Shigeru Yoshida

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Shigeru Yoshida signant le Traité de San Francisco en 1951.

Shigeru Yoshida (吉田 茂, Yoshida Shigeru?) (né le - mort le ) est un homme politique japonais.

Vie publique[modifier | modifier le code]

Il est le fils illégitime d’un samouraï et d’une geisha, mais a la chance d’être adopté par une grande famille, ce qui lui vaut une éducation de qualité et un riche héritage. Il fait des études en science politique à l'université impériale de Tokyo lui permettant d’accéder au ministère des Affaires étrangères, tout d’abord dans un rôle mineur. Après la guerre russo-japonaise, il obtient un poste de consul et épouse la fille du ministre des Affaires étrangères. Avec l’expansionnisme durant l’ère Taishō (1912-1926), il participe à la quête matérialiste et sécuritaire du Japon.

En 1926, il devient vice-ministre des Affaires étrangères mais ne peut obtenir plus, en raison de l'opposition de l'armée, et se retrouve finalement ambassadeur en Italie puis au Royaume-Uni jusqu'en 1938. Son séjour en Occident lui offre une nouvelle vision du monde.

Dès 1943 et surtout en 1944, il pressent la défaite du Japon et supporte avec d'autres hauts fonctionnaires comme Mamoru Shigemitsu ou Fumimaro Konoe la négociation de la fin de la guerre, privilégiant une prise de contact avec l'URSS, projet contrarié par les accords de Postdam[1]. Les discours pacifiques de Shigeru Yoshida lui valent d'être emprisonné[2]. Yoshida occupe dans la reconstruction d'après-guerre une place prépondérante au Japon. Membre du Parti libéral (conservateur) dont il œuvre grandement à la fondation, il devient d'abord ministre dans le cabinet de Kijūrō Shidehara, puis il est élu Premier ministre du Japon en 1946. Au total, il remporte avec le parti libéral cinq fois cette fonction, de 1946 à 1947 puis de 1948 à 1954. Toutefois, son mandat de 1946 est surtout dû à son rôle de médiateur entre le Parlement japonais et l'occupant ; lors des élections de 1947, une coalition menée par les socialistes obtient la majorité, mais les dissensions internes et les scandales de corruption ramènent Yoshida au pouvoir dès 1948[3]. Afin de disposer d'une majorité à la Chambre basse, il la dissout et les libéraux remportent 264 sièges (44 % des voix) aux élections, soit la majorité absolue[3]. Les divisions à gauche et la relance très rapide de l'économie lui permettent de rester au pouvoir jusqu'en 1954[4]. C'est en fait la défection de plusieurs libéraux menés par Ichirō Hatoyama en 1953 qui compromet la majorité parlementaire en faveur de Yoshida[5]. Il doit céder son poste de premier ministre à Hatoyama qui s'est allié avec les démocrates (le second parti conservateur). Finalement, libéraux et démocrates fusionnent en 1955 pour former un seul parti conservateur, le Parti libéral démocrate (自由民主党, Jiyūminshutō?)[5].

Au pouvoir, Shigeru Yoshida institue une doctrine nommée la « doctrine Yoshida » : elle vise à concentrer les efforts du Japon dans la puissance économique alignée sur le modèle américain et à laisser les affaires militaires dans les mains des Américains[2]. Il prend une part importante dans la nouvelle constitution et le traité de San Francisco, qui rend au Japon sa pleine souveraineté. Edwin O. Reischauer écrit de lui qu'il « reste en définitive la seule personnalité politique marquante du Japon d'après-guerre. Sachant se rendre indispensable, il est surnommé « l'homme à tout faire du régime ». »[3]

Mandats de Premier ministre[modifier | modifier le code]

Shigeru Yoshida occupe cinq fois la fonction de Premier ministre du Japon[6] :

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) John W. Dower, Empire and Aftermath: Yoshida Shigeru and the Japanese Experience, 1878-1954, Council on East Asian Studies, Harvard University,‎ 1988, 618 p. (ISBN 9780674251267)
  • (en) Richard B. Finn, Winners in Peace: MacArthur, Yoshida, and Postwar Japan, University of California Press,‎ 1992, 413 p. (ISBN 9780520069091)

Sources et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) William G. Beasley, The Rise of Modern Japan, Palgrave Macmillan,‎ 2000, 3e éd. (ISBN 9780312233730, lire en ligne), p. 210
  2. a et b (en) Trevor Harrison, 21st Century Japan: A New Sun Rising, Black Rose Books Ltd,‎ 2007 (ISBN 9781551643069, lire en ligne), p. 52-53
  3. a, b et c Edwin Oldfather Reischauer (trad. Richard Dubreuil), Histoire du Japon et des Japonais : De 1945 à nos jours, t. 2, Seuil, coll. « Points. Histoire »,‎ 1997 (ISBN 9782020318839), p. 62-64
  4. (en) Cathal J. Nolan, The Greenwood Encyclopedia of International Relations: S-Z, vol. 4, Greenwood Publishing Group,‎ 2002 (ISBN 9780313323836, lire en ligne), p. 189
  5. a et b Edwin Oldfather Reischauer, op. cit., 1962, p. 69-70
  6. (en) John Whitney Hall, The Cambridge History of Japan: The Twentieth century, vol. 6, Cambridge University Press,‎ 1988 (ISBN 9780521223577, lire en ligne), p. 160