août 1950. Il décède quelques mois plus tard.

Se penchant, dans Les Grands procès de la collaboration, sur le parcours d'Esteva, et notamment sa période tunisienne et son procès, Roger Maudhuy considère, sur la base de plusieurs témoignages, qu'Esteva a aidé la Résistance locale et fourni de faux documents d'identité à des membres de la communauté juive, des militants communistes, des évadés d'Allemagne et des réfugiés alsaciens[4].

Le général de Gaulle, dans ses Mémoires de Guerre, a commenté ce procès en ces termes : « L'amiral Esteva fut condamné à la réclusion. Au terme d'une carrière qui, jusqu'à ces événements, avait été exemplaire, ce vieux marin, égaré par une fausse discipline, s'était trouvé complice, puis victime, d'une néfaste entreprise[5]. » De son côté, Pierre Messmer a confié à Roger Maudhuy : « Que voulez-vous ? La Haute Cour ne pouvait pas commencer par un acquittement. Esteva n'a pas mérité un tel sort, j'en conviens. Deux ou trois ans plus tard, il aurait sans doute été acquitté. Mais c'était la guerre... Pétain, Laval, tous les responsables, les gros, étaient hors de portée. Lui, il était là. Il n'a pas eu de chance, voilà tout[6] ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Raymond Ruffin, La Vie des français au jour le jour – De la Libération à la victoire, 1944-1945, Éditions Cheminements, 2004, 331 p. (ISBN 2844782884), p. 62.
  2. Yves-Frédéric Jaffré, Les Tribunaux d'exception, 1940-1962, Nouvelles Éditions Latines, Paris, 1962, p. 100-101.
  3. Fred Kupferman, Le Procès de Vichy – Pucheu, Pétain, Laval, Éditions Complexe, 2006, 233 p. (ISBN 2804800679), p. 81.
  4. Roger Maudhuy, Les Grands procès de la collaboration,  éd. Lucien Souny, coll. « Histoire », 2009, 378 p. (ISBN 2848862289 et 978-284886228[à vérifier : ISBN invalide])[précision nécessaire].
  5. Charles de Gaulle, Mémoires de guerre – Le Salut : 1944-1946 (tome III), éd. Plon, Paris, 1959 , 656 p., p. 130. ; rééd. Pocket, 1999 (nouvelle édition 2006), 567 p. (texte intégral) (ISBN 2-266-16750-2 et 978-2266167505), p. 135-136.
  6. Roger Maudhuy, op. cit., p. 134.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Serge La Barbera, Les Français de Tunisie – 1930-1950 (troisième partie sur le régime de Vichy), L'Harmattan, 2006, 405 p. (ISBN 229601075X).

Liens externes[modifier | modifier le code]