Marcel Bucard

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Marcel Bucard devant l'emblème franciste (1936).

Marcel Bucard est un homme politique français né le 7 décembre 1895 à Saint-Clair-sur-Epte (Seine-et-Oise) et exécuté le 19 mars 1946 au fort de Châtillon (Seine).

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un boucher de Saint-Clair-sur-Epte, Marcel Bucard naît le 7 décembre 1895. Après des études au collège catholique Notre-Dame de Grand-Champs, à Versailles, il entre au petit séminaire et est sur le point d'être ordonné prêtre quand éclate la Première Guerre mondiale. Engagé volontaire, il se distingue par son courage : caporal en 1914, à 19 ans, il finit capitaine en 1918, blessé trois fois et titulaire de la Légion d'honneur, de la médaille militaire et de la croix de guerre avec dix citations. Comme la plupart des combattants de ce conflit, il en restera à jamais marqué[1] ; traumatisme aggravé, par ailleurs, par la perte de l'un de ses amis les plus proches, l'abbé Léandre Marcq, tué à 24 ans, le 16 avril 1917, au cours de la désastreuse offensive Nivelle.

Aux élections législatives de 1924, Marcel Bucard est candidat du Bloc national comme colistier d'André Tardieu, mais est battu. Dès lors, et après avoir un temps milité à la Fédération nationale catholique, il décide de prendre part à l'agitation menée dans tout le pays par des mouvements d'anciens combattants. Il est ainsi l'un des dirigeants des Légions, groupe paramilitaire fondé en avril 1925 par Georges Valois et organisé par André d'Humières[2]. La même année, il adhère, parmi les premiers, au Faisceau de Georges Valois – premier parti à se revendiquer ouvertement du fascisme – et dont il est chargé de la direction de la propagande à partir de septembre 1926. Il se rapproche également de l'ancien socialiste antimilitariste Gustave Hervé, fondateur de la milice socialiste nationale, dont il collabore au journal La Victoire. Cependant, en 1927, lorsque Georges Valois, dans son ouvrage Le Fascisme, rejette toute tentative antisémite et traite Mussolini de « réactionnaire », Bucard le désapprouve et se tourne vers François Coty et son quotidien L'Ami du peuple, dont il se voit confier la rédaction de la page hebdomadaire consacrée au combattant.

Le 29 septembre 1933, Marcel Bucard fonde le Mouvement franciste, « mouvement d'action révolutionnaire » s'inspirant du fascisme italien[3]. Il participe aux émeutes du 6 février 1934.

Le Francisme de Marcel Bucard n’a originellement rien d’antisémite. Marcel Bucard attaqua même l’antijuif Henri Coston, qui s’appliquait le nom de franciste. Bucard écrivit que « quelques misérables individus, faisant profession d’antisémitisme, de sectarisme, de haine, essaient en se couvrant du nom de francistes, de créer la confusion dans l’opinion publique[4],[5] ». Ses articles vantent l’amitié des tranchées et la tolérance entre Français de toutes confessions. Il veut se distancier de « la petite secte, fondée récemment par un pauvre détraqué qui essaie de créer une confusion intéressée, en s’emparant de la même dénomination[6],[7] ».

Bucard défend alors la thèse des deux Internationales qui déchirent la France : celle des socialo-communistes, celle des ploutocrates[8]. Il écrit à la LICA pour affirmer qu'il n'est ni anticlérical, ni antisémite, « ce qui est imbécile et odieux[9] ».

Il participe au Congrès international fasciste de Montreux, les 16 et 17 décembre 1934. Il y fait adopter des motions mitigées sur la question juive : le congrès se refuse « à une campagne de haine contre les Juifs » mais « s’engage à combattre certains groupes juifs », lesquels « se sont installés comme en pays conquis, constituant une sorte d’État dans l’État, profitant de tous les bienfaits, se refusant à tous les devoirs ». Accusé d’être un antisémite camouflé par la LICA, il proteste en mars 1935 dans L’Univers israélite en distinguant les « Juifs patriotes qui remplissent leurs devoirs et les métèques sans patrie qui n’ont qu'un but : exploiter[10] ».

Marcel Bucard bascule dans l'antisémitisme radical après son arrestation fin 1935 et l’interdiction de son mouvement, prononcée par le Front populaire. Il attribue alors aux Juifs « une fonction de désagrégation sociale » et « un goût presque inné de la dépravation[11] » et cet antisémitisme sera une constante de son discours politique par la suite[12]. Il publie L'Emprise juive (Paris, 1938).

Cependant, de 1936 à 1939, Marcel Bucard cherche à faire renaître son mouvement sous deux appellations :

  • l’Association des Amis du Francisme (1936-1937) ;
  • le Parti unitaire français d’action socialiste et nationale (Pufasn) (1938).

En 1941, Bucard se range du côté de la Collaboration et reforme une nouvelle fois son mouvement, sous le nom de Parti franciste. Il est un des fondateurs de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF), mais interdit à ses militants d'y entrer lorsqu'il apprend que l'uniforme est celui de la Wehrmacht. Il ne tient cependant sous l'Occupation qu'un rôle d'arrière-plan, souffrant de ses anciennes blessures de guerre, pour lesquelles il sera opéré à deux reprises.

À la suite d’un quiproquo, Bucard tue deux policiers en juillet 1944. Il est emprisonné à la prison de la Santé et manque d’être fusillé. Libéré le 29 juillet, il a juste le temps, devant l’avancée des Alliés, de fuir en Allemagne le 12 août avec les autres Francistes. Depuis l'Allemagne, il participe à l'organisation de commandos de saboteurs, parachutés en France par l'aviation du Troisième Reich (une dizaine de ces Francistes ont d'ailleurs témoigné en ce sens lors de son procès)[13]. Alors qu'il cherche à gagner l'Espagne, il est arrêté à Merano en juin 1945, extradé en France et condamné à mort le 21 février 1946. Il est fusillé le 19 mars, à 10 heures 35, dans les fossés du fort de Châtillon. Comme on a interdit que son corps fût déposé dans le caveau familial, Marcel Bucard repose maintenant au cimetière parisien de Thiais, dans le département du Val-de-Marne.

Marié depuis 1928 et père de quatre enfants, la rumeur — propagée par certains comme par Déat et son parti, le Rassemblement national populaire — ainsi que les enquêtes de police menées par Vichy lui prêtent pourtant des relations homosexuelles[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dans La Légende de Marcq, paru en 1925, il écrit : « Nous les vrais de la guerre […], sommes-nous jamais redescendus du front ? ». Georges Valois, évoquant Marcel Bucard, écrit, dans L'Homme contre l'argent (Paris, 1928, p. 293-294) :
    « Deux mots sur ce Bucard : c'est un de ces garçons qui ont été tout à fait désaxés par la guerre. Il était séminariste avant la guerre. Il fit bien la guerre, y gagna dix citations et les galons de capitaine. Fils de boucher, il ne put trouver à la démobilisation, dans son milieu social, l'équivalent du prestige qu'il avait à l'armée. »
  2. Jean-Jacques Becker et Serge Berstein, Victoire et frustrations (1914-1929), Éditions du Seuil, collection « Points histoire », 1990, p. 402-403.
  3. Il écrit ainsi dans La Victoire du 20 août 1933 : « Notre Francisme est à la France ce que le Fascisme est à l'Italie. Il ne nous déplaît pas de l'affirmer. »
  4. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 167.
  5. Richard Millman, La Question juive entre les deux guerres. Ligues de droite et antisémitisme en France, Paris, éd. Armand Collin, 1992, p. 85, 93, 154-156.
  6. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 168.
  7. Marcel Bucard, « Aux Israélites de France », Le Franciste, février 1934.
  8. Marcel Bucard, « Sang et or », Le Franciste, 2 décembre 1934.
  9. « Une lettre de M. Marcel Bucard », Le Droit de vivre, 25 mars 1934.
  10. « Correspondance », L'Univers israélite, 8 mars 1935.
  11. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 169.
  12. Ralph Schor, L'Antisémitisme en France dans l'entre-deux-guerres : prélude à Vichy, Bruxelles, Complexe, 2005, pp. 77, 80, 93-94, 104, 138, 141, 169.
  13. Yves-Frédéric Jaffré, Les Tribunaux d'exception. 1940-1962, Paris, Nouvelles éditions latines, 1962, p. 182.
  14. Patrick Buisson, 1940-1945 Années érotiques, tome I, Albin Michel, 2008, p. 281-282 : il aurait été ainsi connu comme « la grande Marcelle »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Alain Deniel, Bucard et le francisme, Paris, Éditions J. Picollec, 1979.
  • (fr) A. Jacomet, « Les chefs du francisme : Marcel Bucard et Paul Giraud », Revue d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, XXV-97, janvier 1975, pp. 45–66.