Bataille de Dakar

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Bataille de Dakar
Télépointeur de la batterie Nord du Castel à l'île de Gorée, utilisée contre les bâtiments britanniques. Les canons de cette batterie sont des canons de 240 mm, provenant des pré-dreadnoughts. de la classe Danton
Télépointeur de la batterie Nord du Castel à l'île de Gorée, utilisée contre les bâtiments britanniques. Les canons de cette batterie sont des canons de 240 mm, provenant des pré-dreadnoughts. de la classe Danton
Informations générales
Date du 23 au 25 septembre 1940
Lieu Dakar (Sénégal, Afrique-Occidentale française)
Issue Victoire de l'État français
Belligérants
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Drapeau de la France libre France libre
Drapeau de l'Australie Australie
Flag of France.svg État français (Vichy)
Commandants
Drapeau du Royaume-Uni John Cunningham
Drapeau de la France Charles de Gaulle
Drapeau de la France Pierre François Boisson
Seconde Guerre mondiale
Batailles
Batailles et opérations des campagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée

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La bataille de Dakar est un affrontement naval franco-anglo-français de la Seconde Guerre mondiale, également connu sous le nom d'Opération Menace, qui opposa au large de Dakar et sur la presqu'île du Cap-Vert, près de Rufisque, du 23 au 25 septembre 1940, les Forces françaises libres du général de Gaulle et les forces Britanniques, d'une part, et les forces françaises, obéissant au Gouvernement de l'État Français dit de Vichy, dirigées par le gouverneur général Boisson, gouverneur général de l'Afrique-Occidentale française depuis le 26 juin 1940, de l'autre.

Elle se solda par un échec pour les Britanniques et les Français libres.

Contexte[modifier | modifier le code]

En septembre 1940, deux mois après la bataille de Mers el-Kébir et l'attaque du Richelieu, par les Fairey Swordfish du porte-avions HMS Hermes (le 8 juillet), et un mois après le ralliement à la France Libre de trois colonies d'Afrique-Équatoriale française (AEF), l'Oubangui-Chari (l'actuelle République Centre-Africaine), le Tchad et le Moyen-Congo (l'actuel Congo-Brazzaville) et du territoire sous mandat du Cameroun, le général de Gaulle et Winston Churchill pensent pouvoir prendre le contrôle politique et militaire de l'Afrique-Occidentale française (AOF) qui reste sous contrôle du Gouvernement de Vichy. Pour De Gaulle, ce serait un second espace de légitimité et pour les Britanniques, la garantie d'écarter la menace allemande sur une position assez stratégique pour le contrôle de l'Atlantique central.

De son côté, le gouvernement de Vichy avait, courant juillet, éloigné de Dakar un certain nombre de responsables jugés trop anglophiles dans les jours qui avaient précédé l'attaque du 8 juillet, notamment le Gouverneur Général Cayla, muté à Madagascar, et le commandant de la Marine à Dakar. Début septembre, le gouvernement de Vichy, avec l'accord de la Commission allemande d'armistice, a envoyé depuis Toulon une escadre de trois croiseurs et trois grands contre-torpilleurs (la Force Y) pour s'opposer aux menées des Gaullistes au Gabon, seule colonie d'AEF à ne pas avoir (encore) rallié la France Libre. Or la Royal Navy a contraint cette escadre à rebrousser chemin, en interceptant dans le Golfe de Guinée, le pétrolier qui devait la ravitailler à Libreville. Mais elle n'est pas parvenue à contraindre deux des trois croiseurs à gagner Casablanca, alors que l'escadre destinée à intervenir à Dakar est à la mer. L'avant-veille du déclenchement de l'opération Menace, le commandant de l'escadre, dont l'amiral Darlan considère qu'il n'a pas réussi dans sa mission, est remplacé par l'amiral Lacroix, dont le navire amiral a été très gravement endommagé à Mers el-Kébir.

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Alliés[modifier | modifier le code]

France de Vichy[modifier | modifier le code]

Le Georges Leygues (croiseur), dirigeant la 4e division de croiseurs, qui fut envoyé en Afrique en septembre 1940.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Le cuirassé français Richelieu à Dakar, après la bataille; on notera qu'il n'y a plus que trois canons à la tourelle quadruple n°II.
Le cuirassé britannique Barham.

Le 23 septembre 1940 à l'aube, trois bâtiments de guerre des Forces Françaises Libres, accompagnés par deux cuirassés anciens non modernisés, le porte-avions 91, plusieurs croiseurs et destroyers constituant la Force M, commandée par l'Amiral John Cunningham[3], se présentent devant Dakar, la capitale de l'Afrique-Occidentale française, pour en demander le ralliement. La visibilité de l'armada alliée est gênée par le brouillard. Pierre Boisson, gouverneur général de l'A.O.F., envoyé de Brazzaville à Dakar en juillet, après l'attaque anglaise du 8 juillet, refuse catégoriquement de se rallier, affirmant sa volonté de défendre Dakar « jusqu'au bout »[4].

Du 23 au 25 septembre 1940, au large du Sénégal, pour la première fois de la guerre, des Français se battent contre des Français. La présence du général de Gaulle, en mer, ne provoque pas les ralliements escomptés et aucune des trois opérations simultanées ne réussit. Le traumatisme de Mers el-Kébir est bien trop récent. Un commando débarqué est arrêté, une tentative de persuasion politique échoue et Georges Thierry d'Argenlieu, arrivé par mer pour parlementer avec un drapeau blanc, est accueilli par un tir de mitrailleuse : lui-même est sérieusement blessé, mais son embarcation parvient à s'échapper.

Dans la nuit du 23 au 24, un ultimatum anglais est alors adressé aux autorités françaises de Dakar, leur enjoignant de livrer la place au général de Gaulle. Le texte, fort maladroit, accuse les forces de Dakar de vouloir livrer leurs moyens aux Allemands. Il provoque l'indignation des défenseurs. Le gouverneur général Boisson, Haut-Commissaire à Dakar, répond : « La France m'a confié Dakar. Je défendrai Dakar jusqu'au bout ! ». Les Britanniques entament alors une opération militaire, mais cette fois celle-ci échoue du fait de l'aviation française, basée sur le terrain d'aviation de Ouakam, et aussi de celle inopinée, des deux croiseurs et trois contre-torpilleurs de la Force Y[5],[6].

Conséquences[modifier | modifier le code]

L'opération a constitué un tournant idéologique pour les gouvernements, bien plus qu'un affrontement important du point de vue des forces en présence, du nombre des victimes ou des unités militaires détruites ou endommagées. De cette action, Charles de Gaulle sort un temps isolé. Il est d'ailleurs politiquement menacé par l'amiral Muselier, accusé à tort d'être à l'origine des fuites qui ont empêché la réussite du débarquement. Le jugement de Roosevelt en est durablement affecté[7]. Mais « l'affaire de Dakar » le pose pour Winston Churchill comme alternative crédible à la France de Vichy dans les colonies, après la réussite de l'opération de Leclerc sur l'AEF en août, et à la veille de l'affirmation des Forces françaises libres lors des événements du Liban et de la Syrie face aux Vichystes.

Un mois après le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord (8 novembre 1942), les autorités vichystes d'Afrique-Occidentale française, sous l'impulsion (plus ou moins de circonstance) de l'amiral Darlan, finissent par signer, le 7 décembre 1942, un accord avec les Alliés, qui remet ce territoire dans la guerre. Après l'assassinat de Darlan, lors de la constitution du CFLN, Boisson démissionne ; il est remplacé le 1er juillet 1943 par le gaulliste Pierre Cournarie. Les haut-fonctionnaires vichystes sont progressivement écartés[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (da) Marcussen, Jørgen, « Handels- og Søfartsmuseets Årbogsindeks », Maritim og historisk information,‎ 4 décembre 2010 (consulté le 20 janvier 2011)
  2. (en) Lise Lindba︠e︡k, Norway's new saga of the sea : the story of her merchant marine in World War II, Exposition Press,‎ 1969, p. 204
  3. Max Gallo, Une histoire de la seconde guerre mondiale, Pocket,‎ 1940, p. 357
  4. Pierre Montagnon, La France coloniale, t. 2, Pygmalion-Gérard Watelet,‎ 1990, p. 28, 29
  5. Étienne Schlumberger, L'Honneur et les rebelles de la marine française
  6. Pierre Montagnon, La France coloniale, t. 2, Pygmalion-Gérard Watelet,‎ 1990, p. 29
  7. « De Gaulle et Roosevelt » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  8. Christian Roche, Le Sénégal à la conquête de son indépendance : 1939-1960 : Chronique de la vie politique et syndicale, de l'Empire français à l'indépendance, Karthala Éditions,‎ 2001, 286 p. (ISBN 2845861133), p. 44

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Personnalités associées à l'événement[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Catherine Akpo-Vaché, L'AOF et la Seconde Guerre mondiale, Karthala,‎ 1996, 330 p. (ISBN 2865376400), « La vie politique, septembre 1939 - octobre 1945 »
  • Jacques Bauche, « Opération "Menace" », Revue de la France Libre, no 212,‎ août-septembre-octobre 1975 (lire en ligne)
  • Robert Bourgi, Le Général de Gaulle et l'Afrique noire (1940-1969), Librairie générale de droit et de jurisprudence,‎ 1980, 515 p. (ISBN 227501134X)
  • Dakar, 1940 : la bataille fratricide, Economica (Paris),‎ 2004, 256 p. (ISBN 2-7178-4877-0)
  • Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, t. 1, Plon (Paris),‎ 1954, p. 96 à 111
  • Patrick Girard, De Gaulle, le mystère de Dakar, Calmann-Lévy,‎ 2010, 374 p. (ISBN 9782702140741)
  • Jean-Jacques Mordal, La bataille de Dakar, Ozanne,‎ 1950
  • Henri-Dominique Segretain, De Gaulle en échec, Dakar 1940, M. Fontaine (Poitiers),‎ 1992, 470 p. (ISBN 2904237194)
  • Général John A. Watson, Échec à Dakar. Septembre 1940, R. Laffont (Paris),‎ 1er janvier 1968, 266 p.