Pacte germano-soviétique

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Pacte germano-soviétique
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Le Pacte de non-agression germano-soviétique signé par Viatcheslav Molotov et Joachim von Ribbentrop comportait un protocole secret visant le partage de l'Europe entre les deux puissances totalitaires.

Langues Russe et allemand
Signé
(URSS)
Parties
Partie 1 Partie 2
Parties Drapeau de l'URSS URSS Drapeau de l'Allemagne Reich allemand
Signataires Molotov pour Staline Ribbentrop pour Hitler
L’Ordre nouveau imaginé par Alfred Rosenberg et Richard Walther Darré pour l’Europe sous contrôle nazi. Le Pacte germano-soviétique s’insère dans cette stratégie.
Modifications territoriales prévues et effectuées sous les auspices du pacte.

Le Pacte germano-soviétique, officiellement Traité de non-agression entre l'Allemagne et l'Union soviétique, est un ensemble d'accords diplomatiques et militaires signés le à Moscou, par les ministres des Affaires étrangères allemand, Joachim von Ribbentrop, et soviétique, Viatcheslav Molotov, en présence de Staline.

Il est également connu sous les dénominations de pacte Molotov-Ribbentrop, pacte Ribbentrop-Molotov (surtout en Occident), pacte Hitler-Staline (surtout dans les pays concernés) et Pacte de non-agression de 1939 (surtout en Russie et Biélorussie).

Il suit de quelques mois la signature du Pacte d'Acier signé par Ciano et Ribbentrop entre l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste, bientôt rejointes par l'Empire du Japon.

Outre un engagement de neutralité en cas de conflit entre l'une des deux parties et les puissances occidentales, le pacte germano-soviétique comportait un protocole secret, qui répartissait entre l'Allemagne et l'URSS un certain nombre de pays et territoires à annexer, à savoir la Finlande, la Pologne, les pays baltes et la Bessarabie.

Cet accord conduit à une grave crise des relations internationales, mais aussi à une crise interne au sein des partis communistes occidentaux ; en France, il entraine des mesures d'interdiction du Parti communiste français (décrets Daladier).

Ce pacte prend fin prématurément le , du fait de la décision unilatérale de Hitler d'attaquer l'URSS en déclenchant l'opération Barbarossa.

Le contexte[modifier | modifier le code]

Les relations internationales depuis 1920[modifier | modifier le code]

La menace croissante de l'Allemagne nazie d'Hitler préoccupe les puissances occidentales (en premier chef la France et le Royaume-Uni) tandis que l'URSS se tient dans l'expectative. Jusqu'en 1924, le gouvernement soviétique soutient la République de Weimar (permettant à la Reichswehr de s'entraîner en URSS en contournant les interdits du traité de Versailles, et condamnant l'occupation franco-belge de la Ruhr), mais ensuite les plans Dawes et Young réduisent le montant des dommages imposés à l'Allemagne, à laquelle le soutien soviétique n'est plus aussi nécessaire. Après l'accession au pouvoir des nazis, violemment anticommunistes, le Reich développe massivement son potentiel militaire, ce qui pousse le gouvernement soviétique à engager des négociations diplomatiques avec les puissances occidentales et avec ses voisins immédiats, tout en ne perdant pas de vue la « carte allemande »[1].

Caricature polonaise montrant Ribbentrop baisant la main de Staline devant Molotov souriant et applaudissant.

En avril 1938, l'URSS entame des négociations avec la Finlande dans l'idée d'améliorer leur défense mutuelle contre l'Allemagne. Les Soviétiques, craignant que les Nazis ne passent par la Finlande pour attaquer Leningrad, à 32 km de la frontière, lui proposent de louer la presqu'île de Hanko pour y établir un avant-poste ou d'échanger des terres autour de Leningrad contre des terres en Carélie, offres que la Finlande refuse. La guerre d'Hiver permettra aux Soviétiques d'atteindre leurs objectifs.

Le , la France et l'Angleterre (représentées respectivement par Daladier et Chamberlain) signent les accords de Munich avec l'Allemagne nazie et l'Italie (représentées respectivement par Hitler et Mussolini), laissant le champ libre aux nazis pour annexer la région des Sudètes en Tchécoslovaquie, peuplée d'importantes minorités allemandes (les Sudètes). La proposition de Staline d'envoyer des troupes aider la Tchécoslovaquie, se heurte au refus de la Pologne du colonel Beck et de la Roumanie du roi Carol de laisser passer l'Armée rouge, ces deux pays craignant que les revendications soviétiques sur leurs territoires orientaux acquis en 1918-1921 par le traité de Rīga et par l'union de la Moldavie à la Roumanie, ne se transforment en occupation. Selon Churchill, la France était d'ailleurs consciente dès le 7 mai 1939 que l'URSS tendait plus vers une alliance ayant pour but le partage de la Pologne, que pour celle qui prônait sa défense[2],[3].

De son côté, l'Allemagne nazie pratique elle aussi une politique ambivalente : d'un côté, elle assure vouloir la paix et Ribbentrop signe le , avec le gouvernement français représenté par Georges Bonnet, une déclaration exprimant leur volonté de « collaboration pacifique »[4], aux termes de laquelle les parties s’engagent à se concerter mutuellement sur les questions intéressant les deux pays en cas de difficultés internationales et considèrent leurs frontières comme définitives[5] ; de l'autre côté, la recherche de son « espace vital », la rhétorique agressive d'Hitler, la classification des Slaves comme « sous-hommes » menacent non seulement la Tchécoslovaquie et la Pologne, mais aussi l'URSS.

Les intérêts soviétiques en 1939[modifier | modifier le code]

Les raisons pour lesquelles l'URSS va conclure le pacte sont l'objet de discussions : les historiens favorables au point de vue soviétique soutiennent que ce pacte fut motivé par la faiblesse des Occidentaux face au Troisième Reich (voire leur complicité), par la crainte de l'isolement et par la volonté de Staline de « gagner du temps » avant une attaque prévisible[6] ; les autres avancent que la volonté de Staline était de tirer le meilleur parti de négociations menées sur deux tableaux[6] et de récupérer à bon compte les territoires perdus par les Tzars (Finlande, pays baltes, Pologne orientale, Bessarabie) en profitant de l'inaction des occidentaux et grâce à une complicité active avec le Reich, dans le but d'offrir par la paix plus d'avantages aux Allemands qu'ils n'en auraient en passant à l'attaque[7].

Selon l'historien Paul-Marie de la Gorce[8], les atermoiements franco-anglais face à une « grande alliance » contre l'Allemagne nazie, leurs concessions à Hitler, notamment divers accords comme l'accord naval anglo-allemand de 1935 (signé par Ribbentrop et le ministre des affaires étrangères britannique, Samuel Hoare), les accords de Munich de 1938 ou le sus-mentionné traité de non-agression franco-allemand peuvent expliquer que l'URSS perçoive les démocraties occidentales comme indifférentes sinon délibérément hostiles envers elle et se rabatte sur un accord avec l'Allemagne[9],[10]. Churchill écrit d'ailleurs dans ses mémoires que « l'offre des Soviétiques fut ignorée dans les faits. Ils ne furent pas consultés face à la menace hitlérienne et furent traités avec une indifférence, pour ne pas dire un dédain, qui marqua l'esprit de Staline. Les événements se déroulèrent comme si la Russie soviétique n'existait pas. Nous avons après-coup terriblement payé pour cela[11] »

L'historien soviétique Roy Medvedev juge, dans un livre par ailleurs très critique à l'égard du stalinisme, que le Pacte germano-soviétique ne doit pas être ajouté à la liste des crimes et des erreurs de Staline : il juge en effet que « le gouvernement soviétique se trouva obligé de signer ce pacte parce que l'Angleterre et la France favorisaient le fascisme allemand et empêchaient d'aboutir les négociations qui devaient sceller un pacte d'assistance mutuelle avec l'URSS ». Pour Medvedev, les politiques française et britannique, en permettant le réarmement et le renforcement de l'Allemagne nazie « dans l'espoir que cette force se retournerait contre le bolchevisme », ont « obligé » l'URSS « à se protéger en mettant à profit les conflits qui opposaient les États impérialistes »[12].

Si l'attitude des Alliés peut être interprétée comme poussant Hitler contre l'URSS, on peut également soutenir que les soviétiques poussaient le Reich nazi contre l'Occident et ses satellites polonais ou roumains[13] : selon l'historien Adam Ulam[14], l'événement décisif à l'origine du pacte est l'offre, fin mars 1939, par le Royaume-Uni et la France d'une garantie unilatérale à la Pologne et à la Roumanie[13], ce qui assurait à Staline un engagement occidental d'entrer en guerre contre le Troisième Reich bien avant que la frontière soviétique ne soit atteinte, sans exiger aucune contrepartie de la part de l'URSS, faisant ainsi de Staline l'arbitre de l'Europe[13]. Toutefois cet engagement occidental faisait par ailleurs barrage aux ambitions territoriales de Staline envers les anciennes possessions des Tzars : Henry Kissinger explique : « En fait les garanties britanniques à l'égard de la Pologne et la Roumanie supprimèrent toute incitation que les Soviétiques auraient pu avoir pour entrer dans de sérieuses négociations d'alliance avec les démocraties occidentales. Pour une raison, elles garantissaient toutes les frontières soviétiques d'avec ses voisins européens à l'exception des États baltes, et, sur le papier du moins, anéantissaient les ambitions soviétiques aussi bien que les allemandes. [...] Plus important, les garanties unilatérales britanniques étaient un cadeau pour Staline parce qu'elles lui fournissaient le maximum [qu'il aurait pu demander], sans qu'il ait à offrir de contrepartie. Si Hitler allait vers l'est, Staline était maintenant assuré d'un engagement britannique d'aller en guerre bien avant que la frontière soviétique ne soit atteinte. Staline recueillait ainsi le bénéfice d'une alliance de facto avec la Grande-Bretagne sans aucune contrainte de réciprocité »[15]. À partir de ce moment, c'est-à-dire le printemps 1939, les occidentaux font des concessions pour obtenir l'alliance avec les soviétiques tandis que Staline adresse des signes aux nazis tout en demandant aux occidentaux de pouvoir occuper les États baltes et une partie de la Roumanie, et qu'une convention militaire soit signée avant un accord politique, exigences déjà formulées dans le plan proposé par Litvinov le 17 avril[16].

La crédibilité d'une intervention du Royaume-Uni – puissance navale par excellence – sur les terres polonaises ou roumaines était cependant douteuse. Le comité des chefs d'état-major britannique lui-même établissait « l'impossibilité absolue d'assurer une protection militaire efficace de la Pologne[17] ». Chamberlain répliquera à l'attaque allemande contre la Pologne par une déclaration de guerre deux jours plus tard[18] : la drôle de guerre commençait.

La position favorable de l'URSS dans ses négociations avec l'Allemagne s'accroît avec le temps : Hitler a en effet ordonné l'invasion de la Pologne pour le 26 août et ses généraux ainsi que Ribbentrop le poussent à pactiser avec Staline. Les négociations piétinent jusqu'à ce qu'Hitler intervienne personnellement dans la discussion diplomatique pour que l'accord se fasse[13]. Le [19], l'URSS, représentée par Molotov, et l'Allemagne nazie, représentée par Ribbentrop, signent à Moscou un traité de non-agression entre l'Allemagne et l'Union des républiques socialistes soviétiques, plus communément appelé Pacte germano-soviétique ou encore pacte Molotov-Ribbentrop, du nom de ses signataires. D'après un livre de Boris Ponomarev publié à Moscou en 1970, la version soviétique des événements, très négligée par l'historiographie occidentale, intègre l'enjeu asiatique des prémisses de la Seconde Guerre mondiale et de la lutte antifasciste [20]. L'invasion d'un autre pays socialiste en Asie à l'été 1939, la Mongolie, par un autre signataire du pacte anti-Komintern, le Japon, amena l'URSS au nom même de ses engagements antifascistes et internationalistes à intervenir directement et à refouler ainsi avec succès l'agresseur : des garanties sérieuses d'intervention britannique et française lui étaient alors indispensables pour intervenir au même moment en Pologne, car elle ne pouvait mener seule la lutte sur deux fronts. Mais, selon cette historiographie, elles ne lui furent jamais données.

Le contenu du pacte[modifier | modifier le code]

La clause de non-agression[modifier | modifier le code]

Le traité proclamait un renoncement au conflit entre les deux pays, ainsi qu'une position de neutralité dans le cas où l'un des deux pays signataires serait attaqué par une tierce partie. Chaque signataire promit de ne pas rassembler de forces qui seraient « directement ou indirectement dirigées contre l'autre partie ».

Les protocoles secrets[modifier | modifier le code]

Texte du protocole secret en allemand.

Le traité comportait également plusieurs protocoles restés longtemps secrets[19]. Ces protocoles délimitaient les sphères d'influences de l'Allemagne nazie et de l'URSS dans les pays situés entre eux (Scandinavie, pays Baltes, Pologne, Roumanie...). La ligne d'un éventuel partage de la Pologne, si réorganisation territoriale il devait y avoir, étaient également spécifiée. Ce partage eut effectivement lieu après que l'Allemagne nazie eut envahi la Pologne le , suivie par l'URSS le . La ligne de partage se trouvait un peu à l'ouest de la ligne Curzon proposée par la Grande-Bretagne pour séparer la Pologne de la Russie après la guerre russo-polonaise de 1920[21].

Répartition des territoires prévue par les protocoles secrets du pacte, et changements effectifs de frontières en 1940.

Par ce traité, la Gestapo s'engageait aussi à livrer au NKVD les réfugiés russes présents sur le territoire allemand et réclamés par l'URSS, en échange de quoi l'URSS livrait à l'Allemagne de nombreux réfugiés antifascistes allemands et autrichiens vivant en Union soviétique (ce fut le cas de Margarete Buber-Neumann et du fondateur du Parti communiste d'Autriche, Franz Koritschoner).

Son rôle stratégique[modifier | modifier le code]

Staline et Ribbentrop lors de la signature du pacte.
Ribbentrop et Molotov à Berlin en 1940.

Chaque partie trouva, durant deux ans, son intérêt dans ce pacte.

D'un côté, ce pacte permettait au Troisième Reich de rapatrier des divisions, notamment blindées, vers l'Ouest, sans craindre une attaque soviétique venant de l'Est. Les Allemands purent ainsi en mai 1940 envahir la France par un Blitzkrieg, avant de se retourner l'année suivante contre l'Union soviétique lors de l'opération Barbarossa, le , rompant ainsi de facto le pacte. Les relations économiques entre l'Union soviétique et l'Allemagne nazie furent très serrées à la suite de ce traité qui permit à Berlin d'accumuler des réserves de matières premières dont son industrie et son armée avaient désespérément besoin pour continuer à fonctionner et continuer le réarmement du Troisième Reich, comme le montre le tableau ci-dessous[22].

  Total importations
soviétiques
Juin 1941
Stocks allemands
Juin 1941 (sans les
importations soviétiques)
Octobre 1941
Stocks allemands
Octobre 1941 (sans les
importations soviétiques)
Produits pétroliers 912 1 350 438 905 -7
Caoutchouc 18,8 13,8 -4,9 12.1 -6.7
Manganèse 189,5 205 15,5 170 -19,5
Céréales 1 637,1 1 381 -256,1 761 -876,1
Stocks allemands en milliers de tonnes avec ou sans les importations soviétiques

De l'autre côté, l'URSS put s'agrandir sans combattre de 388 892 km2 aux dépens des pays baltes (166 583 km2), de la Pologne (172 171 km2) et de la Roumanie (50 138 km2), avancer sa frontière vers l'Ouest de 300 km en moyenne et, selon Molotov (qui n'a jamais regretté de l'avoir signé) se préparer à une guerre jugée inévitable après l'échec d'une grande alliance avec la France et l'Angleterre. Le rôle du pacte était donc, selon Molotov, de retarder au maximum le conflit afin de tenter de rattraper son retard technologique (Molotov espérait d'abord gagner un an lors de la signature, répit qu'il espérait encore prolonger par la suite, et ceci jusqu'à l'attaque allemande), tout en créant une zone-tampon vers l'Ouest « pour protéger les centres politiques et économiques du pays »[23].

Concernant la Finlande la motivation soviétique était aussi d'acquérir des territoires finnois en Carélie pour désenclaver Léningrad. Concernant les pays baltes, la motivation soviétique était de multiplier le nombre de ses ports et l'étendue de ses côtes sur la mer Baltique. Concernant la Pologne, il s'agissait d'annuler les conséquences de la paix de Rīga, qui, en 1920, avait donné à la Pologne des territoires peuplés majoritairement de Biélorusses et d'Ukrainiens. Enfin concernant la Roumanie, il s'agissait de retrouver un accès aux bouches du Danube et d'annuler les conséquences de l'union, en 1918, de la République démocratique moldave à la Roumanie, en dépit des efforts de la république soviétique d'Odessa pour empêcher cette union. Ces positions sont détaillées, par exemple, par l'historien Paul-Marie de La Gorce, dans son livre 39-45, Une guerre inconnue. C'est aussi le point de vue défendu par Henry Kissinger dans son livre Diplomatie, qui qualifie le pacte de « plus grand coup diplomatique de génie du XXe siècle ». Les constructions ou délocalisations d'usines vers la Sibérie pendant ces deux années de pacte permirent d'assurer une base arrière loin du front.

Plusieurs historiens russes[24] soutiennent que l'Union soviétique espérait par ce pacte, détourner la fureur nazie vers l'Europe occidentale. Ils arguent notamment du fait que, jusqu'à la veille de l'attaque allemande, les commissaires politiques ont continué à « purger » l'Armée rouge de ses officiers les plus compétents, que le NKVD a continué d'arrêter comme « saboteurs » les ingénieurs en armement et aviation qui soulignaient le danger nazi, et que le Politburo se méfiait des avertissements d'agents de renseignement soviétiques tels Richard Sorge ou Leopold Trepper. Pour s'expliquer ses échecs devant Stalingrad et ailleurs, dus selon lui à la rétivité de ses généraux, Hitler en vint à approuver ces purges, déclarant en 1943 :

« nous étions absolument dans l'erreur à l'époque, lorsque nous croyions que Staline ruinerait ainsi l'Armée rouge. C'est le contraire qui est vrai : Staline s'est débarrassé de tous les cercles oppositionnels de l'Armée rouge et a ainsi réussi à ce qu'il n'y ait plus de courant défaitiste dans cette armée[25]. »

Les défenseurs du point de vue du gouvernement soviétique affirment pour leur part que si ce dernier a ignoré ou fait taire les voix s'élevant pour prévenir de l'imminence d'une attaque allemande, c'est pour ne pas offrir à l'Allemagne prétexte à précipiter son attaque, et que la question n'était pas de savoir si mais quand Hitler ouvrirait un second front à l'Est, Staline estimant (à tort) que ce ne serait pas avant qu'il ne se soit assuré de la victoire à l'Ouest. Ainsi, le maréchal Joukov raconte dans ses mémoires de guerre que Staline avait, pour cette raison, fait le choix d'une posture défensive où les unités les plus performantes (hommes et armement) étaient gardées en réserve, ce qui expliquerait les lourdes pertes initiales.

Quoi qu'il en soit des véritables motivations soviétiques à cette époque, après la rupture du pacte, l'arrêt des purges, le développement d'usines d'armement en Sibérie et l'aide occidentale par Mourmansk ont permis de stopper l'invasion et finalement contribué à la victoire soviétique.

Ses suites[modifier | modifier le code]

Le partage de la Pologne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Invasion soviétique de la Pologne.
Carte du protocole secret convenu entre Ribbentrop et Molotov, telle que révélée dans le quotidien soviétique Izvestia paru le 18 septembre 1939.
Carte des transferts de populations germano-soviétiques, déportations et conséquences démographiques du pacte (1939-1941).

Le 28 septembre 1939, l'Allemagne signe avec l'URSS le « Traité germano-soviétique de délimitation et d'amitié », qui définit la collaboration, les zones d'influence et les frontières entre les deux puissances. C'est la frontière actuelle de la Pologne qui est retenue (un peu plus à l'Ouest que ligne Curzon de 1920 : cette frontière est dénommée ligne Curzon B par les sources soviétiques). Il stipule aussi que l'URSS fournira des matières premières à l'Allemagne : métaux, phosphates et pétrole, matières indispensables à la guerre, et prévoit des échanges de réfugiés politiques, communistes allemands livrés à la Gestapo (dont Margarete Buber-Neumann) et russes blancs ou dissidents livrés au NKVD.

Un des protocoles stipulait que, en cas de partage de la Pologne, les deux parties avaient l'obligation de prendre des mesures pour prévenir et empêcher toute action de la Résistance polonaise. Des consultations mutuelles à propos de toutes les actions répressives qui sembleraient utiles était prescrites :

« Aucune des deux parties ne tolèrera sur son territoire d'agitation polonaise quelconque qui menacerait le territoire de l'autre partie. Chacune écrasera sur son propre territoire tout embryon d'une telle agitation, et les deux s'informeront mutuellement de tous les moyens adéquats pouvant être utilisés à cette fin. »

Ces moyens firent l'objet d'échanges constants entre la Gestapo et le NKVD, durant tout l'hiver 1939-1940, moment à partir duquel chacun des deux occupants s'appliquera à se débarrasser des élites polonaises. Les Allemands mettent en avant des critères raciaux, les Soviétiques des critères sociaux (par exemple les officiers polonais prisonniers sont massacrés à Katyn. L'Église catholique, l'un des piliers l'identité polonaise, est persécutée par les deux parties.

L'Allemagne nazie et l'URSS avaient ainsi décidé de la quatrième partition que la Pologne ait connue dans son Histoire.

L'invasion de la Finlande[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre d'Hiver.

L'URSS relança le les pressions sur la Finlande lancées en avril 1938, pour se faire céder l'isthme de Carélie et une base navale dans le sud-ouest du pays : le 14 octobre, l'URSS propose de louer pour trente ans du port de Hanko, qui commandait l'entrée du golfe de Finlande et permettrait aux Soviétiques de contrôler celui-ci. Le recul de la frontière sur l'isthme de Carélie (laissant cependant une partie de la frontière sur la ligne Mannerheim) fut également exigé, sous prétexte de mettre Léningrad hors de portée d'une artillerie lourde ennemie. Enfin, l'URSS demanda une rectification de frontière à l'extrême nord afin de contrôler les abords du port de Mourmansk, seul port soviétique utilisable toute l'année. Au total, c'est 2 750 km2 que demandait l'URSS à la Finlande, proposant de lui céder en échange 5 527 km2 autour de Repola et Porajorpi.

La Finlande refusa en arguant qu'elle était liée à l'URSS par le pacte de non-agression de 1932 et capable de repousser elle-même toute invasion ennemie, sans avoir à céder des territoires pour cela. En réponse, le 28 novembre, l'URSS dénonça le pacte entre les deux pays et franchit la frontière le 30, entamant sans sérieux préparatifs militaires la guerre d'Hiver[26].

L'invasion des pays baltes[modifier | modifier le code]

L'URSS ne revendiquait pas les pays baltes devenus indépendants de la Russie en 1918 mais, comme pour la Finlande, exigea d'eux, à partir de 1938, la cession, sous prétexte de sécurité stratégique, de bases navales et aériennes dans les îles Hiiumaa-Saaremaa, à Talinn, Riga et sur la côte de Courlande. Dès le début des négociations du pacte Hitler-Staline, les Soviétiques massent des troupes aux frontières de l'Estonie, de la Lettonie et de la Pologne. La Lituanie n'avait alors pas de frontière avec l'URSS et la première version du pacte Hitler-Staline l'attribuait à l'Allemagne nazie.

Après l'invasion de la Pologne, la seconde version du Pacte attribue les trois pays baltes à l'URSS. Sous la pression diplomatique conjointe du Troisième Reich et de l'URSS, un « pacte de défense et d'assistance mutuelle » qui permit à l'URSS de disposer de leurs ports et de stationner des troupes sur leurs territoires[27], traité signé respectivement le 28 septembre, le 5 octobre et le 10 octobre 1939, pour des durées de dix ans pour l'Estonie et la Lettonie et quinze ans pour la Lituanie. L’évasion hors d'Estonie de l’équipage de l’« Orzel », sous-marin polonais qui avait été interné à Talinn, est considérée par l'URSS comme un casus belli de la part de l'Estonie. Le 18 octobre, le 29 octobre et le 3 novembre 1939, les premières troupes soviétiques entrent en Estonie, en Lettonie et en Lituanie conformément au Pacte[28],[29],[30].

L'invasion de la Roumanie[modifier | modifier le code]

La Bessarabie est le seul territoire perdu par l'Empire russe dont l'URSS n'avait jamais reconnu l'indépendance en 1917 et encore moins son union avec la Roumanie en 1918. En revanche, l'URSS n'avait pas de revendications sur la Bucovine du nord ni sur l'arrondissement de Hertsa qui furent pourtant également annexés à la faveur du Pacte. Le 26 juin 1940, le ministre des Affaires étrangères soviétique, Viatcheslav Molotov, remet un ultimatum à Gheorghe Davidescu, ambassadeur de Roumanie à Moscou, dans laquelle l'URSS exige la cession de la Bessarabie et de la Bucovine du Nord dans les 24 heures qui suivent[31],[32],[33].

Les frontières roumaines avaient été garanties le 13 mai 1939 par le Royaume-Uni et la France mais cette dernière venait de s'effondrer, et le premier, soumis au Blitzkrieg aérien, semblait sur le point de succomber à son tour. La Roumanie avait fait transiter par son territoire, en septembre 1939, les restes de l'armée polonaise, le gouvernement et le trésor national de la Pologne, emmenés à Alexandrie (en territoire britannique) par le Service maritime roumain : elle était donc considérée comme hostile par Hitler dont l'ambassadeur à Bucarest, Manfred von Killinger, « conseille vivement » aux Roumains d'« accepter l'ultimatum soviétique, afin d'éviter une invasion militaire à grande échelle »[34]. Le roi Carol II obtempère et, le 28 juin 1940, l'URSS occupe les territoires qu'elle exigeait et même un peu plus (arrondissement de Hertsa).

Ses répercussions en France[modifier | modifier le code]

Pour les dirigeants français, ce pacte unissant deux dictateurs contre des pays amis de la France, est aussi inquiétant que surprenant : Henri Amouroux raconte qu'Édouard Daladier croit d'abord à une plaisanterie[35]. Le parti communiste français, suivant les directives de Moscou, soutient et tente de justifier ce pacte, par exemple grâce aux plumes de Jean Bouvier ou de Jean Gacon. Position que tous les militants n'acceptent pas : dans les jours qui suivent, certains militants communistes déchirent leur carte, 22 parlementaires (sur 74) démissionnent du parti. Malgré cela et en dépit des propos patriotiques rassurants des dirigeants communistes, notamment de Marcel Cachin, Édouard Daladier interdit la presse communiste dès le 26 août et décide la dissolution du parti le 27 septembre 1939.

L'URSS : du déni à la reconnaissance[modifier | modifier le code]

L'existence des protocoles secrets est connue au Royaume-Uni au moins depuis 1945 et a été rendue publique dans les médias occidentaux après la guerre.

Mais l'URSS et le mouvement communiste international ont continué de nier leur existence et de justifier le pacte par la nécessité, pour Staline, de « gagner du temps ».

Ce n'est qu'en 1989 que l'URSS a reconnu l'ensemble du pacte et de ses finalités[36] ; le document original a été publié par le gouvernement de la Fédération de Russie en 1992.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Édouard Daladier, De Munich au Pacte germano-russe, in "Minerve" no 31, 19 avril 1946.
  2. Winston Churchill, The Second World War, vol.I, The Reprint Society, London, 1950, p. 302.
  3. Winston Churchill, The Second World War, Plon, 1948-1954 ; rééd. La Deuxième Guerre mondiale, Le Cercle du Bibliophile, 12 vol. , 1965-1966, Tome premier, « L'orage approche – D'une guerre à l'autre, 1919-1939 », chap. XX, p. 378.
  4. Images d'archive.
  5. Jean-Baptiste Duroselle Politique extérieure de la France – La décadence (1932-1939), Imprimerie nationale, Paris, 1979.
  6. a et b Universalis, Histoire de l'URSS de 1927 à 1941, le Pacte germano-soviétique et ses conséquences.
  7. Viktor Aleksandrov, Histoire secrète du Pacte germano-soviétique, éd. Olivier Orban, 1962.
  8. 39-45 : Une guerre inconnue, Paul-Marie de la Gorce, Flammarion, 1995.
  9. C'est, par exemple, la position de l'historien américain Michael J. Carley, exposée dans Les années décevantes : L'échec de l'alliance anglo-franco-soviétique en 1939 [lire en ligne].
  10. L'ambassadeur de France à Moscou, Paul-Émile Naggiar, résume ainsi, en 1938, les effets négatifs que l'attentisme occidental provoque en l'URSS : « […] le gouvernement soviétique maintient les principes qu’il n’a cessé de défendre au cours de ces dernières années, de la nécessité pour les puissances pacifiques de former un front de la paix, de s’organiser pour « barrer la route aux agresseurs ». La Cassandre moscovite continue à prêcher l’urgence d’une action en vue de laquelle il n’y a plus, selon elle, une heure à perdre ; mais voyant qu’on ne l’écoute pas et sentant qu’on se méfie d’elle, sa voix se fait peu à peu plus lointaine, ses accents plus amers », D. Lévi, chargé d’affaires français à Moscou, no 109, 5 avril 1938, DDF, 2e, IX, p. 225-227.
  11. The Second World War, vol.  1, p. 104.
  12. Roy Medvedev, Le Stalinisme : origines, histoire, conséquences, Seuil, 1972, p. 491-492.
  13. a, b, c et d Britannica, entrée international relations.
  14. Ainsi que le rapporte l’Encyclopædia Britannica.
  15. Henry Kissinger, Diplomacy, Touchstone, 1984.
  16. (en) Michael Jabara Carley, 1939 : The alliance that never was and the coming of world war II, p. 211.
  17. Rapporté par l'historien anglais Liddell Hart dans Histoire de la Seconde Guerre mondiale, Fayard, 1978.
  18. En revanche, selon l'historien Eric Hobsbawm, qui s'appuie sur l'ouvrage de Donald Cameron Watt How war came, « Lorsque les armées allemandes entrèrent en Pologne, le gouvernement de Neville Chamberlain était encore disposé à pactiser avec Hitler, ainsi que celui-ci l'avait escompté. » (L'Âge des extrêmes, 1994, p. 210.).
  19. a et b Nuremberg Documents, Part X, p. 210 sqq..
  20. Boris Ponomarev (dir), Précis d'Histoire du Parti Communiste de l'Union Soviétique, Moscou, Éditions du Progrès, 1970, p. 254 .
  21. La ligne Curzon et la ligne de partage du Pacte se confondaient sur le moyen-Boug, mais celle du Pacte donnait Bialystok et Lwow aux Soviétiques : après la guerre, pour justifier leur politique, les Soviétiques dénommèrent la ligne de partage du Pacte « Ligne Curzon B »
  22. (en) Edward E. Ericson, Feeding the German Eagle : Soviet Economic Aid to Nazi Germany, 1933–1941, Greenwood Publishing Group, 1999, (ISBN 0275963373).
  23. « Molotov n'a jamais regretté d'avoir signé le pacte », interview du politologue russe Viatcheslav Nikonov, petit-fils de Molotov, RIA Novosti, 24 août 2009.
  24. Nikolaj Bugaj, Correspondance Kruglov-Staline 1941-1945, in: « Druzhba narodov » sur [1] ; Vassili Dmitrichine, Histoire générale concise de l'URSS, édition De Charles Scribner, New York 1971; Dmitri Volkogonov, Stalin: Triumph and Tragedy: a political biography of the Soviet leader, édition Harold Shukman, Prima Publishing, Rockling, Californie 1992 et Z.A.B. Zeman, The Making and Breaking of Communist Europe, a history of Central East Europe and the Soviet Union from 1878 to 1988 Oxford, 1991.
  25. Cité dans le journal de Goebbels le 8 mai 1943.
  26. Paul-Marie de La Gorce, 39-45, une guerre inconnue, chap. IV.
  27. (en) Gerhard Wettig, Stalin and the Cold War in Europe, Rowman & Littlefield, Landham, Md, 2008, (ISBN 0-7425-5542-9), p. 20-21
  28. Moscow's Week at Time magazine on Monday, October 9, 1939
  29. (en) David J. Smith, The Baltic States: Estonia, Latvia and Lithuania, p. 24, (ISBN 0-415-28580-1)
  30. (en) Tannberg. Tarvel. Documents on the Soviet Military Occupation of Estonia, Trames, 2006.
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  32. (ru)Ультимативная нота советского правительства румынскому правительству 26 июня 1940 г.
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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