Cochinchine française

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Cochinchine

18621949

Drapeau
alt=Description de l'image Indochine francaise.svg.
Informations générales
Statut Colonie française ; à partir de 1887 : territoire de l'Indochine française. De 1946 à 1949, République, gouvernement provisoire.
Capitale Saïgon
Langue français, vietnamien
Monnaie piastre indochinoise
Histoire et événements
5 juin 1862 Traité de Saigon
17 octobre 1887 Création par décret de l'Indochine française, dont la Cochinchine devient partie constituante
1er juin 1946 Proclamation de la « République Autonome de Cochinchine »
20 mai 1949 L'Assemblée nationale française ratifie le rattachement de la Cochinchine au reste du Viêt Nam

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le nom de Cochinchine a été employé pour désigner une colonie française, conquise militairement en 1858, dans la partie Sud de l'actuel Viêt Nam. Par le traité de Saïgon en 1862, la dynastie Nguyễn reconnaît la conquête française. La France annexe directement le Sud de la Cochinchine - nom jusque-là donné à la moitié Sud de l'actuel Viêt Nam - et s'arroge les terres les plus riches du pays. Ce n'est que dans les années 1880 que la France conquiert le reste du territoire Vietnamien, divisé en trois parties et placé en 1887 sous l'autorité du Gouverneur général de l'Indochine française. La Cochinchine demeure séparée des deux autres parties du territoire vietnamien, l'Annam et le Tonkin, qui ont le statut de protectorats ; ce n'est qu'en 1949 qu'elle est réintégrée au reste du Viêt Nam.

La Cochinchine était appelée par les Vietnamiens Nam Ky (« pays du Sud ») ou Nam Bo (« région du Sud »), ce dernier terme étant préféré par les nationalistes.

Historique[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Histoire du Viêt Nam et Indochine française.

Conquête[modifier | modifier le code]

Article connexe : Campagne de Cochinchine.

En 1858, le Second Empire organise une expédition de quelques bateaux au royaume d'Annam gouverné par la dynastie Nguyễn), à l'instigation des milieux catholiques, qui dénoncent les persécutions dont sont victimes les catholiques annamites et des milieux d'affaires, qui jugent que la conquête du territoire aidera la France à développer son influence commerciale en Extrême-Orient. Au début de 1857, Mgr Diaz, évêque espagnol au Tonkin, est décapité sur ordre de l'empereur, ce qui fournit une justification à l'expédition de Cochinchine. Après la signature avec la Chine du traité de Tientsin qui met fin à la seconde guerre de l'opium, l'amiral Rigault de Genouilly est envoyé entamer le siège de Tourane. Après une première phase difficile, les Français prennent, en février 1861, la citadelle de Vĩnh Long et l'île de Poulo Condor. L'empereur Tự Đức, confronté dans le Tonkin à une révolte, se résout à négocier avec les Occidentaux ; les amiraux français, de leur côté, manquent de moyens pour aller au-delà de la « Basse-Cochinchine » et n'ont pas d'instructions précises de Paris. Le 5 juin 1862, le traité de Saigon est signé par la France et l'Annam ; la France annexe trois provinces, ainsi que Poulo Condor et trois ports, dont Tourane, sont offerts au commerce français et espagnol.

La partie conquise par les Français, qui était jusque-là désignée par les Occidentaux du nom de Basse-Cochinchine (le nom de Cochinchine désignant l'ensemble du Sud de l'Annam et celui de Tonkin le Nord), devient la colonie française de Cochinchine, le nom la désignant désormais de manière exclusive.

Administration[modifier | modifier le code]

À la suite de la conquête, les Français sont confrontés à un vide politique dans un territoire sous-peuplé, l'administration annamite s'étant retirée. De nouveaux fonctionnaires indigènes sont alors recrutés pour aider à administrer le territoire. La Cochinchine est d'abord soumise à un régime d'administration militaire. Le parti anticolonial, qui trouve la conquête inutile et coûteuse, manque de remporter la victoire en faisant signer, en 1864, un traité de rétrocession de la Cochinchine, mais Napoléon III fait volte-face et dénonce le traité alors que celui-ci a déjà été signé. Le gouverneur de Cochinchine, l'amiral de la Grandière achève la pacification de la colonie dans les années 1860 et annexe de nouveaux territoires en 1867. En 1866-1868, l'expédition d'exploration du fameux lieutenant Francis Garnier sous le commandement du capitaine Doudart de Lagrée remonte le Mékong dans des conditions extrêmement précaires. Doudart de Lagrée meurt de maladie au bout de deux ans d'expédition, mais Garnier en revient convaincu que la bonne voie menant en Chine du Sud n'est pas le Mékong, mais le fleuve Rouge. En 1873, le lieutenant de vaisseau Garnier est envoyé en mission au Tonkin pour « protéger le commerce en ouvrant le pays et son fleuve à toutes les nations sous la protection de la France » ; il sécurise certains territoires, mais il est tué dans une embuscade tendue par les Pavillons noirs, pirates chinois que l'Annam utilise comme soldats mercenaires.

En 1874, par le « traité Philastre », la France restitue à l'Annam les villes prises par Garnier et reconnaît la souveraineté de l'empereur Tự Đức sur le Tonkin ; en échange, l'empereur vietnamien reconnaît la souveraineté française sur l'ensemble de la Basse-Cochinchine, y compris les provinces annexées en 1867, et garantit la liberté religieuse, mettant fin pour un temps aux persécutions contre les missionnaires et leurs convertis. Mais la Chine, suzeraine de l'Annam refuse de reconnaître le traité, ce qui entraîne par la suite la guerre franco-chinoise.

En 1880, les Français créent une assemblée élue, le Conseil colonial, où siègent quelques Annamites désignés par les chambres de commerce et d'agriculture. L'éligibilité et le suffrage sont réservés aux Français : les Annamites « sujets français » n'accèdent au suffrage que par la naturalisation, qui ne concernera jamais qu'un petit nombre de personnes dans toute l'Indochine (surtout en Cochinchine). Le Conseil colonial, principalement composé de petits fonctionnaires et de colons, devient en quelques années la principale instance dirigeante en Cochinchine. À partir de 1881, la Cochinchine est représentée à l'Assemblée nationale française par un député.

Les incursions des Pavillons noirs, qui gênent notamment le commerce cochinchinois, provoquent en 1883, l'expédition du Tonkin : en 1885, le reste du territoire annamite est mis sous protectorat. Deux ans plus tard, les trois pays sont incorporés à l'Indochine française, dont le gouverneur-général devient le supérieur hiérarchique du gouverneur de Cochinchine. La Cochinchine demeure cependant régie par un régime distinct des deux protectorats d'Annam et du Tonkin : un indigène du Tonkin désirant se rendre en Cochinchine a besoin pour cela d'un laisser-passer, et le souverain vietnamien lui-même a besoin d'une autorisation du gouvernement colonial. Alors que le Tonkin est le foyer administratif de l'Indochine et que l'Annam est peu développé, la Cochinchine est la région la plus dynamique économiquement, et le terrain privilégié de la colonisation agricole. C'est également en Cochinchine que la densité de population européenne est la plus forte. À partir de 1900, la culture de l'hévéa s'affirme comme une grande réussite économique de l'Indochine française, et devient la seconde production du pays, après le riz.

L'enseignement est développé et une bourgeoisie vietnamienne occidentalisée apparaît. La Cochinchine demeure cependant une société profondément inégalitaire : 50 % des terres sont possédées par 2,5 % de la population, qu'il s'agisse des colons - peu nombreux - ou des élites annamites qui vivent de la rente foncière.

Dans la première moitié du XXe siècle, la Cochinchine est, comme le reste du territoire vietnamien, marquée par le développement d'une agitation nationaliste et indépendantiste. C'est principalement dans la colonie que prospèrent, dans les années 1920-1930, des organisations politico-religieuses comme le caodaïsme et la secte Hoa Hao.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la Cochinchine est, comme le reste de l'Indochine, occupée par l'armée du Japon, qui laisse cependant en place l'administration coloniale française, coupée de la métropole. En mars 1945, les Japonais s'emparent de l'Indochine : si l'Annam et le Tonkin sont unifiés au sein d'un nouvel Empire du Viêt Nam (nom remis à l'honneur par les Japonais) dirigé symboliquement par une monarchie vietnamienne officiellement indépendante, les Japonais conservent pour la Cochinchine un statut à part et l'administrent directement, en conservant à leur profit les structures de l'administration française. Ce n'est qu'en août 1945, peu avant la reddition du Japon, que l'unification de la Cochinchine au gouvernement indépendantiste vietnamien est proclamée ; cette annexion ne se fait que de manière théorique, car l'empereur Bảo Đại abdique quelques jours plus tard, tandis que le Việt Minh dirigé par Hô Chi Minh prend le pouvoir au cours de la révolution d'Août.

L'Indochine vit à l'automne 1945 une situation chaotique : le pouvoir du Việt Minh est bien moins assuré qu'au Tonkin et au Nord de l'Annam et les groupes nationalistes s'agitent. Les troupes britanniques débarquent en Cochinchine, mais n'ont pas d'effectifs suffisants pour maintenir l'ordre et des Français sont massacrés à Saïgon. Ce n'est qu'en octobre 1945 que les troupes françaises, commandées par le général Leclerc, peuvent débarquer en Cochinchine, repousser progressivement l'ennemi et reprendre l'administration de la colonie, puis du reste de l'Indochine. Mais les Français reprennent difficilement l'administration de l'Indochine, faute d'hommes et de moyens dans ces années d'après-guerre.

Unification[modifier | modifier le code]

Dans le cadre des difficiles négociations entre la France et Hô Chi Minh sur le futur statut du Viêt Nam, la question de la Cochinchine demeure une pierre d'achoppement. En 1946, à l'instigation de l'amiral d'Argenlieu, une « République de Cochinchine » est proclamée, la colonie ayant désormais un statut politique hybride ; cette proclamation contribue à faire échouer la conférence de Fontainebleau par laquelle la France visait à régler avec le Việt Minh la question indochinoise. Le gouvernement cochinchinois, presque sans moyens, est de surcroit confronté à une guérilla menée par les troupes sudistes du Việt Minh. Le président de la Cochinchine, Nguyễn Văn Thinh, découragé, se suicide au bout de quelques mois ; Lê Văn Hoạch lui succède. À la fin 1946, Hô Chi Minh repasse dans la clandestinité et la guerre d'Indochine éclate. Alors que la France cherche une solution politique pour le statut du Viêt Nam, le Conseil colonial retire sa confiance à Lê Văn Hoạch en octobre 1947 ; le général Nguyễn Văn Xuân lui succède à la tête du gouvernement de la Cochinchine, qu'il rebaptisé Gouvernement provisoire du Sud Viêt Nam. La réticence d'une partie des milieux politiques cochinchinois, où existe un courant autonomiste, retarde le règlement du statut de la colonie.

En mai 1948, Xuân quitte ses fonctions pour devenir le chef d'un Gouvernement central provisoire du Viêt Nam, réunissant l'Annam et le Tonkin en attendant que la question de la Cochinchine soit réglée, condition pour que l'ex-empereur Bảo Đại accepte de prendre la tête d'un Viêt Nam réunifié. Trần Văn Hữu succède à Xuân à la tête du gouvernement cochinchinois. Une assemblée territoriale est formée dans le but de voter le rattachement de la Cochinchine au reste du Viêt Nam, ce qui est fait le 23 avril ; le 20 mai, le Parlement français ratifie la décision. L'État du Viêt Nam est proclamé le mois suivant. Le terme Cochinchine est encore utilisé un temps pour désigner le Sud du Viêt Nam, mais tombe progressivement en désuétude.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

La Cochinchine en 1881.
  • Philippe Devillers, Histoire du viêt-nam de 1940 à 1952, Seuil,‎ 1952 (ASIN B003X1ZW5G)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Philippe Franchini, Les Guerres d'Indochine, Pygmalion - Gérard Watelet,‎ 1988 (ISBN 978-2857042662) (2 volumes) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pierre Brocheux et Daniel Hémery, Indochine : la colonisation ambiguë 1858-1954, La Découverte,‎ 2001 (ISBN 978-2707134127)Document utilisé pour la rédaction de l’article