Histoire du Japon

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L'histoire du Japon comprend l'histoire des îles du Japon et du peuple japonais, couvrant l'histoire ancienne de la région jusqu'à l'histoire moderne du Japon en tant qu'État-nation.

La première référence écrite connue au Japon est une information brève donnée dans les Vingt-quatre Histoires, une collection de textes d'histoire chinois, datant du Ier siècle av. J.-C.. Cependant, il y a des preuves d'occupation humaine sur ces îles depuis le paléolithique supérieur. À la suite du dernier âge glaciaire, autour de 12 000 avant notre ère, le riche écosystème de l'archipel japonais donna naissance à la culture Jōmon.

Sommaire

Préhistoire et origines (100 000 - 12 000 av. J.-C.)[modifier | modifier le code]

Photographie d'outils préhistoriques.
Outils ou haches en pierres polies. Site Hinatabayashi B , Shinanomachi, Nagano - datés autour de 30 000 avant notre ère Musée national de Tokyo.
Carte du Japon, les zones oranges incluent le sud du Japon jusqu'à Tōhoku, la péninsule de Corée et la Chine.
Le Japon lors de la dernière glaciation (vers - 20 000 ans). Les zones en orange étaient au-dessus du niveau de la mer et en blanc les territoires couverts de banquises.

L'âge du premier peuplement du Japon reste discuté.

De récentes études anthropologiques suggèrent que les premiers colons du Japon viendraient de Sibérie et/ou de Polynésie. Au début de cette période les îles japonaises étaient reliées entre elles, et au continent, par la glace jusqu'en 13 000 avant J.-C. environ. La fonte des glaciers de la fin du Pléistocène isola et créa la forme actuelle de l'archipel.

Le chiffre de 200 000 ans a été avancé à la suite des découvertes exceptionnelles de l'archéologue japonais Shinichi Fujimura, qui se sont avéré être des montages car il avait introduit frauduleusement des objets dans des niveaux anciens[1]. Il a été démasqué en 2000. Toutefois, certains ouvrages sur l'histoire du Japon ne tiennent pas compte de cette remise en cause et sont à lire avec précaution.

Des âges de - 30 000 ou - 40 000 ans (site dans la préfecture de Miyagi) sont plus généralement acceptés. Cette période se caractérise par les plus vieilles pierres polies découvertes, datant d'environ 30 000 ans av. J.-C.. Les peuples de l'époque ne maîtrisaient ni la céramique, ni l'agriculture sédentaire mais exploitaient ou importaient de Corée l'obsidienne.

Proto-histoire (12 000 av. J.-C. - Ier siècle ap. J.-C.)[modifier | modifier le code]

Période Jōmon [modifier | modifier le code]

Article détaillé : Période Jōmon.
Récipient céramique orné de flammèches (entre 3000 et 2000 av. J.-C., Jōmon précoce) Musée national de Tokyo

La période Jōmon ou l'ère Jōmon (縄文時代, jōmon jidai?) caractérise la culture qui se développe à partir de -12 000. La datation qui coïncide avec la fin de l'âge glaciaire correspond au début de la poterie. Elle couvre la période du Xe millénaire av. J.‑C., fin de la Période précéramique paléolithique, au IIIe siècle av. J.-C.. Cette civilisation est la première au monde à connaître et faire de la poterie[2], où sont formés des décors (, mon?) à marquages de cordes (, ?), d'où son nom : Jōmon (縄文?).

Influence chinoise[modifier | modifier le code]

Jōfuku Dōshi, prononcé Xufu en chinois, arriva au Japon à l'époque Jomon, au IIIe siècle av. J.-C. il a répandu la tradition chinoise au Japon notamment dans les domaines des travaux publics et de l'agriculture. Il paraîtrait qu'il débarqua près de Shingu, amenant avec lui culture et technologie chinoises. Jofuku était un shaman taoïste servant le premier empereur, Qin Shi Huangdi, de la dynastie Qin (prononcée Hata, en japonais, les membres du clan Hata étant ses descendants revendiqués). Il lui fut ordonné par l'empereur de partir pour trouver « l'élixir de vie éternelle » qui paraît-il, se trouvait sur le mont Horaï dans la mer de l'Est. Il arriva par hasard à Shingu, accompagné de 3 000 personnes (hommes, femmes, enfants). Malheureusement pour l'empereur, Jofuku ne repartit jamais en Chine.

Des légendes variées, à propos de Jofuku, existent un peu partout dans le Japon, mais sa tombe ne se trouve qu'à Kumano. La tombe de Jofuku est bien connue des habitants de Shingu. Au lieu de rentrer en Chine, Jofuku passa le restant de sa vie à Kumano. Sa tombe se trouve dans la partie Est de Shingu près d'un petit marché très animé dès le petit matin. La pierre tombale fut construite par ordre de Tokugawa Yorinobu, seigneur de Kishu. À côté, à l'ombre d'une plante Tendaï Uyaku et d'un gros arbre à camphre, se trouve le "Monument des 7 Disciples" honorant les sept principaux serviteurs de Jofuku. Récemment ce site fut transformé en "Parc Mémorial de Jofuku", complété d'une arche d'entrée de style chinois et un festival qui a lieu tous les mois d'août. 

Les origines légendaires[modifier | modifier le code]

Jimmu, fondateur légendaire du Japon (par Tsukioka Yoshitoshi)

Les origines de la civilisation japonaise sont aussi inscrites dans la légende. Le 11 février 660 avant JC est selon la tradition, la date de la fondation du Japon par l'Empereur Jimmu[3]. C'est du moins de cette manière que l'histoire japonaise est relatée dans les premiers écrits datant du VIe siècle et VIIIe siècle, peu après l'adoption du système d'écriture chinois et du bouddhisme. À cette époque, les empereurs luttaient pour affermir leur pouvoir.

Afin de légitimer leur place sur le trône, ils ont ordonné la création de collections de poèmes mythologiques expliquant que leur pouvoir provenait d'Amaterasu, la déesse du soleil. Celle-ci serait selon ces récits l'ancêtre de Jimmu Tennō, premier empereur légendaire duquel descendrait la famille impériale actuelle[4].

Les rois Wa[modifier | modifier le code]

Les sources chinoises semblent plus crédibles en décrivant un pays nommé « Wa » dirigé par différentes familles possédant chacune leurs dieux, et la reine des Wa (« Harmonie », « nains » pour les chinois) serait une impératrice nommée Himiko (卑弥呼, Himiko?) selon eux.

Période Yayoi (-300 à 250)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Période Yayoi.

La civilisation Yayoi se développe à partir de -300 dans l'Ouest de l'archipel, à partir d'un flux migratoire dont la provenance continentale est discutée[5]. Les migrants s'installent dans la plaine de Yamato autour de Nara, et développent la riziculture inondée, la métallurgie du bronze et du fer, et la poterie au tour.

Les premiers oppida fortifiés sont attestés, et Tokyo apparaît à cette période. La société se divise en clans et règne sur toute la partie Sud de l'archipel, en laissant le Nord aux Aïnous.

La période Yayoi connaît également le développement de la culture Yamato et le shintoïsme qui sont à l'origine de la lignée impériale japonaise via la déesse du soleil, Amaterasu. En 239, l'Ouest du pays (Yamatai) est dominé par la reine Himiko[6].

Période Ancienne (IIe ‑ XIIe siècles)[modifier | modifier le code]

Période Yamato[modifier | modifier le code]

Voir aussi Période Yamato (250 - 710)

La période Yamato est le début d'un véritable État, et se divise en deux sous-périodes, la période Kofun et la période Asuka.

La période Kofun marque la naissance d'une vraie société accompagnée de bases culturelles par l'invasion de cavaliers avec la volonté de créer un État japonais. La période Asuka est marquée par l'arrivée du bouddhisme au Japon, en 538. La victoire du clan Soga permet au bouddhisme de devenir religion officielle à la cour du Yamato en 587. Le prince et régent impérial Shôtoku adopte les éléments principaux de la culture sinocoréenne du Yamato en 592, et la première ambassade officielle du Yamato est inaugurée à la cour des Sui en 600.

Les années 645 et 646 sont marquées par un sanglant coup d'État, au cours duquel le clan Soga est écarté du pouvoir. La grande réforme Taika est proclamée pour accélérer la sinisation de l'État du Yamato. Des codes inspirés de ceux des Tang régissent alors la vie publique, le droit et le protocole de l'État. En 663, un corps expéditionnaire est envoyé en Corée pour porter secours au roi de Paekche. Malgré la défaite du corps et le repli du Yamato sur l'archipel, des immigrants coréens sont accueillis à la cour[7].

Époque de Nara[modifier | modifier le code]

Voir aussi Époque de Nara (710 - 794)

L'époque de Nara débute en 710 par la construction d'une capitale fixe à Nara, sur le modèle des capitales chinoises. Les grands monastères de la ville, tels le Hōryū-ji et le Tōdai-ji, sont construits grâce à l'expansion économique de la civilisation. Les mythes et légendes fondateurs de la dynastie sont rédigés de 712 à 720, et la compilation de l'anthologie poétique du Man'yoshû est réalisée vers 760. En 784, afin d'échapper aux moines bouddhistes, l'empereur Kanmu déplace la capitale à Nagaoka[n 1]. À la fin du VIIIe siècle, le nord-est de l'archipel passe sous l'influence de la cour impériale, suite aux campagnes militaires. La fin de l'époque de Nara est marquée, en 794, par un nouveau changement de capitale pour Heian-kyō (Kyoto)[8].

Époque de Heian[modifier | modifier le code]

Guerre de Genpei (1180-1185)
Voir aussi Époque de Heian (794 - 1185)

La cour impériale connaît sa période de paix. Ses arts, particulièrement la poésie (manyoshu) et la littérature, resplendissent.

Période féodale (XIIe-XVIe siècles) [modifier | modifier le code]

Article détaillé : Féodalité au Japon.

Plusieurs ères couvrent cette époque féodale, dans laquelle de puissantes familles locales, daimyō, se partagent le pouvoir avec les seigneurs de guerres.

Époque Kamakura[modifier | modifier le code]

Les invasions mongoles du Japon (1274 et 1281)

Restauration de Kemmu[modifier | modifier le code]

Époque Muromachi[modifier | modifier le code]

Période Nanboku-chō[modifier | modifier le code]

Période Sengoku[modifier | modifier le code]

Voir aussi Période Sengoku (1477 - 1573)

Époque Azuchi-Momoyama[modifier | modifier le code]

En 1590, le Japon est enfin unifié, grâce à Toyotomi Hideyoshi, un des trois grands unificateurs du pays.


Époque d'Edo du XVIIe au XIXe siècles[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Époque d'Edo.

Instauration du régime des Tokugawa[modifier | modifier le code]

La « Pax Tokugawa » du XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

La victoire des Tokugawa permet au Japon de connaitre une longue période de paix intérieure, avec une pacification progressive de la société, ainsi qu'un développement économique intérieur important. Ces éléments permettent au nouveau régime de s'inscrire dans la durée[9]. Le pays connait une phase d'essor démographique et économique allant de la fin du XVIe siècle au début du XVIIIe siècle. Les progrès techniques permettent la mise en culture de nouvelles terres ainsi que le mise en canaux de plusieurs fleuves, entrainant une hausse des rendements agricoles[9].

Une division sociale marquée[modifier | modifier le code]

Une structuration de la société en trois groupes est mise en place sous les Tokugawa, divisant celle-ci entre les guerriers, les roturiers vivant dans les villages et dont l'activité est tournées vers l'agriculture, et les roturiers vivant en ville. Inspirée du taoïsme[n 2], cette division sociale est liée à la naissance, et fixe les professions et lieux d'habitation accessibles à chacun[10]. L'application concrète de ce modèle reste théorique, et une souplesse d'application existe à l'époque. À ceux-ci se rajoutent les nobles de la cour, les moines et les parias qui ne rentrent pas dans ce schéma théorique. Les guerriers sont une classe dirigeante qui compte environ 2 millions de personnes en 1700, soit 6 à 7 % de la population nationale, et sont au cœur d'un réseau d'obligations vassaliques envers leurs seigneurs[11]. Les roturiers de campagne représentent entre 70 et 80 % de la population[12], la plupart agriculteurs, les roturiers de ville représentant eux entre 10 et 15 % de la population. Dans ces deux dernières classes existe un rang de riches notables propriétaires de leurs terres ou de leurs habitations, et représentant une minorité de la population[13]. Les hinins (artistes de foire, comédiens, prostituées) et les etas (« souillés ») représentent eux entre 1 et 2 % de la population, auxquels se rajoutent les mendiants et les aïnous[14]. Ces différents statuts sociaux peuvent se manifester dans les costumes, les coiffures, ou la forme des toits des habitations[15].

La famille obéit au même mouvement hiérarchique et joue un rôle de fabrication et de diffusion de ce modèle confucéen dans la société. Une forme de paternalisme issu de ce noyau familial se retrouve ainsi dans les relations entre un vassal et son seigneur, ou entre un ouvrier agricole et le fermier qui l'emploie[16]. Dans les familles guerrières est entretenu un système patriarcal rigide, dans lequel le fils ainé gère et hérite de la totalité des biens familiaux, imposant ses ordres aux frères et aux oncles, les épouses et filles étant reléguées dans un rôle inférieur. La multiplication des quartiers de plaisir entraine la dégradation de la condition féminine sur cette période[17]. Ce système patriarcal demeure plus souple dans la paysannerie, l'importance du travail des femmes leur garantissant un meilleur statut, et l’essor des défrichements au XVIIe siècle entrainant des divisions successorales plus fréquentes. Ces dernières sont encore plus répandues en ville, notamment chez les marchands[18].

Reconfiguration des relations politiques intérieures et extérieures[modifier | modifier le code]

Sur le plan de la politique intérieure, le régime Tokugawa connait son apogée entre 1651 et 1709 sous les shoguns Ietsuna et Tsunayoshi. L'État est basé sur une idéologie néo-confucianiste[19], ce courant de pensée connaissant un âge d'or à l'époque[20]. À ce titre Hayashi Razan, maitre confucianiste en charge de la formation de trois shoguns successifs, joue un rôle clef dans la diffusion des idées de Confucius et de Zhu Xi, et est à l'origine d'une école de pensée orthodoxe qui domine à l'époque. D'autres courants hétérodoxes coexistent, menés par Kumazawa Banzan (critique de la montée en puissance des marchands), par Yamaga Sokō (prônant l'accès à tous des études), ou par Ogyū Sorai (prônant un retour à la pensée chinoise)[21]. Toutes ces écoles ont en commun la vision de la paix comme élément moteur de la prospérité, et une vision agraire de la société[22].

Hoshina Masayuki, l'homme fort sous Ietsuna, insuffle une série de réformes pour « civiliser » le régime, en introduisant des règles concernant les procédures de décision dans les institutions ou pour les nominations, limitant ainsi l'arbitraire qui prévalait sous les pouvoir précédents. Cette politique rencontre des soutiens dans les grands fiefs du pays, comme à Mito, à Kanazawa, ou à Okayama. Le junshi, suicide rituel, est interdit en 1663, et les échanges d'otages entre familles en 1665[19]. Les guerriers doivent être avant tout de bons gestionnaires de fiefs, plutôt que de bons combattants. Cette évolution ne se fait pas sans critiques, comme le montre la parution du Hagakure en 1701[23]. Tsunayoshi développe le caractère bureaucratique du régime, qui devient au service non plus qu'un clan mais de l'État. Il renforce sa discipline en limogeant les administrateurs incompétents et en pénalisant les familles seigneuriales désobéissantes ; ces mesures, parfois prises de façon brutales, peuvent être jugées despotiques par ses contemporains, ce qui touche le prestige du gouvernement[24]. La fin de son règne est marquée par les difficultés. Une réforme monétaire ratée en 1695 entraine un phénomène inflationniste, une série de tremblements de terre et l'éruption du Mont Fuji en 1701 sont vus comme de mauvais présages par la population ; l'affaire des 47 rōnin en 1703 contribue à saper le prestige du shogun[25], et à remettre en cause les évolutions du système[26].

Après la chute de la dynastie des Ming en 1644, le pouvoir japonais se montre peu pressé de mettre en place des relations avec le nouveau pouvoir Qing, et est épargné par les soubresauts qui agite alors le continent. Les Tokugawa mettent en place un nouveau cérémoniel pour l'accueil des ambassades venant de Corée ou d'Okinawa, ou pour les visites des chefs de comptoirs hollandais de Nagasaki, et l'utilise pour affirmer la puissance shogunale. Les persécutions de chrétiens restent d'ampleur limitée, bien qu'exagérées par la propagande catholique en Europe, et la plupart des convertis renoncent à leur foi[27].

Un essor de l'économie portée par les campagnes, favorisant un développement urbain et culturel[modifier | modifier le code]

Les activités agricoles restent la base économique sous les Tokugawa[22], et connaissent une hausse importante sur le siècle. La production nationale de riz passe ainsi de 18 millions de koku en 1600 à 25 millions en 1700, alors que, dans le même temps, les surfaces cultivées sont multipliées par deux, aidée par la hausse des investissements productifs, les défrichements (le recours à des bêtes de trait devient plus fréquent), et les progrès technologiques (les outils en fer se généralisent)[28]. Les seigneurs touchant sous forme de taxe 40 à 50 % des récoltes[22], s'intéressent à la hausse des productions[28]. Des lois sont ainsi passées pour interdire le morcellement des parcelles[29], ou pour limiter la culture d'autres espèces que le riz, comme le tabac ou le coton[22]. Le travail dans les rizières entraine une organisation collective du travail, ce qui tend à renforcer le poids de la communauté agricole sur l'individu[30]. Autour des grandes villes se développent des cultures commerciales : du chanvre pour le textile, du colza pour l'huile d'éclairage, ou du mûrier pour le ver à soie entrainant l'apparition d'économies régionales spécialisées, comme celle du coton dans le Kansai[28], du thé à Uji, ou du tabac à Mito et Kagoshima[31]. Dans les zones côtières se développent une activité tournée vers la pêche et une spécialisation vers celle-ci, le poisson pouvant être exporté dans d'autres régions, voir jusqu'en Chine. Cette spécialisation des activités est aussi notable dans la production de sel, mais aussi dans les zones montagneuses dans l'exploitation des forêts pour faire face à la hausse démographique qui résulte dans une demande accrue en bois de chauffage et de construction. Dans les communautés rurales, les femmes jouent aussi un rôle dans le développement d'un artisanat tourné vers l'exportation[31].

Ukiyo-e de Hiroshige dépeignant la mine d'or de Sado. On peut voir des porteurs sortir de la mine.
Les mines d'or de Sado vues par Hiroshige en 1853.

L'élévation du niveau de vie et la consommation de produit de luxe par les classes dirigeantes favorisent l'essor d'industries, comme les teintureries[31] ou la production de soies ; les premiers revendeurs de tissus en semi-gros apparaissent à Edo. La céramique, la laque, le papier, mais aussi les brasseries de saké bénéficient aussi de cette dynamique consumériste[32]. L'industrie minière enregistre l'arrivée de nouvelles techniques qui permettent de prolonger l'activité de certaines mines jusqu'au milieu du XVIIe siècle (or à Sado, argent à Iwami ou Ikuno) ou d'en développer certaines (cuivre). La hausse de la production de fer à l'époque permet de faire baisser son prix, et donc celui d'outils et d'armes fait à partir de ce matériau[32].

La hausse et l'intensification des échanges commerciaux favorise le secteur des transports, qui bénéficie aussi d'un cadre politique unifié et pacifié[32]. Se mettent alors en place un réseau de routes, ponts et auberges reliant les grands centres urbains en développement[33]. Ceux-ci sont étroitement contrôlés par le pouvoir via des péages et gués. Les produits pondéreux sont principalement convoyés par voies fluviales et maritimes, ce qui provoque l'essor de transporteurs spécialisés, et des liaisons maritimes régulières se mettent en place entre Edo et Osaka. Ce commerce sur de grandes distances rend nécessaire le développement de lettres de change et avec elles de familles de banquiers, comme celle de Mitsui, connue à Edo dès la fin du XVIIe siècle[34], et au début du XVIIIe siècle Edo compte 2 000 maisons de changeurs, Kyoto 600, et Osaka 2 400[35].

La croissance urbaine est l'un des phénomènes majeures du XVIIe siècle. À côté des trois grandes villes que sont Edo (1 millions d'habitants au début du XVIIIe siècle), Kyoto (600 000 habitants), et Osaka (500 000 habitants), de nouvelles villes émergent près des châteaux seigneuriaux, des ports, des villes étapes, minières, ou proches des grands temples, dépassant rarement les 50 000 habitants[35]. Dans ces centres urbains, la culture bourgeoise connait un sommet dans la dernière décennie du XVIIe siècle, tournée vers le récréatif et fondée sur les beaux objets, la poésie et le théâtre. Les artisans de Kyoto sont à l'origine de différentes modes et sont actifs dans l'architecture, les aménagements intérieurs et l'art des jardins. C'est à cette époque que la céramique de Bizen se répand[36]. L'enrichissement des marchands fait qu'Osaka commence à détrôner Kyoto comme capitale culturelle. Des auteurs comme Ihara Saikaku, Basho et Chikamatsu Monzaemon sont les principaux représentants des lettres japonaises du XVIIe siècle[37] ; l'existence d'une importante population lettrée et l'essor des techniques de gravure et de lithographie, permet une plus grande diffusion de leurs œuvres. La fermeture du pays aux influences étrangères se fait sentir et entraine le développement d'un art de vivre à la japonaise. Les maisons de familles aisées adoptent plus massivement le style shoin-zukuri, datant du XVe siècle et destiné à l'origine à quelques grands personnages[38]. Les quartiers de plaisirs se développent, comme celui de Yoshiwara à Edo, dont les contours sont limités par des palissades, et les accès contrôlés ; 25 lieux de ce type existent dans la pays dans le courant du XVIIe siècle[39].

Le « siècle d'Edo » à partir de la moitié du XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Le centre politique, culturel, et intellectuel du pays bascule pour la première fois de l'est à l'ouest du pays[40]. La société féodale connait à cette période une série de crises[41].

Une économie fragile confrontée à plusieurs crises[modifier | modifier le code]

La croissance de la population stagne à partir du milieu du XVIIIe siècle, pour osciller entre 28 et 33 millions d'habitants. La technologie ne permet plus la mise en culture de nouvelles terres, et les efforts se tournent vers l'intensification du travail et vers la diversification des cultures. Cette évolution vers des cultures non-vivrières rend plus exposée économiquement la population en cas de surproduction, et/ou de baisse des prix. La tension démographique transforme le moindre dérèglement climatique en crise de subsistance, et ruine les paysans les plus pauvres, les obligeant à avoir recours à des prêts ou à l'usure[41]. Ces paysans ayant perdu leurs terres deviennent un prolétariat agricole ou émigrent en ville. La population des campagnes se polarisent entre grands propriétaires et paysans sans terre, favorisant le développement de jacqueries[42] (les principaux pics d'agitations étant dans les 1780, 1830 et 1860[43]). Les taxes dont doivent s'acquitter les paysans, théoriquement fixées à 50 %, s'établissent dans les faits entre 60 et 80 % des récoltes. Les mauvaises récoltes sont à l'origine de phénomènes d'inflation ; trois grandes famines touchent le pays en 1732, en 1783-1787, et en 1833-1839[44].

La situation dans les villes est comparable. L'expansion d'une économie marchande a enrichi une population d'artisans et de négociants qui spéculent en achetant des terrains en ville. Ils les louent à des populations plus pauvres, anciens paysans émigrés en ville, exposés aux hausses de prix de l'alimentaire, aux incendies et aux épidémies. Cette hausse des dépenses de consommation touche aussi les samouraïs dont le niveau de vie baisse, et pousse les plus fragiles économiquement dans la misère[42] ; certains « revendent » leurs titres à des marchands, en adoptant la famille de ces derniers, leur faisant acquérir ainsi une rang social plus élevé[45]. Une proto-industrialisation se met en place dans ce tissu urbain dans les premières décennies du XIXe siècle. Des ton'ya, ou industries domestiques, se développent et réunissent dans des fabriques des employés salariés. Ce système est initié dans les années 1820-1830 dans des brasseries de saké de la région d'Osaka, puis dans celle de Kyoto dans des soieries, puis dans celle de Nagoya dans des ateliers de tissage de Coton[46]. Les femmes, puis les paysans expulsés de leurs terres constituent le gros de ces employés pré-industriels[47].

Trois réformes sont tentées pour faire face à ces difficultés économiques[45]. La première en 1720 par le shogun Yoshimune[45] vise à relancer de grands travaux, comme le défrichement de nouvelles rizières, et à réduire le train de vie de l'État. Malgré une stabilisation des finances du shogun, portée par des hausses d'impôts, la situation des couches rurales populaires continue de se dégrader[48]. La seconde réforme intervient en 1770, portée par le ministre Tanuma Okitsugu[45]. Il renforce le monopole de certains grands marchands et permet le développement de sociétés par actions, tout en continuant la politique de grands travaux de son prédécesseur. Malgré des progrès dans le domaine commercial, il rencontre une opposition des conservateurs, mais aussi des classes les plus populaires, victime d'une inflation non maitrisée. En 1783, l'explosion du volcan Asama provoque des crises de subsistance, et en 1787, une trentaine de provinces sont proches de l'insurrection[49]. La troisième réforme est initiée en 1790 par le daimyo Matsudaira Sadanobu[45], en réaction à la réforme précédente : Sadanobu revient à une vision agrarienne de la société et voit dans la croissance de l'économie marchande l'origine des troubles que connait le pays. Il fait renvoyer dans les campagnes les paysans émigrés en ville, fait interdire les dépenses de luxe, ainsi que les productions artistiques jugées contraires aux bonnes mœurs[50]. Bien qu'il ne reste au pouvoir que jusqu'en 1794, les réformes de Sadanobu vont profondément marquer la fin du régime des Tokugawa[44].

Des occidentaux de plus en plus proches[modifier | modifier le code]

Les russes accentuent leurs présences au nord du pays à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, engagés dans une vague de colonisation de la Sibérie, alors que le nombre de colons japonais augmente dans l'île de Hokkaido[51]. Des expéditions japonaises se rendent dans les Kouriles et à Sakhaline, et la possibilité de commercer avec les Russes est étudiée, mais reste sans suite. Dans la même région, l'économie des Aïnous se dégrade et le pouvoir japonais, craignant que ceux-ci ne s'allient avec les Russes, surveille de plus en plus cette population. Les révoltes d'Aïnous, notamment celle de 1789, ont pour effet d'accentuer le mouvement de colonisation japonaise. Les Russes, n'ayant réussi à nouer des relations diplomatiques avec la Chine à la même époque, se tournent davantage vers le Japon, et essaient d'obtenir l'ouverture de voies commerciales. Dès 1791 une école enseignant le japonais ouvre en Russie[52]. La pression coloniale japonaise dans le Nord ne fait que tendre davantage les relations entre les deux pays[53].

L'incident du Phaeton en 1808 à Nagasaki pendant lequel un navire hollandais est attaqué par des forces britanniques fait prendre conscience au shogunat de la puissance de feu des occidentaux ; il fait renforcer les fortifications côtières du pays. L'extension de la pêche à la baleine dans le Pacifique par les Américains[54] a pour conséquence que de plus en plus de navires occidentaux cherchent à venir se ravitailler dans l'archipel. La peur que ceux-ci ne cherchent à introduire le christianisme dans le pays ne fait que renforcer la posture isolationniste du shogunat[55].

L'émergence d'une culture perçue comme nationale[modifier | modifier le code]

Carte du Japon de 1783.
Carte du Japon datant de 1783, l'île de Hokkaidō, absente, ne sera intégrée qu'après la Restauration Meiji.

La rencontre de nouvelles puissances étrangères, ainsi que la réalisation de cartes géographiques représentant le pays au début du XVIIIe siècle fait questionner les élites sur l'idée nationale. Les voyages individuels sont aussi de plus en plus nombreux à l'époque, motivés par des raisons religieuses ou intellectuelles[55], et sont à l'origine de l'édition de guides de voyage présentant la géographie et les coutumes des différentes régions du pays. Ils permettent d'ancrer peu à peu dans les consciences l'idée d'une unité nationale, les différents terroirs régionaux s'intégrant dans un ensemble plus large, à l'échelle de l'archipel[56].

Certains produits comme le thé, produits en plus grande quantité et donc meilleur marché, font leurs entrées dans les classes moyennes, et par la même occasion c'est la culture qui y est associée qui pénètre cette couche sociale[56]. Le théâtre a une influence considérable à la même époque ; jusque dans les années 1765, le théâtre de poupées d'Osaka jouit d'une grande popularité, avant que le Kabuki ne prennent le relais. Leurs acteurs sont considérées comme des stars, et les grands du pays cherchent à s'attacher leur amitié. De grands matsuri religieux comme ceux de Gion, de Kanda, ou de Sannō deviennent des évènements à part entières à l'époque, drainant dans les temples la population. Le tourisme populaire attire dans les sources d'eau chaude et dans les pèlerinages des foules de plus en plus nombreuses[57]. Plusieurs centaines de milliers de personnes se rendent ainsi dans le sanctuaire d'Ise en 1770 et en 1830[58].

Une éducation minimum se généralise, et chaque fief met en place au cours du XVIIIe siècle une école accueillant les fils de samouraïs, mais aussi de roturiers. La première d'entre elles ouvre en 1641 dans le domaine d'Okayama, et elles sont une cinquantaine au milieu du XVIIIe siècle, puis 300 un siècle plus tard. À côté des enseignements confucianistes à visée morale[59] sont aussi enseignés le calcul ou l'astronomie. Des savoirs occidentaux sont diffusés via le comptoir de Nagasaki. Dans les campagnes, ces enseignements se font dans des écoles de temples ou terakoya, et un réseau d'enseignement primaire se met en place de cette façon. Le pays compte environ 350 de ces écoles en 1780, et 200 ouvrent entre 1789 et 1804, puis 3 000 entre 1804 et 1844. Des cours privés ou juku prennent le relais pour l'enseignement secondaire[60]. La maîtrise de la lecture devient une obligation sociale et professionnelle pour la population[61] et la production écrite connaît un développement important à l'époque. Environ 10 000 titres sont en circulation en 1720, d'abord imprimés principalement à Kyoto et Osaka avant qu'Edo ne devienne dominant à partir de la fin du XVIIIe siècle. La production est variée, allant des romans picaresques aux livres érotiques. Les « livres à couverture jaune », de taille réduite et au prix abordable font leur apparition[58]. Des libraires ambulants se développent, et certaines librairies comptent parfois plus de 20 000 ouvrages. Une littérature sentimentale « pour filles » fait son apparition, et dans le même temps des ouvrages sont saisis en raison de leur caractère jugé licencieux. Les progrès de l'imprimerie entrainent aussi une popularisation des ukiyo-e dès la fin du XVIIIe siècle[59].

Dans les élites, des mouvements de pensée nouveaux commencent à s'ériger contre l'orthodoxie confucianiste portée par le régime. Le mouvement nativiste fondé par Motoori Norinaga[61] repousse la culture d'origine chinoise et prône un retour à la pureté d'une culture strictement japonaise. Hirata Atsutane reprend ce modèle en cherchant y mettre le shinto en place centrale[62]. Les études hollandaises, ou rangaku, profitent de l'introduction légale de livres occidentaux à Nagasaki dès la première moitié du XVIIIe siècle, à condition que ceux-ci ne traitent pas de la foi chrétienne. Des livres consacrés à la dissection en 1774 et aux maladies internes en 1793 sont ainsi traduits du hollandais vers le japonais. En 1764, Hiraga Gennai parvient à fabriquer une tenue ignifugée en amiante pour pompiers[63].

Un régime shogunal en crise dans la première moitié du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Des puissances étrangères aux influences diverses[modifier | modifier le code]

Lithographie montrant des soldats accompagnant l'amiral Perry sur la côte de la baie d'Edo.
L'arrivée de l'amiral Perry dans la baie d'Edo le 14 juillet 1853.

Les puissance étrangères accentuent leurs présences dans la région lors de la première moitié du XIXe siècle. Les Russes continuent leurs avancées dans le nord[64], et cherchent à faire de l'île de Tsushima une base portuaire pour leur marine[65]. Les Britanniques renforcent leurs positions après leur victoire contre la Chine lors de la guerre de l'opium en 1842[64]. Le pouvoir shogunal cherche un temps à s'en faire des alliés, ceux-ci s'étant battu contre la Russie lors de la guerre de Crimée de 1853 à 1856[66]. L'arrivée de l'amiral américain Perry en 1853 dans la baie d'Edo signe définitivement la fin de la politique d'isolation avec l'Occident[64]. La France, alliée aux Britanniques, marquent aussi les esprits japonais suite au sac du palais d'été en 1860, et commencent à jouir d'un certain prestige dans l'archipel[65].

De 1864 à 1882[n 3],[67], les puissances occidentales sont entrainées dans des enjeux européens, ce qui évite au pays de devenir un champ d'affrontement des puissances européennes : la Russie cherchant à étendre son influence en Asie centrale et dans les Balkans, ce qui provoque une réaction du Royaume-Uni. Paris doit faire faire à l'échec de sa diplomatie au Mexique, puis à une montée des tensions avec Berlin. Les États-Unis sont eux pris dans la guerre de sécession[68].

Sur le plan économique, l'arrivée de marchands étrangers provoque des résultats contrastée. Le port de Yokohama créé en 1879 détrône rapidement celui de Nagasaki, et capte rapidement les deux tiers du commerce extérieur. Le pays exporte du thé, des produits de la pèche, ainsi que des soies. La très forte demande dans ce dernier produit créer une inflation des prix qui touche rapidement ceux du riz. Le prix de ce dernier augmente de 50 % par an entre 1858 et 1867. Les échanges commerciaux avec l'occident provoquent aussi une fuite des monnaies d'or en dehors de l'archipel, à l'origine là aussi d'un phénomène d'inflation. Cette très forte demande en soie pour l'exportation permet de soutenir la croissance dans ce domaine. À contrario, le coton importé par les occidentaux étant meilleur marché que celui produit localement provoque la ruine des producteurs japonais[69].

Des crises intérieures rapprochées[modifier | modifier le code]

Sur le plan intérieur, le pays est confronté à des aléas climatiques qui provoquent plusieurs famines à partir de 1833, et jusqu'au début des années 1840. En 1836, on dénombre ainsi 20 000 morts dans la province de Tottori, et 100 000 dans la Tōhoku. Ceci provoque d'importants mouvement de population, les citadins allant à la campagne en espérant trouver de la nourriture, et les habitants des campagnes allant en ville en espérant bénéficier de distribution de nourriture. La flambée des prix alimentaires touche économiquement les couches moyennes[70]. Sur la période 1831-1836, on recense par ailleurs plus d'un millier de soulèvements, émeutes ou disputes violentes dans la population, prenant pour cible les classes dirigeantes. Lors de cette dernière année, on dénombre près de 10 000 paysans en armes dans la Mikawa, et 30 000 autour du mont Fuji[71]. Mizuno Tadakuni est chargé par le shogun de mener des réformes, et cherche en autre à favoriser le retour à des cultures vivrières et à réduire les déficits budgétaires[72]. Il se heurte aux intérêts des grands daimyos, et pour la première fois le régime plie face à ceux-ci en le renvoyant. Certains fiefs comme Satsuma et Chōshū parviennent cependant à mettre en place avec succès leurs propres réformes, et en profitent pour se doter d'une petite armée équipée d'armes à feu et d'artillerie[73].

Photographie de samouraïs par Felice Beato.
Photographie de Felice Beato montrant des samouraïs du domaine de Satsuma se préparant durant la guerre de Boshin.

La décision d'Ii Naosuke de signer en 1858 une série de traités inégaux avec les puissances occidentales provoque la dernière grande crise du régime[69]. Cherchant à négocier rapidement pour éviter une guerre, il doit faire face à une opposition qui cherche à expulser les étrangers[74]. Son assassinat en 1860 inaugure une longue tradition d'assassinats politiques qui va longuement marquer le Japon. La déliquescence du pouvoir shogunal provoque une agitation dans les différents fiefs[75]. Cette opposition se radicalise lorsque l'empereur Kōmei, pour la première fois depuis plusieurs siècles, commence à s'opposer politiquement au pouvoir shogunal, et signe en 1863 l'ordre d'expulser les barbares[74]. À partir de 1866 des fiefs du sud-ouest se rassemblent et concluent une alliance politique et militaire contre le shogunat[76]. Face à ce pouvoir paralysé, la figure de l'empereur apparait incarnant une force déterminée et capable de s'opposer aux occidentaux. Fin 1867, le dernier shogun Tokugawa Yoshinobu abdique[77]. La restauration impériale est proclamée le 3 janvier 1868. Les derniers fiefs soutenant le shogunat sont soumis militairement lors de la guerre de Boshin, les derniers se rendant lors de la bataille de Hakodate en mai 1869[78].


L'Empire du Japon de 1868 à 1945[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Empire du Japon.

Mise en place du nouveau régime impérial[modifier | modifier le code]

La première déclaration de l'empereur en 1868 introduit un statut fondamental, prélude à une constitution, qui permet la liberté d'expression, et indique qu'une lutte contre la hausse des prix va être entreprise. Une coalition instable est alors au pouvoir, composée du parti anti-shogunal et centrée sur les leaders du domaine de Satsuma et les nobles de la cour[79]. Le nouveau gouvernement rend aux Tokugawa leur fief, mais amputé des quatre cinquièmes de son revenu, et en octobre 1868 le début de l'ère Meiji est proclamée. Un conseil honorifique est le premier organe de gouvernement de ce nouveau régime, et celui-ci prend encore en compte les équilibres entre domaines ayant participé au renversement de l'ancien régime, et la noblesse de cour[80]. Plusieurs changements d'organisation ont lieu lors des mois suivants, ce qui permet à des personnalités comme Okubo et Iwakura d'émerger. Du 16 février 1868 au 26 décembre sont publiées 34 ordonnances importantes, allant de la suppression des monnaies locales jusqu'à l'interdiction de certains châtiments corporels[81]. Une réforme territoriales remplaçant les ancien domaines et les remplaçant par des préfectures est effectuée au deuxième semestre 1869[82], avec comme conséquence principale une plus grande centralisation de l'État. Un impôt foncier est introduit en 1873 pour garantir une recette stable à celui-ci. De 1868 à 1875, de grandes réformes touchant l'éducation, l'armée ou le système juridique sont entreprises en prenant l'Occident comme modèle, et en ayant recours à des spécialistes étrangers[83]. De 1876 à 1880, un travail portant sur la rédaction d'une constitution pour le pays est entrepris par un conseil des anciens[84], mais sans aboutir ; les personnes soutenant un modèle parlementariste anglais comme Ōkuma sont écartés du pouvoir après une crise politique en 1881, et le régime s'oriente vers une monarchie laissant le pouvoir suprême à l'empereur[85]. Ce n'est que le 11 février 1889 qu'une constitution est effectivement adoptée et fixe la répartition des pouvoirs[86].

L'industrie est modernisée en ayant recours au modèle des manufactures d'État, et les premières infrastructures de télécommunications et de chemins de fers sont déployées avec l'aide d'entrepreneurs anglais[87]. Le développement de Hokkaidō est aussi décidé. Les évolutions sociales rapides sont cependant à l'origine de révoltes parmi les samouraïs, comme en 1874 à Saga, ou lors de la rébellion de Satsuma en 1877[88]. Les entreprises crées par l'État sont privatisées dix ans après leur création : ceci permet au régime de se dégager des liquidités et à de grands groupes de se constituer. Des conglomérats comme Mitsubishi ou Mitsui se renforcent par ce biais à l'époque[89].

La consolidation de l'empire, de 1890 à 1914[modifier | modifier le code]

Une poussée démographique importante aux conséquences sociétales marquées[modifier | modifier le code]

Après une période de stabilité démographique à la fin de l'ère Edo, la population connait un mouvement de hausse en passant de 30 à 50 millions de personnes entre 1870 et 1915, poussée par une hausse des naissances, une baisse de la mortalité infantile, et une hausse de l'espérance de vie. Cette croissance est rendue possible par une hausse des importations de riz, mais aussi par la mise en valeur de terres arables à Hokkaidō[90] (la surface des champs y passant de 45 000 à 750 000 chō de 1890 à 1920, et la surface des rizières de 2000 à 83 000 chō sur la même période). La part de la population en ville connait elle aussi une hausse : 28 % des Japonais vivent dans des villes de plus de 10 000 habitants, contre 16 % en 1893. Tokyo atteint les 2 millions d'habitants et Osaka 1 million en 1903, cette dernière triplant sa taille en un demi siècle. Cet essor de la population urbaine entraine une baisse du poids de l'agriculture dans le PIB du pays, passant de 45 % en 1885 à 32 % en 1914[91].

Le hausse de la production industrielle comme celle des mines est à l'origine de grandes pollutions qui ont des effets sur l'agriculture et le mouvement ouvrier. La mine de cuivre d'Ashio contamine la rivière Watarase dès les années 1880, et provoque un important mouvement social en 1907[92]. Dès les années 1890, les conditions de travail difficiles dans l'industrie favorisent la diffusion du socialisme venu d'Europe[93]. En 1911, on fixe à 12 ans l'âge minimum pour travailler, et à 12 heures la durée maximale du travail journalier pour les femmes et les enfants[94]. La condition des femmes évolue : si le ministère de l'Éducation encourage en 1899 la création de plus de lycées réservés aux femmes, depuis 1890 celles-ci ont l'interdiction d'adhérer à un parti politique ou de participer à des meetings[95]. Pour combattre cette situation, un journal comme Sekai Fujin est créé en 1907 par Fukuda Hideko[96], et en 1901 Tsuda Umeko fonde une école réservée aux femmes, le Collège Tsuda[97]. Une jeunesse de plus en plus éduquée voit aussi se réduire les possibilités d'accession sociale par le biais de l'éducation, puisque seul le nombre de postes comme subalternes dans les entreprises augmente dans les années 1890[98]. Cette population éduquée a dans le même temps accès plus largement aux écrits de journalistes et de critiques[99]. Les idées du marxisme se diffusent ainsi dans les années 1890 ; en 1901 à Tokyo est fondé un parti socialiste, immédiatement dissous par le premier ministre (un nouveau parti de ce type est autorisé en 1906)[100].

La production de la culture obéit à deux grandes dynamiques sur la période 1890-1914. Le façonnement d'un cadre national pour sa diffusion, mouvement déjà enclenché plus tôt dans le siècle, connait sa réalisation sur cette période. Une opposition entre la culture japonaise et la culture occidentale est, elle, un prolongement de la situation politique internationale de l'époque, marquée par la chute de la dynastie chinoise des Qing, et la victoire du Japon sur la Russie en 1911[101]. Le rôle de la culture européenne comme modèle est remis en cause par certains[102], alors que d'autres cherchent à faire une synthèse de ces deux cultures[103]. L'éducation primaire progresse sur la période, passant de 50 % d'enfants scolarisés à ce niveau en 1890 à 95 % en 1906. Au même moment se met en place la base d'un système universitaire japonais, avec la mise en place d'un réseau d'universités impériales dans les plus grandes villes du pays, ainsi que d'établissements privés comme Waseda, Keiō, et Dōshisha. Le domaine de l'édition progresse lui aussi, passant de plus de 400 journaux en 1890[104] à 2 000 en 1914. La même année, le Japon se place second au niveau mondial en nombre de livres publiés, derrière l'Allemagne, avec près de 27 000 titres. La langue japonaise s'uniformise par ce biais, alors que de nombreux dialectes existent toujours à l'époque. Le dialecte de Tokyo, là où se trouve la plupart des moyens d'édition, se généralise et devient le japonais standard[105].

Consolidation du régime face aux poussées étrangères et débuts de l'impérialisme[modifier | modifier le code]

Les premières élections législatives de l'histoire du pays se tiennent en juillet 1890, et placent le Jiyūtō et le Rikken Kaishintō comme partis dominants, rassemblant à eux deux 170 des 300 sièges de la chambre des représentants. Cette chambre s'oppose régulièrement aux membres du gouvernement, nommés eux par l'empereur, dans le but d'obtenir plus de pouvoir pour leur chambre. L'obstruction passe notamment par le refus de vote du budget tel que présenté par le gouvernement plusieurs années de suite. Le déclenchement de la guerre sino-japonaise en Corée en 1894 met fin provisoirement à cette opposition entre chambre des représentants et gouvernement. La contestation de certains points du traité de Shimonoseki par les puissance occidentales en avril 1895 est utilisée par les dirigeants du Jiyūtō pour négocier pour la première fois l'entrée de plusieurs de ses membres au sein du gouvernement[106]. Ce fonctionnement gouvernemental s'impose par la suite et, lors de la décennie suivante, de 1901 à 1913, Katsura Tarō et Saionji Kinmochi exercent de façon alternée le poste de premier ministre. La crise politique Taishō en 1913 met fin à se fonctionnement et ouvre l'époque de la démocratie Taishō[90]. Dans le même temps, la période allant de 1900 à 1920 voit le recul des factions politiques liées aux anciens clans du Sud-ouest, ainsi qu'à la bureaucratie et aux hauts fonctionnaires. Cet affaiblissement profitent aux diplômés de plusieurs universités qui s'imposent dans certains secteurs : la haute fonction publique, la magistrature, et les banques accueillent ceux de l'université impériale de Tokyo, le monde de la presse et celui des affaires ceux de l'université Waseda, et la médecine ceux de l'université Keiō[107].

La poussée coloniale des puissances européennes reprend dans les années 1880 : les Britanniques colonisent la Birmanie en 1886, les Français l'Indochine de 1884 à 1893, les Américains Hawaï en 1898[108]. La Corée devient un enjeu stratégique pour certains hommes politiques japonais à partir de 1890, et est à l'origine qu'une guerre contre la Chine en 1894-1894 au sujet de son contrôle, puis contre la Russie en 1904-1905 de nouveau pour son contrôle et celui de la Mandchourie. Victorieux dans les deux cas, le Japon voit sa position renforcée dans l'échiquier international, et son territoire agrandi : Taiwan est transformé en colonie en 1905, le Liaodong et la moitié sud de Sakhaline sont acquis en 1905, et en 1910 la Corée devient colonie japonaise[109]. La superficie du pays s’agrandit ainsi de 77 % entre 1894 et 1910[110]. En 1902, pour la première fois un traité défensif est signé entre le Japon une puissance occidentale (Britanniques)[111], et en 1905 le Japon bat militairement une puissance occidentale (Russie lors de la bataille de Tsushima)[112]. La modernisation du Japon devient en Asie un exemple à suivre et le pays attire des étudiants chinois et coréens[113]. La situation se retourne cependant dès 1905, avec l'essor de l'impérialisme japonais en Corée, et la situation entre les deux pays se tend jusqu'à la transformation de ce dernier en colonie[114].

L'essor puis la chute de l'empire de 1914 à 1945[modifier | modifier le code]

La société japonaises des années 1920 aux années 1930[modifier | modifier le code]

La population continue de croitre sur la période, passant de 51 millions d'habitants en 1914 à 70 millions en 1940, tout en continuant à s'urbaniser. Alors que 28 % des Japonais vivent dans une ville de plus de 10 000 habitants en 1913, ils sont en 1940 29 % à vivre dans une ville de plus de 100 000 habitants. Tokyo passe de deux millions d'habitants en 1905 à 5,5 millions en 1935, se hissant ainsi à la même taille que Londres ou New York[115]. Cette poussée démographique est surtout notable à Hokkaidō qui, de région nouvellement colonisée, se hisse à un niveau comparable aux autres régions de peuplement plus ancien. De 1 800 000 habitants en 1913, sa population passe à 3 millions en 1940, alors que son réseau urbain se structure autour de trois villes de plus de 100 000 habitants : Hakodate, Sapporo, et Muroran[116]. La surpopulation devient pour les hommes politiques un problème à partir du milieu des années 1910. Alors qu'une féministe comme Shidzue Katō voit dans le contrôle des naissances une solution à cette question, des leaders politiques s'y opposent, y voyant une menace pour la vigueur de l'industrie et du colonialisme japonais[117]. À la fin des années 1930, on dénombre ainsi plus de deux millions de Japonais dans les colonies du pays et un million vivant dans d'autres pays[118].

La condition féminine évolue sur la même période, et celles-ci sont de plus en plus nombreuses dans des postes de cols blancs (le tiers des enseignants de primaires dans les années 1920 sont des enseignantes)[119]. En 1922, elles sont autorisées à s'organiser politiquement et à assister à des meetings politiques[120]. Plusieurs tentatives législatives sont entreprises, la dernière en 1931, pour tenter sans succès d'élargir le suffrage aux femmes[121]. Dans les années 1920, certaines parviennent à obtenir dans le monde du spectacle une visibilité importante associée à une image de modernité, ce qui abouti à l'essor de la figure de la moga[122]. D'autres parties de la population cherchent à obtenir à la même époque une plus grande reconnaissance : Burakumin, Aïnous, migrants Coréens... et tendent à se regrouper en associations pour défendre leurs intérêts[123]... ces derniers recherchant du travail dans l'archipel passent de 1 000 en 1910, à 300 000 en 1930, à environ 1 million en 1940[124]. L'enseignement supérieur continue sa progression, passant de 9 695 étudiants en 1915 à 81 999 étudiants en 1940, et avec celui-ci le développement d'associations politiques étudiantes radicales, de gauche comme de droite[125].

La société rurale voit sa place politique se réduire, alors que les gouvernants passent d'une politique visant à soutenir les cours du riz à une politique visant à faire baisser ceux-ci. Le but est de réduire l'agitation ouvrière en ville en faisant ainsi baisser le prix des produits de consommation courante, comme lors des émeutes du riz de 1918. La crise de 1929 touche elle le prix de la soie et du coton et contribue à aggraver la situation. Le nombre de conflits entre propriétaires terriens et ouvriers agricoles passe lui de 87 en 1917, à 2 751 en 1926, à 6 824 en 1935[126]. La situation des ouvriers en ville connait une légère amélioration, favorisant principalement les ouvriers qualifiés, à l'heure où les progrès de l'industrialisation en réclame un nombre important[127]. Les conditions de vie restent difficiles pour les ouvriers non qualifiés, et le nombre de syndiqués passe de 3 000 vers 1910 à 30 000 en 1919[128], ce qui pousse les gouvernements successifs à prendre des mesures en faveur des ouvriers dans les années 1920[129].

Culturellement, le progression du nombre de journaux, de postes de radio, et de cinémas contribue à rapprocher d'avantage les mouvements culturels avant-gardistes de Tokyo avec les territoires plus reculés du pays. Le nombre de cafés, grands magasins, et de galeries d'arts soutient l'émergence d'une culture de plus en plus urbaine, industrielle, et s'adressant en premier lieu aux classes moyennes et aux jeunes adultes. Une complexification s'opère guidée par les critiques artistiques, opposant cultures anciennes et nouvelles, cultures occidentales et orientales, et cultures prolétaires et bourgeoises[130]. Dans le domaine littéraire, l'opposition en littérature « de masse » et littérature « pure » entraine la création de deux prix littéraires séparés. En 1935 le prix Naoki commence à récompenser la littérature de masse, là où la même année le prix Akutagawa commence à récompenser une littérature plus élitiste[131]. Yasunari Kawabata commence à émerger comme figure de la littérature japonaise dans les années 1930[132]. Le cinéma connait une croissance importante, et en 1940 le pays compte une dizaine de grandes compagnies cinématographiques. Les productions empruntent beaucoup aux formes du théâtre japonais, ainsi qu'à ses classiques (l'histoire des 47 rōnin est ainsi porté 45 fois à l'écran entre 1907 et 1925, et plus encore les années suivantes)[133].

De la démocratie de Taishō au militarisme[modifier | modifier le code]

Après la Crise politique Taishō de 1913 commence une période d'une quinzaine d'années pendant laquelle se développe une certaine culture parlementaire, avec à la clef un essor de la démocratie. La montée en puissance des classes moyennes et du milieu ouvrier sont un terreau favorable à l'éclosion des idées critiquant l'autoritarisme de l'État[134]. Une presse libérale s'épanouit, qui exprime une certaine sympathie envers les revendications chinoises et coréennes lorsque ceux-ci font face à la répression de l'armée japonaises. Le suffrage universelle masculin est élargie en 1925 à tout homme de plus de 25 ans[135]. Cependant la même année est votée une loi pour faire face à la montée de l'extrême gauche[136], mais celle-ci parvient cependant à faire entrer huit élus au parlement en 1928 lors de la première élection au suffrage universel. La même année, une police politique est mise en place à l'échelle de chaque préfecture, et certaines activités politiques deviennent passibles de la peine de mort. Ceci n'empêche pas le mouvement ouvrier d'organiser plusieurs milliers de grèves dans l'industrie en 1931[137].

La crise économique de 1929 et la montées des tensions internationales dans les années 1930 mettent cependant ce système politique sous pression[136]. L'entretient d'une armée importante pose problème alors que la situation économique s'aggrave. La montée du communisme aux frontières du pays fait peur à la classe moyenne, et les conservateurs sont perçus comme étant trop proches des conglomérats industriels pour apparaitre comme une alternative crédible. L'armée à contrario continue à être vue comme permettant une ascension sociale, et son discours impérialiste et jugé par certains comme crédible pour faire face aux difficultés économiques[138]. Dans ce contexte se développe un courant nationaliste radical, souvent issu des rangs de l'armée, s'opposant au milieu politique en place, qu'il juge trop faible. Ils mettent en place une stratégie de la tension, et plusieurs coups d'état sont préparés en 1931. Le 15 mai 1932, une tentative de putsch conduit à l'assassinat du premier ministre Inukai Tsuyoshi. Pour le remplacer, c'est dans les rangs de l'armée que l'on va chercher son remplaçant, mettant ainsi fin au régime des partis existant depuis 1918[139]. Ce nouveau pouvoir nationaliste est traversé par deux tendances : la faction du contrôle se compose de militaires alliés à la bureaucratie permettant de tourner l'état vers une économie de guerre en augmentant les dépenses militaires, et la faction de la voie impériale plus radicale visant à mettre fin à la domination des partis politiques et des conglomérats industriels sur le pays. Cette dernière faction est à l'origine le 26 février 1936 d'une nouvelle tentative de putsch pendant laquelle plusieurs ministres sont assassinés. La répression de cette tentative de coup d'état engage plus encore le pays dans la voie de la guerre, notamment en poussant l'alliance avec l'Allemagne hitlérienne[140]. La justice parvient elle à conserver une certaine indépendance vis-à-vis du pouvoir militaire, y compris au plus fort de la Seconde Guerre mondiale[141], mais la presse subit une importante censure, et les opposants au régime comme les libéraux, les socialiste, les journalistes, ou les professeurs d'université sont intimidés ou arrêtés[142].

Sur le plan de la politique internationale, la situation se calme dans les années 1920. Les traités de Versailles puis de Washington ont stabilisé la situation. L'agitation antijaponaise en Corée demeure, mais sans possibilité de s'étendre. Le nouveau régime chinois cherche lui avant tout à combattre les seigneurs de guerre et le parti communiste[137]. Les choses changent lorsqu'au début des années 1930 un pouvoir lié aux militaires est instauré au Japon. Celui-ci met en place l'état fantoche du Manchoukouo, puis quitte la SDN en 1933[140]. L'invasion de la Manchourie en 1931 marque le point de départ d'une guerre de quinze ans dont le théâtre d'opération va s'élargir à la Chine à partir de juillet 1937, puis au Pacifique et à tout l'extrême-Orient à partir de 1941[143].

Le Japon en guerre et la chute de l'Empire[modifier | modifier le code]

La seconde guerre mondiale et la chute de l'empire[modifier | modifier le code]


Ère Shōwa et militarisme[modifier | modifier le code]

Le début de l'ère Shōwa vit l'État japonais tomber sous l'influence croissante de l'expansionnisme militaire avec un régime politique de plus en plus sévère et autoritaire. En 1931, le Japon occupa la Mandchourie, qu'il constitua en un état fantoche sous le nom de Manzhouguo. Le Japon se retira de la SDN en mars 1933 suite à une résolution lui demandant de se retirer de la région.

En 1937 l'invasion de la Chine avait étendu l'empire japonais le long de la côte et sur le cours du Chang Jiang où l'armée impériale se livra à de nombreuses exactions contre les civils, notamment à Shanghai, Nankin, Canton et Wuhan, ce qui entraîna une résolution de blâme de la Société des Nations à l’encontre du Japon mais surtout un écrasement des forces du Guomindang. Lors de cette invasion, le Quartier-général impérial cautionna des massacres ainsi que l'utilisation des armes chimiques. Plus de deux cent mille civils chinois furent exterminés lors du massacre de Nankin (Nanjing) par l’armée impériale japonaise.

Après avoir signé en 1936 un pacte d'assistance (pacte anti-Komintern) avec l'Allemagne hitlérienne, le Japon rejoignit les forces de l'Axe en 1940.

L'échec du conflit armé limité avec l'Union soviétique de 1939 met un terme aux ambitions expansionnistes de l'Empire au nord.

Article détaillé : Crimes de guerre japonais.

De Pearl Harbor à Midway[modifier | modifier le code]

Attaque de Pearl Harbor en décembre 1941

En 1941, suite à un embargo américain sur les ressources et matières premières, l'empereur Shōwa lance la guerre de la Grande Asie orientale (Dai Tô-A sensō) qui débute par l'attaque de Pearl Harbor, l'invasion de la Malaisie et celle des Philippines en décembre 1941. Cet événement donne une raison aux États-Unis pour prendre part à la Seconde Guerre mondiale. Le Japon poursuit sa conquête de l'Asie du Sud-Est en envahissant Singapour, les Philippines, l'Indonésie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée jusqu'à la frontière septentrionale de l'Australie et dans les archipels de l'océan Pacifique. Les Japonais s'installent durablement en Birmanie.

Ce gigantesque empire militaire, appelé officiellement Sphère de coprospérité de la grande Asie orientale, était destiné à servir de réservoir de matières premières. L’occupation de ces territoires fut marquée par d’innombrables exactions à l’encontre des populations d’Extrême-Orient, crimes pour lesquels les pays voisins du Japon demandent toujours des excuses ou des réparations aujourd’hui.

Avec la bataille de Midway dans le Pacifique, l'expansionnisme nippon est interrompu : 1942 marque le tournant de la guerre du Pacifique.

De Guadalcanal à Iwo Jima[modifier | modifier le code]

De 1942 à 1945, la situation militaire japonaise se dégrade dans le Pacifique. Les troupes japonaises sont repoussées progressivement dans les îles Salomon, en Nouvelle-Guinée, en Birmanie et aux Philippines. Le conflit en Chine s'enlise. Une offensive en Inde, en 1944, débouche sur un échec total. L'armée américaine débarque en 1945 sur le sol même du Japon.

La capitulation[modifier | modifier le code]

Explosion atomique à Nagasaki, le 9 août 1945

Le Japon, dont plusieurs des villes majeures ont été dévastées par les bombardements, est finalement vaincu en 1945. Le largage de deux bombes atomiques, la première sur Hiroshima le 6 août et une seconde le 9 août sur Nagasaki, ainsi que l'invasion de la Mandchourie par l'Union soviétique, conduisent l'Empereur Hirohito à annoncer lui-même la capitulation.

Une délégation du gouvernement nippon se rend sur le pont du cuirassé américain USS Missouri pour signer, devant les généraux Alliés MacArthur et Leclerc, les termes d'une reddition sans conditions, puis aux États-Unis, le 2 septembre 1945. Le traité de paix avec la Russie est toujours en négociation, en règlement du problème des îles Kouriles du Sud, occupées par cette dernière depuis la fin du conflit.

Le jugement des criminels de guerre[modifier | modifier le code]

Plusieurs hauts officiers du régime Shōwa furent jugés pour crimes de guerre par le Tribunal de Tokyo. À titre de commandant suprême des forces alliées, Douglas MacArthur accorda toutefois l'immunité à l'empereur Shōwa et à tous les membres de sa famille impliqués dans la conduite des opérations militaires comme son frère Yasuhito Chichibu, maître d'œuvre de l'opération Lys d'or, ainsi qu'à ses oncles et ses cousins comme le prince Yasuhiko Asaka, qui avait participé au massacre de Nankin, le prince Hiroyasu Fushimi, le prince Naruhiko Higashikuni et le prince Tsuneyoshi Takeda. Cette immunité fut également étendue à Shiro Ishii et à tous les membres de ses unités de vivisection humaine.

Le Japon de l'après-guerre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire contemporaine du Japon.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (2 septembre 1945) pour aujourd'hui, le Japon est devenu un état de puissance économique. La période d'après-guerre se caractérise par la constitution après-guerre et du traité de sécurité entre les États-Unis et au Japon.

Occupation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Occupation du Japon.

Confiné à l’archipel, le pays demeura sous la tutelle des États-Unis jusqu’en 1951 (traité de San Francisco). Ceux-ci imposèrent une nouvelle constitution, plus démocratique, et fournirent une aide financière qui encouragea le renouveau du Japon.

Depuis quinze siècles, le rôle de l’empereur était celui d’un dirigeant impérial. À compter de la restauration Meiji, il était devenu un véritable chef d’État, commandant de l'Armée et de la Marine. Avec la constitution de 1946, l'empereur Shōwa renonça à ses pouvoirs exécutifs de droit divin, ne faisant dorénavant que nommer le Premier ministre et le président de la cour suprême. Le rôle de l'empereur est défini dans le chapitre I de la Constitution du Japon de 1947. L'article 1 définit l'empereur comme le symbole de l'État.

Après l'occupation[modifier | modifier le code]

Gratte-ciel dans le quartier de Shinjuku, Tour de Tokyo, Rainbow Bridge, Shibuya, Palais de la Diète.

Après 1952, l'économie se rétablit et permet le retour de la prospérité sur les îles dont les Jeux olympiques de Tokyo et le lancement du Shinkansen en 1964 furent les symboles.

Des années 1950 jusqu’aux années 1980, le Japon connaît un apogée culturel et économique et une formidable croissance. Le Japon devint progressivement l'une des principales puissances économiques du monde.

La forte croissance des années 1950 à 1970 a urbanisé le Japon. Entre 1950 et 1965 environ, les trois grands métropoles, Tokyo, Osaka et Nagoya, ont connu un apport massif de population. À partir du milieu des années 1960 en revanche, ces trois zones apparaissent comme surpeuplées. Le gouvernement encourage alors les relocalisations d'industrie vers d'autres régions. La croissance se rééquilibre sur le plan géographique. L'essentiel de la population est alors intégré d'une manière ou d'une autre dans une métropole.

Dans les années 1970, particulièrement après le choc pétrolier de 1973, les nouvelles technologies se développent au Japon, mais surtout à Tokyo. La capitale renforce alors sa domination. Elle continue à attirer des habitants. Elle devient un grand centre financier international et la première capitaisation boursière mondiale, tout en attirant dans le même temps des activité de services très spécialisées dans le secteur de l'informatique.

Nagoya et Osaka connaissent en revanche un solde migratoire négatif. Les petites industries installées dans les villes de moindre importance perdent de leur compétitivité internationale du fait de la hausse du yen.

Ère Heisei[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ère Heisei.

Toutefois, ce « miracle économique » prend fin au début des années 1990, date à laquelle la bulle spéculative japonaise éclate, marquant le début de la « décennie perdue ». Ces années sont aussi marquées par une certaine instabilité politique (avec la première chute d’un gouvernement par une motion de censure en 1993) et plusieurs catastrophes d’origines humaine (Attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995) ou naturelle (tremblement de terre de Kōbe, également en 1995).

Actuellement, bien que sa part soit relativement faible dans les finances de l’État, le Japon occupe, en matière de budget militaire, la cinquième place dans le monde en chiffres absolus, mais l’importance de ce budget ne fait pas pour autant du Japon une grande puissance militaire. La constitution japonaise interdit en effet le maintien d’une armée, le droit de belligérance et le lancement de toute opération militaire en dehors de ses frontières autre que dans le cadre de l’autodéfense. La « force d’autodéfense » japonaise est un corps militaire professionnel disposant de moyens techniques avancés.

Avec la guerre en Irak en 2003, la Constitution a été aménagée pour pouvoir déployer des troupes hors de son territoire dans le cadre d’opérations à caractère strictement non militaire (reconstruction, aide humanitaire…). De la sorte, le Japon espère acquérir un rôle diplomatique plus en rapport avec sa puissance économique.

Le 11 mars 2011, un grave séisme de magnitude 9,0, suivi d'un tsunami, frappe l'est du Tōhoku autour de Sendai, provoquant la mort de plusieurs milliers de personnes, de très graves dégâts dans toute la partie nord-est de Honshū et l'accident nucléaire de Fukushima[144].

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. À noter que dans certains ouvrages, la période de Nara s'arrête à cette date. Ces auteurs considérant que la proximité de Nagoaka de Heian font démarrer la période Heian en 784 et non en 794
  2. Ce courant de pensée divise non en trois, mais en quatre ordre la population
  3. De la fin de la guerre des Taiping en 1864, jusqu'à 1882, date à laquelle les français capturent Hanai, et les anglais l'Égypte.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Fujimura Shinichi
  2. Les plus vieilles poteries du monde, L'Express, 17/09/1998
  3. Voir page 203 in Japan, a modern history, James L. McClain, W.W. Norton & Co., 2002
  4. Voir page 88 in Shinto: the way home, Thomas P. Kasulis, University of Hawaii Press, 2004
  5. Pierre Souyri, Japon, peuple et civilisation, Histoire, « Chronologie générale », p. 97
  6. Pierre Souyri, Japon, peuple et civilisation, Histoire, « Chronologie générale », p. 98
  7. Pierre Souyri et Jean-François Sabouret (dir.), Japon, peuple et civilisation, La Découverte [détail des éditions], « Chronologie générale », p. 99-100
  8. Pierre Souyri, Japon, peuple et civilisation, Histoire, « Chronologie générale », p. 100
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  144. « Séisme de Sendai au Japon - Magnitude Mw 9 », IPGP,‎ 11 mars 2011 (consulté le 23 mars 2011)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Ouvrages généraux concernant l'histoire générale du Japon :
    • Maison franco-japonaise, Dictionnaire historique du Japon, Tokyo, Kinokuniya,‎ 2000, 95 p.
    • Francine Hérail, Jean Esmein et François Macé, Histoire du Japon, Genève, Horvath, coll. « Histoire des nations »,‎ 1990, 631 p. (ISBN 2-7171-0704-5)
    • Francine Hérail, Histoire du Japon. Des origines à la fin de l'époque Meiji, Aurillac, POF,‎ 1997
    • Pierre François Souyri, Histoire du Japon : le monde à l'envers, Maisonneuve et Larose,‎ 1998 (ISBN 2-7068-1297-4)
    • Danielle Elisseef, Histoire du Japon, Editions du Rocher,‎ 2001 (ISBN 2-268-04096-8)
    • Francine Hérail (dir.), Guillaume Carré, Jean Esmain, François Macé et Pierre Souyri, Histoire du Japon : Des origines à nos jours, Paris, Editions Hermann,‎ février 2010, 1413 p. (ISBN 978-2705666408)
    • Pierre Souyri, Nouvelle Histoire du Japon, Paris, Perrin,‎ septembre 2010, 627 p. (ISBN 978-2262022464)
    • (en) Conrad Totman, A History of Japan, Wiley-Blackwell,‎ janvier 2005, 720 p. (ISBN 978-1405123594)
    • (en) William M. Tsutsui (dir.), A Companion to Japanese History, Malden, Blackwell Pub.,‎ 2007 (ISBN 978-1-4051-1690-9)
  • Ouvrages centrées sur une époques :
  • Ouvrages centrées sur une thématiques :
    • Dufourmont Eddy, Histoire politique du Japon (1853-2011), Pessac, Presses universitaires de Bordeaux,‎ 2012

Annexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]