Emmanuel Suhard

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Emmanuel Suhard
Image illustrative de l'article Emmanuel Suhard
Biographie
Naissance 5 avril 1874
Brains-sur-les-Marches (France)
Ordination sacerdotale 18 décembre 1897
Décès 30 mai 1949 (à 75 ans)
Paris
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
16 décembre 1935 par le
pape Pie XI
Titre cardinalice Cardinal-prêtre de Saint-Onuphre-du-Janicule
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale 3 octobre 1928 par
Mgr Eugène Grellier
Archevêque de Paris (France)
11 mai 194030 mai 1949
Précédent Mgr Jean Verdier Mgr Maurice Feltin Suivant
Archevêque de Reims (France)
23 décembre 193011 mai 1940
Précédent Mgr Louis-Joseph Luçon Mgr Louis-Augustin Marmottin Suivant
Évêque de Bayeux et Lisieux (France)
6 juillet 192823 décembre 1930
Précédent Mgr Thomas-Paul-Henri Lemonnier Mgr François-Marie Picaud Suivant

Ornements extérieurs Cardinaux.svg
COA cardinal FR Suhard Emmanuel-Celestin.png
« In fide et lenitate »
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Emmanuel Suhard, né à Brains-sur-les-Marches le 5 avril 1874 et mort à Paris le 30 mai 1949 est un évêque catholique français, évêque de Bayeux et Lisieux en 1928, archevêque de Reims en 1930, cardinal en 1935 et archevêque de Paris à partir de 1940 et donc durant son occupation par les armées du IIIe Reich où il se situe résolument du côté du Régime de Vichy

Hanté par la déchristianisation, il a fondé la Mission de France à Lisieux, la Mission de Paris, la communauté de Saint-Séverin et l'expérience des prêtres-ouvriers (« un mur sépare le monde ouvrier de l'Église, ce mur il faut l'abattre »).

Depuis 1997 et pour lui rendre hommage, une paroisse du Diocèse de Laval porte son nom : Paroisse Ste Thérèse - Cardinal Suhard. Son village d'origine, Brains-sur-les-Marches fait partie de cette paroisse.

Biographie[modifier | modifier le code]

La Mayenne[modifier | modifier le code]

Emmanuel Célestin Suhard est le fils d'Emmanuel Suhard et de Jeanne Marsollier (mariés le 25 juin 1873). Enfant pieux et timide, fils d'une veuve qui dirige seule la ferme familiale, il est jugé « trop peu dégourdi pour faire un curé » par le curé de Brains-sur-les-Marches. En octobre 1888, il entre toutefois au Petit Séminaire de Mayenne (ses condisciples sont Joseph Hamon et Victor Guillet). Il le quitte en 1892 pour entrer le 6 octobre au Grand Séminaire de Laval où il effectue de brillantes études qui lui valent une bourse pour le Séminaire français de Rome. Il y est ordonné prêtre en 1897.

Rome[modifier | modifier le code]

Étudiant à Rome à l'Université Grégorienne, en même temps que le futur Pie XII et Mgr Maglione, futur nonce en France, il obtient la "Grande Médaille d'Or", distinction suprême de la Grégorienne.

De la Mayenne à Paris[modifier | modifier le code]

Statue du Cardinal Suhard à Brains-sur-les-Marches, son village natal

De retour en 1899 en France, il célèbre sa première grand-messe dans l'église de Brains-sur-les-Marches.

Nommé professeur de philosophie au Grand Séminaire de Laval, il enseigne la théologie. Grâce à ses qualités d'accueil et d'écoute, il exerce une influence sur le clergé mayennais, bien qu'il ne soit pas très en cour à l'évêché car il n'est pas « Action française ». Il s'en explique : « L'Action française est trop particulariste. Le prêtre est fait pour tout le monde et doit accueillir tout le monde ».

Réformé en 1914, l'abbé Suhard est aumônier d'un hôpital militaire à Laval. Devenu chanoine en 1919 l'évêque, Mgr Eugène Grellier, très proche de l'Action française, le tient à l'écart et refuse de le nommer supérieur du grand séminaire.

En 1928, il est nommé évêque de Bayeux et Lisieux. Il est archevêque de Reims de 1931 à 1940, et créé cardinal en 1935.

Il devient cardinal archevêque de Paris de 1940 et le reste jusqu'à sa mort en 1949.

Seconde guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le siège archiépiscopal de Paris qu’il rejoint pendant l’exode de juin 40 sera pour lui une lourde charge, où il subit beaucoup d’épreuves, en une époque difficile. Il adresse une dépêche à Hitler, le 26 octobre 1941, pour sauver les otages de Nantes et de Châteaubriant. Les Allemands avaient perquisitionné à l’archevêché dès juillet 1940.

Comme la plupart des hauts dignitaires de l’Église catholique romaine, il avait donné son approbation à la politique du maréchal Pétain. Il négocie avec l’amiral Darlan, le ministre de l’Éducation nationale, Jérôme Carcopino[1] et le ministre de l’Intérieur, Pierre Pucheu, un système de financement de l’école privée catholique, par des subventions de l’État, en juillet 1941. Ces subventions sont réparties par les préfets, dans chaque département. Un horaire commode d’enseignement religieux facultatif est aussi instauré dans l’enseignement public[2].

Il approuve la déclaration des évêques de France du 17 février 1944 qui condamne: « les appels à la violence et les actes de terrorisme, qui déchirent aujourd’hui le pays, provoquent l’assassinat des personnes et le pillage des demeures »[3] et accueille le maréchal Pétain à Notre-Dame, en avril 1944, ce qui lui sera reproché à la Libération[4]. Il préside la cérémonie à Notre-Dame lors des funérailles nationales du ministre de l’Information et de la Propagande du gouvernement de Vichy Philippe Henriot, abattu par la résistance le 28 juin 1944[5].

Le 26 août 1944, le général de Gaulle, sur les conseils du père Bruckberger et de Francis-Louis Closon, décide de l'exclure de la cérémonie d'action de grâces de Notre-Dame et de le maintenir confiné à l'archevêché[6].

Le 10 novembre 1953, un buste en bronze du cardinal fut inauguré au Grand Séminaire de Laval, ainsi qu'une statue du prélat, le même jour à Brains-sur-les-Marches.

Volonté missionnaire[modifier | modifier le code]

Pendant les 20 années de son épiscopat, il inspire, encourage et soutient un grand courant missionnaire, dont nombre de ses lettres pastorales, en particulier les trois dernières (Essor ou déclin de l'Église, Le Sens de Dieu et Le Prêtre dans la cité) rédigées par le père Bernard Lalande, son secrétaire et théologien, se sont fait l'écho. C'est à sa demande que fut publié, en 1943, un ouvrage de l'abbé Henri Godin : La France, pays de mission, qui eut un grand retentissement au sein de l'Église.

Le précurseur de Vatican II [7][modifier | modifier le code]

Ses trois lettres pastorales sont considérées "comme une sorte de «préface» des grands textes du Concile Vatican II"[8] sur le rôle des laïcs dans l'Église, la nécessité d'adapter les formes de l'Église au monde moderne et le rôle d'évangélisateur que reçoit le laïc de par son baptême.

Le collège des Bernardins y consacre une conférence [9]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Lettre Pastorale de son éminence le cardinal Suhard. La Famille (Carême 1946). Spes.
  • Essor ou déclin de l'église. Éd. du Vitrail, 1947.
  • Le Sens de Dieu. A. Lahure. 1949.
  • La Prêtre dans la cité. A. Lahure. 1949.
  • Vers une église en état de mission. Éditions du Cerf. 1965. (textes choisis par Olivier de la Brosse)

Biographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Dodier, A la recherche de la paix scolaire : Quelques souvenirs sur S.É. le cardinal Suhard, archevêque de Paris, années 1940 à 1949... Lettre-préface de M. Jérôme Carcopino, Laval : Goupil, 1953, in-16, 71 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Par l’intermédiaire d’Henri Dodier.
  2. Michèle Cointet, article Chrétiens, dans le Dictionnaire historique de la France sous l'occupation, sous la direction de Michèle et Jean-Paul Cointet, Tallandier, 2000, p. 158.
  3. cité par Michèle Cointet, article Chrétiens, dans le Dictionnaire historique de la France sous l'occupation, sous la direction de Michèle et Jean-Paul Cointet, Tallandier, 2000, p. 159.
  4. Michèle Cointet, article Suhard (Emmanuel, cardinal), dans le Dictionnaire historique de la France sous l'occupation, sous la direction de Michèle et Jean-Paul Cointet, Tallandier, 2000, p. 659.
  5. Les funérailles nationales de Philippe Henriot , reportage des actualités de l'époque, disponible sur le site de l'INA
  6. Michèle Cointet, L'Église sous Vichy, Perrin1998, p. 342
  7. http://evreux.catholique.fr/actualite.php?id=1142
  8. http://catholiques-val-de-marne.cef.fr/documentation/spiritualite/cardinal-suhard-precurseur-du-concile-vatican-ii-fondateur-de-la-mission-de-france
  9. http://www.collegedesbernardins.fr/index.php/rencontres-a-debats/mardis-des-bernardins/archives-mardis-des-bernardins/cardinal-suhard-quelles-source-dinspiration-50-ans-apres-vatican-ii-.html

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Biographie du Cardinal Suhard. ouvrage non publié du fait de la mort de l'auteur, le R. P. Humbert Boüessé, O. P. L'auteur est un ancien élève de l'abbé Suhard au Grand Séminaire de Laval devenu religieux dominicain. Il a rassemblé lettres, papiers personnels et autres documents publics ou privés.
  • Discours prononcé par son excellence Mgr Chappoulie, évêque d'Angers Le 10 octobre 1953 à Brains-sur-les-Marches pour l'inauguration. Angers, H. Siraudeau 1953.
  • Le Cardinal Suhard, l'évêque du renouveau missionnaire 1874-1949 de Jean Vinatier. Le Centurion. Excellente biographie parfaitement documentée par un ancien supérieur de la Mission de France.
  • Pionnier de la paix, le combat du père Bernard Lalande (ancien secrétaire du cardinal Suhard) par Michel Rougé et Jean Pierre Guérend, Nouvelle Cité.
  • Cardinal Emmanuel Suhard, archevêque de Paris (1940-1949), Temps de guerre, temps de paix, passion pour la Mission, préface d'Émile Poulat, par Jean- Pierre Guérend, Éditions du Cerf, 2011, 2e édition revue et corrigée, juin 2012.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]