Simon Epstein

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : Navigation, rechercher

Simon Epstein

Naissance 1947
Paris
Profession économiste, historien

Simon Epstein (né en 1947 à Paris)[1] est un économiste et historien israélien.

Sommaire

Biographie[modifier]

Simon Epstein obtient un doctorat en sciences politiques à La Sorbonne.

En 1974, il s'installe à Jérusalem (Israël), puis travaille comme économiste pour le ministère israélien des Finances.

Depuis 1982, son champ de recherche est l'antisémitisme et le racisme[1].

Professeur et chercheur à l'Université hébraïque de Jérusalem, Simon Epstein y est directeur du Centre international de recherche sur l'antisémitisme.

Principaux ouvrages[modifier]

Simon Epstein est l'auteur de plusieurs ouvrages relatifs au racisme, à l'antiracisme et à l'antisémitisme, notamment en France durant les périodes de l'affaire Dreyfus et de l'occupation allemande.

Trois de ses ouvrages ont connu un fort retentissement en France :

  • Les Chemises jaunes (1990) traite de l'extrême-droite israélienne ;
  • Les Dreyfusards sous l'Occupation (2001) traite du parcours des dreyfusards pendant la Seconde Guerre mondiale ;
  • Un paradoxe français (2008) revient sur le sujet du livre précédent à savoir les dreyfusards, militants antiracistes et pacifistes de gauche qui se tournèrent vers la Collaboration en le complétant par l'étude du parcours des antidreyfusards, militants antisémites et de la droite radicale qui s'engagèrent dans la France libre et la Résistance[2]. Ce livre étudie un paradoxe, peu abordé par l'historiographie "classique"[2],[3].

Travaux sur la Collaboration et la Résistance[modifier]

L'œuvre historique de Simon Epstein s'articule autour d'un certain nombre de thèmes étudiés dans ses ouvrages successifs. Les travaux de Simon Epstein portent principalement sur la Collaboration et à la Résistance et sur les motivations politiques de leurs sympathisants respectifs.

Le phénomène des dreyfusards collaborateurs[modifier]

Ampleur du phénomène[modifier]

Dans son ouvrage, Les Dreyfusards sous l'Occupation, Simon Epstein constate que le pétainisme, le collaborationnisme, l'antisémitisme, le national-socialisme se retrouvent à l'aboutissement de très nombreux itinéraires dreyfusards : Simon Epstein y perçoit une donnée structurelle chargée d'une signification qu'il souhaite définir[4].

Simon Epstein affirme qu'il convient de pousser encore plus loin les investigations de façon rigoureuse et exhaustive. Il est ainsi difficile faute d'informations disponibles de savoir ce qu'ont fait ou pensé nombre de dreyfusards moins connus pendant la Seconde Guerre mondiale. De même, il n'est pas possible pour un grand nombre d'acteurs actifs politiquement pendant la Seconde Guerre mondiale quelles ont été leurs options pendant l'affaire Dreyfus. Mais Simon Epstein pense qu'il est possible d'amplifier les connaissance dans ce domaine[5].

Cependant, s'appuyant sur les pratiques des sciences sociales qui consistent à travailler sur échantillon et à supposer que la réalité masquée diffère peu de la réalité exposée, il considère comme peu plausible un renversement de la pondération entre dreyfusards résistants et dreyfusards collaborateurs établie au travers de ses travaux[6].

Si l'on se focalise sur les dreyfusards de combat, sur ceux qui furent actifs pendant la bataille, qui publièrent des livres, des articles, se battirent en duel, Simon Epstein observe un déport massif et incontestable vers la collaboration[7].

Les dreyfusards résistants ne furent pas des dreyfusards de combat. Ils n'ont joué dans l'Affaire qu'un rôle minime qu'expliquent leur jeune âge et leur carrière commençante, d'où cette assertion qui ressort nettement du travail d'Epstein : un dreyfusard notoire, fervent et engagé a de fortes chances de se retrouver collaborateur après 1940[8].

Le monde littéraire le confirme. Ainsi, la liste des écrivains collaborateurs établie en 1944 par le Conseil national des écrivains comprend de nombreux dreyfusards[8] : Ajalabert, Challaye, Chardonne, Châteaubriant, Delaisi, Dujardin, Fayolle-Lefort, Germain, Gohier, etc.

On trouve inversement peu de dreyfusards parmi les adhérents du CNE. Au contraire, ceux qui viennent de l'antidreyfusisme y sont nombreux[9] : Paul Valéry qui contribua au monument Henry, François Mauriac qui grandit dans une famille antidreyfusarde, Jacques Debû-Bridel qui fut maurassien, Claude Roy venu de l'Action française et de Je suis partout, André Rousseaux, ancien d'Action française, Louis Martin-Chauffier qui crut en la culpabilité de Dreyfus.

Occultation du phénomène et idéalisation des dreyfusards[modifier]

Simon Epstein constate l'occultation dont le phénomène des dreyfusards collaborateurs a fait l'objet et consacre à ce phénomène un chapitre intitulé « Un phénomène occulté » Cette occultation découle selon lui de la place particulière prise par les figures respectives du dreyfusard et du collaborateur dans la conscience collective française.

Simon Epstein critique ainsi Pierre Vidal-Naquet qui voit dans une partie des Français qui luttèrent pour l'indépendance algérienne des dreyfusards[10] : « Si Pierre Vidal-Naquet s'était enquis de leur attitude sous l'occupation, il aurait découvert que nombre d'entre eux se sont fort bien accomodés, entre 1940 et 1944, d'un niveau de torture et de massacre nettement supérieur (c'est un euphémisme) à celui que ses amis dreyfusards ont eu à affronter à la fin des années 1950. S'il s'était penché sur les positions adoptées sur l'Algérie par les dreyfusards encore vivants à la fin des années 1950 et au début des années 1960, il se serait heurté au trio Rivet, Violette, Bayet dreyfusards-résistants mais hostiles à l'Algérie algérienne. Il aurait peut-être compté Challaye parmi les dreyfusards pro-algériens, mais le passé collaborateur du personnage l'aurait rebuté... C'est sans importance car Pierre Vidal-Naquet est libre ici de toute contingence historiographique et de tout souci d'adhérer au réel. Ses dreyfusards sont métaphoriques, parés de toutes les vertus qu'il présume dreyfusardes (indépendance d'esprit, sensibilité humanitaire, lucidité, etc.). »

Les dreyfusards ne forment plus une catégorie historique mais un ensemble abstrait, intemporel, auquel de nouvelles générations militantes sont invitées à s'identifier[11]. Simon Epstein porte un regard critique sur cette béatification des dreyfusards qui mériterait selon lui une étude : « Procédant d'un impératif collectif (exploiter au mieux le rôle exemplaire et pédagogique de l'Affaire) autant que d'une préoccupation juive particulière (dénigrer les antijuifs et célébrer les adversaires de l'antisémitisme), elle a dressé une muraille protégeant les dreyfusards contre tout examen critique. Elle a pour effet d'extraire ses bénéficiaires du champ ordinaire de l'investigation rationnelle et de la recherche scientifique. »

Le pacificisme, vecteur principal de la Collaboration[modifier]

Simon Epstein affirme que le principal vecteur de la collaboration fut le pacifisme. Il fait ce constat en étudiant deux groupes, les dreyfusards et les sympathisants de la LICA et d'autres organisations antiracistes dans les années 1920 et 1930.

Pacifisme et antisémitisme[modifier]

Ce lien entre pacifisme et sympathie pour la collaboration était d'ailleurs reconnu au sortir de la guerre. Ainsi, Jean-Paul Sartre dans Qu'est-ce qu'un collaborateur écrira[12] : « Si par exemple le pacifisme français a fourni tant de recrues à la collaboration c'est que les pacifistes incapables d'arrêter la guerre, avaient tout à coup décidé de voir dans l'armée allemande la force qui réaliserait la paix. Leur méthode avait été jusqu'alors la propagande et l'éducation. Elle s'était révélée inefficace. Alors ils se sont persuadés qu'ils changeaient seulement de moyen : ils se sont placés dans l'avenir pour juger de l'actualité et ils ont vu la victoire nazie apporter au monde une paix allemande comparable à la fameuse paix romaine. »

Le même élan humanitaire qui incite les pacifistes à honnir les guerres et ses atrocités les pousse d’emblée à dénoncer les pogroms et leurs horreurs. Les deux engagements reposent sur une même conception du monde, les deux témoignent d’une même révolte contre la misère humaine, l’injustice et la barbarie[13]. Simon Epstein considère que le pacifisme est la clef permettant de comprendre le parcours de nombreux collaborateurs issus de la gauche[14] : « sommés de choisir entre la guerre mondiale et la persécution raciale, certains pacifistes se montreront épouvantés par la première qui risque de décimer l'humanité entière alors que la seconde ne concerne qu'un groupe restreint d'individus ». Les pacifistes se sont ainsi retrouvés d'accord avec certains éléments nationalistes qui ne concevaient la guerre qu'au service des intérêts de la nation et ne voulaient pas provoquer une guerre mondiale pour des raisons idéologiques ou de défense des intérêts juifs.

Pacifisme et pétainisme[modifier]

La crainte de ravages démographiques qu'une nouvelle guerre pourrait provoquer joue un rôle déterminant dans l’engagement pétainisme ou collaborationniste[15]. Xavier Vallat dira[16],[17] : « C'est à cause du silence que la guerre a apporté dans 36 000 villages, pareils au mien, que j'ai voulu passionnément la paix pour mon pays ; c'est à cause de lui que j'ai servi avec ferveur le Maréchal Pétain, mon chef de la Grande Guerre, devenu chef de l'État dans des heures difficiles, quand il a tout tenté pour que d'autres jeunes français ne vinssent pas ajouter leur nom à celui de leurs aînés sur les stèles funéraires. »

Quant à Pétain, si Simon Epstein ne le qualifie pas de pacifiste, au sens idéologique du terme, il insiste sur le fait que son souci de préserver la vie des soldats français se remarque à toutes les étapes de sa carrière[16], « au début du siècle dans les doctrines militaires qu'il professe, en 1914-1918 dans les méthodes de combat qu'il pratique, dans l'entre-deux-guerres, par le soutien qu'il apporte au système statique fortifié dans l'espoir vain de limiter les pertes en vies humaines, en 1940 par sa précipitation à demander l'armistice, sous l'Occupation par sa détermination à laisser la France hors du conflit mondial. Justifiées ou erronées les conceptions de Pétain forment un tout ».

Laval, « jeune-dreyfusard » qui fut pacifiste et révolutionnaire dériva vers le centre et la droite dans ses conceptions économiques et ses activités financières mais son pacifisme foncier resta inchangé dans son principe. Simon Epstein affirme[16] que ce pacifisme est « sous-jacent au rôle qu'il jouera aussi bien auprès d'Aristide Briand dans les années 1920 qu'auprès de Philippe Pétain dans les années 1940 ».

Le pétainisme et le lavalisme sont le refus de tous ceux qui, sans joie pour beaucoup, se résignent à la domination allemande, et souhaitent que tout soit tenté pour défendre ce qui peut être défendu, à savoir les intérêts essentiels de la population et l’intégrité territoriale du pays et de l’Empire[18]. Simon Epstein remarque que tous les pacifistes ne deviendront pas tous des collaborateurs et que certains munichois, tels les socialistes Christian Pineau et Félix Gouin, seront même de grands résistants. De même, tous les munichois ne deviendront pas des résistants. Il n’en reste pas moins qu’il existe selon lui une forte corrélation entre pacifisme et collaboration, et que cette corrélation trouve son illustration dans la majorité des itinéraire de la période.

Rôle secondaire des idées planistes, fascistes ou droitières dans les engagements sous l’Occupation[modifier]

Simon Epstein critique la vision véhiculée par le parti communiste[19] qui veut que la droite et l’extrême droite des années 1930, la grande bourgeoisie avide de revanche sur le Front populaire, le patronat soucieux d’annuler les réformes sociales de 1936, les maurrassiens qui comme toujours combattent la gueuse, les ligueurs, les cagoulards, les antisémites qui attendent leur heure depuis l’affaire Dreyfus soient les constituants de la collaboration. Ce narratif s’articule autour d’un « mieux vaut Hitler que Blum », slogan imaginaire, qui est censé avoir dicté leur comportement aux droites françaises sous l’Occupation[20].

Ce narratif prête aux nationalistes français un comportement aberrant : ils n’auraient eu d’autres préoccupations, que de livrer la nation française à son ennemi héréditaire et le fascisme français aurait élé le seul fascisme prônant l’effacement national et la soumission collective : la collaboration aurait sa source dans un « maso-fascisme d’autoasservissement mettant un point d’honneur à se conformer aveuglément aux stratégies puis aux exigences de l’ennemi[21],[Note 1] ».

La thèse imputant les responsabilités de la défaite et de la collaboration à la droite d’avant 1940 est selon Epstein une construction militante[22]. Cette thèse se complète d’une extension fasciste selon laquelle divers hommes politiques, groupes militants, secteurs intellectuels se seraient sentis attirés, dans l’entre-deux-guerres, par un rejet simultané des matérialismes marxistes et bourgeois, par un refus de la démocratie parlementaire, par un souci de synthèse entre nationalisme et socialisme, par la recherche de solutions nouvelles transcendant les clivages traditionnels opposant droite et gauche ; ils auraient en outre éprouvé une pulsion irrésistible pour le planisme. Ces aspirations dissidentes et non-conformistes se seraient assorties d’une attirance pour les modèles totalitaires étrangers, l’italien puis l’allemand. Ces aspirations et cette tendances planistes expliqueraient les complaisances éprouvées à l’égard de l’expansionnisme nazi et expliquerait tout autant la collaboration[21]. Cette explication n’explique pas pourquoi tant de partisans de régime autoritaire et fort deviendront résistants.

Selon Simon Epstein, déduire la collaboration du fascisme procède en fait d’un contresens qui survalorise les fondement franco-français de la Collaboration, lesquels sont souvent épiphénomèniques et secondaires : il pose que la collaboration fut le produit d’une vision (interne) de ce que devrait être la société française, alors qu’elle découla en premier lieu d’une vision externe de ce que devaient être les rapports franco-allemands[21].

De nombreux collaborationnistes sont devenus hitlériens par germanophilie et adhésion à l'idée de l’unité européenne, sans être passé par la case fasciste[23]. Les structures pro-nazies de la collaboration de gauche ne sont pas fascistes mais pro-hitlériennes[24] : elle ne prônent pas un fascisme français mais la réconciliation franco-allemande et un nouvel ordre socialiste européen.

Pierre-Antoine Cousteau dira après la guerre[25] : « Maurras m’inspirait une horreur sacrée, uniquement parce qu’il faisait de la pérennité des guerres franco-allemandes la base de son système et que j’étais déjà convaincu (c’est le seul point sur lequel je n’ai jamais varié) que l’Europe ne serait jamais viable sans entente franco-allemande, que c’était le premier de tous les problèmes, le seul vraiment important, celui dont dépendait la guerre et la paix, la vie et la mort. » Cousteau est fasciste mais son pacifisme est antérieur, il est la souche fondatrice, le facteur primordial qui dictera ses positions.

Critique de la thèse des « deux France »[modifier]

L’implication des dreyfusards et plus généralement d’une part considérable de la gauche dans la collaboration est occultée pour une deuxième raison, plus importante que la précédente et qui tient à la perception tronquée que l'on a de la collaboration elle-même. À la base de cette distorsion se trouve la thèse des « deux France ». Simon Epstein s'en prend à cette vision qui pose que les grands antagonismes de l'histoire française ne font que reproduire de crise en crise, l'éternel conflit de la France de gauche contre la France de droite, de la France de 1789 et de la France contre-révolutionnaire[26].

Selon Simon Epstein, l'image est exaltante mais elle perd de son attrait « dès qu'on voit les réalités se dessiner dans tous leurs pourtours et toute leur complexité ». En fait, le bonapartisme et la monarchie de juillet sont difficiles à classer, la République de 1848 l'est aussi, car elle mitraille les ouvriers. Le Second Empire est autoritaire, mais sa politique sous certains aspects est novatrice et sociale. Gambetta n'est ni avec les Versaillais, ni avec les Communards. Les précurseurs du socialisme français et bien d'autres sont ouvertement antijuifs, tandis que le boulangisme, mouvement nationaliste populaire et autoritaire, est réfractaire à l'antisémitisme.

Unies sur les réformes sociales, les composantes du Front populaire ne le sont pas sur la menace hitlérienne. La France collaboratrice recrutera à parts égales dans les deux France antagonistes de 1936 et la France résistante, gaulliste ou intérieure, brisera elle aussi les blocs antérieurs[16].

Hannah Arendt et d'autres publicistes américains défendront la théorie des deux France mais en France, cette théorie a peu de succès après la Libération : les publications françaises sont sans indulgence pour Vichy mais par exemple n'éprouvent pas le besoin de charger rétroactivement les collaborateurs des actions des antidreyfusards[27].

Simon Epstein attribue la réactivation de cette théorie des deux France dans les années 1980 et 1990 à la lutte médiatique et politique contre le Front national, notamment dans le cadre des célébrations des centenaires du premier procès en 1994 et de J'accuse en 1998[28]. Selon lui, la thèse des deux France, « formule littéraire percutante, apte à émouvoir les cœurs, à enflammer les imaginations, s'est métamorphosée en appareil d'analyse et de conceptualisation, croit-elle, des grands drames de la France contemporaine ».

Simon Epstein constate que Pierre Birnbaum ne remarque pas que parmi les antisémites qu'il cite et dénonce dans une page de son étude sur la République juive (1988), deux sont dreyfusards directs (Hubert Bourgin et Fayolle-Lefort), le troisième est dreyfusard par identification (Henri Béraud), la quatrième est fils d'un dreyfusard qui n'a jamais renié son père (Bertrand de Jouvenel)[29].

Loin de pulluler à Vichy, les antidreyfusards y furent assez peu nombreux[30]. Par ailleurs, les antisémites ne s'identifieront pas nécessairement aux antidreyfusards. Ainsi, Lucien Rebatet dira[31] : « On peut avoir été dreyfusard, le demeurer quant à la question de Dreyfus coupable ou non coupable, et compter parmi les antisémites les plus déterminés. » Quant aux forces collaborationnistes venant de la gauche, il est clair que l'innocence de Dreyfus y est admise[31],[Note 2].

Dans une étude publiée en 1997 et citée par Simon Epstein, Henry Rousso constate que l'antidreyfusisme ne figure pas dans l'arsenal idéologique et rhétorique de la collaboration. Il suggère comme explication que les antisémites sous l'Occupation ne peuvent se réclamer d'une affaire où eux-mêmes furent anti-allemands et où ils accusaient les Juifs et leurs amis d'être à la solde de l'Allemagne. Procédant par raisonnement logique et non par suivi d'itinéraires, sa démarche est thématique, non prosopographique. Le phénomène qu'il découvre et qui l'intrigue tient au fait que la collaboration et l'antisémitisme des années 1940 comptent nettement plus de dreyfusards que d'antidreyfusards dans leurs rangs[32].

Inversement, l'abbé Jean-Marie Desgranges, qui fut résistant pendant la guerre et avait été philosémite durant l'Occupation, utilisa l'affaire Dreyfus pour dénoncer les crimes du résistantialisme : tentant d'émouvoir l'opinion, il fait l'analogie entre le capitaine injustement condamné et les victimes de l'arbitraire et de la cruauté des tribunaux de l'épuration. Il plaignit les « innombrables Dreyfus qui gémissent dans les prisons de la IVe République »[33].

L'exagération de l'influence maurrassienne à Vichy[modifier]

Simon Epstein critique la tendance de certains historiens à surestimer le poids des maurassiens dans la Révolution nationale et il parle de « maurrassification » de la collaboration[34].

À titre d'exemple, Simon Epstein cite le fait que le second statut des Juifs beaucoup plus drastique que le premier fut élaboré par Joseph Barthélemy, venu d'horizons opposés à l'Action française. Au plan institutionnel, la place d'Alibert fut prise par Lucien Romier au conseil national de Vichy, qui fut dreyfusard. Ignorer Barthélemy et Romier pour ne parler que d'Alibert, c'est camoufler selon Simon Epstein l'apport des autres courants de pensée, y compris de gauche à l'élaboration et à la pratique vichyste[35]. Au conseil national de Vichy, les parlementaires et syndicalistes de gauche occupent une place importante. Les racines républicaines de Vichy sont encore plus visibles si on prend en compte le corps préfectoral et les hauts fonctionnaires[36].

De plus, les maurrassiens de Vichy comptent parmi les éléments antiallemands et donc les moins favorables à la politique de collaboration. Pour Simon Epstein, ce point est rarement mentionné et cela est dû selon lui au fait que ceux qu'il appelle « les doctrinaires de la continuité ne se préoccupent pas des Allemands qui ne font que de rares incursions dans leurs écrits car ils cherchent avant-tout l'origine des maux qu'ils décrivent dans une permanence franco-française ».

Simon Epstein critique le fait que la collaboration de gauche n'est pas masquée dans sa totalité mais elle l'est dans sa nature[36] : « La collaboration de droite est présentée comme naturelle alors que celle de gauche est présentée comme déviante. » La méthode qu'il critique consiste à être « scrupuleux à l'extrême dans le décompte des collaborateurs de gauche mais emphatique et globalisateur dans le repérage des collaborateurs de droite ». Selon Simon Epstein, un collaborateur qui vient des Croix-de-Feu n'échappera pas à son passé et sera stigmatisé avec insistance comme Croix-de-Feu. Inversement, « un collaborateur venu du parti radical ou du parti socialiste perdra miraculeusement son indication d'origine : il sera étiqueté technocrate sans âme, complice de Laval, personnage redoutable et ambitieux »[37].

Simon Epstein affirme[37] : « Les clivages essentiels portent sur l'occupation allemande, laquelle grève l'avenir du pays, met à bas une souveraineté millénaire, opprime, vassalise et humilie une grande nation. Les clivages essentiels ne portent pas sur le retour à la terre, les chantiers de jeunesse, sur la nature du régime, les corporations ou le folklore paysan.». Fondamentalement, les Français s'engagent dans la Résistance parce qu'ils estiment profondément anormal que leur territoire soit occupé par une puissance étrangère. L'universitaire israélien condamne la tendance qui consiste à décrire rétrospectivement les choix entre résistance et collaboration comme le résultat d'un choix idéologique. Pour Simon Epstein, ceux qui se battent contre Vichy, ne lui reprochent pas d'avoir dupé la République au profit de la contre-révolution mais bien de trahir la France au bénéfice de l'ennemi[38]. Les clivages de 1940 pulvérisent les cadres antérieurs qui sont différents de ceux de 1936 ou de 1998[38].

Il est des pans entiers de la droite qui sont restés viscéralement antiallemands et le sont restés en dépit de leur ralliement au pacifisme pro-italien en 1935, au franquisme en 1936, aux accords de Munich en 1938. Réciproquement, il est des pans entiers de la gauche qui ont prôné le rapprochement avec l'Allemagne par pacifisme et idéal européen et ont continué de le faire après 1933. L'antigermanisme des premiers les prémunit contre une trop forte attirance pour le collaborationnisme à outrance, le pacifisme des seconds les prédispose à prêter l'oreille aux musiques européennes et réconciliatrices d'un Otto Abetz. Simon Epstein affirme[34] : « Il n'est donc pas stupéfiant que dans son ensemble la collaboration ait été plus briandiste que maurrassienne. […] La maurrassification intempestive de la collaboration a pour effet principal de jeter le voile sur la texture idéologique et politique du régime de Vichy et du collaborationnisme parisien. […] elle exonère la gauche et le centre en détournant la faute sur la droite ». À titre d'exemple, il cite Michel Winock qui à partir du cas Maurras affirme que les antidreyfusards sont au pouvoir en 1940, alors qu'« ils n'y sont pas ou très peu alors que leurs opposants sont en effectif assez replet »[34].

Charles Maurras sert de cible à la presse pro-hitlérienne parisienne qui l'accuse de prôner l'attentisme et d'être opposé à tout renforcement de la collaboration[Note 3] : en effet, Maurras défend la thèse de la France seule, celle-ci devant se tenir à la fois à l'écart de l'Allemagne et des Alliés ; il ne prône pas de collaboration politique ou d'aider militairement l'Allemagne. Les Dreyfusards collaborateurs tels Armand Charpentier et René de la Marmande attaquent régulièrement ses positions[39]. Les pacifistes des années 1920 reprochaient à Maurras d'être hostile au rapprochement franco-allemand. Devenus collaborateurs, ces pacifistes témoigneront d'une ténacité idéologique et d'une constance argumentaires remarquables, puisqu'ils lui feront le même reproche sous l'Occupation[40],[Note 4].

Le thème de l'osmose entre Charles Maurras et Vichy sera développé par des auteurs aux préoccupations divergents[41] :

  • Il s'agit des hagiographes de Pétain qui sont aussi des admirateurs de Maurras tels René Benjamin ou Henri Massis qui « idéalisent et sanctifient » le lien qui unit les deux hommes, tout en contestant que l'un ou l'autre aient cherché à servir l'Allemagne ;
  • Il s'agit, cette fois non pour les célébrer mais pour les critiquer des collaborateurs parisiens, comme Marcel Déat, qui considèrent que Vichy ne fait pas une vraie politique de collaboration et veulent voir dans l'œuvre de Pétain la manifestation d'une pensée réactionnaire et cléricale qu'ils détestent ;
  • Il s'agit de la presse résistante qui constate que « Maurras soutint Pétain mais en déduit à tort que Pétain fut maurrassien »[42] ;
  • Il s'agit à partir dans les années 1980 et 1990 des défenseurs de l'idée des deux France, soucieux d'amalgamer des tendances politiques différentes.

En fait, Simon Epstein rappelle que Vichy n'attend pas longtemps pour se délester d'une bonne partie de ses maurrassiens[43] : dès 1941, Raphaël Alibert, ministre de la Justice, Paul Baudouin ministre des affaires étrangères en 1941, Georges Groussard, ancien cagoulard qui commande les groupes de protection de Vichy et qui procéda à l'arrestation de Laval trop favorable à l'Allemagne et s'orienta vers la Résistance quittent Vichy. Ceux qui ne sont pas partis quitteront le gouvernement lors du retour de Laval en 1942 : Pierre Caziot, Serge Huard, Yves Bouthillier, René Gillouin, Henry du Moulin de Labarthète, Xavier Vallat, c'est-à-dire avant l'entrée des partisans d'une franche collaboration avec l'Allemagne nationale-socialiste. Ces Maurassiens étaient mal vus des amis de Pierre Laval qui les accusent d'avoir favorisé son renvoi, des Allemands qui n'apprécient pas leur hostilité à la collaboration, des collaborationnistes qui les accusent d'être réactionnaires à l'intérieur et germanophobes à l'extérieur[44].

Les pôles de mémoire dans la France de l'après-guerre[modifier]

Simon Epstein explique que la mémoire du phénomène des dreyfusards, antiracistes et hommes de gauche passés à la Collaboration a pu être préservé au travers de trois pôles de mémoire dont il analyse le travail dans ses ouvrages.

  1. Henri Coston se spécialisera dans le recensement des antisémites d’avant-guerre, et qui passés par la résistance, joueront un rôle important dans la vie politique française des années 1950 et 1960. Sa « mentalité d’archiviste » et des « capacités d’historien » selon Simon Epstein[45], lui permettront de jouer un rôle dans la préservation du passé politique français. Avec Pierre-Antoine Cousteau, il publie Lectures françaises, qui commence à paraître à partir de 1957 sous forme de petits cahiers chargés d’informations multiples sur la vie politique en France et dans le monde. La tonalité est antigaulliste, antimarxiste, antisémite, antisioniste, négationniste. Il publiera un Dictionnaire de la politique française dont les tomes paraîtront de 1967 à 1982, que les journalistes et historiens utiliseront fréquemment, tant son contenu et garni mais dont ils citeront rarement l’auteur[46]. Dans ces différentes publications, il prend plaisir à rappeler le passé des uns et des autres, notamment des anciens collaborateurs qui se sont réintégrés dans le consensus républicain et démocratique[47].
  2. Le Droit de vivre et les autres publication de la LICA forment une mine inépuisable d’indices pour qui se penche sur la question de l’antisémitisme sous l’Occupation. La presse de la LICA donne les noms des non-Juifs qui s’associent, au fil des ans au combat antiraciste. C’est en la lisant qu’on découvre que Doriot, Déat, Bergery, Drieu la Rochelle, Luchaire, Scapini, Sabiani, Chasseigne et tant d’autres ont fait un bout de chemin avec l’organisation de Bernard Lecache[48]. Après la guerre, Bernard Lecache rappelle les itinéraires des uns et des autres[49]. En 1955, se produit une rupture d’attitude : la LICA reste implacable pour les anciens collaborateurs mais elle s’avère soudain réticente à stigmatiser de manière spécifique, ses anciens militants ou dirigeants passés à la Collaboration pendant la guerre. Les rappels biographique deviendront de plus en plus rares et disparaîtront dans les années 1960. Les anciens militants préfèrent ne pas en parler, les nouveaux adhérents d’en savent rien[50]. Selon Simon Epstein, cette occultation résulte de la perception que la mention de ce passé serait perçu comme nuisible au développement de l’organisation. La solution qui s’impose est l’occultation[Note 5]. Selon Simon Epstein[51] : « Elle seule permet un message antiraciste unitaire (Juifs et non-Juifs, ensemble dans la lutte) et évite aux Juifs de s’interroger, en un débat idéologique interne, sur la validité du système de défense que la LICA, celle d’hier et celle d’aujourd’hui leur propose. »
  3. Simon Epstein cite un troisième pôle, celui des écrits de Jean Galtier-Boissière (1891-1966), « observateur avisé des vies politique, sociale et littéraire ». Soldat de la classe 1911, il reste sept ans sous l’uniforme et crée en 1915 Le Crapouillot d’orientation anarcho-pacifiste. Pacifiste et homme de gauche, proche de Gaston Bergery, Galtier-Boissière a de bon rapports avec la LICA[52]. Pendant la guerre, ses sympathies vont aux Alliés, aux gaullistes, aux Juifs, mais elles restent platoniques[53]. Ses textes fourmillent de références sur les parcours des antiracistes devenus hitlériens. Il règle en particulier ses comptes avec Le Canard enchaîné dont nombre de journalistes l’avaient accusé de tiédeur face au fascisme : « Quelques années ont passé, la guerre est venue et j’ai refusé de faire reparaître le Crapouillot sous l’Occupation. Que sont devenus par contre les purs du Canard ? Si Pierre Bénard ne s’est pas mouillé, André Guérin est aujourd’hui le rédacteur en chef de L’Œuvre de Déat où il a retrouvé La Fouchardière, mis à la porte par Maréchal et l’objecteur de conscience René Gérin. Auguste Nardy, gérant du Canard, signe dans la même feuille des reportages du plus mauvais aloi. Pédro dessine à Je suis partout. Quant à Jules Rivet, le grand indépendant à lavallière, l’anar des anars, ce brave Jules qui pendant vingt ans a vitupéré la grande presse pourrie… il a un contrat au Petit parisien. Oh pas celui des infâmes capitalistes Dupuy, mais Le Petit Parisien des hitlériens Jeantet et Laubreaux, le plus emboché des journaux boches de Paris[54],[55]. »

L’origine politique des collaborateurs[modifier]

L’origine politique des collaborateurs et l’analyse de leurs motivations profondes fait partie des sujets d’étude du professeur Simon Epstein.

  • Le PPF : les anciens communistes et l’extrême gauche maîtrisent le parti ; à sa création, le directoire du PPF comprend 7 membres : 6 sont des anciens communistes. À la fin du PPF, le triumvirat qui dirige le parti est composé de trois anciens militants d’extrême-gauche. Non seulement l’armature dirigeante du parti mais une part considérable de son assise militante est composée d’anciens communistes[56].
  • Le RNP : une fois parti Eugène Deloncle venu de la droite mais qui s’orientera vers la Résistance, le « socialisme démocratique et antiraciste règne au RNP »[57]. Quant aux Jeunesses nationales populaires, elles sont dirigées par des militants provenant des Étudiants révolutionnaires ou d’autres structures de l’extrême gauche trostkisante de la période[56]. L’Œuvre déatiste abrite de vieux dreyfusards : Francis Delaisi, Alexandre Zevaès, Georges de la Fouchardière et d’autres.
  • Le POPF : ce parti est exclusivement composée d’anciens dirigeants communistes.
  • Il en va de même de toutes les structures de la collaboration ouvrière et socialiste : Ligue de la pensée française, Comité ouvrier de secours immédiat, groupe France-Europe. Les dirigeants, animateurs, idéologues, militants ou adhérents de ces groupements sont presque tous des gens de gauche, qui continuent de se réclamer, pour la majorité d’entre eux de leur appartenance première[57].
  • Le groupe Collaboration est pour sa part doté d’un président-fondateur venu du pacifisme, d’un animateur formé à la SFIO, aux Auberges de jeunesse, au Front Populaire : Marc Augier[58].

Les structures collaboratrices non issues de la gauche regroupent beaucoup moins de monde que le RNP et le PPF : c’est vrai des Francistes de Bucard, non racistes à l’origine, de la Ligue française de Pierre Costantini, du Front franc de Jean Boissel. Ces groupuscules « virulents et farfelus » ont des effectifs cumulés qui n’atteignent pas ceux des structures collaborationnistes issues de la gauche[58].

Le principal dirigeant du MSR fut un cagoulard : Eugène Deloncle. Mais une fois celui-ci parti, il fut remplacé par Georges Soulès qui venait du trotskisme, des Étudiants socialistes, de la SFIO de la tendance « Gauche révolutionnaire » de Marceau Pivert, ainsi que par André Mahé, qui fut militant syndicaliste et libertaire[59]. L’adjoint de Soulès, Paul Vayre, était lui « de bonne culture marxiste et même bolchevik, mais dégoûté du stalinisme et tourné vers une sorte de national-communisme idéal[60].

La Milice mérite une attention particulière : Darnand vient de la droite radicale et il confie des postes clefs à des gens ayant un parcours similaire au sien. Des personnages importants de la Milice ont fait leurs classes dans les rangs de la gauche : le second de Darnand, Francis Bout de l’An, venu de la Ligue d’action universitaire républicaine et socialiste, François Gaucher, qui fut socialiste, Roger Poisson venu du parti socialiste ouvrier et paysan plus à gauche que la SFIO[61]. Simon Epstein remarque que plus la milice se nazifia, notamment lors de sa fusion dans la division SS Charlemagne, plus elle se proclama européenne, plus les chefs miliciens venus de la gauche et de l’extrême gauche prirent le pas dans l’organisation[62]. La même remarque concerne Je suis partout : après le départ de Robert Brasillach, ce sont les éléments venus de la gauche, Alain Laubreaux et Pierre-Antoine Cousteau, qui positionneront le journal sur un créneau maximaliste pro-hitlérien[63].

Simon Epstein affirme[64] : « Au total, les originaires de la gauche et de l’extrême gauche sont dominants au RNP et au PPF, qui sont les deux grands partis du pro-nazisme français. Ils forment la totalité des militants du POPF et de toutes les organisations du collaborationnisme prolétarien. Ils s’implantent au MSR. Ils sont présents en bonne position, et en quantité non négligeable, à la Milice, à Je suis partout et aux Waffen SS. Qu’ils aient viré au fascisme le plus extrême ou qu’ils continuent à se réclamer de la gauche et de ses valeurs, ils forment une composante prépondérante, et non une frange annexe, du collaborationnisme parisien »

Les gouvernements successifs de Vichy n’auront compté qu’un seul antidreyfusard, le général Maxime Weygand. Encore faut-il préciser qu’il fera échouer les protocoles de Paris qui prévoyait une coopération militaire entre la France vichiste et l’Allemagne et qu’il finira interné par les Allemands[65]. Les ministres dreyfusards ne manquent pas : François Piétri, Henry Lémery, Hubert Lagardelle, Lucien Romier, Jérôme Carcopino et ils ne manquent pas non plus au conseil national de Vichy[66].

Contradiction entre travail historique et préoccupations politiciennes[modifier]

Occultations historiques et manipulations politiques[modifier]

Pour Simon Epstein, l'occultation de certains phénomènes historiques trouve son origine dans le fait qu'une présentation impartiale et complète du parcours des collaborateurs empêche les discours médiatiques et politiques fondés sur l'amalgame avec la Collaboration de fonctionner pleinement. Il cite plusieurs exemples pour illustrer son propos.

  • Ainsi, il analyse une campagne contre le mouvement Poujade. Camille Fégy et Maurice Lebrun animent le journal du mouvement poujadiste : Fraternité française. La presse antipoujadise rappelle que ces deux journalistes ont été des soutiens de Doriot et l’argument porte[67]. Ce que la presse ne mentionne pas c’est qu’ils furent tous les deux secrétaires de rédaction à L’Humanité dans les années 1920 et 1930… On ne les étiquette pas anciens doriotistes, anciennement communistes, l’effet eût été déplorable[68].
  • Simon Epstein cite comme autre exemple l'ouvrage que Joseph Algazy consacra à l’extrême droite française et critique les amputations biographiques qui s'y trouvent ; ainsi, François Gauchet, ancien de la LVF et de la Milice, verra ses idées fascistes rappelées pas son militantisme aux Étudiants socialistes et son apparteance à la SFIO[69],[Note 6]. Gauchet n’est pas le seul personnage loin de là à faire l’objet d’une amputation[70]. Il cite ainsi, deux auteurs, Tristan Mendès France et Michaël Prazan qui publièrent en 1998 un ouvrage où ils s’en prenaient à Victor Barthélemy et Roland Gaucher, l’un membre du RNP l’autre du PPF ; ils ne mentionnent pas que l’un fut un communiste actif et permanent du Secours rouge international et l’autre à l’extrême gauche, membre à la fin des années 1930, des Lycéens antifascistes puis de la Fédération des étudiants révolutionnaires. Ceci n’est pas mentionné car cela pourrait gêner leur argumentation[71]. Dans de nombreux ouvrages cités par Simon Epstein, le parcours des collaborateurs fera l'objet d’amputation biographiques volontaires[72].

Selon Simon Epstein, si Saint-Loup, Saint-Paulien, Gaucher, Brigneau ne cachent pas leur passé : c’est qu’ils « savent, tous qu’il existe un lien profond, essentiel, structurel, entre leur militantisme pacifique de gauche et leur passage enthousiaste au nazisme pendant la guerre[73]. »

Si dans certains cas, on fait commencer le parcours en 1940, dans d'autres, tout s’arrête en 1939. Simon Epstein, cite les indications biographiques de juin 1936, « modèle de falsification par omission[74] » où le pétainisme et le collaborationnisme passager de plusieurs personnalités de gauche ne sont pas mentionnées. En revanche, le même ouvrage fait abstraction de ce qui est arrivé pendant la guerre au colonel de la Rocque. Antiallemand, il fut arrêté et interné en 1943 par les nazis. Sa biographie n’indique pas qu’il fut reconnu à titre posthume déporté-résistant. Selon Simon Epstein[75],[Note 7] : « La Rocque, le factieux de 1936, eut sous l’occupation une attitude sensiblement plus digne que celle d’un grand nombre d’antifascistes qui le combattirent farouchement aux temps des ligues. Cette vérité impossible à admettre et c’est pourquoi l’impitoyable guillotine de juin 1936 n’épargne pas sa biographie. [...] Escamoter le destin de La Rocque ne résulte pas d’une décision fortuite, c’est un acte volontaire destiné à préserver la cohérence idéologique, la capacité mobilisatrice et la puissance émotionnelle du narratif antifasciste de 1936. »

Impact du débat politique sur l’historiographie[modifier]

Dans un chapitre intitulé Les vicissitudes de l’historiographie, Simon Epstein constate les progrès des sciences historiques sur la connaissance de la Résistance et de la Collaboration dans les années 1970 et au début des années 1980, se sont heurtés à la fin des années 1980 et dans les années 1990, à une pression politique et médiatique soucieuse de réactiver la thèse des deux France. Au début des années 1970, René Rémond et Robert Paxton s’inscrivent en faux contre l’assimilation abusive de Vichy à la droite extrême ou même à la droite moyenne d’avant-guerre[76]. Ce dernier montrent que les hommes de Vichy se recrutent parmi les notables de la IIIe République et dépeint un régime éclectique dans ses fondements idéologiques et multiples dans ses zones de recrutement[77],[78]. Dans leur sillage, en 1974, Claude Lévy fait découvrir un Jean Luchaire, homme de gauche venu des jeunesses radicales attiré par le national-socialisme[79]. ; en 1976, Pascal Ory consacre de longs développements aux personnages et aux structures collaborationnistes venues de la gauche[80], l’autobiographie du doriotsite Victor Barthélemy apporte de nombreuses informations sur le poids écrasant des communistes au PPF[81] ; en 1978, Marc Sadoun publie un article très fourni sur les voies de passage au « socialisme collaborateur »[82],[83]. ; le lien entre pacifisme de gauche et collaboration est analysé en 1978 par Michel Bilis[84]. Le mouvement se poursuit dans les années 1980, avec le livre de Michèle Cointet montrant l’inanité de l’argument assimilant Vichy et le pétainisme à l’Action française et le poids déterminant des autres fondements constitutifs du régime, notamment le pacifisme[85] ou encore le livre de Richard Millman, montrant que les ligues d’extrême droite des années 1930 furent souvent philosémites[86].

Or, deux logiques contradictoires se heurtent dans les années 1980 :

  • une logique historienne qui dévoile la lourde, très lourde part prise par les gens de gauche dans toutes les formes de la collaboration ;
  • une logique militante qui pour répondre aux nécessités du moment aspire à des messages univoques et réducteurs.

Cette deuxième logique conduit à l'emploi de l'arme du silence[72] et de la thèse des deux France vise à assimiler les antidreyfusards, les ligueurs des années 1930, Maurras, la Cagoule, Vichy, le collaborationnisme et le Front national en un seul et même phénomène résurgent et coupable de collaboration avec le national-socialisme.

Face à ce phénomène, le silence est une arme utilisée[87]. La deuxième arme est la résurgence de la thèse des deux France, appelée théorie de la continuité qui veut que les grands affrontements franco-français, se déroulent en récurrence le long des mêmes lignes : les partisans de la théorie des deux France croient constater une pérennité de la droite dreyfusarde, la droite maurassienne ou cagoularde des années 1930, les collaborateurs, l’extrême droite d’après la guerre[88]. Face à eux, les dreyfusards, les antifascistes de 1936, les résistants de toute tendance et les antiracistes d’aujourd’hui représentent l’autre France, celle des Lumières et des droits de l’homme.

L’historiographie a longtemps privilégié la thèse selon laquelle Vichy et la collaboration avaient représenté la droite comme la gauche était associée à la résistance. Les acquis de la recherche historienne remirent en cause cette vision des choses dans les années 1970 et 1980 mais les contingences de la lutte politicienne firent sentir leurs effets dans les années 1990. Simon Epstein décrit dans le Vichy 1940-1944 de Jean-Pierre Azéma et Olivier Wieviorka une tentative pour exonérer la gauche et accabler la droite, tentative qu'il passe de nombreuses pages à analyser et réfuter[89]. Selon Simon Epstein, ce n’est pas parmi les cohortes de l’ultradroite que l’on trouve les partisans de la collaboration dans les années 1940 mais parmi les partisans du rapprochement franco allemand dans les années 1920 et 1930[90]. Simon Epstein critique l'idée que « toutes les droites » entourent Philippe Pétain. En fait, autour du Maréchal, on trouve « de la même manière et en grand nombre, des anciens communistes, des anciens socialistes de toute tendance, des anciens radicaux et non des moindres ». On trouve aussi à Vichy beaucoup de dreyfusards et en beaucoup plus grand nombre que les antidreyfusards[91].

Bibliographie[modifier]

  • 1984 : L'Antisémitisme français aujourd'hui et demain, Belfond
  • 1985 : Cry of Cassandra: the resurgence of European anti-semitism, coll. A Zenith edition, National Press
  • 1990 :
    • Les Chemises jaunes: chronique d'une extrême-droite raciste en Israël, coll. Histoire contemporaine, Calmann-Lévy
    • « Les institutions israélites françaises de 1919 à 1939: solidarité juive et lutte contre l'antisémitisme », Paris 1
    • « Les institutions israélites françaises de 1929 à 1939: solidarité juive et lutte contre l'antisémitisme », reproduction thèse, université de Lille 3, Atelier national
  • 1993 : Cyclical patterns in antisemitism: the dynamics of anti-Jewish violence in western countries since the 1950s, Numéro 2 de Analysis of current trends in antisemitism/ACTA, Hebrew University of Jerusalem, Vidal Sassoon International Center for the Study of Antisemitism
  • 2000 : Histoire du peuple juif au XXe siècle: de 1914 à nos jours, coll. Volume 993 de Pluriel (Paris. 1982), Hachette Littératures
  • 2001 :
    • Les Dreyfusards sous l'Occupation, coll. Bibliothèque Albin Michel de l'histoire, Albin Michel
    • Storia del popolo ebraico, Seam
  • 2008 : Un paradoxe français: antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, coll. Bibliothèque Albin Michel de l'histoire, Albin Michel

Notes et références[modifier]

Notes[modifier]

  1. Page 347 de son ouvrage, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Simon Epstein remarque que Louis Rougier a saisi la différence de nature entre les partisans de la collaboration et les fascistes ; critiquant le projet de parti unique de Marcel Déat, il affirme qu'il ne copiera le parti nazi allemand qu’en apparence ; le parti nazi allemand s’est fondé sur le rejet du traité de Versailles ; le parti français sera fondé sur l’acceptation de la défaite.
  2. Dans son ouvrage, Simon Epstein répartit les collaborationnistes venus de la gauche en trois groupes : les anciens communistes qui forment l'assise du parti populaire français de Jacques Doriot restent étrangers à l'antidreyfusisme irréductible d'un Charles Maurras ; les anciens socialistes qui donnent au RNP de Marcel Déat son substrat idéologique et miltant ne sont pas antidreyfusards et le RNP compte d'authentiques dreyfusards à sa direction (Francis Delaisi), dans sa presse (Georges Pioch, Georges de la Fouchardière, Alexandre Zévaès) ; dans les journaux des journaux de la gauche pro-allemande comme L'Atelier ou Germinal, écrivent des plumes dreyfusardes comme Félicien Challaye ou Armand Charpentier.
  3. René de Marmande, dreyfusard et collaborateur, ne reniera pas son combat et saluera en janvier 1944 la figure de Jean Jaurès. Il s'est lancé dans la bataille pour Dreyfus parce qu'il était favorable à un rapprochement avec l'Allemagne et hostile à la germanophobie génératrice de guerre pour le continent ; il flétrira cette germanophobie pendant la Seconde Guerre mondiale comme pendant l'Affaire l'Action française et Charles Maurras
  4. Charles Maurras après la guerre fera le point sur ses rapports avec Philippe Pétain. Après avoir rappelé qu'ils se voyaient à peine avant 1939, il proteste contre la « la fable intéressée qui fait de moi une espèce d'inspirateur ou d'Éminence grise du Maréchal. Sa doctrine est sa doctrine. Elle reste républicaine. La mienne est restée royaliste. Elles ont des contacts parce qu'elles tendent à réformer les mêmes situations vicieuses et à remédier aux mêmes faiblesses de l'État. (...) L'identité des problèmes ainsi posée rend compte de la parenté des solutions. L'épouvantable détresse des temps ne pouvait étouffer l'espérance que me donnait le remplacement du pouvoir civil impersonnel et irresponsable, par un pouvoir personnel, nominatif, unitaire et militaire ». Le projet de constitution du 30 janvier 1944 que prépara le Maréachal Pétain était d'ailleurs explicitement républicain même s'il renforçait le rôle du chef de l'État, président de la République. Charles Maurras considérait cette orientations préférable à celle du régime précédent et il avait confiance en Philippe Pétain pour ne pas engager militairement la France aux côtés de l'Allemagne, ce que souhaitait les collaborationnistes.
  5. Simon Epstein cite l'album que la LICRA a publié en 2002 pour ses 75 ans : les noms de ses membres passés à la collaboration ont disparu mais le livre d’or de l’album n’a supprimé que les noms les plus connus : ainsi, nombre de pétainistes et de déatistes figurent encore dans l’ouvrage sans que ses auteurs en aient eu conscience.
  6. Dans sa thèse de doctorat il s’identifie aux thèse de Jaurès contre celle de Jules Guesdes.
  7. Simon Epstein remarque que l'auteur a occulté dans sa notice biographique sa proximité avec le collaborationnisme de gauche.

Références[modifier]

  1. a et b (en) Sumon Epstein: Extreme Right Electoral Upsurges in Western Europe: The 1984-1995 Wave as Compared with the Previous Ones
  2. a et b De la recherche sur l'antisémitisme, Arte, Thema, 30-04-08
  3. La passivité des juifs de France, Centre Dahan - Université Bar-Ilan - Israël, mai 2006
  4. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 291.
  5. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 292-293.
  6. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 294.
  7. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 294-295.
  8. a et b Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 295.
  9. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 296.
  10. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 313.
  11. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 314.
  12. Jean-Paul Sartre, Qu'est-ce qu'un collaborateur ?, reproduit dans Situations, III, p. 55.
  13. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 366.
  14. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 299.
  15. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 300.
  16. a, b, c et d Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 301.
  17. Xavier Vallat, Le nez de Cléopâtre. Souvenirs d'un homme de droite (1919-1944), éd. Les Quatre Fils Aymon, 1957, p. 39.
  18. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 353.
  19. En illustration, Simon Epstein cite : Le Parti communiste dans la Résistance, Paris, éd. Sociales, 1967, p. 54-56.
  20. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 345.
  21. a, b et c Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 347.
  22. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 346.
  23. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 348.
  24. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 349.
  25. Lucien Rebatet et Pierre-Antoine Cousteau, Dialogue de « vaincus ». Prison de Clairvaux, janvier-décembre 1950, Paris, Berg international, 1999, p. 252.
  26. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 315.
  27. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 317.
  28. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 318-319.
  29. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 319.
  30. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 320.
  31. a et b Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 322.
  32. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 323.
  33. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 324.
  34. a, b et c Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 338.
  35. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 333.
  36. a et b Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 335.
  37. a et b Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 336.
  38. a et b Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 337.
  39. Le procès de Charles Maurras, compte-rendu sténographique, Paris, Albin Michel, 1946, p. 379.
  40. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 330.
  41. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 331-332.
  42. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 332.
  43. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 333-334.
  44. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'Occupation, éd. Albin Michel, 2001, p. 334.
  45. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 275.
  46. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 276.
  47. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 276-278.
  48. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 279.
  49. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 281.
  50. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 281-282.
  51. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 282.
  52. Le Droit de vivre, 14, 21, 28 novembre, 5, 12 décembre 1936.
  53. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 287.
  54. Jean Galtier-Boissière, Journal 1940-1950, Paris quai Voltaire, 1992, p.86.
  55. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 289.
  56. a et b Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 331-332.
  57. a et b Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 332.
  58. a et b Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 333.
  59. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 334.
  60. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 335.
  61. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 336.
  62. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 337.
  63. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 337-338.
  64. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 339.
  65. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 341.
  66. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 342.
  67. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 294.
  68. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 295.
  69. Joseph Algazy, La tentation néo-fasciste en France de 1944 à 1965, éd. Fayard, 1984, p. 323.
  70. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 296.
  71. Tristan Mendès France et Michaël Prazan, Une tradition de la haine. Figures autour de l’extrême droite. Paris. Edition Paris-Méditerranée, 1998, p. 80-81.
  72. a et b Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 299.
  73. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 300.
  74. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 301.
  75. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 302.
  76. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 311.
  77. Fondation nationale des sciences politiques, Le gouvernement de Vichy 1940-1942. Institutions et politiques, éd. Armand Colin, 1972, p. 301-303.
  78. Robert O. Paxton, La France de Vichy. 1940-1944, éd. Le Seuil, 1973, p. 258.
  79. Claude Lévy, Les Nouveaux Temps et l'idéologie de la collaboration, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, 1974.
  80. Pascal Ory, Les collaborateurs. 1940-1945, Le Seuil, 1976.
  81. Victor Barthélemy, Du communisme au fascisme. L'histoire d'un engagement politique, éd. Albin Michel, 1978.
  82. Marc Sadoun, «Les facteurs de conversion au socialisme collaborateur », Revue française de science politique, 1982.
  83. Marc Sadoun, Les Socialistes sous l'Occupation. Résistance et Collaboration., Presses de la Fondation nationale ses Sciences politiques, 1982.
  84. Michel Bilis, Socialistes et pacifistes. L'intenable dilemme des socialistes français (1933-1939), Paris, Syros, 1979.
  85. Michère Cointet-Labrousse, Vichy et le fascisme, Bruxelles, éd. Complexe, 1987.
  86. Richard Millman, La question juive entre les deux guerres. Ligues de droite et antisémitisme en France, éd. Armand Collin, 1992.
  87. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 317.
  88. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 319.
  89. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 321-330.
  90. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 326.
  91. Simon Epstein, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, éd. Albin Michel, 2008, p. 327.

Liens[modifier]

Liens média[modifier]

Liens externes[modifier]