Abolition du système han
L'abolition du système han et l'établissement du système de préfecture (廃藩置県, haihan-chiken) est une loi prise en 1871 par le gouvernement de Meiji sous l'empire du Japon pour remplacer le système des domaines féodaux traditionnels (han) par un système de préfectures. Les préfectures du Japon sont alors créées, avec les préfets, qui sont alors nommés par l’État central.
Ce processus est considéré comme le point culminant de la restauration de Meiji en ce que tous les daimyos (gouverneurs provinciaux) durent retourner leur autorité à l'empereur.
Contexte
[modifier | modifier le code]Guerre de Boshin et abolition des premiers han
[modifier | modifier le code]La restauration de Meiji est l'objet d'une guerre civile qui met aux prises les forces loyales au shogunat Tokugawa et à la féodalité avec les partisans de l'empereur du Japon. La défaite des forces féodales à l'issue de la guerre du Boshin (1868) mène à une suprématie du gouvernement de Meiji, qui confisque toutes les terres du shogunat (tenryō) et toutes celles des daimyos (seigneurs locaux) qui avaient soutenu les Tokugawa. Ces fiefs (han) représentaient approximativement un quart de la superficie du Japon et furent réorganisés en préfecture avec à leur tête des gouverneurs nommés directement par le pouvoir central.
Retour des domaines et poursuite de l'abolition des han
[modifier | modifier le code]La deuxième phase de l'abolition des han survient en 1869. Takayoshi Kido du domaine de Chōshū, avec le soutien des nobles de cour, Tomomi Iwakura et Sanetomi Sanjō, persuade le daimyo de son domaine et celui du domaine de Satsuma, qui avaient contribué à la chute des Tokugawa, de remettre volontairement leurs domaines à l'empereur. Entre le et le , de peur que leur loyauté soit remise en question, 260 autres daimyos firent de même. Seuls 14 domaines n'ont d'abord pas voulu se conformer volontairement à ce retour des domaines (hanseki hōkan), mais la cour leur a ensuite ordonné de le faire en les menaçant d'une expédition militaire s'ils refusaient encore.
En contrepartie de la cession de leur autorité héréditaire au gouvernement central, les daimyos furent réaffectés aux postes de gouverneurs non héréditaires de leurs anciens domaines (qui furent renommés « préfectures »), et furent autorisés à garder 10 % des recettes des taxes, basées sur la production réelle de riz (ce qui était plus important que la production nominale de riz sur laquelle se fondait le shogunat déchu)[1].
En tant que gouverneurs, les anciens daimyos pouvaient nommer des subordonnés, mais seulement si ceux-ci avaient les niveaux de qualifications établis par le gouvernement central. De plus, les pensions héréditaires versées à leurs samouraïs étaient maintenant à la charge de la préfecture, et non plus du gouverneur, un geste destiné à affaiblir davantage les liens féodaux traditionnels.
Le terme de « daimyo » fut supprimé en , en même temps qu'un nouveau système de noblesse fut mis en place : le kazoku.
Adoption de la loi de 1871
[modifier | modifier le code]Situation de tension
[modifier | modifier le code]En 1871, les daimyos ont perdu de leur pouvoir, car ils sont devenus des employés du gouvernement. Ils conservent toutefois une certaine indépendance militaire et financière, et apprécient l'obéissance traditionnelle de leurs anciens sujets. Okubo Toshimichi et d'autres membres de la nouvelle oligarchie de Meiji voient cette situation comme dangereuse pour le gouvernement central. Ce sentiment est renforcé par les nombreuses révoltes d'ex-samouraïs qui se produisent alors dans tout le pays.
Adoption de la loi
[modifier | modifier le code]En , Okubo, assisté de Takamori Saigo, Takayoshi Kido, Tomomi Iwakura et Aritomo Yamagata, force le vote d'un édit impérial qui réorganise les 260 domaines féodaux (han) qui existaient encore officieusement en trois préfecture urbaines (fu) et 302 préfectures (ken). Le modèle français du système préfectoral est l'inspiration des réformateurs[2].
Application de la loi
[modifier | modifier le code]Le gouvernement central applique cette réorganisation en promettant aux anciens daimyos de généreuses pensions, d'annuler les dettes des domaines, et en promettant de convertir la monnaie des domaines (hansatsu) dans la nouvelle monnaie nationale à la valeur nominale[3]. Le trésor central se révéla incapable de soutenir une telle générosité, alors en 1874, les pensions des anciens daimyos furent transformées en emprunt d'État avec un équivalent en valeur nominale de cinq ans de pension, et un paiement de 5 % d'intérêt par an[4].
Nobuaki Makino, un étudiant qui fit partie de la mission Iwakura, nota dans ses mémoires : « Avec l'abolition du système han, l'envoi de la mission Iwakura en Amérique et en Europe doit être considéré comme l'événement le plus important dans la construction de la fondation de notre État après la Restauration. »
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Abolition of the han system » (voir la liste des auteurs).
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) Chris Bramall, Sources of Chinese Economic Growth, 1978-1996, Oxford, Oxford University Press, , 1re éd. (ISBN 978-0-19-829697-3, LCCN 00032700).
- (en) Marius B. Jansen, The Making of Modern Japan, Cambridge, Belknap Press, , 3e éd., poche (ISBN 978-0-674-00991-2, LCCN 00041352).
- (en) Sugiyama Takie Lebra, Above the Clouds: Status Culture of the Modern Japanese Nobility, Berkeley, California, University of California Press, , poche (ISBN 978-0-520-07602-0).